‹ Exploitation, débit et estimation des bois: cours fait à l'École impérialeChapitre 7 sur 116 · DES BOIS QUI S'EXPLOITENT AVEC FACULTÉ D'ÉCORCER · texte numérisé non relu

DES BOIS QUI S'EXPLOITENT AVEC FACULTÉ D'ÉCORCER

Pour les bois qui s'exploitent avec faculté d'écorcer, le cahier des chaînes générales fixe le terme d'abatage au 1 5 mai ; mais il arrive fréquemment, surtout dans le nord et Test de la France, des retards assez considérables dans la végétation, ce qui oblige à proroger plus ou moins le délai d'abatage.

Les essences forestières dont on utilise Fécorce dans les arts sont le chêne, le bouleau. Faune et le tilleul. L'écorce du chêne liège fournit des produits dont chacun sait Fusage, et dont Fextraction s'opère suivant certaines règles qui ont été données dans le Cours de culture des bois et dans la Flore forestière de M. Mathieu (1). L'écorce des chênes rouvre, pédoncule et tauzin, de Faune et du bouleau sert au tannage des cuirs. Celle de Faune et du bouleau est employée, spécialement dans le nord de l'Europe, à la préparation des cuirs dits de Russie auxquels elle communique une couleur et une odeur particulières. L'écorce de Faune est aussi utilisée par les teinturiers et les chapeliers pour teindre en noir. L'écorce du tilleul sert à faire des nattes, des tapis, et surtout des cordes qui sont très-recherchées pour

(1) Od peat consulter avec froit un excellent article de M. Roasset, garde général des forêts, sar le traitement da chêne \\i%t, Ànn, furuL

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certains usages, parce qu^ellei^ résistent mieux à l'humidité que celles de chanirre.

 Pexception du liège, dont on fait un grand commerce en Provence, en Corse et en Algérie, et des écorces de chêne propres au tannage, tous ces produits sont sans importance au point de vue forestier. Uécorce des chênes rouvre, pédoncule et tauzin renferme beaucoup d'acide tannique ou de tannin, et elle occupe le premier rang parmi celles qui peuvent servir à la préparation des cuirs. Réduite en farine grossière dans des moulins spéciaux, elle prend le nom de tan (1).

L'époque la plus favorable pour écorcer le chêne est celle où la sève du printemps se met en mouvement. Cet espace de temps, souvent très-court, est compris entre le moment où les bourgeons commencent à se gonfler et celui où les feuilles commencent à s'épanouir. Plus tard, l'ècorce devient plus adhérente au bois et plus difficile à détacher. On dit de plus qu'elle a moins de qualité que lorsqu'on la récolte pendant les premiers mouvements de la sève. L'écorcement est toujours plus facile par un temps chaud et humide^ que par un temps sec. Alors même que la température est élevée, et que la végétation est en pleine activité, les vents du nord

(i) L'opération da tannage consiste à stratifier les peaux avec des Goaches de tan dans des fosses que Ton remplit d'eau. L'eau dissout l'acide tannique qui pénètre peu à peu les peaux, précipite la gélatine qu'elles renferment et forme avec elle un composé insoluble et imputrescible.

8 ÉœRGEMENT DU GBÊNE.

et de l'est apportent toujours un obstacle plus ou moins grand à Técorcement. Lorsque la yégétation est ralentie par une longue série de jours froids, comme cela arrive fréquemment dans les climats du nord et de Test de la France, on est obligé de suspendre l'opération de Técorcement, ou de la mener avec une telle lenteur qu'on ne peut quelquefois la terminer ^u'au milieu de Tété, lorsque les arbres sont entièrement couverts de feuilles. Dans ce cas/ on est forcé de retarder plus ou moins le terme d'abatage. Si, au contraire, la végétation marche rapidement, on est intéressé à presser beaucoup l'opération de l'écorcement, afin de la terminer dans les meilleures conditions, c'est-à-dire, avant l'épanouissement des bourgeons.

Il résulte de ces diverses observations qu'il faut se hâter le plus possible d'écorcer le chêne, pendant le premier travail de la végétation. Il y va de la qualité de la marchandise et de l'intérêt de celui à qui elle appartient. Or, on comprendra toute l'importance de ces intérêts, lorsqu'on saura que dans certaines localités où le bois se paye à des prix ordinaires, l'écorce de bonne qualité a souvent une valeur égale ou supérieure à celle du bois dont elle provient. Dans les forêts où on pratique l'écorcement, il importe donc d'apporter le moins d'entraves possible à cette exploitation, et d'accorder aux adjudicataires toutes les facilités compatibles avec les conditions qui doivent assurer la conservation et la reproduction des bois.

Pour faciliter l'opération, on autorise ordinaire-

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ment récorcement du bois sur pied. Cette faculté accordée aux ouvriers leur permet de saisir les jours, les heures favorables pour hâter Texécution de la portion la plus importante, la plus difficile et la plus chanceuse de leur travail, l'écorcement de la partie inférieure des tiges. L'écorcement des branches et de la partie supérieure de la tige est toujours plus facile ; il se fait après que Tarbre est abattu, mais souvent un ou deux jours après que Fécorce du bas 4e la tige a été enlevée.

Comme on le voit, cette opération demande à être conduite avec une certaine intelligence, et, quand on la p»ratique sur une grande échelle, il faut avoir à sa disposition une quantité d'ouvriers suffisante pour pouvoir profiter des moments favorables à Fécorcement.

