‹ Explication Historique, Dogmatique, Morale, Liturgique et Canonique du Catechisme avec la reponse aux principales objections tirées des sciences contre la religionChapitre 71 sur 114 · DU MENSONGE · texte numérisé non relu

DU MENSONGE

— D. Qu'est-ce que le mensonge ? — R. Le mensonge est une parole que Pon dit, ou un signe que l'on fait, dans l'intention de tromper le prochain et de lui faire croire le contraire de ce que Ton pense.

Explication. — Le mensonge est une parole ou un signe. Car on ne ment pas seulement par les paroles , mais aussi par les gestes, par les écrits, par son silence même : lorsque par telle action, tel geste, tel écrit, ou en gardant le silence, on a l'intention dé manifester au dehors des sentiments qu'on n'a pas. « J'ai écrit, dit-on, maïs je n'ai pro- « féré aucunes paroles... Mais n'est-ce point parler que a d'écrire ? Et ne peut-on proférer des sons sans remuer « les lèvres ? Zacharie, privé pour un temps de Forgane de « la voix, ne s'en entrelient pas moins avec lui-même , et, « triomphant de l'embarras de sa langue, il supplée par le a langage des mains, pour énoncer la pensée de son cœur. . . « il parlé en écrivant (4). »

Le mensonge est une parole que rt>n dit, ou un signe que Von fait dans r intention de faire croire au prochain le con" traire de ce que l'on pense. L'essence du mensonge est de

(1) Tertulliani opéra, pag. 118.

parler, d'écrire ou d*agir contre sa pensée. Lorsqu'on affirme une chose que Ion croit vraie et qui ne Test pas, c'est une erreur, mais ce n'est pas un mensonge (4). Par la raison contraire, quand on affirme comme vraie une chose qui est réellement vraie, mais que Ton croit fausse, on fait un mensonge, tout en disant la vérité. Ainsi, le mensonge ne tire pas sa malice précisément de la vérité ou de la fausseté de ce que Ion dit, mats deja duplicité de cœur du menteur qui veut persuader, par ses discours ou par des signes équivalents, le contraire de ce qu*il pense, et faire croire au prochain ce qu'il ne croit pas lui-même.

Le mensonge est une parole que l'on dit, ou un signe que Ton fait, dan» T intention rfe tromperie prochain. L'intention de tromper le prochain est essentielle à tout mensonge , et se trouve nécessairement dans les mensonges même offi* cieux et joyeux ; car, lorsqu'une personne ment pour rire ou pour excuser quelqu^un , ou pour ne point Taffliger en lui disant la vérité, quoiqu'elle n'ait pas l'intention de tromper le prochain d'une manier» qui lui soit nuisible et pernicieuse, elle a toujours intention de le tromper, en lui faisant croire comme vrai ce qui est faux. D'où il suit que , si une personne disait, pour rire, une chose fausse, en se Comportant, à l'extérieur, de façon que le prochain ne puisse être ni surpris, ni trompé, ou une chose tellement invraisemblable que personne ne puisse être tenté de la croire : si on disait, par exemple , qu'on a fait, à pied, vingt lieues dans une heure, ce ne serait pas un mensonge, mais une absurdité.

« On ne regarde pas comme mensonge , dit saint Âugusc tin, certaines plaisanteries où l'on fait assez connaître, « par la manière dontt)n les exprime, qu'on n'a pas Tinten-

(1) L*6iTeur dont nous parions est appelée par les théologiens menionge matériel, leqoel n*est point un péché ; lorsqa*on dit une chose que Ton croit fausse et qui est contraire à ce que Ton a dans la pensée, ils appellent ce mensonge, mensonge formel.

ft tioQ de tromper, même en ne disant pas vrai (4). » — Ua -gascon, se promenant à la campagne avec un de ses amis^ s'écria, en lai montrant dans le lointain le clocher du village : je vois une mouche sur le haut de ce clocher. — le ne la vois pas, répartit Tautre, mais je Tentends marcher. — 11 est évident que ni Tun ni Tautre ne mentait, puisque mentir^ ee$t exprimer ^ soU par paroles, sait par totOe autre manière, dans InUention de tromper, autre ehose que là pensée qu'on a dans lecasur(2), et bien certainement ni l'un ni Taulre n avait une pareille intention.

D. Combien distingue -t- on de sortes de mensonges ? > — R. On disliogiie trois sortes de mensonges : le joyeux, TofOcieux et le peroiciéux.

Explication. — Le mensonge joyeux est celui que Toq fait pour s aaïuser ou pour amuser les autres. Le mensonge officieux est celui que Ton fait pour rendre service au prochain ou poar se rendre service à soi-même, comme pour se disculper ou éviter nne réprimande. Le mensonge per» Dîcieoxest celui qui porte ou tend a porter préjudice aa prochain, comme lor^u'on accuse un innocent , ou qu*oii dénie une dette juste.

