MADAME DE CHANTAL
Madame de Chantai, après avoir perdu soo époux, crut enieodre et elle enteodi} eo effet, au milieu de l'agitation du siècle, le Seigneur qui lui disait, comme auuefois à Abraham : c Sortez de la terre .que vous habitez ; séparez -^vous de votre famille (3) ; ue tous laissez retenir di par les prières de Famitjé, ni par la voix du sang, ni par les droits trop impérieux de la nature. » Docile à la voix de 60D Dieu, elle forma aussitôt la résolution de quitter le monde, et quelque temps après elle exécuta son pieux dessein. Mais quel mo* meot que celui qui renlève à ce qu'd y^ a de plus cber l-Le deuil et la consternation forment Tappareil du départ $ les pauvres réclament, d'une voix lamentable, leur bienfaitrice et leur mère. La maison retentit de soupirs, tdut est eu pleurs autour dVlle : des parents dont elle fait les délices, une famille dont eHe est le soutien et Pespérance. Un père, encore plus défaillant sous le poids de la douleur que sous celui des années la conjure d'avoir coin[iassion de sa vieillesse ; dçs enfants inconsolables unissent leurscris à ceux de leur aïeul, et représentent les dangers que va courir leur jeunesse abandonnée.!. Quels objets plus capables d'attendrir un cœur aussf .sensible quç le sien ! 11 est ému, mais il nVst point
(1) Luc , xxn, 26. — Matth., xrî, 84. — Ibid:, rvm, «4. — Ibtd., xxm, 12.
(2) Voir sur ce sujet le Catéchisme du P. Bougeant, tam. II, pag. 296-
(3) Egredere de cognatione tua... (Gen., xii, i.)
ébranlé. Dieu rappelle, il parle : < Séparez-tons de votre famille, v rile part... Je me trompe, mes enfants ; nn nouvel obstacle Parrête. Son fils qui n*a pu jusqu'ici Parrêter par ses larmes et par ses prières, fait un dernier efiforl bien propre à peindre la situation de son âme : il se prosterne aux pieds de sa mère et lui dit d'une voix entrecoupée de sanglots : < 0 la plus chère de toutes les mères ( c pouvez-vous mécoonatlre celui à qui vous avez dono^ le jour? c Eh bien ! puisque mes larmes sont impuissantes, ce ne sera qu'en c passant sur le corps de votre (ils, que vous vous arracherez à c lui ; je suis trop faible pour vous retenir, mais du moins je serai c la première victime que vous immolerez. * En achevant ces mots^ il tombe étendu sur le seuil de la porte et fait de son corps une barrière. Ace spectacle, madame de Chantai s'arrête; sa force l'abandonne, ses yeux se baignent de larmes, ses entrailles sont
déchirées mais Dieu la soutient par sa grftce, et la grâce
triomphede la nature ; Dieu parle, Tobstacleest franchi... ellepasse^ et cette victoire dont le monde murmure, dont fa nature frémit, dont la religion elle-même s'étonne, cette victoire sur son cœur lui assure pour toujours celui de son Dieu. — Où trouver un plus bel exemple de coopération à la grâce et de fidélité à suivre les conseils évaogéliques (I) ?
MéWçmvt xxwnu
DES ACTB8 HCMAINS.
D. Que faut-il entendre par actes humains f — R. Par actes humains, il faut entendre les actions de l'homme qui procèdent librement de sa volonté.
Explication. — Quelques notions sur les actes hurodins soDt absolument nécessaires, mes enfants, pour rintdligence de ce que nous dirons bientôt du péché.
On ne regarde point comme actes humains, ni les mouvements d*un homme qui est dans le sommeil ou dans le délire, ni ceux d'un enfant qui n*a pas encore atteint Tâge de raison , ni les sentiments qui sont inhérents à notre na-
li) Vie de sainte Chantai.
Uire , QoauBie le désir de vivre » Thorreur de la mort ; ces aotes et ces sentimeuls qui De soot (Mrs libres et dont y D'est pas au pouvoir de rhomme de s*abstenir, sont appelés communément les actes de rhomme. On ne donne lé nom A*actes humains qu'à ceux dont Thomme est mattre, ou qui procèdent dé sa volonté , en tant qu'elle agit avec connaissance et liberté.
