ABATAGE DES BOIS DANS LES FUTAIES
ARTICLE II
Abatage des bois dans les futaies.
Dans les futaies, l’abatage des arbres n’exige pas les mêmes soins que dans les taillis, parce que la régénération devant avoir lieu par la semence, on n’a pas à se préoccuper de ménager les souches en vue de la production des rejets. Les arbres de futaie s’exploitent à la hache, ou avec une scie particulière que tout le monde connaît et que l’on nomme passepartout. Dans toutes les circonstances où l’on peut faire usage de la scie, il est préférable de employer, afin d'éviter la perte qui résulte de l’entaille que l’on est obligé de faire, lorsqu'on se sert de la hache. Cetie perte est d'autant plus forte que les arbres sont plus gros, parce que la hauteur de l’entaille est plus considérable. Aussi, dans les localités où l’usage de la scie n’a pas encore pénétré, voit-on les bûcherons, lorsqu'ils y sont autorisés, déraciner les arbres à une certaine profondeur et commencer l’entaille au dessous du collet des racines. Cette pratique ne doit évidemment être généralisée que dans les coupes où elle ne peut causer aucun dommage aux peuplements environnants, par exemple, dans certaines coupes d’ensemencement où il n’existe pas de semis.
. Dans les coupes secondaires et définitives et dans les coupes d'extraction de vieux arbres en plein massif, on prend aussi la précaution de faire ébrancher les arbres jusqu’à la cime avant l’abatage, afin qu’ils
causent le moins de dommage possible par leur chute. On fait de même dans les coupes de taiilis sous futaie et dans les coupes d’ensemencement, pour éviter que ies arbres, en tombant, n'endommagent les arbres réservés. Enfin, dans les terrains en pente, Pouvrier cherche à diriger l’arbre du côté du sommet, pour empêcher qu'il ne se brise.
Il existe des doutes sur la saison la plus favorable à l’abatage des bois de futaie. — L'opinion ancienne, qui prévaut encore le plus souvent et qui sert de règle aux exploitations, considère comme la meilleure la fin de l'automne et l’hiver. On dit que, coupés en saison morte, les bois ont une plus longue durée lorsqu'ils sont mis en œuvre ; il semble certain aussi qu'employés au chauffage ils brülent plus facilement et donnent même plus de chaleur que ceux qui ont été abattus dans le temps de la végétation.
Cependant Îles bois résineux ne paraissent pas souffrir dans leur qualité de la coupe en été. C’est dans cette saison qu’ils s’exploitent, de temps immémorial dans les Vosges, et cette règle tend de plus
en plus à se généraliser dans les forêts peuplées :
d’arbres verts. Beaucoup de praticiens éclairés, d’accord avec les données de la physiologie, sont d’avis qu’en prenant la précaution de les écorcer aussitôt après l’abatage, les bois se dessèchent plus facilement et plus complétement, qu’ils sont moins sujets à se tourmenter, d’un plus bel aspect quant à la blancheur et à Péclat, plus légers enfin et, par suite, d’un transport plus économique. |
DANS LES FUTAIES. ps)
Ce résultat d'expérience est de nature à ébranler l'opinion accréditée relativement aux bois feuillus et semblerait aussi militer en faveur de l’exploitation de ces hois en été, après le mouvement de la séve, sinon en ce qui concerne leur valeur calorifique, du moins au point de vue de leur durée. Cependant il serait imprudent de se prononcer dès à présent, et, jusqu'à ce que des expériences nombreuses, précises et comparables aient décidé la question définitivement, il semble convenable de suivre les errements anciens. Îl est probable d'ailleurs que la saison d’abatage n’exerce d'action que sur les bois qui restent plus ou moins complétement à l’état d’aubier pendant toute leur vie, ou sur l’aubier des arbres qui présentent un bois parfait bien constitué.
