AFFAIRE DE M. DE RIGNT
Oui, je le dis dans la sincérité de mon cœur, arrivé à ce point de mon récit, je voudrais supprimer les pages qui vont suivre ; je voudrais n'avoir pas à parler d'un homme traduit devant un conseil de guerre $ aussi ne mêlerai-je aucune réflexion aux pièces officielles que je publie. Je dirai seulement à celui qu'elles concernent : « En donnant de la publicité à une lettre où vous traitiez » d'imputation calomnieuse ce que j'avais dit de votre con- » duite, vous m'avez forcé à donner une égale publicité au » jugement que j'en ai porté et aux causes qui m'ont dicté » ce jugement. »
Voici d'abord la lettre de M. le vicomte de Rigny à M. le ministre de la guerre , écrite le 1 er décembre 183G.
Bone, le 1 * décembre 1 836.
le
J'ai l'honneur de tous adresser une copie de l'ordre du jour de M. le maréchal Clauzel an retour de l'expédition de Gonstantine. La phrase qui signale la faiblesse dun seul s'adresse à moi. Je repousse cette imputation, et je la déclare calomnieuse.
Ce n'est pas tout , M. le maréchal m'a traité avec plus d'injustice encore dans un autre ordre du jour qu'il n'a retiré qu'après en avoir lui-même donné lecture à tous les chefs de corps de l'armée. Après cette communication , l'ordre du jour n'appartient plus à M. le maréchal, et je supplie votre excellence d'ordonner qu'il soit représenté.
On fait mettre en jugement un officier général , nul n'a le droit de le déshonorer. Je vous demande , avec les plus vives instances , monsieur le ministre , que toute ma conduite , pendant l'expédition de Gonstantine , soit déférée à un conseil d'enquête ; votre excellence ne me refusera pas celte grâce. Je me considère comme incapable de servir le roi , jusqu'au moment ou il sera reconnu si c'est aux fautes de l' officier-général qui a constamment commandé l'avant-gardc en marchant contre Gonstantine , et devant cette place , et l'arrièregarde au retour , que sont dus les résultats désastreux de l'expédition.
Je suis avec respect , monsieur le ministre , votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le maréchal de camp,
Signé, vicomte de RIGNY.
Pour copie conforme , Le Conseiller d'état , directeur-général du personnel et des opérations militaires,
Signé, vicomte SCHRAMM.
Au camp sur la Seybouse, le Î9 novembre 1838.