On pratique Fécorcement du chêne de plusieurs ipanières, selon les localités et selon les (fimensions des arbres à écorcer. Quand on écorce sur pied, on doit d'abord faire, au bas des arbres et des perches» une entaille eîrculaire assez profonde pour arriver jusqu'à l'aubier. Cette coupure a pour but d'empé* cher que la souche et les racines ne soient dépouillées de kur éeorce, dont l'adhérence complète au bois est une ccmdition indispensable de la production des rejets. Les ouvriers fendent ensuite Fécorce en longueur et par lanières, avec la pointe d'une serpe ou avec une lame quelconque, et la lèvent avec un outil en fer, en bois dur ou en os, qui a la forme d'une spatule. Cette écorce s'arrache depuis la coupure

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circulaire au bas du Uronc, jusqu'au point le plus élevé où le bûcheron puisse atteindre. On abat en*suite les arbres pour en écorcer les parties supérieures qui n^avaient pu être atteintes. Chi expose pendant quelque temps les écorces au soleil, pour les faire sécher, puis on les lie en bottes. Il faut se hâter de les mettre à couvert, car si elles étaient exposées à la pluie elles perdraient de leur qualité (1) •

Dans les taillis sartés des Ârdennes, dont- les écorces sont si renommées, on-procède avec beaucoup de soin à l'extraction de FÉcoree. L'ouvrier se sert à cet effet d'un instrument en os qui se compose d'un tibia de cheval taillé en biseau par l'une de sês «x^ trémités, et armé d'une lame courte, forte et bien tranchante à l'autre extrémité ( Voir PL 1\ Fig. i) . Avec cette lame, l'ouvrier fend l'écprce de l'arbre, d'un seul côté, depuis le point le plus élevé qu'il peut atteindre jusqu'à l'entaille circulaire qu'il a d'abord pratiquée au-dessus du collet de la rseine. L'ouvrier introduit ensuite lé biseau de son instrument entre l'écorce et le bois, et, en le passant alternativement de chaque côté de la fente, il parvient à détacher entièrement l'écorce sans produire de dé chirures. L'écorce ainsi enlevée tout autour de l'arbre en un seul morceau, se contracte et s'enroule sur elle-même en forme de cylindre creux. On la dépose ensuite, pour la £aire sécher, sur un lit de perches disposées en plan incliné. Moyennant cette

(i) Bf. Parade, Cows de culture.

JGOKEMENT DU CHÊNE. il

précaution et grâce à la manière dont l'écorce s'enroule sur ell^mème après son extraction, la partie intérieure, celle qui renferme surtout le tannin, ne risque pas d'être lavée par les pluies. On traite de la même manière les écorces du haut de la tige et des branches que l'on n'enlève qu'après l'abatage de l'arbre.

Quand les écorces sont suffisamment séchées, on les nettoie à l'extérieur, avec un couteau ou un racloir, des mousses et autres substances qui pourraient altérer leur qualité et produire des moisissures. C'est alors seulement qu'on les lie en bottes pour les mettre en meules, ou les transporter dans un hangar où on les tient à couvert, jusqu'au moment où elles seront découpées en menus morceaux et réduites en poudre dans des moulins à tan.

Les écorces qui restent longtemps en meules, ou mépie sous des hangars mal aérés, sont très-exposées à s'uvarier. Souvent elles s'échauffent ou moisissent de manière à perdre presque toute leur qualité. H faut beaucoup de soin et des frais de manutention assez considérables pour conserver cette marchandise intacte pendant plus de deux ans avant de la livrer aux moulins à tan. A défaut de signes apparents de moisissure ou d'échauffement de l'écorce, on reconnaît facilement qu'elle est avariée, d'après la cassure dont la couleur est d'un jaune brunâtre, ou d'un brun rougeâti^g.

En général, la qualité des écorces est d'autant meilleure que le liber a une épaisseur plus considérable

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comparativement aux couches corticales et à Tépiderme, car il parait que le tannin est surtout contenu dans le liber ou la partie vivante de Fécorce. Or, cet organe est d'autant plus développé que les bois solit plus jeunes et qu'ils végètent plus rapidement. C'est pour ces raisons que les taillis sartés fournissent des écorces si recherchées et qu'au contraire on estime peu les écorces des arbres âgés. C'est entre i5 et 40 ans, aux expositions du sud et de l'ouest et dans les terrains fertiles, que le chêne produit l'écorce la plus estimée. Les écorces de bonne qualité doivent être lisses et brillantes à l'extérieur, leur cassure doit être blanchâtre; celles qui proviennent de bois jeunes et à végétation rapide sont rugueuses et couvertes d'aspérités à l'intérieur.

L'écorcement diminue de quelque chose le volume du bois ; on estime cette diminution au huitième en moyenne. Au surplus, le rendement des taillis de chêne en écorce varie avec la situation et l'exp'osition (1). Pour bien apprécier ce rendement, il faut comparer entre eux des taillis de même âge et situés dans la même contrée ; de plus, il faut comparer les produits par leur poids, et non par leur volume en stères ou en fagots. C'est ainsi que l'on a trouvé, par

(\) La quantité et la qualité de l'écorce dépendent aussi, tontes circonstances égales d'ailleurs, de l'espèce de chêne qui peuple le taillis. Dans les Ârdennes, le chêne rouvre donne use écorce meilleure et plus abondante que le chêne pédoncule. Les jouvriers affirment de plus q«e l'écorcement du chêne rouvre est toujours plus facile que celui du chêne pédoncule.

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