Après leur abatage, les bois prennent un retrait plus ou moins rapide, selon leur qualité, la saison dans laquelle ils ont été coupés, et l’état de l’atmosphère dans les lieux où ils sont déposés. Cette contraction des fibres, due à l’évaporation d’une partie de la séve que renferme le bois, occasionne des fentes qui peuvent être assez fortes pour altérer la solidité de la pièce et la rendre impropre à certains usages. D'un autre côté, cette évaporation ajoute à la qualité des bois d'œuvre. Il importe donc qu'elle ait lieu lentement pour éviter des fentes trop fortes, et aussitôt après l’abatage, pour préserver les bois, autant qu'on le peut, des effets de la fermentation. L’abatage des arbres en hiver remplit assez bien ces
conditions, parce qu'alors la fermentation est moins active, la dessiccation s’opère petit à petit, et l'arbre peut arriver à l’été déjà assez desséché, pour ne plus craindre les chaleurs de cette saison. Mais pour les bois feuillus, quand l’abatage a lieu en été, on évite d’écorcer les arbres aussitôt qu’ils sont abattus, et on les place, autant que possible, en lieu sec et à l’ombre. Ces précautions sont surtout nécessaires dans les pays chauds; elles sont toujours faciles à prendre dans les coupes et, pour les grosses pièces difficiles à manier, on peut les mettre à l’abri des ardeurs du soleil en les couvrant de débris quelconques de l'exploitation.
ARTICLE III
Abatage des bois dans les coupes d'amélioration.
On donne le nom de coupes d'amélioration aux coupes de nettoiement et d’éclaircie que l’on fait dans les taillis et dans les futaies, pour favoriser la croissance des arbres qui doivent rester sur pied jusqu'au moment des coupes principales. Nous comprendrons aussi dans cette catégorie les opérations d’élagage qui sont de véritables exploitations d’amélioration. |
La coupe de nettoiement est une opération qui a pour objet de dégager les sujets d’essence précieuse des obstacles apportés à leur végétation par les morts bois et les bois tendres ou autres dont la croissance est plus active dans la jeunesse, et qui, par leur cou-
vert, entravent ou menacent d’entraver le développement des premiers. Cette coupe consiste, par conséquent, dans la suppression ou la mutilation d'une partie des sujets qui composent un massif, au profit de ceux que l’on veut maintenir. C’est assez dire que dans ces exploitations il n’y a d’autre précaution à prendre, en ce qui concerne la coupe ou l’abatage des bois, que celle nécessaire pour ne pas nuire aux sujets à conserver. Cette opération, la plus importante sans contredit des coupes d'amélioration, se pratique surtout pendant les premières années de l’existence des massifs. Lorsqu'on la reconnait utile, on ne doit, sous aucun prétexte, en différer l'exécution, et, nous le répétons, les soins qu'elle exige résident moins dans l’exploitation elle-même que dans le choix des arbres ou des parties d’arbre à supprimer et dans la vidange des produits.
L'opération des éclaircies consiste à couper les tiges les plus faibles et les plus malvenantes, celles qui sont surmontées ou près de l’être et dont la végétation est languissante, enfin les rejets des bois ten- dres qui seseraient reproduits après les nettoiements. Ces deux coupes peuvent avoir un résultat commun, celui de desserrer les massifs, mais elles diffèrent, en principe, en ce que dans l’une on n'enlève que ‘des sujets dominants, et dans l’autre des sujets dominés. De même que pour les nettoiements, les règles à suivre dans l'exploitation des éclaircies sont données dans le Cours de Culture des bois de
MM. Lorentz et Parade, et les soins à prendre dans l’abatage ne consistent qu’à éviter, le pius possible, les dégâts que les arbres en tombant peuvent occasionner à ceux qui doivent rester debout.
L’élagage ou la taille d’un arbre consiste à supprimer ou à raccourcir une ou plusieurs de ses branches avec un instrument tranchant. Cette opération s'applique surtout aux arbres réservés dans les taillis composés et, par exception seulement, aux arbres venus en massif de futaie.
L'élagage des arbres de réserve peut avoir pour objet soit de diminuer l'influence de leur couvert sur la végétation du sous-bois, soit d'améliorer leur croissance, de redresser leur forme, ou de prévenir les vices qui pourraient les envahir.
Les arbres à feuillage abondant, comme le hêtre, peuvent causer un dommage considérable au sousbois existant, et même faire obstacle à toute régénération sous leur épais couvert. Il est utile, par conséquent, de les élaguer, en supprimant de ces réserves les branches les plus rapprochées du sol; mais il faut se garder d’exagérer cette opération et ne pas oublier qu'un arbre ne peut prospérer qu’à la condition que le développement de sa cime soit en rapport avec les dimensions de son fut. |
Les chènes ont un feuillage beaucoup moins abondant ; leur couvert est léger et ne porte pas un préjudice sensible au sous-bois. L’élagage de ces arbres ne doit donc se faire, en général, qu’en vue d’amé-
liorer leurs formes ou de prévenir les dangers auxquels ils sont exposés.
