CHAPITRE DEUXIÈME
ARTICLE I
Généralités.
Les bois de feu ou de chauffage se débitent de quatre manières différentes :
1° En bois de quartier, ou büches refendues ;
9° En bois de rondin, ou büûüches non fendues, moins grosses que les précédentes ;
3° En fagols, ou faisceaux composés de ramilles, de branches et de quelques rondins ou quartiers ;
4° En bourrées, ou faisceaux renfermant exclusivement du menu bois.
Dans le commerce, on appelle plus spécialement bois de corde les bois de quartier et de rondin.
| ARTICLE II
Bois de corde.
SU Découpe et dressage des bois de corde.
Les arbres abattus sont débités en bois de feu ou en bois d'œuvre, selon l’usage que l’on veut ou que l’on peut en faire.
Les arbres, tiges et branches, que l’on convertit en bois de feu, sont débités, partie en büches de rondin ou de quartier, partie en rames destinées à entrer dans les fagots.
Les bûches de rondin ou de quartier sont découpées à la-hache ou à la scie, selon les localités. L’emploi de la scie est préférable en ce qu’il n’entraine point de perte dans la découpe des fortes pièces. Les bûches sciées ont aussi une plus belle apparence dans l’empilement et présentent plus d’uniformité dans leur longueur. Les büches les plus fortes sont ensuite refendues en bois de quartier, avec des coins en fer que l’on chasse dans le bois à coup de masse ou de merlin.
La longueur des bûches de rondin ou de quartier varie généralement entre 1 mètre et 1 mètre 33 centimètres, avec les usages du commerce de chaque localité. Le rondin a ordinairement une grosseur comprise entre 6 et 12 centimètres de diamètre. Au-dessus de 12 centimètres de diamètre, les bûches sont refendues sur place en bois de quartier.
On débite de la même manière le bois que l’on destine à la carbonisation ;: mais on donne au bois de charbon une longueur moindre, 60 à 80 centimètres environ, et l’on fait souvent entrer dans le bois de charbon des rondins qui n’ont pas plus de 2 à 3 centimètres de diamètre. Ce bois ainsi débité prend le nom de charbonnette.
Les bois de feu façconnés en rondin ou en quartier sont ensuite relevés et empilés soit pêle- mêle
et sans distinction d'essence ni de grosseur , soit séparément, selon la qualité et les dimensions des bois, par tas plus ou moins considérables qui, dans plusieurs localités forestières, reçoivent le nom de rôles. Mais, en général, les dimensions des rôles sont calculées de manière que chacun d'eux renferme un nombre exact de fois l’unité de mesure des bois de corde.
Quand le bois doit séjourner longtemps sur le parterre des coupes, il importe beaucoup à sa conservation qu’il soit empilé dans des vides dont le terrain soit, autant que possible, plat, uni et sec, et même sur de grosses büches transversales, ce qui permet la circulation de l’air en dessous des rôles. Les bois empilés sur des places humides s’altèrent bientôt et perdent de leur qualité. Ils se piquent, s’'échauffent, se couvrent de moisissures et de champignons plus ou moins promptement selon les essences et, pour une même essence, selon que le bois est couvert ou non de son écorce. On dit alors que le bois est passé, ce qui se reconnait facilement à la simple inspection des parties les plus voisines de l’écorce. Le bois passé brûle difficilement et sans flamme, il ne donne presque plus de chaleur et, par conséquent, a perdu beaucoup de sa valeur. Parmi les bons bois de feu, le charme et le hêtre s’échauffent assez facilement, le bois de branche surtout, quand ils séjournent plus de quelques mois dans les coupes, en lieu humide. Le chène résiste
beaucoup plus longtemps, surtout quand 1l est écorcé. Le tremble moisit vite et se couvre de champignons. Îl est donc très-essentiel d’enlever les bois de feu aussitôt qu'ils sont suffisamment desséchés, c'est-à-dire, pendant Pété qui suit l’abatage.
Quand les bois sont rendus à destination, 1l convient de les rentrer par un temps sec et, quand on le peut, de les tenir à couvert dans des lieux bien aérés, des hangars, des remises ou des greniers. Ainsi traités, les bois de feu font le meilleur usage possible et peuvent se conserver plus ou moins longtemps, quelquefois pendant plusieurs années, sans s’altérer. Ces précautions doivent être prises pour préserver les bois de la vermoulure et de la pourriture, jusqu’au moment où ils seront employés (1).
Les bois pourris et les bois vermoulus, que l’on désigne aussi sous le nom de bois wsés, piqués ou passés, ont perdu presque toute leur puissance calorifique. Les bois tendres, les bois jeunes, l’aubier sont plus particulièrement exposés à la vermoulure ; les bois très-vieux, surtout ceux qui ont déjà un commencement d’altération au cœur, sont les plus sujets à la pourriture.
