‹ Explications du marechal ClauzelChapitre 22 sur 41 · SAVOIR · texte numérisé non relu

SAVOIR

1,965 Alger, TUérain et Birkadem,. 84

168 Fort-Neuf. lienacknous 9»

92 Babazoun. Dc | ¥ Ibrahim 257

88 l'Empereur. Douera et les blockaus en

52 des Anglais. dépendant 847

26 Pescade. Mahchna et les blockaus. 822

12 Poudrière. Camp d Er i on e l les bloc-

12 Vl 8 le - kaus 808

21 Tagarins.

298 Mustapha. 2,412 28 Hussein-Dey.

57 Kouba. *' 794

Reste donc a Alger en troupes réellement disponibles 2,500 hommes de toutes armes (1,600 hommes d'infanterie au plus) pour couvrif les postes et résister à une attaque qui pourrait avoir lieu d'un moment à l'autre , si les causes de désunion et de crainte signalées venaient à cesser. Veuillez remarquer, monsieur le ministre, que nous sommes affaiblis à ce point , là où sont agglomérés de nombreux co-

Ions , là où des intérêts industriels et commerciaux sont engagés , et Ton s'étonne de ne pas voir apparaître des résultats comme conséquence d'une occupation de six années?...

Je dois ajouter, monsieur le ministre, que le service des troupes occupant la ville etlcs portes est si pénible que les soldats ne sauraient y lésister long- temps, tandis que les 2, 500 hommes qui tiennent la campagne et que, dansla certitude où Ton était de voir arriver au moins 3 bataillons de 800 hommes , on avait portés en avant de Boufarik, sont aujourd'hui ramenés sur ce poste important, auqnel il est nécessaire de les appuyer pour occuper une position définitive qui présente quelque sécurité.

C'est ainsi que 27,500 hommes, qui forment en ce moment leffectif général de l'année d'Afrique, et qui ne présentent que 18.000 hommes de troupes disponibles pour le combat, sont partout sur la défensive, excepté à Oran (qui n'a toutefois que les forces suffisantes); c'est ainsi que depuis Bone 30,000 hommes et 30 millions employés h un système d'occupation du littoral seulement n'ont présenté et ne présenteront jamais qu'une alternative de succès et de revers , conséquences naturelles d'une guerre de tous les purs contre une population vis-à-vis de laquelle nous voyons malheureusement, mais nécessairement , décroître notre influence et notre considération. Je sais, monsieur le ministre , que 2 bataillons, composant 1,019

officiers (!■• léger, 11— de ligne), viennent de au 4" bataillon du 6S- , il parait qu'il n'a personne au dépôt et ne peut partir par conséquent.) Vous jugerez sans doute ce renfort insuffisant.

projeté , arrêté et connu de tous , après les démonstrations politiques et militaires qui en ont été la conséquence, notamment de la part des Arabes pour ou contre nous, M. le maréchal pense que l'expédition de Constantine est devenue une nécessité, si l'on ne veut pas abandonner ou se préparer à abandonner l'A-

Pour qu'elle puisse avoir lieu assez à temps et pour qu'elle réussisse facilement , il est a désirer que des forces suffisantes soient sur-le-champ réunies h Bone.

Indépendamment des 3 bataillons du 17"* léger, qui probablement y seront bientôt réunis, M. le maréchal demande que le bataillon d'Afrique en ce moment en Corse y soit définitivement envoyé, et que surtout le 59»' de ligne, qui devait rentrer en France, oc soit rappelé qu'après l'expédition. Ce régiment ne compte pas

1,200 hommes bous le drapeau. Le colonel et le li eut eu a ni- colonel sont en France. M. le maréchal demande que le colonel et les 800 hommes qai sont an dépôt soient dirigé» de suite snr Bone. Car veuillez remarque», monsieur le maréchal, que, tandis queje 3- bataillon du 59—, qui devait rentrer, compte 80Ï) hommes à l'effectif, les 3 m '* bataillons qui rejoignent en Afrique ne comptaient pas 500 hommes.

Quant à la division d'Oran , il est de tonte nécessité que son organisation soit complétée le plus tôt possible, par la désignation d'un lieutenant-général et d'un maréchal -de-camp.

