PIÈCES JUSTIFICATIVES
Subjuguas par les Turcs , alors que la Sublime-Porte justifiait, au& jeux des enfans de Mahomet surtout , cette dénomination , les ! Arabes avaient dit : Dieu le veut ! il faut obéir aux Turc* qui sont nos maîtres.
Pour détruire chez les Arabes tout esprit national , tout espoir d'indépendance, les Turcs avaient employé les deux grands moyens d'action qui seuls puissent réussir dans ce pays ; ils exigeaient une obéissance absolue de tous ; jiuis, ils flattaient l'orgueil et la cupidité des uns, afin de trouver dans ceux-là mêmes la force nécessaire pour dominer les autres.
De là résultaient la désunion, la haine, la guerre continuelle entre les différentes races, entre les différentes tribus, et 18, 000 Turcs maîtrisaient toute la population indigène pour laquelle ils affectaient le plus profond mépris , sur laquelle chacun d'eux avait droit de vie et de mort.
Les Arabes gémissaient de ce joug cruel ; ils haïssaient profondément ces maîtres orgueilleux et terribles, mais ils disaient : Dieu le veut! il nous faut obéir aux Turcs tant que Dieu voudra qu'ils soient
Il n'y avait plus de nationalité arabe.
Lorsque nous fimes la conquête d'Alger , les Arabes nous virent avec déplaisir , parce que nous étions chrétiens; mais ils furent du moins satisfaits en voyant la destruction et l'humiliation des Turcs. Ils avaient d'ailleurs la plus haute idée de la nation française ; le nom et les exploits de l'empereur Napoléon leur étaient bien connus, lturs
imaginations orientales avaient été vivement frappées par les merveilles dont ils avaient entendu le récit ; la supériorité militaire dont nous avions fait prenve en nous emparant d'Alger leur en avait imposé ; ils ne se firent pas illusion sur l'avenir qui les attendait. Ils dirent alors, et beaucoup d'entre eux disent encore aujourd'hui t
« Nous fûmes autrefois une grande nation ; puis nous avons vécu » long-temps sous la domination des Turcs ; aujourd'hui les Fran- > çais sont nos maîtres : c'est Dieu qui veut toutes ces choses, car • Dieu seul est grand! •
Une volonté ferme de la part du gouvernement , un système de domination et d'organisation mûrement réfléchi et vigoureusement exécuté , on dépensait moins d'argent , on conservait la grande réputation que l'on avait dans le pays , on réussissait enfin facilement et promptement.
Mais les circonstances ne le permirent pas ; les idées et les forces * matérielles étaient absorbées et utilisées en Europe.
Dès les premiers momens de notre occupation de la ville d'Alger , la conduite dos Français et les actes de l'administration dénotèrent cette fatuité, cette légèreté , ce mépris des hommes sans examen, sans appréciation du passé , sans projets arrêtés pour l'avenir , qui blessent les mœurs , les intérêts d'une nation , et qui , dès qu'il se présente les plus légers obstacles , la moindre résistance , amènent les revers, la discorde, le découragement, et par un juste retour, le mépris de ceux envers lesquels on a agi avec si peu de ménagement , avec tant d'impudence et d'imprudence tout à la fois.
Nous entassons 30,000 hommes dans un espace qui peut à peine les contenir ; au lieu de camps et de positions militaires , nous encombrons des hôpitaux ; si nous prenons les armes , c'est pour aller faire une pointe , sans motifs plausibles , sans but réel , sans résultat ni probable , ni possible ; nous apprenons aux Arabes à nous combattre et à nous vaincre. Ceux qui 6e sont compromis avec nous et pour nous sont attaqués , dépouillés , massacrés par les autres; l'anarchie s'établit dans toutes les provinces ; nous ne donnons pas un gouvernement à ceux qui demandent à être gouvernés; nous ne punissons pas efficacement ceux qui nous menacent et nous insultent. Avant qu'un gouverneur ait eu le temps de comprendre la tâche qui lui est imposée, nous le remplaçons par un autre ; il n'est pas un Arabe qui ne voie que notre gouvernement ne sait pas ce qu'il veut, et que par conséquent ceux qu'il envoie en Afrique le savent encor*
Noos sommes déconsidérés , et des lors il s'opère dans les esprits , chez les Arabes , une grande ré vol ut ion.