Les bois qui ont été flottés se dessèchent ensuite
(1) La pourriture est due à la présence de principes azotés qui agissent comme ferments sur les substances qui composent le bois. La fermentation se produit sous l’action des alternatives de sécheresse, d'humidité et de chaleur de l’atmosphère.
La vermoulure est due à la présence de larves d’insectes qui creusent des galeries dans le bois, et se nourrissent de la gomme, de la fécule, des sucres, etc., qu’il renferme,
beaucoup mieux et plus promptement; 1ls sont moins exposés que les autres à la vermoulure, mais il est certain aussi que le flottage use et altère leur qualité, comme combustibles, lorsqu'il est trop prolongé ou lorsqu'il se fait à plusieurs reprises. — Le hêtre, comme bois de feu, passe très-vite, surtout le rondin de branche. Le bois de quartier se conserve mieux, mais il est toujours à conseiller de l’employer dans l’hiver qui suit l’abatage. — Le charme résiste plus longtemps, lorsqu'il est mis à couvert, surtout quand il est fendu et bien ressuyé. — Quant au chêne, il peut se conserver plusieurs années, quand il est de bonne qualité et convenablement traité.
$ IT. — Mode de mesurage et de vente des bois de corde.
Corder le bois, c'est l’empiler sous la forme d’un
parallélipipède de dimensions variables. Anciennement les bois de chauffage se vendaient à la corde. Les dimensions et le volume de la corde variaient avec les localités; mais assez généralement on entendait par corde ordinaire un parallélipipède rectangle ayant 8 pieds de couche, 4 pieds d’élévation et 4 pieds de profondeur. La corde comprenait donc 128 pieds cubes.
. La corde d'ordonnance des eaux et forêts (ord. de 1668) avait 8 pieds de couche, 4 pieds de haut et 3 pieds 6 pouces de profondeur ou de longueur de bûche, ce qui faisait 112 pieds cubes.
La voie de Paris équivaut à la moitié de la corde d'ordonnance, c’est-à-dire, à 56 pieds cubes.
La corde de port avait 8 pieds de couche et 5 de hauteur, la bûche ayant 3 pieds 6 pouces de longueur. Elle contenait, par conséquent, 140 pieds cubes.
Ces anciennes mesures et bien d’autres sont encore en usage dans une grande partie du commerce des bois de feu, mais on les rapporte au sfère qui est Vunité de mesure prescrite par la loi du 4 juillet 1837 pour la vente des bois de feu débités en bûches de quartier ou de rondin.
Le séère est un volume de bois de feu, empilés ou cordés, ayant un mètre de couche, un mètre de hauteur et un mètre de profondeur ou de longueur de bûüche. Le stère a, par conséquent, les mêmes dimensions que le mètre cube dont il diffère cependant, comme unité de mesure, en ce que dans le volume du stère on comprend les interstices ou vides qui existent entre les bûches empilées, tandis que le mètre cube exprime un volume plein et sans vides. Mais, comme la longueur des büches de chauffage varie avec les localités, on est obligé, dans le mesurage de ces bois, de faire varier les deux autres dimensions du mètre cube pour retrouver exactement le stère. Les règlements sur les nouvelles mesures exigent de plus que le bois de feu soit empilé, eu égard à la longueur des bûüches, à une hauteur telle que la mesure en stères et en décistères soit exactement indiquée par la longueur en mètres el en
décimètres de la ligne de couche. Par exemple, on sait qu’en France la longueur de la büche de bois de feu est assez ordinairement de 42 pouces de notre ancien pied de roi, ou environ 1 mètre 14 centimètres; pour former le stère avec des bûches de cette longueur, on empile le bois sur un mètre de couche et 0°,88 centimètres de hauteur. En anciennes mesures, le stère ou mètre cube vaut 29 pieds cubes et 300 pouces cubes.
Dans le commerce de détail, on vend quelquefois le bois au poids. Les fournitures de bois de feu à certains établissements publics se font assez souvent de cette manière. Mais, pour un même volume, le poids varie avec l’essence, l’âge du bois, la partie de l'arbre dont il provient, et les conditions de sol et de climat dans lesquelles le bois a crü. En Lorraine, le poids moyen d’un stère de bois, empilé suivant les usages du commerce, est d'environ :
435 k. pour le bois de vieux chêne;
450 k. pour le jeune chêne et le hêtre, bois de tige;
300 k. pour le rondin de charme;
533 k. pour le quartier de charme.
À Paris, on estime en moyenne le poids d’un stère de bois dur à 400 kil. et le poids d’un stère de bois blanc à 300 kil. (Ann. forest.)
Le tableau suivant fait connaître les densités minima et maxima des principaux bois de France, telles qu’elles ont été déterminées par des expériences faites sur les nombreux échantillons, séchés à l'air libre, des collections de l’École forestière.