D. Comment se divisent les actes humains ? — R. Les actes humains se divisent en actes élicites et commandés, bons et mauvais, intérieurs et etiérieurs.
Explication. — Les ac^es bunoains , ooimne boqs venons de le dire, sont ceux qui procèdent de la volonté, qui ont pour principe la volonté de Tbomme, en tant qu'il agit avec connaissance et avec choix ; ils sont de difTérentes espèces. On les divise, 1 "" en actes élicites et en actes commandés : les actes humains élicites, eîiciti, sont ceux qui procèdent immédiatement de la volonté seule , comme ramour de la vertu et la haine du vice ; les actes commsndés, m^perati, sont ceux que la volonté seule commande, et que d'autres puissances exécutent , comme Faction de parier , de marcher. 2^ En actes bons et en actes mauvais : les actes bons , sont ceux qui sont conformes à la loi de I>îeu ; les actes mauvais sont ceux qui sont coaUraites à cette mène loi. 3** En actes intérieurs et en actes extérieurs : les actes intérieurs sont ceux qui demeurent concentrés au dedans de bous; les actes extérieurs sont ceux qui se produisent aa debofs^ oocnoM nos discours, nos démarches.
D. Qtt^est-ce que te vMantudreJ*^^, Le volontaire est un acte qui éoiaoe de k volonté de f homme, iigissoiit avec la eooBaissMiee 4oeequ'Uf«it.
Explication. — Pour qu'un acte soit volontaire, il fout nécessairement deux choses : la connaissance de ce qu'on Ibit et Tînclination de la volonté. Par conséquent, les actions qui se font, ou sans connaissanoe» wam» dans le sMunoil,
OU sans inelioaUcMi, oomme celles qui se fout par violence, ne sont point voloolaires.
Le voloniaire se cUvtee en voloolaire parfait ei en volon^ laire imparfoil^en volontaire direct et en volontaire indirect, en volontaire exprès et en volontaire tacite , en volontaire libre et en volontaire nécessaire. — Le volontaire eslparfait^ qudnd on agit sans aucune répugnance et avec "une pleine connaissance de ce qu'on fait ; il est imparfait, si on agi( avec quelque répugnance ou si on n a pas une connaissance entière de ce que Ton fait. — Le volontaire est direct, quand la volonté se porte directement à tel acte ; tel est Tbomicide dans un homme qui , voulant la mort de son ennemi , lui a donné lui-même ou lui a fait donner le coup mortel ; il est indirect, lorsque Tacte n^esl volontaire que dans sa cause ; tel est le blasphème dans celui qui s'est enivré volontairement , sans surprise , et qui a pu prévoir que dans son ivresse il serait capable de blasphémer. — Le volontaire est eacprès, lorsqu'on manifeste son consentement par quelque signe extérieur ; il est tacite, lorsque le 3ilencequ6 Ton garde peut être regardé comme preuve ou comme signe du consentement ; ce qui a lieu , par exemple , dans ceui^ qui, élant chargés d office de parler ou de s'opposer à ce qui se fait, se taisent et ne montrent aucune opposition. — Le volontaire est libre, lorsque Tacte se fait avec connaissance et avec choix, et que la volonté s*y porte avec la faculté de faire le contraire; il est nécessaire, lorsque Tactese fait en vertu d'un penchant, d'une inclination à laquelle il est impossible de résister ; par exemple, lamour du bien eo général est un sentiment volontaire einécessaire ; mais Pacte par lequel notre volonté se tourne vers tel ou tel bien en particulier est un acte volontaire et libre. Ainsi , tout acte libre est volontaire, mais tout acte volontaire n*est pas libre.
D. Quelleâ »enl les causes qui peuvent nuire au volontaire et au libre arbitre ? — R Les causes qui peuvent nuire au volontaire et au libie «rhitte soot : la vioUace, la crainte, la coocupis» cence et Tigaorance.