D. tout mensonge est-il un péché ? -^ R. Oui, tout mensonge est UQ péché.

Explication. «- Tout mensonge, quel qu'il soit, est défendu par la loi de Dieu : a Le juste, dît le Prophèle-Roi^ « est celui qui dit la vérité telle qu elle est dans son cœur. « et dont la langue ne trompe jamais (3). » Jésus-Chrisi» dans TEvangile, dit que « le mensonge est l'ouvrage du « démon, que cet esprit de ténèbres est menteur dès lori-

(1) S. Aug., lib. 1, de mendacio.

W lUe menUtar, qui aliud habet in anime, et aUud verbe. Tel in quibudibet significatienibui enunciat. S. Aug., lib. i, de mendaeie.

(3) Qui lequitur Teritatem in corde sue, qui non egit delum in lingua «na.P».xiT,8.

— él8 —

« gioeM père du meosooge (4). » Saiot Paul exhorte les fidèles a dire la vérité saos auçuD dé^usemeiU, (2}, et r^pôtre saint Pierre, à se dépouiller de toute sorte de maliee^ de trofnperie et de dissimulalioa {3)« « Le partage de& menteurs, dit saiot ieaa, sera daos 1 etaog de feu et de soufre (4). i»

« Toat meosoiige est re^rdé pafmî nous conuoe crioû* « nel envers Dieu : » aiasi s'exprime, saôat Justin dans sa seconde apologie (^, x( Quioon<|4ie ment, dit saint Âugustta» « parle contre ce qtill a dans* le oœur. Or, pmaque les c paroles ont été instituées afin que les bommes ftâsent con« « naître leurs pçnsées les uns aux autres, et non pas afin a de se tromper, nul dbuje qu'il n y ait péché à s'en servir € poui* tromper. Il ne faut pas croire que le mensonge ne « soit pas un péohé, parce qu'il sert aux intérêts d*aatnji ; « autant pouratt-onen dire du larcin: par exeesple , en vom Idfit è nn riche pour donner à un pauvre (6). » — « Le « mensonge peut- il jamais cesser d'être un mai? Peut^i « janiais être un bienf Pourquoi donc ces oracles: Vous • perdrai, Seignmr, ceux qui profèrent le mensonge (7). Le m Seigneur a en abomimiion l'hwnim de sang et le trom* « peur (s)? La sentence est générale, nulle exceptiffli ; elle « s'étend à tout mi^nsonge (9). — Nous devons b^ïr généra- « lement toutes sortes de mensonges, parce qu'il n*y en a « aucun qui ne soit contraire à la vérité. De même qu1l n'y € a point d*accord entre la fumière et les ténèbres, la reli*-

(â) JoaQ.,Tni, 44.

(2j Loquimini Yeritàtem uausquisque cum proximo suo. Eph., iy, 2S.

(3) Déponentes igitur omnem msUitiam, et omnem dolum, et simulationem. I. Pctr., ii, t.

(4) Apoc., XXI, 8.

(5) S. Jttstini opéra, pag. 2S8.

(6) S. Aag, Enchiridion.

(7) Psal.^v, 7. (S) md.

(9) §. Aug. de mendacio, ad Crescentium.

(( gioD et Timpiété, la santé et !a maladie, la vie et la mort ; a de même il n'y a aucune transactian légitime entre le «mensonge et la vérité. Autant celle-ci nous estcbère, «autant devons nous détester I autre (4). Mais voilà un « innocent à qui il faut sauver ta vie, en déclarant , contre a la vérité, que l'on ignore le lieu de sa retraite. Le déclare- « riez vous en présence do juge suprême qui vous adressec rait la m^e question ? Combien n'y a-t-il pas plus de a courage et de vertu à répondre : Je ne serai ni dénoncia- «teur ni menteur (î) — Un évêque de Thagaste, nommé c Firmus, ayant été requis, au nom de Fempereiir, de < livrer un homme qui se trouvait caché chez lut répondit, «avec assurance qu'il ne voulait ni noentir, ni le livrer, « aimant mieux souffrir de rigoureux tourments, que de c faire ce qu'on exigeait de lui, on de dire une fausseté (^r « — Qaand on nous réduit à la nécessité de mentir pour « le saint étemel dune personne, par exemple, s'il était ff question de lui administrer le baptême, à qui pour- « rais-je avoir recours, sinon à vous, ô vérité sainte? Mais «comment la vérité pourrait -elle permettre que ion « mentit (4) ? » r

Telle est la doctrine de Saint Augustin sur le mensonge, et cette doctrine est celle de TEglise. Le mensonge est donc une chose mauvaise en elle-même ; il n'est donc jamais permis de mentir, même dans le but de se divertir ou de récréer îes autres, ou pour s'excuser ou pour rendre ser- , vice au prochain. Nulle circonstance, nulle intention, quelque bonne qu'elle soit, ne peut dépouiller de sa malice ce qui, de sa nature, est un mal.

Il n'est jamai? permis de mentir,^ tX les rhenleurs sont méprisés. — Voici un autre motif qui doit nous porter à ne

(1) S. An^. de mcndacio^ ad CresibeQtiam.

(3) Ibid.