Enfin , monsieur le maréchal, tous jugerez sans doute nécessaire, malgré le récent départ des 1,000 hommes qui viennent d'être embarqués pour Alger , de renforcer ce point important de 3 forts bataillons au moins, et d'y envoyer de suite deui maréchaux-de-camp.

Quant aux moyens de transports, partout il» sont insuffisans, et de beaucoup. On peut toutefois se les procurer encore partout et même sans de grandes dépenses comparativement a ce qu'ils coûteraient si on les envoyait en France. Mais j'aurai l'honneur de vous observer qu'il est de la plus grande urgence d'ouvrir à M. l'intendant militaire des crédits suffisons, et sans aucun retard, car $an$ cela rien ne pourra $e faire, et surtout rien ne pourra se faire à propos.

Je suis avec un profond respect,

Monsieur le maréchal,

Votre , etc. , DE RANGÉ.

Copie de la note remibb pas M. dk Rajjce au nrarsTaB de la gobrue ,

ET SUE LAQUELLE IL ï A EU DÉLIBÉRATION DU COJTSBrL.

Monsieur le ministre , Conformément aux ordres que vous m'avez donnés, j'ai l'honneur de vous soumettre le résumé des diverses opinions que j'ai reçu mission d'émettre auprès de vous, au nom de M. le maréchal Glauzel, tant sur la situation actuelle de nos possessions dans le nord

de l'Afrique que sur les différent srttèffle« entre lesquels il Tant? choisir. • . . -

Disctttç* stfr le passé*, «or ce qne l'on a fait ; sur ce que l'on n a pas fàH, %ikr te <|ue Ton aurait du faire , ce serait chose inutile et futile dujwjrd'hui. 11 faut prèrtéVe l'état présent èt discuter ii venir.

On suit en ce moment, comme un l'a fait depuis six ans, un système d'occupation dn littoral de J'ewégence depuis Bone jusqu'à Mostaganetn, ' . •

Pendant les premières années on a obtenu avéfe les Arabes des relations qui ne constituaient en realité ni la paix ni la guerre ; nous hésitions, ife attendaient et observaient. Wons espérions sans doute exercer sur eux une influence progressive , et reconstituer à notre profit un gouvernement à peu près régulier , et une domination semblable à celle que les Turcs exerçaient avant nous sur la race inaigene. > t> i

De cet état de chose» , qui n était ni la paix ni la guerre , noua avons passé à une situation qui participait et de la paix et de la guerre. Ensuite non* en sommes venus à l'état de guerre dans la province d Oran , puis â la guerre enfin, sur presque lous les points où nous avions pris position.

Cet état d'hostilités a pris depuii deux ans un caractère plus prononcé , surtout de la part des Arabes } ét , comme, dans une semblable situation, la question militaire est celle qui domine les autres et qui doit être avant tout décidée , la véritable difliculté consiste dans la Gxation de l'effectif des troupes à entretenir en Afrique, selon que Ton voudra ou rester dans les limites de l'occupation actuelle ou les resserrer, ou bien enfin les étendre , en passant d'un système d'occupation du littoral à un système de domination , d'organisation, de colonisation, de civilisation.

Si l'on admet que notre situation politique et militaire ait subi les différentes phases énumérées plus haut, on conviendra :

Que, si, dansla situation qui n'était ni la paix nilaguerre, on pouvait pratiquer tel ou tel système , avec tel ou tel effectif de troupes, il fallait plus tard, pour mettre à exécution, le mémo système, un effectif plus considérable ;

Qui! en fallait ensuite un plus considérable, lorsque l'on est af.

à l'état de guerre sur tous les points de l'occupation ; Qu'enfin il en faudra uu plu* considérable , à mesure que la

guerre prendra un caractère plus sérieux, par suite d'à ne plus complète union des différentes race» et des différentes tribus , par suite surtout d'une plus entière soumission à un même chef, reconnu et accepté par une nation régénérée.

Examinons maintenant (juel est le système dans lequel nous sommes , quel est le nombre de soldats avec lequel il est pratiqué ; si ce nombre est convenable, exagéré ou insuffisant ; puis nous rechercherons quelles sont les fins auxquelles il peut conduire.

Sauf l'occupation de Tlemcen, nous sommes restés «tins un système d'occupation du littoral de l'ex-régcnce.

Nous pratiquons ce système avec un effectif de 31,000 hommes, en y comprenant les services administratifs des subsistances et des hôpitaux.