B. Qu*est'ce que la violence^ — R. La violence est une force majeure venant d^une cause extérieure et libre, qui nous porte à faire une chose que notre volonté désavoue.
Explication. — Nulle vioIeDce ne peut faire que les actes éficites de la volonté soient involontaires, puisque ces sortes d actes sont Tinclination même de la volonté, laquelle, dit saint Anselnie , ne peut être forcée de vouloir une chose malgré elle (4). Mais il n'en est pas ainsi des actes extérieurs; le plus fort peut contraindre le plus faible à faire une chose malgré lui, ou Tempècher de faire ce qu'il veut faire. — La violence entière ou absolue empêche totalement le volontaire ; en effet, une action n'est volontaire, qu autant que la volonté y consent. Quand la volonté ne consent point du tout à une action , elle est donc absolument involontaire ; or, c'est ce qui a lieu quand la violence est entière et absolue. Mais si la violence n'est que partielle, elle diminue seulement le volontaire ; la volonté ne refuse pas entièrement son consentement ; elle consent en partie et résiste aussi en partie; en sorte qu'il y a péché, parce qu*on n'a pas résisté autant qu'on le pouvait , mais le péché est moins grave qné si on avait agi sans contrainte,
D. Qu^cil ce que la crainte ? — R. La crainte est une inquiétude de rame, un trouble de l'esprit, un sentiment pénible excité par Timage ou la pensée d'un mal à venir.
Explication. — La crainte qui provient d'une cause purement intérieure ou naturelle n'empêche point qu'un acte ne soit volontaire , parce qu'elle n'empêche ni la connaissance , ni la liberté du choix de la part de la volonté. Par exemple, un malade promet à Dieu de faire une aumône aux pauvres, s'il recouvre la santé ; quoiqu'il agisse par la crainte de la mort, il agit volontairement et librement. Hais la crainte qui provient d'une cause extérieure diminue plus ou moins le volontaire , selon qu'elle est plus ou moins
(1) Iniritus nemo fotest velle, quia non potest velle, nolens velle» S. Ansel. de lib. arbr. c. 6.
grave ; il est évidenl , par exemple , que le volontaire est considérablement diminué dans celui qui se porte à telle ou telle action, pour éviter la mort dont il est sérieusement menacé c!e la part d'un ennemi.
D. Qu* est-ce que la concupiscence'^ — R. La concupiscence^ en général, est un désir ardent, un mouvement inlérieur, un pencliaoi qui nous porte plus ou moins fortement vers un objet sensible et agréable à la nature.
Explication. — La concupiscence qui prévient le consen* tement de la volonté, et qu'on di^^We antécédente , lorsqu'elle est d'une telle violence qu'elle Ole la présence d'esprit et l'usage de la raison, détruit le volontaire et excuse de tout péché ; mais elle n'excuse pas entièrement du péché« si elle ne fait que troubler l'esprit, sans suspendre l'usage de la raison. Quant à la concupiscence que les théologiens appellent subséquente , c'est-à-dire qui est excitée par la volonté elle-même, loin de rendre un acte involontaire, elle est au contraire une preuve de la force et de l'intensité avec laquelle la volonté s'y porte, et par conséquent, elle augmente le péché.
