D'OEUVRE
Les bois de service ou de travail, quelle que soit leur destination, ne sont donc généralement travaillés et mis en œuvre, qu*après un temps plus ou moins long, suivant le degré de dessiccation qu4ls doivent atteindre. Mais, pendant ce temps/ les bois sont exposés à plusieurs dangers dont les principaux sont : les grosses fentes, la pourriture et la vermoulure. Pour en préserver les bois, on emploie des moyens différents selon les localités, et aussi selon les ennemis qu^on a le plus à redouter.
Les fentes sont dues au retrait que prend le bois en se desséchant. Quoi qu'on fasse, on ne peut en préserver entièrement certains bois, particulièrement ^ les grosses pièces de chêne, qu'en les débitant, aussitôt après Tabalage, en sciages ou en bois de fente. Quant aux bois de charpente, ce qu'on doit chercher à éviter ce ne sont pas les petites gerçures qui ne nuisent en rien à la qualité du bois, mais les grosses fentes qui pourraient diminuer la force et la solidité des pièces. Dans les pays froids et humides où l'on n'a pas beaucoup à craindre les grosses fentes, lès marchands se bornent à empiler leurs bois en plein air; et à prendre les précautions liécessaires pour les préserver de réchauffement et de la pourriture. A cet effet, on établit sous les piles des sommiers assez forts pour que les pièces du fond ne soient pas
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en contact immédiat avec le sol, et, dans les dépôts bien tenus, on bétonne et on pave remplacement des piles pour intercepter les émanations de la terre ; on sépare les bois d'une même pile par des cales, de &çon que l'air puisse librement circuler entre cha-^ que pièce, et on les abrite contre la pluie et les ar-^ deurs du soleil, en recouvrant le lit supérieur avec des planches disposées en toit. Ce moyen est le plus communément employé dans les magasins des marchands et dans les chantiers de construction de r& tat. Mais, dans les pays chauds, les bois ainsi empilés en plein air se fendraient et se tourmenteraient tellement, sous l'action des fortes chaleurs, qu'ils deviendraient souvent hors de service. C'est pour parer à cet inconvénient que dans le midi on abrite les bois sous des hangars bien aérés et construits de façon à préserver, autant que possible> les {ûèces des alternatives de sécheresse et d'humidité. On remarque du reste que les bois du midi^ notamment les chênes de Provence, étant plus nerveux que ceux des départements du nord, sont plus disposés à se fendre, et qu'on risquerait d^en perdre un bon nom-^ bre, si on ne prenait toutes les précautions nécessaires pour éviter le dessèchement brusque et inégal de ces bois (1).
(1) Lorsque les bois équarris on débités en charpentes^ Iraverses, ete. semblent disposés à se fendre, ce qui apparaît ordinairement dans les régions dn cœur, on arrête et on prévient les grosses fentes, en reliant les parties qui tendent à se séparer avec des S en fer que l'on enfonce dans le bois.
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Ces procédés sont ceux qu'on emploie dans les arsenaux de la marine pour conserver une partie des approvisionnements en bois. Mais, quelque soin que Ton prenne, les bois empilés en plein air ou sous des hangars sont toujours exposés à la piqûre, ou bien ils s'échauffent et pourrissent sous Finfluence de l'humidité et de la dialeur, ou bien enfin ils souffrent de l'excès de sécheresse qui nuit surtout aux bois de mâture en faisant évaporer la résine qu'ils renferment. Pour éviter ces inconvénients on immerge les bois les plus précieux dans des réservoirs ou des bassins remplis d'eau. L'expérience a prouvé que l'eau de mer était plus favorable à la conservation des bois que l'eau douce ; mais l'immersion des pièces dans l'eau de mer pure les exposerait à un ennemi bien autrement dangereux, le tarêt naval, qui pullule dans la mer avec une remarquable fécondité et qui s'attaque indistinctement à tous les bois. Or, on a remarqué que le tarèt ne peut vivre dans les eaux saumâtres ni dans la vase, et, suivant les localités, on s'est basé sur ce fait pour arriver à une conservation parfaite des bois de marine les plus précieux (1).
<1) Tarèt naval {grandeur natureile) (Pi, XU, fy. 2). A, Mandibules tranchantes ayant la forme de tarière (en calcaire) ; b, Petite coquille biTaUé de la guette ; e. Corps du tarèt, glaireux;
d. Tubes ayant constamment un mouyement d'inspiration et d^expiration; #, Logement du tarèt dans une pièce de bois.
DES BOIS d'oeuvre. 263
A Brest et dans les ports à marée, on enfouit le& bois dans les vases molles qui couvrent le littoral et qui sont toujours imprégnées d'eau de mer par la marée. On a pu utiliser ainsi des mâtures du nord qui étaient enfouies dans ces vases depuis 1 00 ans, sans qu'on ait remarqué la moindre altération dans le bois parfait. A Toulon, on a préparé, dans le même but, d'immenses fosses dans lesquelles on introduit à la fois de Teau de mer et de Teau douce, jusqu'à ce que le degré marqué par le pèse-sel indique un mélange suffisant pour tuer les tarèts. C'est aussi eu partie pour préserver les bâtiments des atteintes du tarèt naval, que l'on revêt d'une feuille de cuivre la face extérieure de la carène jusqu'à la hauteur de la ligne de flottaison.
Les bois que l'on façonne dans les coupes, les sciages, le merrain, etc., sont moins sujets à se fendre que les pièces de charpente en grume ou équarries y ces bois sont aussi moins exposés, surtout le merrain, à la vermoulure et à la pourriture, parce qu'ils sont ordinairement bien purgés d'aubier et de tout principe de maladie. Mais lorsque les planches et le merrain ne sont pas mis à l'abri des injures de l'air, ils se voilent et se tourmentent, si on ne prend soin de les disposer en pile de la manière que tout le monde connaît. Dans les magasins, les dépôts ou les chantiers, les sciages et les bois de fente s'empilent séparément et par espèce, de même que les bois rond^ ou équarris, et l'on prend les mêmes précautions, pour faire circuler l'air dans chaque pile.
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Les planches et les charpentes du commerce sont, en général, d'autant plus recherchées qu'elles sont plus sèches. Le flottage hâte le dessèchement des bois, et, pour les planches comme pour les charpentes, on remarque de plus que celles qui ont été flottées se tourmentent et se déjettent moins quand elles sont mises en œuvre. Mais le flottage altère la couleur des bois, et comme les planches sciées sur maille sont surtout employées en ébénisterie et en menuiserie à des ouvrages de luxe, et que d^ailleurs elles sont moins exposées que les autres à se voiler et à se retirer par suite du dessèchement, on évite, autant qu'on le peut, de les flotter,
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DB LA CONSERVATION DES BOIS D'(»:uyRE PAR LE PRO*