En recherchant nomment est réparti cet effectif, on reconnaît, la situation d'emplacement à la main, que, dans la province d'Oran, les différens postes convenablement occupés, il reste une force disponible de 5,000 hommes, tant pour repousser les Arabes, lorsqu'ils viendront nous bloquer et nous attaquer, que pour communiquer avec Tlemcen , afin d'y approvisionner ou d'y renouveler la garnison. L'emploi de ces 5,000 hommes va notamment se trouver justifié par la nécessité d'aller incessamment conduire k Tlemcen un approvisionnement de blé pour tout l'hiver (jusqu'au l rr mai prochain).

On voit que dans la province d'Oran l'effectif actuel est suffisant, mais qu'il ne saurait être diminué.

Dans la province d'Alger et Tittery l'effectif actuel est de 11,500 hommes. C'est là que se trouvent centralisés tous les services administratifs, et les non-valeurs y sont, par conséquent, dans nne plus grande proportion. Lorsque la ville et les postes du dehors sont convenablement occupés, eu faisant d'ailleurs emploi de la garde nationale, des compagnies de discipline , des pionniers, enfin de tout ce qui pent concourir à un service de garnison, il reste disponibles 2,500 hommes de toutes armes, et, dans un cas pressant, on peut porter ce chiffre h 5,000 hommes.

Là il y a insuffisance de 1,500 hommes , au moins. Faute d'envoyer ce renfort à Alger, la position défensive est incomplète, Cl de fâcheux événcinens pourraient eu être la conséquence.

A Bougie l'effectif est en raison rigoureuse de l'étendue des retranchent en s dans lesquels les troupes sont renfermées. Il est Impossible de les diminuer.

HO

Enfin, à Boue l'effectif se compose de trois bataillons :

Du 17* léger 1,700 hommes.

Du 59» 1,000

De 400 Turcs- 400

Chasseurs et spahis 900 chevaux.

Génie 250 hommes.

Artillerie 100

Total de toutes armes 4,850

Dont 2,700 hommes d'infanterie française seulement.

Pour l'occupation de cè point du littoral, l'effectif ci-dessus est sans doute aujourd'hui suffisant. On pourrait même, à la rigueur, le réduire quelque peu, s'il ne fallait pas considérer que le séjour de Bouc est le plus malsain de la régence , et que, par conséquent, l'effectif disponible éprouve par momens une grande diminution.

Maintenant, si l'on admet l'expédition de Constantinc, on laissera 2,000 hommes environ, tant à Boncqn'à la garde dn camp deDréan, et l'on aura disponibles, savoir :

Infanterie française 700 hommfls.

Infanterie turque 400

Cavalerie 800

Génie et artillerie 800

Total 2,200

Ainsi se trouve justifiée la demande de 6.000 hommes d'infanterie.

Savoir : Pour l'expédition de Constantine. . . 4,500 hommes. Pour renforcer la division d'Alger. . . 1,500

On ferait donc l'expédition de Constautine avec 6,700 hommes de troupes , auxquels on adjoindrait le plus grand nombre possible de cavaliers indigènes auxiliaires, que l'on paierait pendant la durée de l'expédition.

Ici va-t-on sortir , comme à Tlemcen , du système d'occupation du littoral ? c'est-à-dire laisserat-on garnison à Constantine?

Aller a Constantine sans y laisser garnison , ce serait avoir frappé un coup d'épée dans Veau. Y laisser sans appui un bey de notre façon, en admettant qui! y voulût rester, ce serait nous exposer à le voir, après notre départ, massacré , lui et toux ceux qui auraient pris parti pour nous. Un pareil résultat de l'expédition serait affreux !

Laisser garnison a Constantine, c'est, il faut le reconnaître, se mettre dans l'obligation de conserTer, au moius pendant «ne année, à Bone et en avant de Bone, les 5,000 hommes environ qui reviendraient de Constantine, puisqu'il faudrait s'assurer la possibilité , à tout événement, de communiquer avec les troupes laissées dans la ville conquise. En sorte que, si Ton s'en tenait Ji>, sans adopter un système de domination de l'evrégence, on voit que l'effectif qui deviendrait nécessaire pour une occupatioudu littoral, plus Tlemcen et Constantine, serait de 37,000 hommes, y compris les services administratifs des subsistances et des hôpitaux.