Pendant l’été qui suit l’abatage d’une coupe de taillis sous futaie, on voit presque toujours se développer, le long du tronc des chênes réservés, une quantité plus ou moins forte de bourgeons, de feuilles et de petites branches extrêmement vivaces. Ces branches sont dites gourmandes et, si on les laisse persister, elles attireront à elles la plus grande partie de la séve destinée à alimenter la cime. Peu d’années après, quelques branches du sommet, dépourvues de nourriture, mourront, sécheront, se briseront sous l’action du vent, et donneront ainsi naissance aux gouttières, puis aux différents vices qui affectent si fréquemment le tronc des chênes réservés dans les taillis. Au fur et à mesure que le taillis grandira, les branches gourmandes, à commencer par les plus basses, sécheront à leur tour, parce qu’elles seront privées de lumière; elles tomberont, pour la plupart, en laissant dans la tige de petits rœuds qui pourront faire obstacle au débit de l’arbre en bois de fente ; en même temps les branches du sommet qui auront conservé leur vitalité repren- dront vigueur. Mais, habituellement, quelques-unes des branches gourmandes continueront à végéter, malgré la croissance du taillis, et eiles formeront plus tard des branches assez fortes, soit pour déformer la tige, soit pour produire des nœuds qui diminueront la qualité et la valeur du tronc lorsque l’arbre devra être abattu et débité en bois d'œuvre.
Ces inconvénients sont toujours plus ou moins graves, mais 1l est facile de les éviter en supprimant les branches gourmandes en temps utile. Le moment le plus favorable pour faire cet émondage est la fin de l'été qui suit l’abatage du taillis. On répète ensuite l'opération une fois ou deux fois, si cela est nécessaire, les années suivantes, et l’on parvient ainsi, par un travail facile et peu coûteux, à prévenir les dangers que nous venons de signaler et à assurer le plus beau développement possible des arbres réservés.
Cet émondage se fait avec une serpe ordinaire, ou avec une serpe en forme de croissant que l’on emmanche au bout d’une perche. Il importe que la section soit faite exactement rez-tronc, qu’elle soit bien nette, et pratiquée de bas en haut. En même temps que l’on procède à l’émondage des branches gourmandes, il est utile de retrancher les branches mortes de la cime. Ces branches doivent aussi être coupées rez-tronc avec un instrument bien tranchant’; la plaie qui en résulte doit être parfaitement avivée et recouverte, autant que possible, d’une couche de coaltar. Nous ne parlons pas de l’élagage des branches vives un peu fortes, parce que nous pensons que la suppression de ces branches est plutôt dangereuse qu'utile à pratiquer sur les chênes réservés dans les taillis.
+ Dans les forêts de sapin et d’épicéa, particulièrement dans celles qui sont soumises au mode du jardinage, on voit souvent, en nombre plus ou moms
grand, des chicots de branches sèches le long du fut des arbres. Ces chicots persistent quelquefois fort longtemps et, par le fait du grossissement du tronc, ils forment dans la tige des espèces de chevilles de bois mort qui peuvent déprécier notablement la valeur du bois. Quand, par exemple, on débite un de ces arbres en sciages, bon nombre de planches, suivant la direction du débit, sont affectées de nœuds secs et noirs qui proviennent de la section faite dans ces chicots par la scie. Ces nœuds se détachent facilement quand le bois se dessèche, et donnent lieu à des trous qui affectent la qualité de la planche jusqu’à en réduire la valeur à la moitié de celle d’une planche nette de nœuds.
La suppression de ces chicots sur des arbres exploitables ou à peu près ne présenterait aucun intérêt, tandis qu’en l’effectuant sur des arbres encore jeunes on ajouterait beaucoup à leur valeur dans avenir. Ce système d’élagage est appliqué depuis plusieurs années dans quelques forêts des Vosges appartenant à des propriétaires particuliers ; il n’est pas douteux qu’il produise d'excellents résultats, et nous ne pouvons que faire des vœux pour le voir propager dans les sapinières de l'Etat et des communes.
Inutile de dire que, dans toutes les opérations d’élagage, ïl est indispensable que les ouvriers se servent d’échelles pour monter sur les arbres ; l’emploi des crampons étant essentiellement nuisible, par les déchirures qu’ils causent à l’écorce et les piqûres qu'ils impriment dans le bois.
ARTICLE IV
Des bois qui s'exploitent avec la faculté d’écorcer.