D. Qu'est-ce que ^ignorance ? — R. L'ignorance est un défaut de science ou d'instruction en salière d^obligations.
Explication. — On distingue plusieurs sortes d'ignorance : l'ignorance de droit et l'ignorance de fait ; Tignorance in* vincibleet l'ignorance vincible ; l'ignorance crasseet l'ignorance affectée. — L'ignorance de droit est celle qui a poUr objet la loi ou l'extension de la loi ; par exemple, on ignore si le mariage entre parents est prohibé jusqu'au quatrième degré. — L'ignorance de fcût est celle qui tombe sur un fait particulier ou sur quelques circonstances de ce fait ; oo ignore, par exemple, que telle personne est parente à une autre au degré prohibé. — L'ignorance intnnctfrte est celle qu'on n'a pu surmonter , moralement parlant , par les moyens ordinaires ; l'ignorance m'nct&te est celle qu'on peut tnoralement surmonter, en prenant les moyens que preii»
— Minent ordinairement les personnes sages et prudentes de la même condition. L'ignorance est regardée comme invincible , lorsqu*il ne s'élève aucun doute , aucun soupçon , aucune idée, même confuse, touchant la malice de TactioD qu'on se permet ; elle est vincible, dans celui qui, ayant quelque doute, quelque soupçon sur la malice de son action , el sur Tobligation d'examiner si elle est réellemeni bonne ou mauvaise , néglige néanmoins cet exanien : — Ainsi l'ignorance vincible vient de la négligence. Si la négligence est grave , l'ignorance qui en est la suite est une ignorance crasse ou grossière. Si, outre cette négligence, on a le dessein formel ou le propos délibéré d'éloigner les moyens de s'instruire, Tignoraoce devient affectée (4).
L'ignorance invincible, soit de droit, soit de fait, rend l'action absolument involontaire et par conséquent innocente devant Dieu. Par exemple, un homme tue son ennemi, croyant invinciblement que c'est un loup, et il est bien disposé à le tuer de même, s'il savait que c'est son ennemi : cette ignorance rend son action tout à fait involontaire, puisqu'elle est faite sans connaissance, et qu'elle n'es! voulue ni eu elle-même ni dans sa cause, c'est-à-dire dans l'ignorance qui l'accompagne , puisqu'elle est invincible, comme on le suppose. N'importe, que celui qui tue son ennemi dans l'ignorance, le tuerait également s'il le connaissaH : cette disposition est criminelle à la vérité, mats elle i^ fait pas que l'homicide commis. dans l'ignot^anceinvîn* cible soit volontaire ni par conséquent un péché.
L'ignorance vincible n'excuse pas entièrement du péché ; mais elle rend le péché moins grave, parce qu'elle diminue plus ou moins le volontaire et qu'on agit alors avec moins de connaissance.
L'ignorance affectée augmente le volontaire et la malice du péché ; en effet , craindre de connaître ses obligations ,
(!) Mgr Gousset, Théologie morale, tom. I, pag. a-9. — Voit, deact» ftuman. — Dens, Tract, de act. hum. — BiUuart, de act. hum.
désirer les ignorer, afin de se livrer phis librement à ses mauvais pencbants, c'est iDcmtrer pour le mal une ardeur, BQe affeetkm qui en augmente évidemment l'énormîté.
D, En quoi consiste la moralité des actes humains ? — R. La moralité des iicles humains consiste dans leur confarmité à la loi qur en est !a règle.
Explication. — Nous sommes libres et deslinés à une certaine fin. Pour parvenir à cette fin, il faut que nous y dirigions nos actes humains, c'est-à-dire ceux que nous faisons volontairement et avec choix, ei que nous suivions certaines règles de conduite. Ces règles de conduite ne sont autre chose que la loi de Dieu et la manifestation qu'il a bien voulu nous faire de ses volontés. — C'est dans le rapport qu^ils ont avec cette loi que consiste la moralité des actes humains. Lorsqu'ils y sont conformes, on dit qu'ils Sont moralement bons ou justes, et lorsqu'ils n'y sont pas conformes, on les appelle moralement mauvais ou injustes,
— Pour qu'une action soit moralement bonne , il ne suffit pas qu'elle soit conforme à sa règle , par sa nature ; il faut encore qu'elle le soit par les circonstances et par l'intention de celui qui fait cette action ; manque-t-elle en quelqu'un de ces points? elle est moralement mauvaise. — Ainsi on distingue dans une action deux espèces de bonté et deux espèces de malice : Tune intrinsèque et l'autre extrinsèque^ celle-là se Ure de la nature de Taction, et celle-ci des circonstances qni l'accompagnent et des intentions de l'agent.
— Nous reviendrons lout-à-l'heure sur ce sujet.