Pour passer de cet état de choses à un svstème de domination du pays, que faudrait-il de plus ?

AOran, 1,000 hommes ; à Alger, a, 000 hommes. Totai des troupes françaises 42,000 hommes.

U conviendrait d'y joindre 3,000 hommes de troupes indigènes soldées, ci 3,000

Total 45,000

Tous ces calculs, déjà supérieurs à ceux présentés ily a peu de temps, grossiront à mesure que l'on avancera vers un état de guerre plus acharné de la part des Arabes; à mesure que leur plus grande union et leur plus grande soumission à un même chef les rendraient plus redoutables. D'autres causes , qu'il est inutile tténumérer ici, ont d'ailleurs bien affaibli notre position en Afrique, comparativement à ce qu'elle était ily a quelques mois.

Maintenant, par opposition à l'effectif que nécessiterait un système de domination , veut-on entrer dans le système qui tendrait à limiter l'occupation? c'est-à-dire, veut-on marcher à reculons? c'est-à-dire encore, veut-on commencer à abandonner les possessions françaises dans le nord de l'Afrique ?

En évacuant Tlemcen, la Tafna, Arsew, Mostaganem et Bougie, et se renfermant dans les murailles d'Oran et de Bone, mais en conservant un peu d'air pour respirer, à Alger,

On pourrait placer à Oran 4,00 0 hommes.

à Boue 3,000 (à cause de* maladies).

à Alger 15.000

Total 22.000

H me reste à émettre mon

de* troupes à entretenir en Afrique.

L'évacuation d'une partie des points occupés aujourd'hui serait, sauf erreur de notre part, bien entendu, un commencement d'abandon de l'ex-régence.

Le sterne d'occupation du littoral . avec ou sans Tlemcen , ce serait la guerre tous les jours, avec ses chances diverses , sans possibilité dexcreerde l'influence, de gouverner, ni de coloniser. Ce serait, à coup sûr, tôt ou tard, en cas de guerre continentale ou maritime, se réserver la nécessité d'abandonner l'Afrique; ce serait, en attendant, dépenser 30,000 homme* et 30 millions tous les ans.

Le système de domination de l'ex-régence? ce serait dépenser davantage pendant deux ans , autant pendant deux ou trois autres années , moins ensuite, dans une progression dont on ne peut prévoir ici ni le décaissement ni le terme ; ce serait coloniser, et par conséquent produire, et par conséquent arriver à des compensations ; ce serait acquérir de la force dans la Méditerranée et dans l'Orient; ce serait occuper une partie de l'armée, et former des officiers ; ce serait un système grand, hardi, peut-être; mais ce serait aussi plus en rapport avec la grandeur de la France, plus satisfaisant pour l'opinion publique, qui, à tort ou à raison, tient à cœur et à honneur

la conservation des possessions françaises dans le nord de l'Afrique.

Pour copie conforme ,

W ItAJHCÉ.

Alger, ?a octobre 1836.

Monsieur le ministre.

Je n'ai reçu que le 16 du courant , par le bateau à vapeur U Papm, la dépêche, que vous m'ave* fait l uouaeur (k m'adresaer eu <iale

• du 6 octobre , et par laquelle vous me réponde» a une partie de» observations que j'ai cru de mon devoir de vous soumettre par l'entremise du commandant de Rancé , mon aide-de-camp

Les ordres que j'ai reçus pendant que eut officier se reudait h Paris , la certitude dans laquelle je pensais devoir être que vous ijiWvrnici les renforts que je demandais ; enfin la nécessité dv se mettre le plus promptement eu mesure pour l'expédition ordonnée , à cause de la saison avancée , m ont détermiué à prendre sur-le-champ des dispositions , que je combinais d ailleurs avec |a prochaine arrivée de^ troupes sur lesquelles je complais.

il en résulte qu'au muuieut ou vous me laites I'Ijuu ucur de m annoncer que le corps d occupation sou* mus ordres ne sera pas augmenté au-delà de l'effectif qu'il présente aujourd hui , \vs choses sont tellement avancées, que l'expédition de Constantin*- est devenue pour nous une nécessité commandée par les circonstances im-mes , quelles que soient d'ailleurs les difficultés ou lys çonsé(juences qu'elle puisse présenter.