Les écorces de plusieurs essences forestières sont ou peuvent être employées au tannage des peaux : telles sont principalement celles des chènes rouvre, pédonculé, tauzin, chevelu, yeuse, liége et kermès; de l’aune, du saule marceau, du bouleau, de l’épicéa et du jeune mélèze. Dans le nord de l’Europe, où le chène fait défaut, on emploie spécialement les écorces de saule, d’aune et de bouleau, et c’est à une huile balsamique résineuse que l’on extrait de celle du bouleau par distillation que les cuirs de Russie doivent l’odeur et la couleur qui les caractérisent. L’écorce d’aune est aussi utilisée par les teinturiers et les chapeliers pour teindre en noir; celle detilleul sert à faire des nattes, des tapis et surtout des cordes très-recherchées pour certains usages, parce qu’elles résistent mieux à l’humidité que celles de chanvre. L’écorce du chêne liége et celle du chêne occidental fournissent des produits dont chacun sait l'usage, et dont l'extraction s’opère suivant des règles qui ont été données dans le Cours de culture des bois de MM. Lorentz et Parade et dans la Flore forestière de M. Mathieu. | |
À lexception du liége dont on fait un grand commerce en Provence, dans les Landes, en Corse et en Algérie (1), et des écorces, propres au tannage, des
(1) Le kilogramme de liége en planches vaut, en moyenne, 0 fr. 50 à
diverses espèces de chêne, ces produits n’ont point d'importance, en France, au point de vue forestier. Les écorces des chênes occupent le premier rang parmi celles qui peuvent servir à la préparation des cuirs; réduites en farine grossière dans des moulins spéciaux, elles prennent le nom de fan (1).
L'époque la plus favorable pour écorcer le chêne est celle où la séve du printemps se met en mouvement. Cet espace de temps, souvent très-court, est compris entre le moment où les bourgeons commencent à se gonfler et celui où les feuilles vont s'épanouir. Plus tard, l'écorce devient plus adhérente au bois et plus difficile à détacher. On dit de plus qu’elle a moins de qualité que lorsqu'on la récolte pendant les premiers mouvements de la séve. L’écorcement est toujours plus facile par un temps chaud et humide, que par un temps sec. Alors même que la température est élevée et que la végétation est en pleine activité, les vents du Nord et de l'Est apportent toujours un obstacie plus ou moins grand à l’écorcement. Lorsque la végétation est ralentie
Marseille, et c’est par millions de kilogrammes que l’Algérie peut en produire.
(1) L'opération du tansage consiste à stralifier les peaux avec des couches de tan dans des fosses que l’on remplit d’eau. L’eau dissout le tannin qui pénètre peu à peu les peaux, précipite la gélatine qu’elles renferment et forme avec elle un composé insoluble et imputrescible. — Le commerce des écorces à tan a pris en France un grand développement; on évalue à 500 millions de kilogrammes l’écorce employée par les tanneries françaises. L’exportalion des écorces à tan présente, en outre, un petit excédant sur leur importation.
par une longue série de jours froids, comme cela arrive fréquemment dans les climats du Nord et de PEst de la France, on est obligé de suspendre l’opération de l’écorcement, ou de la mener avec une telle lenteur qu'on ne peut quelquefois la terminer qu'au milieu de l'été, lorsque les arbres sont entièrement couverts de feuilles. Dans ce cas, on est forcé de retarder plus ou moins le terme d’abatage. Si, au contraire, la végétation marche rapidement, on est intéressé à activer le plus possible l'opération de l’écorcement, afin de la terminer dans les meilleures conditions, c’est-à-dire, avant l’épanouissement complet des bourgeons.
Il résulte de ces diverses observations qu'il faut se hâter d’écorcer le chêne, pendant le premier travail de la végétation. Il y va de la qualité de la marchandise et de l'intérêt de celui à qui elle appartient. Or, on comprendra toute l'importance de ces intérêts, lorsqu'on saura que, dans certaines localités où le bois se paye à des prix ordinaires, l'écorce de bonne qualité a quelquefois une valeur égale à celle du bois dont elle provient. Dans les forêts où on pratique l’écorcement, il importe donc d'apporter le moins d’entraves possible à cette exploitation, et d'accorder aux adjudicataires toutes les facilités compatibles avec les conditions qui doivent assurer la conservation et la reproduction des bois.
Pour faciliter lopération, on autorise ordinairement l’écorcement du bois sur pied. Cette faculté accordée aux ouvriers leur permet de saisir les jours,
les heures favorables pour hâter l’exécution de la portion la plus importante, la plus difficile et la plus chanceuse de leur travail, l’écorcement de la partie inférieure des tiges. L’écorcement des branches et de la partie supérieure de la tige est toujours plus facile ; il se fait après que l'arbre est abattu, mais souvent un ou deux jours après que l'écorce du bas de la tige a été enlevée.