(4) Ibid.

jamais mentir : c'est le mépris que s attirent les menteurs; e*est la honte et lopprobre dont ils se couvrent. Le mensonge est regardé comme un vice odieux. Au jugement du monde même le plus pervers, il y a de la bassesse à mentir; un homme qui est connu comme menteur est généralement méprisé; au lieu qu*ou ne peut refuser son estime à celui qui a la réputation d'être sincère et vrai dans ses p9roles. «Mille fois heureux, dit saint £phrem, celui qui fait de la « vérité la règle de sa conduilç! 41 est Timage de Dieu, qui « est essentiellement vérité. Agréable aux yeux du Sei* « gneur, Il Test également aux yeux des hommes. La véa ri(é préside à toutes ses démarches, et lui gagne tous les «suffrages... Le menteur, au contraire, ressemble au dé- « mon qui fut le père du mensonge (♦}. Le menteur perd « tout crédit ; il s'attire la haine du ciel et de la terre ; on « se défie de lui, et, quoi qu'il dise, il est suspect... Il se « déguise sous tous les masques ; mais il n'y gagne rien : « tout le monde le repousse avec horreur et finit par s'en « moquer (2). »

D. Tout mensonge est il un péché mortel ? — R. Non, il'y a des oiensoDges qui ne sont que péché ?éniel.

Explication. — Le mensonge pernicieux, c'est-à-dire celui qui tend à nuire au prochain , est de sa nature un péché mortel ; les textes que nous avons déjà cités et ceux que nous citerons tout à l'heure le prouvent évidemment. Cependant il peut n'être que péché véniel par accident, à çau$e de la légèreté de la matièrp.

Le mensonge joyeux et le mensonge officieux peuvent devenir péchés mortels par accident : par exemple, à cause

(1) s. Augustin (Tract., xlii in Joan.) exprime cette pensée d^nne manière bien remarquable et bien énergique : « De même, dit-il, que « Dieu a engendré un fils, qui fst la Térité ; ainsi le démon a engendré « un fils qui est le mensonge. » Quomodo Deus genuit filium veritatem^ diabolus lapsus genuit filium mendaciùm,

(2) S. Ephrem, in Joan., m, 8.

du scaudale notable qui en provient ; mais ils ne sont ; de leur nature, que des péchés véniels. « Il y a deux sortes a de mensonges , dit saint Augustin , qui n'emportent pas « une faute grave « mais qui pourtant ne sont pas sans « péché : ce sont les mensonges joyeux et les mensonges «officieux (4). » — « Evitons scrupuleusement, dit saint « afégoirç-le-GraîKJ, toute espèce de miensonge. Il est vrai « qu'il y en a de légers : par exemple , mentir pour sauver «la vie a son prochain. Cependant, par ce qu'il est dit « dans l'Ecriture : La bouche qui ment perd son âme (2) ; et « ailleurs : Vous perdrez tous ceux qui parlent en mmc songe (3) : nul doute que tout chrétien qui aspire à la per- « feclîon doit fuir Jusqu'à ces mensonges officieux, éviter « avec soin toute sorte de dissimulation, fût-ce même dans <c le caà dont il s'agit , de peur qu'en voulant sauver une « vie temporelle on ne nuise aux intérêts de la vie spiri* « tuelle. Je crois bien au reste que Dieu pardonne facile* « ment un semblable péché. En effet, si une faute peut être c expiée par une bonne œuvre qui vient après , celle-ci le « doit être plus qu'aucune autre , puisqu'elle est accèmpac gnée de ta mère de toute bonne œuvre, qui est la cha- «rite (4).»

D. N'esl'il pas permis, du moins, d'user d^équivoques et de restrictions mentales? — 11. Non, parce que les équivoques el les reslrictioDS mentales sont dé véritables mensonges.

Explication. — L'équivoque consiste à prendre^ certaines paroles dansLun sens, tandis qu*on sait que ceux à qui l'on parle les prendront infailHblemeat dans un autre. En voici UQ exemple : Un jeune homme que Ton croyait ricbe, quoi-

(1) Duo sont ononîno gênera mendaciorum in quibns non est magnv culpa, sied tamen non sine aliqaa culpa, cum aiit joçamus, aat, ulproximis prosiàius, mentimiir. S. Aug. in Psal., v.

(î) Sap., 1, 11. *

(4) S. Gregorii opéra, tom. I, pag. 558, édit. des Bénédictins.

qa*il dût plus qu'il D*avai(, se promenait sans rien dire, enveloppé dans son nianteau, ja veille de son mariage, dans la chambre de sa future belle-màre. Elle lui dit plusieurs fois : a Qu'ave;c-voiis, mon cher Henri? » il lui irépondit chaque fois : « Madame, je 'nai rien- » Huit jours après son mariage, sa belle- mère voyani arriver une foule de créanciers , ce à quoi elle- était loin de s'attendre , dit : <K Monsieur» vous m avez trompée^ » -* « Madame, lui repli* qua-t-il, je vous avais avertie que je n'avais rien ; je vous le dis plus de dix fois la veille de mon mariagev voifô Q^ pouvez donc vous plaindre d'avoir été trompée. » Et cepeodant elle lavait été indignemeùt. Lç jeune homme avait usé d*équivoque ; et, dans sa bouche, ces paroles :je nairien^ signifiaient naturellement,: Je n'ai aucune peine, aucun chagrin : tandis qu'il y attachait im sens bien différent.

