‹ Explications du maréchal ClauzelChapitre 18 sur 62 · FT · texte numérisé non relu

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Nous sommes déconsidérés , et dès lors il s'opère dans les esprits, chez les Arabes , une grande révolution.

‘Un grand du pays , estimé, respecté parmi les siens, habile, ena treprenant , s’appuyant sur le parti maure qui peut l'aider puissam« ment, parce que ce parti est riche , intrigant , et qu'il vit au milieu de nous, concoit de brillantes espérances, entreprend le grand œuvre de la régénération de son pays, et bientôt ralliant ou soumettant les tribus les plus puissantes et les plus belliqueuses , il étend sa domination sur toute la régence, et nous place, nous, acculés, entassés , étroitement emprisonnés sur quelques points du rivage, en présence d'une nationalité arabe quil faut désormais étouffer, ou devant laquelle il faudra reculer honteusement,

Pour le nouvel émir, le moment de lever le masque est arrivé. Il se proclame en Afrique le roi de la terre, et nous accordant la souveraineté de la mer, il ne daigne toutefois conserver encore pour nous cette condescendance qu'à des conditions honteuses, intolérables. Bientôt il viole la paix, et nous insulte audacieusement. Le cœur tout français d'un brave général en est vivement blessé ; il ne calcule pas ses forces, il a senti l'injure, il la repousse , îlest battu : c'est-à-dire que, guidé par un honorable sentiment, il commet une grande faute, car, dans une pareïlle, circonslance , commencer la guerre par une défaite, c'est décupler la force de son ennemi.

En effet, le vainqueur a promptement tiré de sa victoire tout le parti possible... Le voilà vraiment roï, vraiment maître. Il commande partout , et si tout le monde ne prend pas les armes pour lui, personne du moins n'ose l’attaquer. Comme il est fort et victorieux, il trouve des alliés. L'empereur de Maroc lui fournit des armes et des soldats. La Turquie , sans doute, l’encourage et bientôt elle va chercher à mettre à profit les obstacles sérieux qu'il vient d'élever sur nos pas déjà si incertains. Le parti maure ne se cache plus dans l'ombre ; ils’'agite ouvertement, il répand l'or partout, il ourdit au milieu de nous de trop puissantes intrigues, il a des émissaires connus , avoués , à Paris, où malheureusement il ne trouve que trop de partisans. |

Tandis que toutes les circonstances se réunissent ainsi contre nous en Afrique, par une de ces fatalités qui font parfois s'endormir comme malgré soi celui qui devrait agir , le gouvernement, qui d’abord s’est ému, qui d’abord a proclamé bien haut que l'échec malheureux que nos armes ont essuyé serait promptement vengé ; le gouvernement, probablement préoccupé par d’autres intérêts, semble

oublier qu'il se. lrouye. sur les côtes d'Afrique-une, armée:française vaincue , humiliée , étroitement, bloquée., qui ne peut plus s'appro:

visionner que par la mer, et qui-subit unesemblable honte.de lapart d'une-population brave, il est vrai, mais inhabile à la guerre ; privée: des ressources et. des moyens.terribles qui nous. sont familiers, à nous, grande.nalion, naguère.encore l'effroi du monde entier.

«Vous le voyez. (s'écrie Abd-el-Kader dans ses proclamations);je », suis plus puissani etplus fort que le roi des Français ! il lui faut des » mois entiers pour rassembler des soldats en assez grand nombre, » pour essayer.de.venger leurs frères que nous avons vaincus , tandis: » qu'en un instant 20 et:30,000 guerriers se réunissent à ma voix !..».

Heureusement, comme pour démentir d'une manière pluséclatante ces insolentes paroles, c'est l'héritier du trône qui vient.en personne ramener la victoire sous nos drapeaux.: les expéditions de Mascara. et. de Tlemcen rabaïissèrent et l'orgueil et la puissance de l’émir.

Pourquoi ces brillans succès ne seront-ils que momentanés? Pour quoi de nouyeaux reyers vont-ils afliger,le pays? Commentsepourra. t-il que .la France, après un grand. effort qui. ne, semblera.bientôt, plus.qu'un caprice, voie. de nouveau: ses.gnerriers.vaincus.et pour. suivis, n'échapppant au plus complet désasire qu'en élevant à Ja hâte. sur le bord de la mer, des retranchemens. qu'heureusement un, ennemi trop inhabile ne saitpas attaquer ?

