‹ Explication Historique, Dogmatique, Morale, Liturgique et Canonique du Catechisme avec la reponse aux principales objections tirées des sciences contre la religionChapitre 92 sur 114 · KATÙRE ET DÉFINITION DU PÉCHÉ · texte numérisé non relu

KATÙRE ET DÉFINITION DU PÉCHÉ

^D. Cetui qui m*4tbserv€ pas les cmnnym^eméUs de Dieu «/• femt'U Dieu? — IL Oul^el celte offense est ce qu'on ap|»ellele |)éché. ,

Explication. -^ Ke pds observer \es coauBandetnents de Dieu, c'est refuser de faire ce qué^Dieu ordonfie, ou bieo se permellre ce qu'il défend ; c'est avoir «ne volonté opposée à la sienne ; 'c'est levier contre lui l'étendard de la révolte ; c'est lui dire , sinon de parole, au moiospar le fait * « Je ne veux point vous obéir ; vous me conamandez de vous Servir, et moi je ne vous servirai pojnt (2). » N'est-ce pas là se moquer de Dieu? n'est-ce pas Toffenser et l'outrager

^ (1) Frans et dèlot diciii palroeînri non debent. (Reiffenstae!, t«m. Il,

pag. 173.) (9) Diiisli : non serriam. (Jer., ii, 20.)

de la manière la plus audacietise ? Or, mes eofonU, cette ofTense, cet outrage est ce quon appelle le péché. <«— Lof«feDse faite è Dieu par le péché est o^^cltve, c'est-à-dire que^ du côté du pécheur, il ne manque t'ieo pour en faire une offense et une injure véritable ; d'où il résulte que sa malice, qui vient du cœur , n est pas moindre que si elle était effective. Elle n*est pas effective^ puisque, dans la réalité, le péché ne fait éprouver aucune douleur à Dieu , dont Téternelle félicité est hors de toute atteinte : c*est par conséquent dans un sens impropre qu'on dit que le péché est le mal de Dieu.

= D. Qu'est-ce donc que le péché ? -:- R. Le péché est une désobéissance à la loi de Dieu.

Expi^icATioN. --r ^^ TEcriture sainte on donne le nom de péché : 4<> à la peine du péché (4] ; %** a la concupiscence, c'est*à-dire à ce penchant au mal avec lequel nous nais* sons ; 3^ aux victimes et aux sacrifices offerts pour le péché (2). Ce sont là dépures métaphores ; le péché, dans le sens propre et naturel , signifie un acte humain otauvais ; une désobéissance volontaire à la loi de Dieu ; une pensée, une parole, une action par laquelle on viole ses saints commandements : a 11 n*y a pas de péché, dit saint Augus* a tin, sans pi^évarication ; il n'y a pas de prévarication « sans loi ; il n'y a donc pas, de péché là où il n'y a poini « de loi (3). y) — Le péché d omission est compris dans celui d'action, parce que l'omission volontaire suppose toujours une action qui est le contraire de celle.que l'on devrait faire.

a= D. Celui quin^obéit pas à C Eglise désobéit-il à Dieu^ — R. Oui, parce que Dieu ordoaoe d'obéir ik l'fCgIise.

Explication. — Puisque Jésus-Christ a dit à son Eglise : « Celui qui vous écoute, m'écoute, celui qui vous méprise,

(1) Portabunt peccatum suum. (Levit., xx, ÎO.)

(2) Peccata populi comedent. (Osée, IT, 8.) .

(3) S. Aug. Serm. xxv. in psal. 118.

a me méprise, et celui qui me méprise, méprise mon Père ^ qui m'a envoyé (4); » désobéir à l'Eglise, cest donc 4ésobéir à Dieu ; mépriser TEglise , se moquer de ses or* donnances, ne tenir ^aucun compte ni de ce qu'elle commande, ni de ce qu'elle défend ; c'est donc mépriser Dieu lui-même.

