Explications du marechal Clauzel
Voilà bientôt sept ans que la France a conquis Alger, et après sept ans la France se demande encore ce qu'on veut faire d'Alger. Pour ma part, je déclare que je l'ignore entièrement. Toutefois, si je devais m'en rapporter à la conduite qu'on a tenue envers ce pays et envers moi, j'aurais le droit de penser qu'on veut abandonner notre conquête.
Cette conduite m'a mis dans une position telle, et a amené de tels résultats , que je me suis vu poursuivi par les accusations les plus véhémentes, par les calomnies les plus odieuses :
Incapacité comme gouverneur ;
Incapacité comme général ;
Imprévoyance ;
Légèreté; - Spoliations arbitraires ;
Improbité ;
Marchés scandaleux ;
Inhumanité ;
Lâcheté peut-être ; que saisie ? j'ai assez d'eant-
mis pour que l'un d'eux ait tenté d'arracher cette infamie du front d'un autre, et ait voulu me la jeter à la face. Toutefois, si une telle imputation a été articulée hautement, je la découvrirai. Si elle a été murmurée sourdement, je la découvrirai. J'ai prié beaucoup d'honnêtes gens de me chercher toutes les accusations, de ramasser toutes les calomnies et de me les apporter, pour que je les combatte une à une.
Si ce n'est pas pour moi une chose inaccoutumée que la lutte sur les champs de bataille, c'est un combat auquel je suis mal habitué que celui de la presse. Qu'on me pardonne donc si je n'exprime pas toujours ma pensée avec la convenance d'un écrivain expérimenté. Vieux soldat qu'on force de prendre la plume pour défendre son épée, si je parais inhabile à manier cette arme si nouvelle pour moi, qu'on se souvienne que c'est avec du fer que j'ai écrit mon nom sur les marbres de l'Arc-de-Triomphe , et que mon épée protège ma plume.
Je viens d'énumérer tous les reproches qui m'ont été adressés. Je ne crois en avoir oublié aucun ; car dans cette énumération il n'en manque pas un de ceux qui peuvent flétrir un homme. Incapacité et improbité , voilà les fourches Caudines sous lesquelles on veut me faire passer. Homme incapable et malhonnête homme, voilà les épithètes dont on veut me récompenser, après quarante-quatre ans de services. Je ne les accepte pas, car il y a quelque chose de plus fort que la haine, la sottise et la calomnie, c'est la vérité.
Or, je la dirai, la vérité; je la dirai tout entière.
Que ceux qu'elle blessera et que ceux qu'elle humiliera ne s'en prennent qu'à eux-mêmes du mal que je leur ferai , de la honte que je leur renvoie*
Et, pour que mes amis et mes énnemis sachent où trouver la réponse à chaque accusation, je vais dire tout de suite dans quel ordre j'entends les prendre.
1° J'expliquerai quels étaient mes vues et mon système sur la colonie d'Alger ;
2° Je donnerai les motifs de l'expédition de Mascara et de Tlemcen ;
3° J'exposerai dans tous ses détails l'affaire de Constantine, et je répondrai à toutes les accusations auxquelles elle a donné lieu ;
U° Je montrerai comment l'administration d'Alger a manqué d'unité, de force et de justice.
Ces quatre points éclaircis, j'aurai donné à la France une connaissance exacte des grands faits qui l'intéressent et qui sont pour elle la véritable question à résoudre, indépendamment des hommes qui s'y sont trouvés mêlés.
Ensuite je passerai aux faits qui me sont plus personnels.
i 0 Je ferai le compte exact et le récit exact de la contribution de Tlemcen „ et de la mission de M. Baude :
2° Je rendrai à toute sa vérité l'affaire de M. le général de Rigny.
3° Je donnerai la valeur et le nombre de mes propriétés, je fournirai les actes en vertu desquels je les ai acquises.
Quant aux accusations qui consistent à inventer
des faussetés notoires, je ne répondrai que ces mots : « Vous avez sciemment menti. »
Et maintenant que je crois avoir tout prévti, je commence.
Que mon pays 'm'écoute, c'est à lui que je m'adresse: ma vie a toujours été à lui pour le défendre je la lui livre pour la juger.