C'est que la fatalité qui,, depuis,six,ans , frappe: sar.nous<en Afrique, pèse encore.de. tout,son poids sur ceux;qui-semblentayoir pour, mission-d'y voir déshonorer.nos drapeaux, C'est que bien.loin quelles expéditions. de Mascara et de. Tlemeen aient-tté conçues selonunsystème.et dans un: but.convenu. et-réfléchi, c'est.qu'au. contraire-elless nont été qu'un effet. du. hasard, qui sait ?.... peut-être d’un. mal; entendu... je.crois même que quelques-uns ont.prétendu,que. c'était, une faute, une désobéissance.

C'est-à-dire que devant une régence d'Afrique, dont nous avions avec tant d'orgueil et tant de fracas. prétendu faire, la conquête , il, était conséquent, il était honorable, il était glorieux. de demeurer, vaincus, humiliés, emprisonnés, entassés sur le bord de la, mer. et quels étaient donc ceux. qui se trouvaient réduits à de telles, extrémités?... Les soldats dela France, en paix.avec l'Europe entière, de la France enregistrant chaqueannée, ayecgrand.bruit de paroles, un budget de quelques:1,200 millions !

Mais l'opinion publique s’est émue, et tous ceux qui ne.veulent, pas.que la. France soit. déshonorée, jettent. avec/inquiétude, déjà.

peut-être avec indignation, leurs yeux étonnés sur la régence d’Alger. Une sérieuse responsabilité va peser sur ceux qui dirigent la politique du pays, et qui disposent des ressources de l’état. |

Le moment est venu de vouloir quelque chose en Afrique ; il n’y a plus à reculer. L’abandon n'est plus possible; on ne sauraït plus même le déguiser aujourd’hui sous quelque forme que ce soit d’une prétendue occupation.

Le gant a été jeté à la France ; déjà deux fois nous avons été battus, nous ne devons plus, nous ne pouvons plus l'être en Afrique; sinon , il faut le répéter, la plus sérieuse responsabilité va peser sur le gouvernement.

Il faut, sans aucun retard , en Afrique, des généraux, des soldats , de l'argent, un système surtout , et non pas un système bâtard qui n’aboutisse qu'à dé nouvelles hontes, qu'à de nouvelles défaites, qu’au spectacle de 30,000 soldats ne pouvant, ne sachant pas terminer une guerre, qu'en d'autres temps on eût vue s'achever presque en même temps quon la savait entreprise ; mais il faut un système dé domination et d'organisation de la régence d’Alger.

Assez de faiblesse, assez d'impéritie, assez de honte comme cela! Maintenant , de la force, de lhabileté , une position honorable aux yeux de l’Europe attentive ;: voilà ce qu'il faut au pays aujourd’hui,

Et quoi! s'agit-il donc d'une campagne de Russie, d’un effort surnaturel, d'une dépense excessive? Faudrait-il énerver l'état, épuiser nos finances ?...

Eh! mon Dieu , rien de tout cela vraiment. Pour dominer la régence entièrement, pour y terminer la gucrre, organiser le pays, le livrer à la colonisation et à la civilisation, il ne faut, remarquez-le bien, que lé même nombre de troupes, que là même somme d’argent, que chaque année , depuis six ans, nous avons employée et dépensée pour nous faire battre, nous faire acculer à la mer , et nous démander, alors même qu'il n’en était déjà plus temps, si nous devions conserver ou abandonner notre conquête d'Afrique.

Seulement il faut vouloir, il faut dire avec le pays : Assez de faiblesse , assez d’impéritie, assez de honte comme cela!

Le but auquel il faut enfin atteindre sans retard, comment y. parviendra-t-on ?

‘ Si vous vous confinez sur un ou deux points de la côte, fût-ce avec 50,000 hommes, vous bornant, lorsque vous êtes insultés et égorgés jusque dans les jambes de vos soldats, à pousser une poïnte en avant pour chasser un ennemi qui s'enfuit, comme une meute chasse un

lièvre, sauf à vous faire reconduire par lai, comme l'oiseau de proie suivi par une troupe d'hirondelles contre lesquelles il est impuis> sant ! |

Si vous n’occupez pas même d'une manière efficace, imposante, lés deux villes les plusimportantes de la régence, qui vous couvriraient au nord et au midi ; par exemple, la ville de Tlemcen, d'où vous pourriez surveiller, contenir et réprimer l’empereur de Maroc et les puissances européennes, qui de ce côté intriguent contre nous, et rôdent ouvertement , l'or à la main, autour de ce rivage d'Afrique , dont elles sauraient probablement faire quelque chose. Cette ville de Tlemcen, où rappelant les grandes caravanes et le plus riche commerce, vous feriez revivre des sources taries depuis que vous avez mis le pied sur le sol algérien,

Et puis la ville de Constantine d’où vous pourriez surveiller, contenir et réprimer les intrigues et les projets hostiles de la Turquie ; d'où vous-pourriez parler aussi haut que les autres aux régences de Tunis et de Tripoli.