D. Y a-t'it des actes humaine indifférents^ — ^R. Il y en a qansA à l'espèce, mais il n'y en a point quant à l'individu.
EiCPLiGATiON. — Un acte indifférent est celui qui n'est ni bon ni mauvais, ni conforme, ni contraire aux règles des mœurs. — On peut considérer l'acte humain ou dans son espèce, ou dans son individu. L'acte humain, considéré dans son.e^)èce seulement, c'est l'acte envisagé par rapport à son seul objet, en faisant abstraction de sa fin et des
autres circoostanoes qui peuvent l'accompagner. L*acle humain considéré dans son individu est Tacte envisagé par rapport à son ofcjet, sa fin et toutes les circonstances dans lesquelles il est exécuté. — Il est certain qu'il y a des actes indilTérenls quant i Tespèce , m specie : comme se promener, se moucher, se chauffer ; Tobjet de ces actions est évidemment indifférent et n'appartient pas aux mœurs. HaTis il n'^ a point d'acte indifférent quant à l'individu ; en effet, toute action envisagée en particulier, in individuOy a une fin qui la spécifie ; elle est donc telle que cette même fin vers laquelle elle tend. Or, il ne peut y avoir de fin indifférente : car il n'y en a pas d'autre que le créateur ou la créature. Si l'action a Dieu pour fin, cette fin est bonne, et l'action par conséquent. Si l'action a pour fin la créature, cette fin est mauvaise, et faction aussi, parce qu'il n'est point permis à l'homme de se proposer pour fin la créature et de s'y reposer comme dans sa fin. La fin unique à laquelle l'homme doit rapporter toutes ses actions, c'est Dieu, selon ces paroles de saint Paul : t Soit que vous mangiez, soit que « vous buviez , soit que vous fassiez quelque autre chose , « faites tout pour la gloire de Dieu (4). » Toutes les actions qu'on ne rapporte point à Dieu sont donc mauvaises, puisqu'il y a obligation de les lui rapporter toutes. — Une parole inutile n'est pas indifférente , puisque , selon que Jésus- Christ lui-même l'a déclaré , celui qui Taura proférée en rendra compte au jour du jugement et recevra le châtiment qu'il mérite (2); il en sera de même, à plus forte raison, des actions inutiles, qui sont pour le salut d'une bien plus grande importance qu'une simple parole (3).
D. Que faut-il entendre par la fin des actes humains ? — R. Par la fia des actes humains, il faut enteadre le but qu^on se pro-
(0 I. Gop., X, 81.
(S) Matth., XII, 86.
(8) Si de verfois otiosis redditnr ratio , quanto magis de operibos. S» Hyeron.
pose dans ses aelîons , le bien auquel ou leod el qu*0D désire obteoir.
Explication. — La fin des actes humains se divise en fin intrinsèque^ et en fin extrinsèque. La fin intrinsèque est celle à laquelle une action tend d elle-même ; par exemple» le soulagement du pauvre est la fin intrinsèque de l'aumône, parce que c'est à cela qu'elle tend d'elle-même et par sa propre nature. La fin extrinsèque est celle que lageni se propose et qui dépend du choix de sa volonté — La fia extrinsèque est ou prochaine , ou éloignée, ou dernière. La fin prochaine est celle que Ton a prochainement en vue dans ses actes ; la fin éloignée est celle à laquelle on tend par le moyen de la fin prochaine ; la fin dernière est celle à laquell(B la volonté s'arrête, sans aller plus loin. Par exemple, vous vivez avec la plus grande économie, afin de faire quelques réserves, et votre intention est de distribuer ces réserves aux malheureux, pour obtenir un jour la récompense éternelle promise à ceux qui auront fait l'aumône : faire quelques réserves, voilà la fin prochaine des privations que vous vous imposez ; le soulagement des malheureux en est la fin éloignée ; la récompense éternelle en est la fia dernière.
D. La fin qu*on se propose^ en agissant^ concourt-elle à la mo^ ralité de Vacte ? — R. Non seulement la un qu^on se propose, en agissant, concourt k la moralité de Pacte , mais elle peut aussi augmenter la bonté ou la malice d^une action qui est bonne ou mauvaise dans son objet.