Un grand du pays , estimé , respecté parmi les siens , habile , entreprenant , s 'appuyant sur le parti maure qui peut l'aider puissamment, parce que ce parti est riche , intrigant . et qu'il vit au milieu de nous , conçoit de brillantes espérances, entreprend le grand œuvre de la régénération de son pays , et bientôt ralliant ou soumettant les tribus les plus puissantes et les plus belliqueuses , il" étend sa domination sur toute la régence , et nous place , nous , acculés , entassés , étroitement emprisonnés sur quelques points du rivage , en présence d'une nationalité arabe quil faut désormais étouffer, on devant laquelle il faudra reculer honteusement.
Pour le nouvel émir, le moment de lever le masque est arrivé II se proclame en Afrique le roi de la terre , et nous accordant la souveraineté de la mer, il ne daigne toutefois conserver encore pour nouK cette condescendance qu'à des conditions honteuses, intolérables. Bientôt il viole la paix , et nous insulte audacieusement. Le cœur tout français d'un brave général en est vivement blessé ; il ne calcule pas ses forces , il a senti l'injure , il la repousse , il est battu : c'est-à-dire que , guidé par un honorable sentiment, il commet une grande faute , car, dans une pareille , circonstance , commencer la guerre par une défaite , c'est décupler la force de son ennemi.
En effet , le vainqueur a promptement tiré de sa victoire tourte parti possible. . . Le voilà vraiment roi, vraiment maître. Il Commande partout, et si tout le monde ne prend pas les armes pour lui, personne du moins n'ose l'attaquer. Gomme il est fort et victorieux , il trouve des alliés. L'empereur de Maroc lui fournit des armes et des soldats. La Turquie , sans doute , l'encourage et bientôt elle va chercher à mettre à profit les obstacles sérieux qu'il vient d'élever sur nos pas déjà si incertains. Le parti maure ne se cache plus dans l'ombre ; il s'agite ouvertement, il répand l'or partout, il ourdit au milieu de nous de trop puissantes intrigues , il a des émissaires connus , avoués , à Paris , où malheureusement il ne trouva que trop de partisans.
x andis que toutes les circonstances se réunissent ainsi contre nous en Afrique, par une de ces fatalités qui font parfois s'endormir comme malgré soi celui qui devrait agir , le gouvernement, qui d'abord s'est ému, qui d'abord a proclamé bien haut que l'échec malheureux que nos armes ont essuyé serait promptement vengé ; le gouvernement, probablement préoccupé par d'autres intérêts, semble
••Jblier quM m trouve «ur le* côtes d'Afrique une armée française vaincue , humiliée , étroitement bloquée , qui no peot plus s approvisionner que par la mer, et qui subit nue semblable honte de la part d'une population brave , il est vrai , mais inhabile à la guerre , privée des ressources et des moyeu* terribles qui nous sont familiers, à nous, grande natiou , naguère encore l'effroi du monde entier.
« Vous le voyez (secric Abd -clkadcr dans ses proclamations), je • suis plus puissant et plu» fort que le roi des Fiançai* ! il lui faut des » mois entiers pour rassembler des soldats eu asse* grand nombre » pour essayer de venger leurs frères que nous avons vaincus , taudis » qu'en un instant 20 et 30,000 guerriers se réunissent à ma voix 1..»
Heureusement, comme pour démentir d une manière plus éclatante ces insolentes paroles, c'est l'héritier du trône qui vient en personne ramener la victoire sous nos drapeaux : les expéditions de Mascara et dcTlerocen rabaissèrent et l'orgueil et la puissance de l'émir.
Pourquoi ces brillaus succès ne serout-ils que momentanés? Pourquoi de nouveaux revers vont-ils affliger le pays? Comment se pourrat-il que la France , après un grand effoi t qui ne semblera bientôt plus qu'un caprice , voie de nouveau ses guerrier* vaincus et poursuivis, n'échapppant au plus complet désastre qu'en élevant à la hâle, sur le bord de la mer, des retranchemens qu'heureusement un ennemi trop inhabile ne sait pas attaquer ?
C'est que la fatalité qui , depui* su au» , frappe sur nous en Afrique., pèse encore de loul son poid.>sur rouwpii semblent avoir ppur mission d'y voir déshonorer nos drapeaux. C'csl que bien loin que les expéditions dexMascara et de Tlemcen aient étéconçues selon un système et dans un but convenu et réfléchi, c'est qu'au contraire elles n'ont été qu'un effet du hasard , qui sait?.... peut-être d'un malentendu... je crois même que quelques-uns ont jirétendu que c'était ung faute, une désobéissance.