Si vous n’occupez pas même ces deux villes, mais encore une fois, vous auriez 50,000 hommes sur les rivages d'Alger, d'Oran et de Bone, que vous auriez toujours devant vous des populations nombreuses, guerrières, enhardies d’ailleurs par votre déplorable, j'allais dire votre misérable système ; n'ayant rien à craindre de vous, se faisant un jeu de venir vous attaquer tous les jours, afin de vous fair combattre en pure perte, afin de vous épuiser, de vous décourager, et persistant d'autant plus dans ces attaques journalières qu’elles savent bien que si la moindre crise nous saisissait en Europe sur terre ou sur mer, il vous faudrait rappeler en toute hâte vos 30 ou 50,000 hommes qui d’une part vous seraient nécessaires, ‘et qui de l’autre seraient perdus sans ressources si vous les laïssiez échoués sur le rivage d'Alger.

Rien ne gêne alors ces populations pour se rassembler, pour se liguer entre elles dans le but de vous affamer, de vous contraindre à faire venir de France jusqu'à de l’eau pour vous désaltérer.

Mais encore une fois frappez au cœur, et vous terminerez promptement la guerre; enlacez votre conquête d'Afrique dans un réseau bien tressé, vous la melirez dans l'impossibilité de se remuer, vous ne lui laisserez de respiration que ce qu'il vous conviendra de lui en donner.

Pour former ce réseau, pour en finir avec un ennemi dont on exagère cent fois la force et les dispositions hostiles, il ne faut, nous

l'avons dit, que les troupes que nous entretenons annuellement en Afrique depuis six ans ; il ne faut que la campagne qui va s'ouvrir cet automne ; et cependant, la guerre serait finie en Afrique ; les Arabes, surveillés et dominés sur tous les points à la fois, ne pourraient ni se réunir en grand nombre, ni mettre en action un plan de campagne ; les beys que vous auriez nommés et installés dans chaque province, ayant près d'eux une garnison française, se maïintiendraient et se feraient respecter ; les colons européens arriveraient en grand nombre; les milices coloniales remplaceraient bientôt une grande partie de vos troupes. |

Bientôt aussi vous pourriez conserver votre position en Afrique, en cas de guerre continentale ou maritime.

Faut-il donc beaucoup d'efforts pour s'établir ainsi ?

Dans la province d'Oran vous possédez seulement un demi-cercle, détestable position, et cependant 4 à 5,000 hommes peuvent marcher d’un point à un autre avec la certitude de vaincre s'ils étaient attaqués.

Dans la province d'Alger, vous n'êtes avancés que jusqu'a Bouffarick, et cependant 4,000 hommes vont à Médéah victorieusement, traversant le fameux col de Thénéah.

Dans la province de Constantine, 4,200 hommes de troupes, dont la moitié seulement de troupes françaises et l’autre formée par des troupes indigènes irrégulières, viennent de s’avancer jusqu'à dixhuit lieues de Constantine, etnon seulement ellesn'ont pastiré un seul coup de fusil, soit en allant, soit en revenant, «maïs le commandant supérieur de Bone a reçu chemin faisant les soumissions de plusieurs tribus, des plus nombreuses, des plus guerrières, puisqu'il s’y trouvait plusieurs tribus kabaïles.

Voici comment nous voudrions nous établir et nous poster dans la régence d'Alger.

Dans la province d'Oran, nous occuperions

Indigènes. Français.

Mostaganem (beylik)........,., 500 200 DENRRMEARE. bee 0 0 + 4 0 € » 300 LE ES SRE RARE » 2,000 Le camp de la Tafna.......,.. » 1,000 Tlemcen (beylik).,.......... 500 500 Maslarausshist 008 ce ve Lorie 4,000 »

Camp du Sig (colonne mobile)... » 5,000

Total, % 2,000 9,000

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