Ces diijicuités et ces conséquences vous ont t'ié déduites , monsieur le ministre , dans la note que mon aide-^e-camp a en 1 honneur de vous remettre sur l'ordre que voua lui en avex donné. bUles se résumeftt.a^n&l

J'ai, aujourd bui, 22 octobre, sous les armes , disponibles pour les garnisons, et le combat , 2 2.00 0 hommes de toutes arme».

Pour faire l'expédition de Coustautinc , je suis obligé de tirer des troupes, 4 e 3 divisions d'Oran, et d'Alger , bien que j'aie observé et , ce me semble , prouvé que la (^vision d'Oran q'est que sursaute pour la ijteba qu eue doit remplir , et que celle d'Alger sp trouve sur une défensive absolue.

Forcé cependant d'affaiblir ces divisions , toute» les règles de la gufiiu et de lu politique, m'impou-ni l'obligation de n'en retirer qu uii petit nombre de troupes î car J'aime encore mieux n'aller à Constantin? , puisque voua ordonnez positivement cette opération , qu'avec <fc faibles moyens, que 4c compromettre tout- a-fait les points si importans d'Alger et d'Oran.

En établissant aujourd'hui la situation des troupes que je renvoie a ÇPftÇ:» 9ft faisant la part de celles cpii devront rç«ter derrière moi, et de quelques non- valeurs qui diminueront 1 effectif d'ici au jour du 4éparl|, je marcherai pour combattre Achmet bej avec 6,000 k u m*i W Jett demandais 10,000, et M. lp maréohal Soult avait jggfito» le teinps qu'il en {allait 10,000.

J'irai moins vite, d'une manière moins brillante, en perdant pins de monde , en tuant et prenant moins de monde à l'ennemi ; mais enfin j'exécuterai Tordre donné , j irai , j'espère , à Conslantine.

Quant au fait de savoir quelle saitc sera donnée à l'expédition , c'est à clin quant a rétablissement d'uu bey et d'une garnison française à Constantin.- , avant de quitter cette ville, vous rqjjsnnattrez «ans doute , monsieur le ministre, qu'il est de toute nécessite que je reçoive à cet égard les instructions les plus formelles. Je les réclame instamment dans le plus bref délai ; et, pour éviter tout malentendu , j'ai l'honneur de vous prévenir que, si je ne les avais pas reçues au moment où je devrais revenir , je ne me croirais pas autorisé à laisser derrière moi quelques autorités et quelques troupes que ce soit , chargées de conserver à la France notre nouvelle conquête.

Ce qui s'est passé à l'occasion de l'expédition de Tlemcen m'oblige à n'agir dans la circonstance présente que sur des ordres aussi formels et officiels que possible.

Saus doute , monsieur le ministre , j'ai proposé et demandé tonte autre chose que ce qui va se faire et pourra se faire d'après les conditions dans lesquelles vous me placez; mais, tandis que, d'une part, vous ordonnez l'expédition, et que, de l'autre, nous nous trouvons beaucoup trop avancés pour pouvoir reculer, il ne me reste plus, a moi, qu'à marcher du mieux que je pourrai , et j'y ferai tous mes efforts. Dans une circonstance que je regarde comme difficile, je dois à la confiance du roi , à celle du gouvernement , je dois à mon pays surtout , s'il m'est permis de me prévaloir d'une vieille expérience et de la connaissance que j'ai acquise de la guerre en Afrique , de faire, contre mon opinion même , ce que le «gouvernement juge utile et convenable de faire.

Je dis contre mon opinion , parce que'jc n'ai considéré l'expédition de Constantine comme utile qu'autant qu'on ne la tenterait qu'avec l'intention et les précautions prises pour s'en assurer la conservation , afin de se créer par là un puissant moyen de domination du pays.

Maintenant, monsieur le ministre , et quand j'accepte ainsi les conditions dans lesquelles je suis aujourd'hui placé, permettei-moi de refuser formellement de me soumettre h l'accusation d'inconséquence que vous ne persisteriez pas à faire peser sur moi si tontes les conditions faites entre le ministère précédent et moi avaient été discutées et arrêtées de la même manière entre vous et moi.

Tant que Ton persistera à dire que je n'avais demandé en tout et pour tout que 30,000 hommes effectif général, il est de mon honneur et de ma dignité de persistera soutenir une opinion contraire. '

Je fe fais ici de nouveau , d'abord en m'appuyant sur des pièces officielles; de l'autre , en rappelant tout ce qui a été dit et convenu verbalement entre M. le maréchal Maison et moi.