C'est-à-dire que devant uuc régence d'Afrique, dont nous avions avec tant d'orgueil et tant de fracas pi •.-tendu faire la conquête , il était conséquent, il était honorable, il était glorieux , de- demeurer vaincus, humiliés, emprisonnés, entassés sur le bord delà mer»... et quels étaient donc ceux qui se trouvaient réduits à de telles extrémité*?... Lej^aldaladeJa.Frauec , en paix avec l'Europe entière, . de Ja France enregistrant chaque «unie, avecgraudLnût de paroles, ., un. budget de quelques 1,200 millions !
Mais l'opinion publique s'est émue , et tous ceux qui ne veulent pas que la France soit déshonorée, jettent avec inquiétude, déjà
peut-être arec indignation , leur* yeux étonné» sur la régence d'Alger. Une sérieuse ■ responsabilité va peser sur ceux qui dirigent !» politique du pays , et qui disposent des ressources de l'état
Le moment est venu de vouloir quelque chose en Afrique ; il n'y a plus a reculer. L'abandon n'est plus possible; on ne saurait plu» même le déguiser aujourd'hui *ous quelque forme que ce soit d'un* prétendue occupation.
Le gant a été jeté à la France ; déjà deux fois nous avons été bat* tus, nous ne, devons plus* nous ne pouvons plus l'être en Afrique» sinon , il faut le répéter , la plus sérieuse responsabilité va peser sur le gouvernement. .
11 faut, sans aucun retard , en A tri que, 'des généraux, des soldats , de l'argent , un système surtout , et non pas un système bâtard qui n'aboutisse qu'à do nouvelles hontes , qu à de nouvelles défaites , qu'au specUcle de 50,000 soldats ne pouvant , ne sachant pas terminer une guerre , qu'en d'autres temps on eût vue s'achever presque en même temps qu'on la savait entreprise ; mais il faut un système de domination et d'organisation de la régence d'Alger.
Assea de faiblesse , assez dimpériue, assez de honte comme cela 1 Maintenant , de la force , de l'habileté , une position honorable aux ■; yeux de l'Europe attentive ; voilà ce qu'il faut au pays aujourd'hui Et quoi ! s'agit-il donc d'une campagne de Russie , d'un effort surnaturel, dune dépense excessive? Faudrait-il énerver l^tat, épuiser nos finances?...
Eh ! mon Dieu , rien de tout cela vraiment. Pour dominer la réagence entièrement, pour y terminer la guerre, organiser le pays t » le livrer à la colonisation et à la civilisation, il ne faut, remarquei-U
gent', ^e chaque année , depuis six ans, nous avons employée et dépensée pour nous faire battre, nous faire acculer à la mer , et noua demander, alors même qu'il n'enétait déjà plus temps, si nous devions conserver ou abandonner notre conquête d'Afrique.
Seulement il faut vouloir , il faut dire avec le pays t Assez de faiblesse , assez d'impéritie, assez de honte comme cela l
Le but auquel il faut enfin atteindre sans retard , comment y
parviendra -t-on-?
Si vous vous confines sur un ou deux points de la côte, fût-ce aveu 50,000 hommes, vous bornant, lorsque vous êtes insultés et égorgé» jusque dans les jambes de vos soldats, à pousser une pointe en avant pour chasser un ennemi qui s'enfuit, comme une meute chasse m
lièvre, sauf à tour faire reconduire par lui, comme l'oiseau de proie suivi par une troupe d'hirondelles contre lesquelles il est impuissant !
Si vous n occupe/, pas môme d'une manière efficace, imposante, les deux villes les plus importantes de la régence, qui tous couvriraient au nord et au midi ; par exemple, la Tille de Tlemcen , d'où tous pourriez surveiller , contenir et réprimer l'empereur de Maroc et les puissances européennes, qui de ce côté intriguent contre nous, et rôdent ouvertement , l'or à la main, autour de ce rivage d'Afrique , dont elles sauraient probablement faire quelque chose. Cette ville de Tlemcen, où rappelant lès grandes caraTanes et le plus riche commerce, tous feriez revivre des sources taries depuis que tous aTez mis le pied sur le sol algérien.