= D. Celui qm n'obéit pas aux lois civiles^ désobéit-il aussi à Dieu'i — R. Celui qui n'obéit pas au lois civiles justes, désobéit aussi à Dieu, parce que toute puissance établie pour gouverner la société vient de DieU, et Dieu veut que nous lui obéissions en conscience. '

Explication. — La transgression de la loi civile est la transgression indirecte de la loi de Dieu, de qui émane foule autorité établie , et qui ordonne positivement d'obéir aut puissances de la terre — « Que toute personne, dit saint « Paul, soit soumise aux puissances supérieures, car il o'y « a point de puissance qui ne vienne de Dieu , et c'est lui « qui a établi toutes celles qui sont sur la terre. Celui donc « qui s'oppose aux puissances s'oppose à l'ordre de Dieu ; « et ceux qui s'y opposent attirent sur eux-mêmes une juste «condamnation. Le prince est le ministre de Dieu pour « votre bien. Il est donc nécessaire^ de vous y soumettre, « non seulement par la crainte du châtiment, mais aussi par « un devoir de conscience. Rendez donc à chacun ce qui lui « est dû ; le tribut à qui vous devez le tribut ; les impôts à « qui vous devez les impôts ; la crainte à qui vous devez « la crainte; Thonneur à qui vous devez l'honneur (2). » L'obligation oi^ nous sommes d'obéir aux lois civiles, quand elles sont justes , ne saurait être exprimée d'une manière plus positive et plus formelle. C'est , par conséquent , une erreur de croire qu'il est permis de frauder les droits et les tributs dus au gouvernement. Jésus- Christ, comme nous

(1) Luc, X, 16.

(2) Rom., XIII, 7.

Tavons rapporté, nous a enseigné à rendre à César, c'est-à* dire à celui qui gouverne , ce qui appartient à César. II a fail lui-même payer le tribut pour li|i et pour saint Pierre (I}.

D. JjB péché et le vice sont-Us une même chose ? — R. Le péché et le vice sont deux choses bien dislincles.

Explication. — Le mot t^tce est souvent employé pçur celui depécA^, quoique le sens ne soit pas exactement le même. Le péché est un acte, et le vice est une habitude. Le péché est une action mauvaise , mais transitoire , et le vice est une qualité mauvaise et inhérente à Tâme. Le péché et le vice ont beaucoup d'affinité ; ils peuvent être réciproquement la cause Tun de Tautre, msTfS ils ne sont pas la mèiàé chose. Le péché peut être sans le vice , et le vice sans le péché- Un homme peut être ivre sans être ivrogne, et ivrognesans être actuelleroent ivre. On n'est pas vicieux, parce qu*on aura commis une faute passagère ; on ne le devient que lorsque , après avoir commis un certain nombre de foi^ telle action mauvaise, on se trouve dans la disposittoD habituelle de la commettre de nouveau. C'est cette disposition habituelle qui constitue le vtee, lequel est l'opposé de te verïtt (2).

D. N^y a-t'il pa9 des vices purement naturels? — R. Qui, et ces vices oe sont oullement imputablesysurtoul quand oo s'attache à les combattre et à les corriger.

Explication. — Un homme peut être né avec telle ou telle incljnatioil au mal. Cette inclination n'est point en soi UQ péché ; il peut, avec la grâce de Dieu et dg courage , la réprimer, faire un grand noçabre d*actçs contraires à ceU# Inclination, et changer ainsi son caractère» selon la maxime reçue: l'habitude est une secondé nature. Ainsi,, un vicQ naturel , un penchant plue ou moins fort à tel ou tel péché» D*étdnt point volontaire , n*est nullement imputable ; mais

(1) Matth., XXII, il.

(2) Conf, du Puy, •

<Mt doit travailler sans cesse à te combattre ai à 8*ea corriger. Un penchaiit de eetta oatore n'est jamais invioeible ; et„ conuoe il ea résulte que la verto coûte davaslage , eHe devient par là même plus méritoire. Mais s'il s'agit d'oo vice contracté par habitude ou par des actes plu^eurs fois, réitérés contraires à la loi de Dieu, il est libre et volontaire dans sa cause ; toutefois, il peut être devenu assez fort pour dimraoer beaucoup la liberté de chaque action qui en provient, comme nous Tavons dit précédemment en parlant des actes humains.

h. Le péché et la malice du péché sont-iU la même chose ? -^ E. Non, ce sont deux choses distiovtes.

EkpLicATioïc, — 11 faut distingaer dans le pédié deux choses : le matériel et le formel/ Le matériel du péeM, c'est l'actiop eile-méme du péebé voukie Tolootairettièiil et librement par Tbomme. Le Ibrmel do pécbé, c'est l'oppo- «tioD de cette action à la loi de Dieo. Or, disent les Ihéologiens, ce qui fait te péché, c'est le matériet «t le formel do péché ; ce qui fait la malice do péobé, e^est le formel seid do pécbé. Donc le péché et la maUce du péebé ne sont pas la même chose.