Comme on le voit, cette opération demande à être conduite avec une certaine intelligence, et, quand on la pratique sur une grande échelle, il faut avoir à sa disposition une quantité d'ouvriers suffisante pour pouvoir profiter des moments favorables à l’écorcement.
Le cahier des charges générales fixe au 15 mai le terme d’abatage des bois qui s’exploitent avec faculté d’écorcer; mais, ainsi que nous venons de le dire, on est souvent obligé de proroger ce délai.
On procède à l’écorcement du chêne de plusieurs manières, selon les localités et selon les dimensions des arbres à écorcer. Quand on écorce sur pied, on doit d’abord faire, au bas des arbres et des perches, une entaille circulaire assez profonde pour arriver jusqu’à l’aubier. Cette coupure a pour but d’empècher que la souche et les racines ne soient dépouillées de leur écorce, dont l’adhérence complète au bois st une condition indispensable de la production des rejets. Les ouvriers fendent ensuite l'écorce en longueur et par lanières, avec la pointe d’une serpe ou
avec une lame quelconque, et la lèvent avec un outil en fer, en bois dur ou en os, qui a la forme d’une spatule. Cette écorce s’arrache depuis la coupure circulaire au bas du tronc, jusqu’au point le plus élevé où le bücheron puisse atteindre. On abat ersuite les arbres pour en écorcer les parties supérieures de la tige et les branches. On expose pendant quelque temps les écorces au soleil, pour les faire sécher, puis on les lie en bottes. Il faut se hâter de les mettre à couvert, car si elles étaient exposées à la pluie elles perdraient de leur qualité (1).
Dans les taillis sartés des Ardennes, dont les écorces sont si renommées, on procède avec beaucoup de soin à l'extraction de l’écorce. L’ouvrier se sert à cet effet d’un instrument en os quise compose d’un tibia de cheval taillé en biseau par l’une de ses extrémités, et armé d’une lame courte, forte et bien tranchante à l’autre extrémité ( Vorr PI. 1. Fig. 1). Avec cette lame, l’ouvrier fend l'écorce de l'arbre, d’un seul côté, depuis le point le plus élevé qu'il peut atteindre jusqu’à l’entaille circulaire qu'il a d’abord pratiquée au-dessus du collet de la racine. L’ouvrier introduit ensuite le biseau de son instrument entre l’écorce et Le bois, et, en le passant alternalivement de chaque côté de la fente, il parvient à détacher entièrement l'écorce sans produire de déchirures. L’écorce ainsi enlevée tout autour de l'arbre, en un seul morceau, se contracte et s’enroule sur elle-même en forme de cylindre creux. On Îa
(41) MM. Lorentz et Parade, Cours de culture.
dépose ensuite, pour la faire sécher, sur un lit de perches disposées en plan incliné. Moyennant cette précaution et grâce à la manière dont l’écorce s’enroule sur elle-même après son extraction, la partie intérieure, celle qui renferme surtout le tannin, ne risque pas d’êlre lavée par les pluies. On traite de la même manière les écorces du haut de la tige et des branches que l’on n’enlève qu'après l’abatage de l'arbre. |
Quand les écorces sont suffisamment séchées, on les nettoie à l'extérieur, avec un couteau ou un racloir, des mousses et autres substances qui pourraient altérer leur qualité et produire des moisissures. C'est alors seulement qu’on les lie en bottes soit pour les mettre en meules, soit pour les transporter et les tenir à couvert sous un hangar, jusqu’au moment où elles seront découpées en menus morceaux et réduites en poudre dans des moulins à tan.