«Et puis la -ville de Oonstantine d'où vous pourries surveiller, contenir et réprimer les intrigues et les projets hostiles de la Turquie ; d'où vous pourriez parler aussi haut que les autres aux régences de Tunis et de Tripoli.
Si vous n'occupez pas même ces deux villes, mais encore une fois, tous auriez 50,000 hommes sur les rivages d'Alger, d'Oran et de Bone, que vous auriez toujours devant tous des populations nombreuses, guerrières, enhardies d'ailleurs par votre déplorable, j'allais dire Totre misérable système ; n'ayant rien à craindre de vous, se faisant un jeu de venir tous attaquer tous les jours, afin de tous faire combattre en pure perte, afin de tous épuiser, de tous décourager, et persistant d'autant plus dans ces attaques journalières qu'elles savent bien que si la moindre crise nous saisissait en Europe sur terre ou sur mer, il tous faudrait rappeler en toute hâtCTOs 30 ou 50,000 hommes qui d'une part tous seraient nécessaires, et qui de l'autre
vage d'Alger.
Rien ne gêne alors ces populations pour se rassembler, poursï liguer entre elles dans le but de tous affamer, de tous contraindre à faire Tenir de France jusqu'à de l'eau pour tous désaltérer.
Mais encore une fois frappez au cœur, et tous terminerez promptementla guerre; enlacez votre conquête d'Afrique dans un réseau bien tressé, vous la mettrez dans l'impossibilité de se remuer, vous ne lui laisserez de respiration que ce qu'il tous conviendra de lui en donner.
Pour former ce réseau, pour en finir aTec un ennemi dont on exagéra cent fois la force et les dispositions hostiles, il ne faut, noua
l'avons dit, que k* troupes que nous entretenons annuellement en Afrique depuis six ans; il ne faut que la campagne qui Ta s'ouvrir cet automne ; et cependant, la guerre serait finie en Afrique ; les Arabes, surveilles et dominés sur tous les points à la fois, ne pourraient ni se réunir en grand nombre, ni mettre en action un plan de campagne ; les beys que vous aurie* nommés et installés dans chaque pnmnce, ayant près d'eux une garnison française, te maintiendraient et se feraient respecter ; les colons européens arriveraient en grand nombre; les milices coloniales remplaceraient bientôt une grande partie de vos troupes.
Bientôt aussi vous pourriez conserver votre position en Afrique, en cas de guerre continentale ou maritime.
Faut-il donc beaucoup d'efforts pour s'établir ainsi?
Dans la province d'Oran vous cle, détestable position, et cependant 4 à 5,000 hommes peuvent marcher d'un point à un autre avec la certitude de vaincre s'ils étaient attaqués.
Dans la province d'Alger, vous n'êtes avancés que jusqu'à Bouffarick, et cependant 4,000 hommes vont à Médéah victorieusement, traversant le fameux col de Thénéah. •
Dans la province de ConsUntine, 1,200 hommes de troupes, dont la moitié seulement de troupes françaises et l'autre formée par des troupes indigènes irrégulières, viennent de s'avancer jusqu'à dixhuit lieues de Constantine, et non seulement elles n'ontpas tiré un seul coup de fusil, soit en allant, soit en revenant, mais le commandant supérieur de Bone a reçu chemin faisant les soumissions de plusieurs tribus, des plus nombreuses, des plus guerrières, puisqu'il s'y trouvait plusieurs tribus kabailes.
Voici comment nous voudrions nous établir et nous poster dans
la régence d'Alger.
Dans la province d'Oran, nous occuperions
Indigènes.
Françaii.
Camp du Sig (colonne mobile). . .
PBOWNCB» DVILORB' AVEC TM"P£R¥;
Indigènes. Français.
A Alger, i«l<^dammer*tde* milice* coloniale*, mais en y compre- .
nantie* dépôts; 1er malades et Je»
tf û ufpes'ôyàd fflrî n lit t ation. • . * 5,000
IMstM' entre Alger eVla bgne dè BBda à Coleah. - îiOOO
Ligne de Blida à Coleah ( co- Uwne mobile.)......... ' 5.000
Postes avancés aux deux versans do col de Thétreafe . . . » 1.000
A Mc^éato 1 (4Jeytikf-), ». 500» 500'
A* SWliami ( bcylik ). &00' 500
Total i,000 12,000