DU JUREMENT EN GÉNÉRAL
«» D. Qu^ est-ce que jurer ? — R . lurer, c^est prendre Dieu à tfoioiii par lui-même ou par ses créatures, de la vérité de ce qu'on dit ou de la sincérité de la promesse qne Ton fait.
Explication. — Le jurement ne consiste point, comme oo le croit communément, à proférer des paroles malhonnêtes, à tenir des propos grossiers. C'est un mal, sans doute, de se servir d expressions indécentes, sales, ordurières ; c'est montrer en même temps qu'on manque d'éducation . qu'on a peu de sentiment «t de d^catesse : mais ce n'est point là
(i) Vob r Univers du ÎO mai ISW.
le fomnent Jurer, &eA appeler Diea m iéinoignage , c'«l 1b prendre pour ^ra»( de 4a vérité de ce qu*on dit, ou àù b sÎDoérîié de h promesse que l'ou fait.
0» peut prendre Dieu à témoni ou par kM-mème. on par SB eréi^ures. Par hu-mâme, eoimne quand on dit : Dieu ïïCest témoin, jm atteste le Seigneur, f fin jure par le tmiifmsant^ etc. Par les créatures, comme quand on dit : fen jwrejmr lecid et la terre, par le soleil ^ par le feu, ^c. Ces ifiSéreiries créatures apf»rteaaat à Dieu , et étant incapa- Ues, dît saîfit Thomas (4 ), de rien attester par elles-mêmes, en les prenant à témoin, c'est Dieu même ^u on appelle en témoignage. « Celui , dit Jésus-Christ , qui jure par le ciel, f jur^ par le trône de Dieu et par celui qui y est assis (2). »
n n*est pas absolument nécessaire, pour jurer, de pro* DODcer des paroles. Une action ou un signe exprimant Vltiimion de prendre Dieu à témoia suffit pour cela ; comme quand od levé la main , quand on la mat sur rEvangilt en 8Br la poitrine.
Le jurement est avssi appelé serment ; jurer et &ire un serment sî^6enl absolument la même chose. Le serment, esmme le jurement , est danc one af&rmaâson ou une promesse, en prenant Dieu à téMOWi.
=D. Bieu défend-il absolument de jurer î — H. Non, il défend seulement de jurer en irais.
Explication. — Le jurement ou serment , loin d'être un i&al de sa nature, est au contraire un acte de religion; parce que, prendre Dieu à témoin de la vérité de ce que Ton dit, ou de la sincérité de la promesse que Ton fait, c'est reconudltre que Dieu est la vérité même, qu*il ne peut ni se tromper, ni tromper personne, et qu'il connaît tout, même les choses les plus secrètes et les plus cachées. Ainsi , par le jurement, on rend hommage aux principales perfections de Keu. — « Vous craindrez le Seigneur votre Dieu , nous dit
(1) s. Th, a. 6. q. 83.
(2) Matth., XXIII, 22.
fEcriture»^ et vous jorerez par son nom (4). » Aussi, saint Paul n'a point lait difficulté de jurer; écrivant aux Romains, il leur dit : Jésus-Christ m est témom que je dis la vérité {i). Et dans TépUre aux Philippîens : Dieu m est témoin avec quelle tendresse je vous aime dans les entrailles] de Jésus-Christ (3), i
De plus, TEglise, qui est la colonne de la vérité , a toajours regardé le jurement comme permis et légitime en certains cas; d*où il faut conclure que Dieu ne défend point absolument de jurer, mais seulement de jurer en vain: <c Vous ne prendrez point en vain le nom du Seigneur votre « Dieu (4). » I
= D. Qu*est'Ce que jurer en vain? — R. C'est jurer contre la Térité, ou c^Dtre la justice, ou saDs raison.
Explication. •— Le jurement, pour être légitime, doitj avoir trois qualités : il doit être fait avec vérité, avec jus- \ tice et avec jugement. « Vous jurerez , dit le prophète <c Jérémie, dans la vérité, dans le jugement et dans la jus- « lice (5). » Dans la vérité^ c'est-à-dire qu'il ne faut rien affirmer avec serment qui ne soit véritable et dont on n ait la certitude, et ne faire aucune promesse , avec serment, qu'on ne soit dans Tintention d'accomplir. Dans la justice, c'est-à-dire qu'il ne faut s'engager par serment qu'a des choses conformes à la justice et à la raison. Avec jugement, c'est-à-dire qu'il ne faut jurer que par nécessité, ou pour des choses graves et importantes. — Jurer en vain, c'est faire un jurement qui manque d'une des trois qualités dont nous venons de parler ; c'est jurer, ou contre la vérité, ou contre la justice, ou sans jugement, sans motif. Voilà ce qui
(1) Deut., VI, 13.
(2) Testis cnim mihi est Deus. Rom., 1, 9.
(3) Testis enim mihi est Deus, quomodo cupiam omnes vos iQ nsceribus Jesu Christi. Philip., i, 8.
(4) Exod., 20.
(5) Jérémie, iv, 2.
est défendu par la loi de Dieu et oe qu*il faut éviter avec le plus grand soin.
TRAIT HISTORIQUE