ExPLiCATiON. — r La fin rend une action bonne ou mauvaise, comme nous l'avons déjà dit, d'indifférente qu'elle était : par exemple, la promenade , qui est indifférente de sa nature, devient moralement bonne, et si on la fait dans l'intention de se délasser et de se mettre) en état de mieux remplir ses devoirs ; elle devient, au contraire, moralement mauvaise, si on s'y livre par un motif de vanité, ou par un autre motif contraire à la sainteté de la morale évangélique. 2^ La fin peut augmenter la malice d'une action mau-
Taise de sa natore : vt>Ier pour avoir de quoi 8*emTi«r€8fc une action plus mauvaise que voler pour subvenir à quelque besoin raisooiiable. a* La êo peot augmenter la bonté d*one actioa bonoe de sa aaHire : jeûner pour se onortifier et en même temps pour pouvoir ^k*e 1 aumône est, sa» contredit, une meilleure action que jeûner seulement par esprit de mortification. 4* La fin peut rendre une actisi mauvaise, de bonne qu'elle était : per exemple, jeûner par hypocrisie, c'est un pécbé« Mais, d'un antre côté, la fin, quelque bonne qu elle soif, rinlention, quelque pure qu'on la suppose, ne peut jamais rendre bonne une action mao* vaise de sa nature : « Nous ne devons point faire le mal, Ai « saint Paul, pour le bien qui peut en résulter (4). »
D. Quelle doit être la fin dernière de toutes nos acthnsl^ R. Nous devons rapporter k Dieu tocrtes dos actîoos, comme i notre fin dernière.
Explication. — Les paroles de saint Paul que nous avons déjà citées ne peuvent taLsser aucun doute à cet égard : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soîl que « vous fassiez autre chose , faites tout pour la gloire de « Dieu (2). » On peut rapporter à Dieu ses actions ou oclueîlementoa virluellemenl ou implicUement. Le rapport est actuel, lorsque, par un acte exprès de la volonté , on offre ses actions à Dieu et qu'on les fait dans la vue de lui plaire. Le rapport est virtuel , lorsque , après avoir offert à Dieu une action en particulier ou toutes ses actions en général, on agit en vertu de celte première intention. Le rapport est Implicite , lorsque la volonté se porte à telle action par un motif bon, honnête et louable en lui-même, quolqu'en disant cette action on ne pense point a Dieu , et qu'on agisse par des sentiments purement naturels. — Il est plus parfait , sans doute , de rapporter à Dieu ses actions actuelle*
(1) Non faciamus mala, ut eyeniant bona. Ronu, m, 8.
(2) SWe mandacatis, sive'bibitis, sire afind qnid fidtiSy ommtiB gle- Tiam Dei facite. I. Ck^r., x, 11.
— ftl9 —
nent ou Yîrtoetlefiient ; toa(«fDts, Hnteotion implicite saffil pour la moraKtéd'uQ acte baoeo loi^mème ; cet acte, qooi* qa*oii le fhsse uniquement parce qu*i1 est honnête et conisnneà Tordre, se rapporte luî^mèmeà Dieu, comme étant la 9ouroe de toute bonté et de toute justice. « Telle est, par exemple, l'action d*un pécheur impénitent qui lait TaunAne à un paurre par oompassion naturelle, ou celle d'un infidèle , qui , par pure tendresse et reconnaissance naturelle, soulage son père dans les douleurs de la maladie , ou dans les misères de la pauvreté. Quoique ni ce pécheur qui esl impénitent^ oi cet infidèle qui ne connaît point Dieu ne songent à rapporter lenr aeâen à Dieu , cependant oomme cMe est par eHe-mème eouforma à la loi naturelle et k l'ordre que Dieu a établi , s'il ne s'y mêle d'aiMeurs aucun mauvais motif, oeiteaotîoB étant bonne de sa nature se rapporte oécessttremeot à Dieu par eUe-mème, parce que Dieu esl nécessairement la fin de toute bonne action, comme il en est le premier principe (4 ). »
D. Les iireânstances det deUt htmams tCînfluent-etles pas mmêH mr leur nwratité'i'^ fL Om, les drcoostanees des actes bnmaios iofloeol sur leur bonté ou sur leur malice.