Ainsi je n'ai pas demandé 30,000 hommes seulement effectif général, car l'état d'emplacement des troupes que j'ai remis à M. le maréchal Maison se résume en un total de 30,000 hommes de troupes françaises , et 5,000 hommes de troupes indigènes organisées et soldées. — Ce qui fait bien 35,000 hommes.

Et, quant aux 30,000 hommes de troupes françaises , je ne cessai d'observer et de demander qu'il soit bien convenu que ne devaient pas s y trouver comprises toutes les non-valeurs si considérables en Afrique, notamment les nombreuses administrations de l'armée ; et, ponr bien préciser les faits , puisque cela est si nécessaire aujourd'hui , j'observai mainte fois à M. le ministre de la guerre et à M. le président du conseil , M. Thiers , que ce n'était pas ( veuillez me passer l'expression ) avec des tabliers et des bonnets de coton que j'entendais mettre â exécution le système selon lequel il s'agissait d'opérer.

Lorsqu'avant mon départ de Paris il devint nécessaire de fixer d une manière plus précise les dispositions à prendre par le ministère, M. le maréchal Maison, dans une conférence à laquelle il voulut bien admettre mon aide-de-camp , écrivit de sa main , a l'encre rouge , au bas d'un état d'emplacement à donner aux troupes tant françaises qu'auxiliaires , une note qu'il signa , qu'il m'envoya en communication, et dont j'ai pris et gardé copie , par laquelle il accordait 30,000 hommes dé troupes françaises , 5,000 hommes de troupes indigènes, et enfin 4,000 cavaliers auxiliaires pendant l'expédition de Constantine; c'est-à-dire 35,000 hommes pour l'occupation et 89,000 pour l'expédition.

Enfin, dans le cours de cette même conférence, mon aide-decamp revint d une manière très-formelic sur celte observation toujours présentée, savoir qu'A ne serait pas compris dans le chiffre de 80,000 hommes de troupes françaises toutes les non-valeurs de l'armée, et, comme il demandait une réponse avec instance, M. le directeur du personnel présent à la conférence termina la discusnsio en disant que l'on porterait l'effectif à 32 ou 83 ,000 hommes , et

que cet excédant couvrirait du moins le chiffre des non-combattans de l'administration; quant aux autres non-valeurs, il observa qu'elles se réduiraient à un chiffre moins élevé, à cause du choix tout particulier que Ton ferait des hommes qui seraient désormais envoyés en Afrique.

Voilà donc , monsieur le ministre, qu'il s'agissait de 37 à 38,000 hommes , et non pas de 30,000 hommes effectif général.

Cependant , par votre dépêche du 6 octobre , vous m'observez que l'effectif général est en ce moment de 31,800 hommes, et que vous ne pouvez vous expliquer comment l'expédition de Constantine, qui était possible quand j'ai quitté Paris, ne le serait plus aujourd'hui , surtout quand la situation politique n'est pas changée.

Je réponds, monsieur le ministre , qu'il y a bien loin de 31,800 hommes, représentant 22,000 combatlans, à un effectif général de 37 à 38,000 , et je réponds aussi que la situation politique a beaucoup et a nécessairement dû beaucoup changer.

Ainsi voici les conditions dans lesquelles nous étions et selon lesquelles nous nous serions trouvés si l'on eût exécuté ce qui avait été convenu.

Dans la conférence précitée, au commencement d'août, M. le ministre de la guerre donnait Tordre formel, sur ma demande et en présence de mon aide-de-camp , de faire partir sans aucun délai pour Bouc, le bataillon des chasseurs d'Afrique , qui était en Corse (1,700 hommes), et de diriger également de suite sur ce point les trois bataillons du n ae léger (15 à 1,600 hommes).

Ces troupes arrivées à cette époque à Bone eussent annoncé d'une manière formelle l'expédition ; elles eussent également mis à même de se porter en avant, au milieu des tribus bien disposées que nous nous adjoignions nécessairement pour combattre Achinet puisque nous nous trouvions déjà assez forts pour les protéger. Le recrutement des troupes indigènes, qui venait d'être arrêté malheureusement quelque temps auparavant , se reprenait au moment où les Arabes en foule se présentaient pour servir sous les ordres du bey.