La restriction mentale consiste à retenir dans son esprit an sens qu'on n'exprime pas, et cela à dessein de tromper oeux à qui l'on parle. Par exemple, je demande à un enfant s'il a assisté à la messe; il me répond : Qui, j*y ai assisté : il sous-entend :ily a huit jours , et je l'interroge pour savoir s'il y a assisté aujourd'hui; cet ei^ant use de restriction mentale. — La restriction mentale , aua^ bien que l'équivoque , détourne le sens des roots déterminé par les cîrconsfances, et, jette parla nécessairement dans l'erreur ; c'est donc un mensonge, et par conséquent un péché. Le Saint-Esprit ne déclare- t-îl pas que celui qui se sert de termes q^i signifieut autre chege que ce qu'il pense est digne de haine : qui sophistice IcquHur oàUbUis est (4) ? Il est toutefois des< eireaodtaoots <^ù il est permis de se servir d'expressions éqgivoquefl: par exempte, quelqu'un, poussé par la curiosité, vous bit une question à laquelle il ¥ous est impossible de répondre , sans ioconvénienty d'une manière claire et positive ; et, d'oB antre c6lé, votre silence seul suffirait pour faire connattre votre pensée ; vous pou- Ci) EcçL, xxvii, aa-

vez dlors réprkner^ par une réponse ambiguë, la curiosilé et la témérité de celui qui vous interroge (1). On peut égalemeot se servir d'expressions à double sens, lorsque, sans pouvoir donner lieu à Terreur, elles sont de nature à piquer la curiosité de ceux qui les entendent et à les disposer à bien accueillir une vérité importante. Nous en trouvons ua exeiDple dans le récit de la mort de Lazare : « Jésus dit à « ses disciples : Notre ami Lazare dort ; mais je m'en vais c( réveiller. Ses disciples lui répondirent : Seigneur, s'il « dort, il sera guéri. Mais Jésus entendait parler àe sa • mort ; au lieu qu'ils crurent qu'il leur parlait du sommeil « ordinaire. Jésus leur dit donc clairement : Lazare est «mort; et je me réjouis pour vous autres de ce que je « n'étais pas là, afînf que vous croyiez. Mais allons à lui (2). » Quelques incrédules ont osé accuser Jésus-Christ d'avoir usé de restriction mentale, â la veille de la fête des tabernacles, ses parents l'engageaient à y aller et à se faire coniiaïtre. « Allez.-y vous-mêmes, répondit le Sauveur • a pour moi je n'y vais point ,' parce que mon tempa n'est « pas çncore venu. » Quelques jours après, il alla à la fête en secret et sans être accompagné [3]. Jésus , comme on le voit , ne répondit pas : je titrai point ; mais : Je ny vais f)oint, parce que mon temps n*esl pas encore arrivé . nous ne sommes pas encore au moment auquel je veux y aller. Il

(1) Temerariam Ui interrogando curiositatem et importunitatein,qus tacere non sinit, anibigua responsione redarguere licet. — Ambiguë Icqui licet, quotiesnec tacere datur, nec ad verîloqtiium obligamur; et tamen ex signîficafioiie Teritatis peri^lum nebis , Tel tUeri imiiihiet. — Ambiguitas iBnnoaîs manifesia^ qum atteàf ionein j^lrarocat ad amiral inquirendam et ^vidius jrecipiendam majoris momenti yeritalem, ac erroris periculo caret, liclta est. (Benedictus Stattler, Ethica christiana communiSf part. 111, sect. ii, pag. 1S7.)

(2) Joan., XI, 11, 15. — Lazare dormait du sommeil de la mort, et sa mort refisemUàit à on sommeil ordinaire, piiisqa*il n*eii coûta pas plus à Jésû^-Christ, pour te faire sortir du tombeau, que s*il n^edt été qu'en» dormi. (Voir Maldonat et les autres commentateur».)

(ï) Joan., VII, 3-JO.

n*y a li ni équivoque , ni restriction mentale, ni ombre de fausseté.

D. Faut-il regarder comme des mensonges certaines exprès- Mons qui ne sont pas vraies à la lettre^ mais dont le sens est bien connu ? Par exemple : un domestique mentait en disant : rooa Diatlre.n*est pas ici, quoiqu'il y soit réellemenl ? — R. Ces expressions et bien d^auires du même genre ne sont point des mensonges.