E»Li€ATio!f. — Un pauTre feit t'auméne à son ennemi ; eette action est beaocoup plus louable , beaucoup phis mérikiire que celled un ncbe qui fait rattmêne à son ^srmi. On voie è on pau^e une légère somme ; on peut en cela être pèua coofwble que eî on volait è un riche une somme considérable. H peut se fiaire aussi qu'un acte acquière, è raison das cîfcoAStances qui l'acoomipagnent , une malice spéciale quil n'a point de s» naHire : par exemple , le vol comnns dans oae égKse devient on saerilège.
Une etrcenslaiKse véniellement mauvaise ne détruit pas loate la bonté de Taoïion è laquelle elle survient, parce €|a'eila n'est qu'un accessoire qui n'empêche pas la fin principale. Un pécilteni, par «temple, armé d*une sainte indi-
(1) Catéchisme du P. Bougeant, tom. II, pag. 190.
gnalioD contre lui-même, va un peu au-delà des bornes de la mortification. Celte circonstance , qui part souvent d*un secret ainour-propre , d'un orgueil subtil qui est un péché véniel, ne corrompt pas tout d'un coup toute sa pénitence et ne lui en fait pas perdre tout le fruit ; autrement il faudrait presque dire que toutes les œuvres des justes mêmes sont des péchés, puisqu'il n*y en a guère où il ne se glisse quelque circonstance mauvaise, quoique légère ; ce qui serait une grave erreur que l'Eglise a condamnée.
D. Vacte extérieur ajùnie-t-il quelque chose à la bonté ou à la fnalice de Pacte intérieure — R. L*acle extérieur, coosidéré en lui-même, ne rend pas meilleur ni phis mautaîs l'acte intérieur; cependant l'acte extérieur (kit qu*on mérite une récompense ou une peine particulière, que les théologiens appellent accidentelle.
Explication. — Les divines Ecritures ne louent el ne blâment pas moins les actions qu'on a voulu faire sincèrement, quoiqu'on ne les ait point accomplies , que si on les eût accomplies en effet ; elles ont donc devant Dieu la même bonié ou la même malice essentielle. C'est ainsi que Dieu récompensa l'obéissance d'Abraham , de la même manière que s'il eût réellement immolé son fils, parce qu'il était dans la dii^sition de l'immoler. C'est ainsi que Jésus Christ nous avertit que le simple désir de l'adultère rend un honraie aussi coupable que s'il avait commis le crime (4 ) . En effeU , l'acte extérieur n'étant que l'expression de l'acte de la volonté , laquelle est le principe du bien et du mal , il ne saurait, considéré en lui «même, ajouter ni à la bonté ni à la malice de l'acte intérieur. Nous disons : tonsidéré en lui^ même; car, si on le considère dans les circonstances qui l'accompagnent , dans les suites qu'il peut avoir, dans le scandale ou l'édification qu'il peut donner, dans les efforts plus ou moins grands qu'il exige, il acquiert un plus haut degré de bonté ou de malice, et, dans ce sens, il est vrai de dire que celui qui fait extérieurement le bien ou le mal a
(i) Matth., V. as.
plas de mérite ou se rend plus coupable que s'il se bornait au simple désir. Aussi Tacte extérieur est-il suivi d*one récompense ou d'une peine particulière que les théologiens appellent accidentelle. La récompense accidentelle des bienheureux consiste dans la joie qu'ils ressentent du bien qu'ils ont opéré ; et , par conséquent, ceux qui ont fait certaines bonnes actions en éprouvent une joie particulière que n'éprouvent pas ceux qui ne les ont pas faites, quoiqu'ils en aient eu la volonté et le désir (4). Les réprouvés , au contraire, qui ont commis en effet des crimes dont les autres D*ont eu que la volonté, sont plus punis qu'eux, quant aux regrets et aux remords, quoiqu'ils leur soient égaux, quant à la peine essentielle qui consiste dans la séparation de Dieu et le supplice du feu.
TRAIT HISTORIQUE