‹ Explications du maréchal ClauzelChapitre 17 sur 62 · PIÈCE · texte numérisé non relu

PIÈCE

NOTE SUR ADGER.

19 juillet 1836.

Subjüugués par les Turcs, alors que la Sublime-Porte justifiait, aux yeux des enfans de Mahomet surtout, cette dénomination, les Arabes avaient dit : Dieu le veut ! il faut obéir aux Turcs qui sont nos maîtres.

‘Pour détruire chez les Arabes tout esprit national, tout espoir d'indépendance , les Turcs avaient employé les deux grands moyens d'action qui seuls puissent réussir dans ce pays; ils exigeaient une obéïssance absolue de tous ; puis, ils flaitaient l’orgueil et la cupidité des'uns, afin de trouver dans ceux-là mêmes la force nécessaire pour dominer les autres.

De là résultaient la désunion, la haine, la guerre continuelle entre lès différentes races, entre les différentes tribus, et18,000 Turcs maîtrisäient toute la population indigène pour laquelle ils affectaient le plus profond mépris, sur laquelle chacun d'eux’ avait droit de vie et de mort,

Les Arabes gémissaïent de ce joug cruel ; ils haïssaient profondément ces maitres oïgücilleux et terribles, mais ïls disaient : Dieu le véut ! il nous faut obéir aux Turcs tant que Dieu voudra qu'ils soient nos mañtrés.

JE n'y avait plus de nationalité arabe.

‘Lorsque ‘nous fimes la conquête d'Alger, les Arabes nous virent avec/déflaisir, parce que nous étions chrétiens; mais ils furent du méins satisfaits en voyänt la destruction et l'humiliation des Turcs. IlsaVaient d'ailleurs da plus hautéidée de la nation française ; le nom etleséxploits de l'empereur Napoléon leur étaient bien connus, leurs

imaginations orientales avaient été vivement frappées par les merveilles dont ils avaient entendu le récit ; la supériorité militaire dont nous avions fait preuve en nous emparant d'Alger leur en avait imposé ; ils ne se firent pas illusion sur l’avenir qui les attendait, Ils dirent alors, et beaucoup d’entre eux disent encore aujourd'hui :

« Nous fûmes autrefois une grande nation ; puis nous avons vécu » long-temps sous la domination des Turcs; aujourd’hui les Fran- » çais sont nos maîtres : c'est Dieu qui veut toutes ces choses, car » Dieu seul est grand! »

Une volonté ferme de la part du gouvernement, un système de domination et d'organisation mûrement réfléchi et vigoureusement exécuté , on dépensait moins d’argent, on conservait la grande réputation que l’on avait dans Le pays, on réussissait enfin facilement et promptement,.

Mais les circonstances ne le permirent pas; les idées et Les forces matérielles étaient absorbées et utilisées en Europe.

Dès les premiers momens de notre occupation de la ville d'Alger, la conduite des Français et les actes de l'administration dénotèrent cette fatuiié, cette légèreté, ce mépris des hommes sans examen, sans appréciation du passé, sans projets arrêtés pour l'avenir, qui blessent les mœurs, les intérêts d’une nation, et qui, dès qu'il se présente les plus légers obstacles, la moïndre résistance, amènent les revers, la discorde, le découragement, et par un juste relour , le mépris de ceux envers lesquels on a agi avec si peu de ménagement , avec tant d'impudence et d'imprudence tout à la fois.

Nous entassons 30,000 hommes dans un espace qui peut à peine les contenir; au lieu de camps et de positions militaires, nous encombrons des hôpitaux ; si nous prenons les armes, c'est pour aller faire une pointe , sans motifs plausibles , sans but réel, sans résultat ni probable, ni possible ; nous apprenons aux Arabes à nous combattre et à nous vaincre. Ceux quise sont compromis avec nous et pour nous sont attaqués , dépouillés, massacrés par les autres; l’anarchie s'établit dans toutes les provinces ; nous ne donnons pas un gouvernement à ceux qui demandent à être gouvernés ; nous ne punissons pas efficacement ceux qui nous menacent et nous insultent. Avant qu'un gouverneur aït eu le temps de comprendre la tâche qui lui est imposée, nous le remplaçons par un autre; il n’est pas un Arabe qui ne voie que notre gouvernement ne sait pas ce qu'il veut, et que par conséquent ceux qu'il envoie en Afrique le savent encore moins, À Te | |

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