ExpuGATioN. — Quoiqu'il ne soit |)as permis d'user d^équivoques et de restrictions mentales, il y a cependant certaines expressions qui ne sont pas vraies à la lettre, et dont on peut se servir, parce qu'elles. sont reçues par la coutume , et que le sens en est connu. Un domestique dit que son mature n*e$t pas à la maison, quoiqu'il y soit réellement : fart-il un mensonge? non , parce qu'il n'en impose point à ceux à qui il parle. Ne sait-on pas que ces paroles signifient : nion mattre n*est pas visible , il ne^ peut vous recevoir? Le sens de Texpression est connu ; personne ne s'y méprend ; ainsi il n'y a point de mensonge. Vous demandez de l'argent à emprunter à un de vos amis ; conome il sait que vous aimez un peu trop la dépense, cet ami vous répond : Je n'en ai pas ; et cependant il en a. Fait-il un mensonge? non, parce que les termes dont il se sert ne sont point de nature à vous tromper, et qu'ils signifient sioiplement, d'après l'usage reçu: Je n'ai point d'argent que je veuille ou que je puisse vous prêter (4). Vous interrogez OQ supérieur, un homme en place, un médecin, un avocat, une sage-femipe etc., sur une affaire qu'ils connaissent biea certainement ^ et ils vous répondent qu'ils ne savent rieo. Font-ils un mensonge? non, parce que, d'après l'usage reçu, le sens de leurs paroles est celui-ci : Je ne sais rien que je puisse vous dire. Un marchand vous dit : Il m'est impos-

B(l) Cesi du moins ce qn^enseignent la plupart des tbéologieiis nedernes. — Statuer, qui écrif aft en 17SS, pense que, dans ces deax cis» il y a réeUement mensonge. ( EtHica christiana communis , part. III, sect. n, pag. iU.)

sible de vous donner telle chose à tel prix , j'y perdrais ; c*est à cause de vous et uniquement' pour ne pas vous renvoyer que je vous cède ce drap à quinze francs le mètre , et tout autre que vous le paierait seize francs, etc. je n*y gagne absolument rien ; je vous le donne à prix d*emplet(e, au prix delà facture... ; fait-il un mensonge? non» parce que vous savez parfaitement à quoi vous en tenir sur toutes ces belles paroles ; vous eu connaissez le sens et la valeur et» si vous vous y laissiez prendre, c*est.que vous seriez plus crédule et plus simple qu'il n*est permis de l'être (i). Nous devons ajouter que les marchands devraient, dans leur propre intérêt , s'abstenir de tout ce verbiafge qui ne sert pour l'ordinaire qu'à les faire passer pour des charlatans. Quelquefois aussi ils ont véritablement l'intention de men* tir, et alors il est certain qu'ils pèchent ; ils sont surtout inexcusables si leurs mensonges sont .accompagnés de la profanation du saint nomi de Dieu ; ce qui n'arrivé que trop souvent.

Ces mensonges apparents dont nous venons de parler ne sont pas les seuls que la politesse exige. Les compliments qu'on s'adresse à chaque instant dans le monde, les souhaits mutuels qu'on exprime, les promesses qu'on se fait, ne sont pour l'ordinaire que des arrangements de mots auxquels on a donné le nom d'eau bmite de cour , parce que c'est surtout à la cour 'et dans les maisons des grands que se débitent avec profusion toutes ces formules qui ne trompent personne, ou qui» du moins, ne devraient tromper personne. — Saint François de Sales, sans désapprouver formellement ce langage , le trouve opposé à la simplicité chrétienne, et voudrait qu'on s'en éloignât autant qu'îl est

(1) Restriçtio sensibilis est, si mereator de merce sua cantestetùr : Non^possum dore pro minore pretio quam tmius flnreni, sinepr&prio damno, Oinnes enim renim periti Donint, hoc ÎDteUigi de damno taU , qao lacro jnsto inde spolietur, non de damno pretii» quo ipse pro eadem merce expendit. (Stattler, ibid.)

— 4ie ^ ^

possible, et que les paroles fussent toujours les Interprètes des pensées (4).

D. Est-il toit jours nécessaire de dire tout ce que Von pense ? — R. NoD; il y a , au contraire , une foule de circonslaoces où, sans recourir au mensonge» il faut se montrer réservé et discret.

Explication. — Quoiqu'il faille toujours penser ce que Ton dit, il n*est pas toujours nécessaire de dire tout ce que Ton pense ; il faut quelquefois user d*unesage réserve, pour ne pas laisser pénétrer ce qu*il est Important de tenir secret. On ne doit pas pour cda recourir au naensonge, mais Élire en sorte de concilier la vérité et la discrétion. — Telle fui la condaite d'Abraham , lorsqu'il engagea Sara , son épouse, à dire qu'elle était sa sœur, c'est-à-dire sa parente, ce qui était vrai. Taire la vérité , dans une circonstance ou rien ne nous.oblige à la dire, lorsque d'ailleurs on ne dit rien de faux, ce n'est point eommetlre on mensonge (%).

D. Que faut-il penser de l'hypocrisie, de ta flatterie, de la jactance, et de la feinte ou faux Semblant? — R. L'hypocrisie , la flatterie, la jactance, et la feinte ou faux semblant renferment un véritable mensonge , soit d'iietions, soit de paroles, et sont, par conséquent, autant de péchés.

Explication. — L'bypocrisîe consiste à affecter, dans ses paroles ou dans ses actions, une piété , une vertu, un sentiment louable qu'on n'a pas, afin de s'attirer l'estime et l'admiration du prochain.

La flatterie est une louange fausse ou outrée (qi^e l'on donne au prochain.