I>. Le matériel et lefermel du péché sont-ils ta même chose que ie péché matériel et le péché formel^ — R. Non, le matériel et le formel du péché ne sont point la même chose qtie le péché maté* riei et 1^ péché formel.

BipifGATioir. -* Le péché matérieit c'est la tran^;ressioa involontaire et non coupable de la loi de Dîeo ; et le péebé Ibrmet en est la transgression volontaire et coupable. D*où il suit que le péché formel est aeul on véritable péebé , et que le péché matériel n'est point un pé<Aé proprement dit, puisqu'il n'est point un acte libre et volontaire, et que l'homme ne saurait, par conséquent, en être responsable.

D. Le péché purement philosophique est-U possible^ — B* Le péché purement philosophique est absurde.

BxpLKATioif. -^ Le péché Ibéologique est le pécbé consi* éèté comiBe opposé à la loi de Dieu, et, en conséquence» coauDe offense de Dieu. Le péché purement philosophique serait on péché ooolrairé à la droite raison, 3ans être con-> traire à la loi de Dieu ou sans être une offense de Dieu. Or, ît est absurde qu*un péché qui blesse^ la raison n'offense pas IHeu, qui e^i l'auteur de la raison. — Le péché philosophie, que fut proposé en ces termes dans une thèse soutenue à Dijon, l'an 4 688 : « Le péché philosophique, quelque grave c qu'il soit, n'est point un péché mortel ni une offense faite à ■ Dieu, dans celui qui ne connatt |)as Dieu ou qui ne pense « pas actuellement à Ii^; ce péché, par conséquent, ne détruit c point l'amitié de Dieu et ne rend point digne de la peine tétemelle(4]. ». Cette doctrine, qui fut condamnée, en 4690, par Alejcandra VIII, et, en 4 700, par la Faculté de théologie de Paris, a béancoup d'affinité avec celle qui exige, pour te péché formel, une advertanee actuelle, ou, au moins, un doute, un scrupule, un soupçon de la malice de l'action. Mais, comme nous Tavons déjà dit plusieurs fois, poiir pécher formellement, il n*est point nécessaire de faire une attention actuelle à ta malice de Faction et à son opposition à la loi de Dieu ; il suffit qu'on puisse et qu'on doive la connattre, quoiqu'on ne la connaisse point par sa faute. Car, 4® il y a des péchés d'ignorance qui se font sans advertanee, tii doute, ni soupçon, ni scrupule actuel ; 2« il y a aussi ties péchés que Ton commet par une erreur coupable^ ou une conscience erronée, et qui, loin de suppoisej* le moindre doute du péché, supposent, au contraire, une intime persuasion de la bonté de l'action que l'on fait ; 3* si l'advertance actuelle à la malice d'une action était nécessaire pour pécher formellement, il s'ensuivrait que plus on serait endurci,

(1) Peccatnm phitoMphkura est actus hnmaiius disconyeniftns naturœ rationali et rectsintiom... Quantmii^is gruv^, in eo qui Deum ^el igno- M, vel «le Deo «du iMm cogUat .., non est ofiCansa Dei, neque peccatum mortale, dissolyens amicitiam Dei, neque sterna pœna dignmq-

moins on pécherait, et qu*on pourrait acquérir le privil^e de Timpeccabilité à force de crimes, puisque, plus on en commet, moins ou a de remords etdescrupulesen les commettant. D après ce principe , il feudra excuser les impies, les athées , et tous les hommes sans religion qui se font un jeu des plus grandes horreurs, des abominations les plus exécrables ; ce qui est évidemment le comble de l'absurdité*

LA LÉGION THÉBÉENNE.

Quel exemple de soumissioa envers le Prince, et d^attacbement à la justice^ n^a pas laissé à ioi«s les chr étieos la légion Thébéenne f « Nous sommes vos soldats, Seigneur, dirent-ils à Maximten, qui vojulait les forcer à persécuter lès chrétiens , mais nous sommes en même temps les serviteurs de Dieu ;.nous vous devons le seririce militaire^ et à lui Tinoocence. Noiis ne pouvons obéir à vos ordres, lorsqu'ils sont contraires aux siens.... Tant qu'on ne demandera rien de nous qui puisse l'offenser, nous vous obéirons comme nous avons fait jusqu'à présent : autrement, nous lui obéirons plutôt qu'à vous. » En effet, ils se laissèrent tous massacre plutôt que d'exécuter l'ordre injuste de Maximien.

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