Les écorces qui restent longtemps en meuies, ou mème sous des hangars mal aérés, sont très-exposées à s’avarier. Souvent elles s’échauffent ou moisissent de manière à perdre presque toute leur qualité. Il faut beaucoup de soin et des frais de manutention assez considérables pour conserver cette marchandise intacte pendant plus de deux ans avant de la livrer aux moulins à tan. À défaut de signes apparents de moisissure ou d’échauffement, on reconnait que l'écorce est avariée, quand, en la cassant, la couleur de la cassure est d’un jaune brunâtre, ou d'un brun rougeûtre. 2
La qualité des écorces est d'autant meilleure que le liber se maintient actif et gorgé de séve sur une plus grande épaisseur ; c’est, en effet, dans la partie vivante de l’écorce que le tannin est le plus abondamment répandu. En général, les écorces de chêne les plus riches en tannin sont celles qui proviennent d'arbres jeunes, à végétation rapide, et situés dans un climat chaud. Sous ce rapport, le chêne yeuse occupe le premier rang, le chène tauzin le second; mais ces deux espèces sont peu répandues en France et ne se rencontrent guère, la première que dans la région Méditerranéenne, la seconde dans les départements du Sud-Ouest. Ce sont les chènes rouvre et pédonculé qui fournissent la presque totalité des écorces qui alimentent nos tanneries, et de ces deux
chênes le rouvre est celui qui, à circonstances égales
d'âge, de climat et de sol, produit les écorces les plus estimées. Les écorces de bonne qualité doivent être lisses et brillantes à l’intérieur ; leur cassure doit être blanchâtre.
L'écorcement diminue du cinquième au sixième le volume du bois.
Le rendement, de même que la qualité de l'écorce, varie, pour un même terrain, avec la situation et l’exposition. Dans les sols qui conservent toujours une certaine fraicheur et par suite leur fertilité, comme les terrains schisteux ou granitiques, c’est aux expositions chaudes que l’on obtient l'écorce la meilleure et le plus fort rendement. On estime ce rendement à une moyenne de 50 à 55 kilogrammes d’'écorce sèche par stère de bois de chauffage.
Le prix des écorces sur nos principaux marchés varie nécessairement avec la qualité de la marchandise. Le prix moyen est aujourd’hui de 10 à 12 fr. les 100 kilog. d’écorce séchée, livrable soit sur les poris d'embarquement, soit dans les gares des chemins de fer. Moitié environ de ce prix est absorbé par les frais de manutention et de transport.
Quoique l'écorce ne soit qu’un produit accessoire des forêts, on voit cependant, par la quantité de matière consommée par nos tanneries, que ce produit joue un rôle assez important dans l’industrie et le commerce français. Il est bien certain aussi que cette exploitation spéciale augmente d’une façon notable la valeur de certains taillis. Mais on reproche à l'opération de l’écorcement d’exiger des frais de manutention assez considérables, et de faire perdre au propriétaire la valeur de la pousse qui se serait produite si, au lieu d'exploiter après le mouvement de la séve du printemps, les bois avaient été abattus pendant l'hiver.
Il est vrai que l'extraction de l'écorce est, relativement, assez coûteuse, en raison de la rapidité avec laquelle on doit y procéder et de Ia nécessité d’opérer dans une saison où la main-d'œuvre, dans les campagnes, est plus chère qu'en hiver. Mais, pour ce qui concerne ja perte résultant du sacrifice que l'on fait de la pousse du printemps, nous sommes porté à croire (1) que cette perte est compensée par
(1) Voir.le remarquable mémoire que M. Bouvart, inspecteur des
une végétation plus vigoureuse de la pousse d’août.
Quoi qu’il en soit, on a cherché, dans ces derniers temps, à éviter ces inconvénients, en appliquant la vapeur à l’écorcement du chêne. M. Maitre, ancien maître de forges, a imaginé dans ce but un appareil consistant dans une chaudière à lessive surmontée d’une caisse en bois pouvant contenir un demi-stère de rondins. Après avoir été soumis à l’action de la vapeur, pendant 20 ou 30 minutes, le bois s’écorce facilement pourvu qu'il ne soit coupé que depuis quelques jours et qu’il ne soit pas trop desséché.
D'après M. Maitre, les avantages de ce procédé seraient : de pouvoir écorcer en toute saison, même les plus menues branches; de fournir une écorce aussi bonne, sinon meilleure, que celle que lon obtient par les moyens ordinaires ; de procurer une écoromie d’un tiers au moins sur les frais de facon, pourvu que l’on opère assez en grand.
Les expériences de M. Maitre (1) ont eu lieu en public et ont paru satisfaisantes; mais l'emploi de son procédé ne date que de deux ou trois ans, et nous n'avons pas appris que l'essai en ait été fait . ailleurs que dans la contrée du Châtillonnais où 1l a pris naissance. Nous nous bornerons donc à signaler l'invention de M. Maitre comme un progrès dont nous désirons vivement la réalisation. |
forêts, a publié, sur la question de l’écorcement du chêne, dans la Revue forestière, n°s d'octobre, novembre et décembre de 1866.
(1) M. Bouquet de la Grye a rendu compte de ces expériences dans les n°5 5, 4 et 5 de la Revue forestière de 1866.