La jactance ou vanterie est une vaine louange qu*ôn se donne à sbi-même. ^

(1) Voir sur co sujet la Correspûmianm sur la politesse^ par ^%r révêque de Belley, pàg. 51-52.

(S) Aliod'^est falsum dicere, aliud venim tacere. 3. Aug. in psaL, v, numéro 7.

La fei»te ou faux semblaQi est un âéguîsemeDf, un arti« fic6, une ruse, un slratagàme par lequel on cache une chose sous une apparence contraire. Par exemple , on a, au fond du ccenr, une haine mortelle contre q^ielqu^un , et cependant on lui 4onDe des marques extérieures d amitié et d'af* fecUôiu

Tous ces rpoyens que Voù emploie^ pour tromper le prochain et lui en imposer, ont une liaison intime avec le mensonge; ou pJutôt ce spnt de véritables mensonges, et^ par conséquent, autant de péchés plus ou moins graves, selon le dommage <|ui peut en résulter pour te prochain

L'hypocrisie est de sa nature un péché morteL « Tout « hypocrite est un méchant, » est-il dit dans Isaïe (4)* « Ifalheur à vous, hypocrites! (î) » Cette exclamation, sortie de la bouche du Sauveur, se rencontre plusieurs fois dans TËvangile, et montre assez combien le vice dont nous parlons est horrible aux yeux de Dieu. Lo but de Thypocrite est de s'attirer Testime du monde ; ainsi, ce ne serait pas une hypocrisie de cacher ses péchés et ses vices, de peur de donner du scandale.

La flatterie est aussi un péché, parce qu'elle blesse également la vérité et la charité : elle nourrit l'orgueil du prochain, elle l'entretient dans ses défauts et dans ses vices, et le porte souvent à commettre de grandes fautes.

La jactance ou vanterie peut n'être qu'un péché véniel. Mais elle est souvent aussi un péché mortel : par exemple, si on se vante d avoir commis telle action criminelle ; si, par un motif d'intérêt, on- se vante de posséder des connaissances qu*on n'a pas^ comme d'être habile médecin, tandis qu'on ne sait absolument fien en fait de médecine ; si, tout en se donnant des louanges à soi-même , on manque gravement à la.chérilé .à l'égard du prochain, à Texemple du pharisien qui disait . « Je ne suis pas comme les autres bom-

(1) Omnis hypocrita nequaiUk Isaie, ix, 17.

(2) Vœ vobis, hypocritae!... Matth. xxn, 14-3V.

« mes, qui sont voleurs, injustes, adultères, ni même comme «r ce publicain ; je jeûoe deux fois paf semaine, etc. (4}. »

La feinte ou faux semblant, lorsqu'elle a pour but de nuire au prochain, est aussi un pécbé ; elle serait même un péché mortel, si elle était de nature à causer au prochain un dommage considérable. Mdiâf est-il également défendu d*avoir recours à la feinte lorsqu'on n'a en vue que te bien du prochain? doit-on regarder comme un mal les divers stratagèmes qu'emploie un habile capitaine vis-à-vis des ennemis de FEtat , afin de déjouer leurs projets et de les faire tomber dans les pièges qu'il ieur tend ?yQiet ce qu'enseigne, sur ce sujet, saint Jean Chrysostôme : « Il y a, dit-il, « des s^rtifices tout à fait ini^ocenls... Ouvrez l'histoire des a capitaines les plus célèbres, vous verrez qu'ils ont dû à 0 leur adresse leurs plus beaux faits d'armes, et qu'il y a « pour les statagèmes heureux une plus brillante renom-' « mée que pour les victoires gagnées par l'effusion du sang 0 sur le champ de bataille (2). » Le même Père enseigne qu'il est quelquefois permis de dissimuler, en vue de quelque bien qui doit en résulter pour le prochain, et qu'il y a des occasions où tromper de la sorte, avec pureté d'intention, devient un devoir auquel on ne peut manquer sans préjudice et sans blâme : « Ce n'est pas seulement dans la a guerre et contre des ennemis, qu*il est bon d'user de stra- « tagème, mais aussi dans la paix, et à l'égard de nos amis « les plus chers. Si vous ne croyez pas que ce soit là servir « les intérêts de ceux que l'on trompe, autant que les siens « propres, demandez-le aux médecins , apprenez d'eux « comment ils agissent envers leurs malades. Ils vous « diront que leur art, tout seul, ne suffit pas pour les gué- 0 rir ; mais qu'il leur est arrivé en maintes circonstances « d'appeler la feinte à teur secours, et qu'à défaut de la « science, la supercherie» heureusemeint imaginée, a sauvé

(!) Luc., rvni, 11-11

(S) S. JoaD. Chrysost. de sacardotio, lib. I« cap. r.