Tous ces préparatifs , toutes oes opérations préliminaires , rendaient l'exécution plus facile, détruisaient à l'avance l'autorité et les forces du bey Achniet; enfin elles produisaient une impression javorable dans les autres provinces.

Si, dans le même temps . on eût porté l'effectif général à 32 ou 33,000 hommes , et si l'on eût ouvert les crédits pour le recrutement

et la solde de» troupes indigènes , comme pour la création des moyens de transport (toutes choses ainsi contenues), il en serait Tésulté , qu'à l'heure qu'il est beaucoup d'opérations seraient commencées ou achevées dans les provinces d'Alger et d'Oran , et tpie sur la route de Constantine nous serions forts, bien postés, trèsavances , entourés de tribus croyant à nos projets et a notre puissance pour les exécuter.

An lieu de tout cela, qu'a t- on fait, et dans quelle situation nous trouvons-nous ?. . .

Le bataillon de Corse, non plus que les trois bataillons du 17"* léger, n'ont été envoyés à Bone. L'effectif est resté, jusqu'au mois d'octobre, au dessous de 28,000 hommes, tout compris; aucunes troupes indigènes n'ont été recrutées ; aucuns crédits n'ont été ouverts jusqu'à la même époque pour les préparatifs de l'expédition. Àu moment du changement de ministère, M. le maréchal Maison a suspendu toute action , môme le départ de quelques bataillons prêta à embarquer à Toulon et à Port-Vendres.

Dès lors, de notre côté, incertitude d'abord, puis ensuite découragement ; de la part des Arabes, au contraire, espoir de voir avorter tous les projets annoncés, impossibilité pour nous d'agir dans les provinces d'Alger et d'Oran, non plus que de nous échelonner puissamment sur la route de Constantine. et sur ce point une plus grande facilité pour le bey Achmct de se mettre en état de défense, de contenir ou de frapper les tribus qui se sont compromises sans que nous puissions aujourd'hui les soutenir.

Ainsi les dernières nouvelles annoncent qu'il a attaqué le poste de Dréan, qu'il forme plusieurs camps, qu'il recrute partout, même dans la province d'Alger et Tîttery, d'où il vient de tirer 800 Coulouglis, etc., etc.

Je dis donc, monsieur le ministre, non seulement que la situation politique a beaucoup changé, mais j'établis une différence dé forces équivalente à plusieurs milliers d'hommes, entre ce que sont les choses aujourd'hui et ce qu'elles seraient si tout se fût passé ainsi que je l'ai dit plus haut et comme il avait été convenu qu'il serait fait, à Paris et ici.

Pour mieux rendre sensible cette différence, veuiliet, monsieur le ministre, considérer celle qui s'établit en ce moment à Alger, même depuis votre dernière dépêche.

Je désirais, pendant mon absence, couvririons les postes à la fois en m établissant sur la Ghiffa, d'où l'on pourrait domine* la plaine

ut contenir au loin les Arabes en cas d'une levée de boucliers. Ayant reçu les 3 m " bataillons des 2*' et 11"* régimens, et fait Tenir d'Oran h compagnies d'élite du 17" e léger, je m'étais porté en avant, pensant m'y établir définitivement.

Aujourd'hui que je suis obligé de faire partir pour Bone les 4 compagnies du 17 léger et tout le 63"* de ligne , il me faut absolument me replier définitivement aussi sur Bouffarik. La conséquence de ce mouvement qui dénote notre faiblesse ne s'est pas fait attendre. Déjà les chefs des tribus se sont réunis deux fois pour délibérer sur la guerre à entreprendre, et Von m'annonce qu'il va y avoir, à Blida même, qui se trouve forcée de prendre parti contre nous, une grande assemblée de tous ceux qui pensent que la circonstance leur est favorable pour nous attaquer.

Toutefois j'espère n'avoir rien à craiudre pour le poste de Bouffarik, j'ai pris mes dispositions pour déjouer les différentes entreprises qui pourraient être faites dans le but de lui couper ses communications avec le Sahel et Alger.

U y a quelques jours cependant que les habit ans de Blida , nous voyant sur la China, non seulement nous livraient leur ville à merci, mais offraient de contribuer de tous leurs moyens à la défendre, tandis que, d'ailleurs , aucun indice grave n'annonçait que les Arabes fussent disposés à se réunir pour combiner un plan de campagne.