«tel bomme, snr qui tous les autres remèdes auraient «éeboué. • — « Loin d*ètre criminelle, dît-il encore, la «tromperie, où il, n'entre aucune intention de nuire , « de^nl un mpyen légitime et louable. Dans ce cas , elle « Gbange de nom ; ce n'est phis qu'adresse, prudenœ, une « lactique ingénieuse pour se frayer uûe route'lè où il n*y «en à point, et corriger sans violence et sans ei^portement < les travers d'esprit (t). »

D. Oufifaùt-ii pêfiserde ht cryptologie et de la cryptâçrapMe ? ~R. Elles sont quelquefois pei:mi8e8; quelquefois aussi elles renienneot un véritable mensonge et sont par conséquent illicites.

ExPLiGATioif . — La cryptologie (2) est Fart de parler à une personne en termes tels que les autres personnes qui nous entendent, et qui connaissent la langue dans laquelle nous nous exprimons, ne peuvent nous con!)preâdre. La crypta^ grahie (3] est l'art d'écrire à une personne d'une (elle manière que les autres Ipersoones q^ liront noir^ lettre n'y comprendront ri^n, quoiqu'elles sacbent très bien la langue dans laquelle nous avons écrit (i).

(!) S. Joita. Chry^^t. de sacerdotio, lUi^. I, cap. v. — S. Jean Chrysotcime raconte, à Tappui de son sentiment, l*knecdote suWante : Un iQalade, qui avait ime ^vre violente,, ne v#iiUtt pofu- tovte boisson que du.vin pur. Lui tMH donner, c^eût été lui eauser la ;nort. Ce que la science n^avait pu obtenir, il fallait l'attendre de Tadrcsse , et celle-ci ent un pWn imccès. Le médecin s'avisa de tremper dans du vin un vase déterre que Ton fenait de retirer du four, et le remplit d^cau. Il présenta^ensttitè au malade le prétendu ^in qUe eeluifd, trompé par Todeiu*, s*eiiq^ressa d*avaler d'un traita L'eim transformée en vin par l'imagination do malade, opéra; elle calma les ardeurs de sa fièvre et l€; guérit. On, ne finirait pas, ajoute^t-i1, si Ton vouthit rapporter toutes les anecdotes de ce genre, où l'adresse du médecin a suppléé à la science.

(8) De xpuTCTM, je cache, et Xoyoç, discours.

(t) D&'XpuTrroç^ eacbé, secret, et de ypé^y^ j'éeris.

(4) Ars ^ni loquendi, quin alius quisoumque, liçet sermonem auscultans etMingus peritus, quse loqnimur intclligere queat, cryptologia didtur. Ars vero uni scribendi» quin alius quicumque, legçns scripta et lioguœ peritus, quœ scripto secmoni sensu subjecta a nobis sint, rescire qoeat, dicitur cryptographia. (Staitler, Ethica christiana çommuniSy part 111, sect. il, ppg. 189.)

La cr^'ptologie et la cryptographie sont licites, fontes les fois qu'en les emplayani on oe fait qu user du droit qu*(m a de cacher aux autres certaines choses ou certains fints que, de vive voix ou par correspondance^ on veut foire conoattre seulemeint à un petit nombre de personnes. Ibis elles^deviendraîent illicites, sî on s*en servait dans le dessein de tromper im tiers ; parce qn alors elles renfemieraieot un véritable mensonge (4). — Ce qui vient d'^re dit pçiH s appliquer à la Uéganojiraphie [l], ou arl d'écrire ^ chif' fres et d'expliquer cette écriture.

ARTICLE TBOISIÈME.

PE tA CALOMNIE.

= D. ^Qu^ est-ce que cabmnier ? -77 R. C'est imputer au prochain des fautes qu'il p'apivs commises ou des d^^autsqù'i! n^a pas.

^ >ExPLicATioit. -«--Noircir la réputa^eo du fNrooliaio> en disant de lui du mal qu'il n'a pas faîi , ou ^1 M attribunt des défauts , des vices qu'il n a paa : v)»ilà, fnes eofonls, oe que c'est que calomnier. Xa calomnie est un mensonge pernicieux, et elle bless^ en n)éme temps Ja charilé et lajoslice. 4^ La charité : n*c9(<-ce pas se montrer Tennemi de soo frère que de flétrir soh honneur? Jugez-voits iqu'on voos aime, SÎ l'on use à votre égard d'un sem*blabîe procédé^ Quelle idée i'Espnl-Saint nous a-t-il donnée de ceux qui tombentdan^ ce désordre ? sous quels traits les a-4^il peiaU? t Les détracteurs sont haïs de Dieti (3) ; ils sont l'abomiDa- « tiondeshon\mes(4}. Ceqx qâr, dans lesecret, parlent mal a du prochain, ne sont rien moins .qq'un serpent qui mord

(1) Gryptologiaf et cbryptOjjfràphia licita stmt, quoties licitiim est aUis dfsdmulftre'qQie reyehrre vm'soluifitiiodo t^ paucis, loquendo fel scrit>endo, Tolunttts. Cryptotogia ei cryptographia, uti conjuncta cum proposho fallendi teitium, falsoloqnium «lorale importai. {Idem, pag. 149.)

{%) De ffxrfxWç, couvert, caché, et de Yp^^J, j'écri»;

(3) Detractoret Deo^KHbiles. (Bmn., i, $0.)

(4) AbomiuaUo hominum detractor. (Prot^ ixir* 9.)

« sans faire dé bruH (I). Lear langue est une flèche qui « blesse crue]IemeDt [i). Leurs lèvres distillent le venin des « a^ics (3). » 2^ La dalomnie blesse la justice : la réputation du prochain est son bien ; il n'a point de propriété plus sacrée et plus inviolable, et Us calomniateur le lui ravit; il lui arrache des mains un trésor préférable, dit TEsprit- Saint, aux plus grandes richesses (4) ; il est donc dans la force du terme un voleur. Il est aussi un véritable assassin : il n*attente pas, il est vrai, à la vie de son frère, mais il se fait un barbare plaisir de tuer sod honneuf*, qui lui* est plùs^cher que la Tie !... Enfin , mes enfants , lé calomniateur agit en démon : la catomnie est proprement le péché du diable qui est appelé dans TËcriture , Vaccusateur et le calomniateur rfe ses frères (5).

^h, A quoi e9t tenu le calomniateur? —IL Le calomniateur est tçdu de se rétracter, et de répai^er le dommage qu^il a causé.

Explication. — 'Le calomniateur est tenu de rétracter toutes les footsetés qa*il a racontées sur le prochain ; il eal <d9ligé â*a vouer ^n tort dans toute son étendue. Si sa ré* potatioQ en souffre, celle du proiebain qull à indignement flétrie exige impériausefûent ce sacrifice ; sans cela , point de pardoD à espérer^ et, par conséquent, point de salut. Un voleur ne doit-il pas, s*il veat«e récoiH^ier avec Dieu et se sauver, restituer le tMon qu'il i usurpé? Or, le calomniateur a privé le.procbaia d'un bien plus précieux miljj» fois qtie tous les trésors ; il lui a volé son honueur : il doit donc le loi resdtoer^ et, pour œla, rétrocier franchement ei posi* tiveme^' tout le mal qu'il a. inventé conire lui. — Ce n est

(1) Si mordedt serpens in sUentio, AihU eo mSnus h^bet qui occulte <lelrahit. (Eccl., x, irO • - ^

(t) Sagitta Ttinerans Ikigiia eorum. (Jer., ix^ S,y (S) VeneDom aspidom- sub labHs eorum. (Psal*, xiii, 3.)

(4) Melius est nomen bomim quam diiritiae multse. (l^rov., xxii, 1.)

(5) Projecius est accusator fratrum Hostrorum, qui accusabat cos aute coDspectum Dei nostri die ac nocte. (Âpoc, xii, 10.)

l^lout : si la calomnie a causé qùelqoe ^oœoiageau pro* chaîD, il y a obligation de le réparer. Vous avez été cause, par exemple , que cet ouvrier a manqué de travail pendant un mois T vous devez l'en dédommager, et lui payer la somme qu'il aurait gagnée , si vous ne l'aviez pas ca* lomnié.'

D. Quelle vst, de toutes Us persécutions auxtfuelles lejjusie est exposf, là plus cruelle ? » R. Cesi la calomnie.

Explication. -« « De toutes les pers&;u(ions auxquelles les justes doivent s'attendre a être éprouva sur la terre, la plus cruelle c*esl la calomnié, [^e sentiment en pénètre plus avant dans Târae que les violences les plus déclarées. Il y a dans les autres épreuves divers adoucissements qui en corrigent Tamertume, tels que celui de rencontrer des personnes qui vous encouragent et vous applaudissent, qui paraissent disposées à s'associer à votre Sort , et vous cou* ronnent à Tavance par les éloges qu'elles donnent à votre patience. La calomnie enlève jusqu'à la ressource des consolations humaines. On ne soupçonne pas même Tbéroïsme nécessaire pour n'en être pas accablé; ou bien on vous accuse d't/ne sorte d'indifférehoe sans vertu, quapd vous ne lui opposez que le silence. Lé trait ^qu'elle enfonce dans le cœur est quelqueMs si vif, que I t>n a vu souvent des hommes préférer la rtiort è l'opprobre qui en rejaillissait sur leur personne... Job avait pu perdre à la foie ses richesses et §es enfants, être frappé dafis sa chair, endurer lés reproches de sa femme sans se permettre la plus légère plainte ; il ne tient pas aux insuMes <^omnieuses dé ses amis, x]uî lui font un crime de ses disgrâces et cherchent à les expliquer par la vengeance du ciel irrité contre ses péchés (t). Aussi saint Paul comble- t-il de louanges les saints, pour leur courage à supporter , non seulement la perte de leur biens ou les mauvais traitements; mais les injures elles

(1) Job, XXVII.

calomnies (4); el Jésus-Cbrist, dans ses béatitudes (%), pro pose une magnifique récompense aux justes éprouvés pai ce genre de persécution : «Vous êtes heureux, lorsque les. « hommes... diront faussement toute sorte 8e mal contre c vous; réjouissez- vQus, et tressaillez de joie, parce qu'une « grande récompense vous est réservée dans les deux (3). »- Il place cette persécution à la suite de toutes les autres » parce que, de tous les commandements, c'est celui dont lobservation suppose la plus haute vertu (!]•

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