C'est ainsi que partout, quand on est fort, les Arabes sont découragés et disposés à se soumettre, tandis que, dans le cas contraire, ils deviennent tous ennemis et entreprenans ; et vous voyei qu'il faut peu de temps pour opérer ce changement Les intrigues d'Abd-el-Kader, du bey de Constantine, surtout celles de ce dernier, qui sont appuyées sur de grandes largesses, sont parvenues , dans ce dernier temps , à ébranler les tribus de l'est de la Mitidja, surtout celles des montagnes de Tisser, qui jusqu'à présent ne nous ont pas été hostiles. Déjà deux fois leurs chefs se sont aussi rassemblés depuis quelques jours. Leurs intérêts commerciaux et nos efforts pour les désunir les ont empêchés de s'entendre jusqu'à présent; mais serons-nous toujours aussi heureux ? il ne faut pas s'y fier.

Sans doute je ne crains pas, comme vous me faites l'honneur de me l'observer, qu'ils enlèvent mes blockaus ou mes postes retranchés ; mais une excursion vigoureuse par laquelle ils détruiraient les travaux exécutés dans la plaine de ce côté serait un événement grave, bien fâcheux, et d'un mauvais exemple.

Enfin, monsieur le ministre, jedoisvous donner des explications sur la nécessité dans laquelle je ine trouve de laisser à Oran une colonne mobile assez forte pour aller ravitailler (Tlemcen. Je ne puis faire faire cette opération avant ni après l'expédition de Constantin^ par les troupes qui devraient concourir ou qui auraient concouru à cette expédition.

Marcher sur Tlemcen avant d'envoyer des troupes à Bone m'aurait beaucoup trop retardé.

Un convoi ne peut se rendre d'Oran à Tlemcen que dans six jours, et encore faut-il que le temps soit beau. Il faut deux jours de repos. Ce convoi ne porte que 500 quintaux : il faut aller chercher les 500 autres a la Tafna; ce qui prend pour aller et revenir environ 5 jours ; un sixième jour de repos ; enfin, 5 jours pour revenir à Oran, parce que le convoi est déchargé. Ainsi se trouvent employés i9 jours de beau temps dans cette saison. Mes propres et constantes observations m'ont appris que l'on n'a guère que 8 à 9 jours sans pluies ; ce ,'qui cause des retards inévitables.

Ne ravitailler Tlemcen qu'après l'expédition me serait impossible, puisque cette place n'a de blé que jusqu'au mois de novembre : à cette époque je commencerai seulement ma marche sur Constantine, et les troupes ne retourneront à Oran qu'à l'époque à laquelle il serait difficile de se rendre à Tlemcen avec un convoi considérable.

En résumé, monsieur le ministre, les difficultés sont grandes ; il était de mon devoir de vous les signaler et de me justifier eu même temps de chercher à les éviter; j'espère toutefois, et j'en ai même la conviction, que la connaissance que j'ai du pays et du caractère de nos ennemis m'aidera a vaincre tant d'obstacles qu'il est peut-être difficile d'apprécier du premier abord , aussi bien à Paris que là où il s'agit de les surmonter.

Les nouvelles que je reçois du dehors m'annoncent que, dans les dernières réunions des chefs arabes, la «guerre a été décidée contre nous, ici. Les tribus ont été prévenues qu'elles devaient préparer des vivres pour 20 jours et cesser tout commerce avec Alger. En effet, les arrivages n'ont pas eu lieu hier. Après-demain, dimanche 32 du courant, une très-grande réunion des tribus de l'est et de l'ouest doit avoir lieu, à 20 lieues d'Alger, pour arrêter le plan de campagne. Les agens d'Achmct, d'Abd-el-Kader et de Sidi Embarak s'agitent en tous sens et répandent beaucoup d'or. Les émissaires d'Achmet. notim nent, n'épargnent pas plus l'argent que les pro»

tnesses, et recrutent activement parmi les Coulouglis de lest, en même temps qu'ils excitent a la guerre dans la province d'Alger. (U n'est pas exact d'ailleurs, ainsi que le bruit public Tarait d'abord ait penser, que l'on ait rapporté au camp 80 têtes ; mais il est constant que l'ennemi a perdu beaucoup de monde.)

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