FACONNAGE DES FAGOTS ET BOURRÉES
degré d’altération d'autant plus grand qu’ils ont séjourné plus longtemps dans l’eau. Si ces bois ont perdu toute leur écorce, ils sont extrèmement légers quand ils sont secs, 1ls font une grande flamme en
brûlant, se consument très-vile et forment peu de charbon. Les bois usés, piqués ou pourris se consument comme de l’amadou, sans produire ni flamme, ni braise.
On constate que le prix de vente des bois de chauffage sur les principaux marchés de France n’a pas beaucoup varié depuis 20 ans. La consommation des bois de feu en France, tant pour les usines que pour les foyers domestiques, est au moins de 30 millions de stères par an.
ARTICLE IIl.
Faconnage des fagots et bourrées.
Au fur et à mesure que les bücherons découpent les parties de la tige ou des branches d’un arbre propres à donner des bùüches de quartier ou de rondin, ils mettent de côté et rassemblent en tas les menus brins, les rameaux, ramilles et brindilles qui doivent être façonnés en fagots ou en bourrées.
On fagotte de différentes manières, suivant les localités, et selon la qualité et la quantité des produits qüe l’on fait entrer dans un fagot. Ces procédés différents peuvent se réduire à trois : en forme, sur le
chevalet et sous le pied. On assemble le bois des fa- | 5
gots avec des liens en bois tordus qui reçoivent le nom de karts. |
On fait des harts avec toutes les espèces de bois qui se prêtent à la torsion. Les meilleures sont en chêne, charme, coudrier, bouleau, cornouiller, hêtre, sapin, etc. Les harts de sapin et de coudrier sont très-estimées et très-employées dans le flottage, on leur donne alors souvent je nom de roueftes, ou de chapelets.
Les fagots et les bourrées se vendent habituellement au cent, au demi-cent et au quarteron.
ARTICLE IV
Bois à charbon.
$ I. — Carbonisalion du bois en forêt.
Les bois que l’on découpe en charbonnette se vendent au stère, comme le bois de corde, et se carbonisent habituellement sur place. Pour opérer la carbonisation en forêt, il y a différents procédés. Celui que l’on pratique le plus généralement en France consiste à réunir et à dresser ces bois en meules qui contiennent chacune au plus 50 stères, souvent 10 ou 12 seulement. On donne à ces meules la forme d’une calotte sphérique ou à peu près. Quand le bois est dressé, on le recouvre d’une couche de feuilles mortes, de mousses, de gazon, etc., et, par-dessus cette couche, on en fait une autre
avec du terreau et du poussier de charbon que l’on recueille sur les places où l’on a carbonisé précédemment. Au centre de la meule, on ménage une cheminée que l’on forme avec trois ou quatre piquets plantés en cercle et réunis ensemble avec des harts. On place dans cette cheminée de menus débris de bois sec auxquels on met le feu par le haut. Le feu se communique aux büches les plus voisines et, de là, se répand dans toute la meule. Quand on croit la meule allumée dans toute la hauteur de la cheminée, on bouche avec des gazons l'ouverture laissée à la partie supérieure. Il ne reste plus alors au charbonnier qu'à surveiller et à diriger le feu, de haut en bas, de manière à éviter la combustion entière du bois, tout en opérant sa carbonisation. Quand louvrier voit que la carbonisation est parfaite, il éteint la meule en bouchant tous les trous par lesquels l'air peut pénétrer à travers la couverture, puis il laisse refroidir le charbon, le découvre et le retire. Le temps nécessaire pour cuire une meule de charbon varie de quatre à dix jours, suivant la quantité de bois qu’elle renferme.
On choisit de préférence les terrains secs, unis, plats et abrités pour y établir les meules; les meilleures places sont celles où l’on a fait du charbon aux exploitations précédentes. Eiles sont toujours faciles à reconnaitre.
La saison la plus favorable à la carbonisation est le mois d'août et de septembre. Il faut opérer autant que possible par un temps sec et calme; le
vent et la pluie sont des temps contraires à une bonne carbonisation.
Le rendement du bois en charbon varie avec les essences et les qualités de bois, et aussi avec les circonstances atmosphériques qui accompagnent la carbonisation. Le rendement en volume est compris entre 40 et 33 p. 0/0 du volume du bois desséché à Pair libre. Il faut donc deux stères et demi à trois stèrés de bois de charbonnette pour donner un mètre cube ou un kilolitre de charbon. En certains pays on donne précisément ce volume de 2 st. 1/2 à la corde ou moule de charbonnette. — Dans les meilleures conditions, le rendement en poids est d'environ 18 à 22 p. 0/0, jamais il ne dépasse 25 p. 0/0 du poids du bois exposé à l'air libre pendant deux ou trois mois après la coupe.
Le charbon bien fait conserve la forme du bois dont il provient; il est peu cassant, peu gerçuré et très-sonore. On dit qu’il est trop cuit, lorsqu'il perd sa sonorité et qu’il est très-gerçuré; trop peu cuit au contraire, s’il n’est pas noir partout, et si la cassure n’est pas brillante.
Dans ces derniers temps, on avait établi, à proximité de quelques grandes forêts, des usines où l’on carbonisait le bois en vase clos. Nous avons vu fonctionner une de ces usines dans le Bas-Rhin. L’appareil se composait d’un cylindre en tôle pouvant contenir environ 50 stères de bois, et monté sur deux murs en maçonnerie, espacés de manière à
former un four sous le cylindre; à ce cylindre étaient adaptés des tuyaux qui servaient à l'échappement des gaz provenant de la distillation du bois. Une partie du gaz hydrogène carburé était utilisée pour l'éclairage de l’usine et pour la cuisson du charbon. Les autres produits de la distillation, après avoir parcouru de longs tubes pour se refroidir, venaient se condenser dans des cuves et fournissaient un grand nombre de substances diverses. Les plus importantes étaient l’acide pyroligneux, ou acide acétique impur, que l’on saturait par de la chaux et qu’on livrait au commerce à l’état d’acétate de cette base, le goudron, etc.
= Les charbons que nous avons vu faire dans cette usine, étaient beaux, cuits à point, et nous ont paru réunir toutes les qualités recherchées pour les foyers domestiques. Peut-être étaient-ils; trop cuits pour l’usage des forges, mais c’est un défaut auquel on aurait pu sans doute remédier, en apportant les soins et les précautions nécessaires dans la cuisson. — 36 heures suffisaient pour la carbonisalion de 50 stères de bois.
Pour apprécier le rendement que l’on obtient par
ce mode de’carbonisation, nous avons fait dans cette usine quelques expériences dont nous allons rendre compte.
2 st. 500 de chêne, rondin fendu et pelé, bien desséché, pesant 873 kilog., ont donné 245 kil. 50 de charbon, soit 28, 12 p. 0/0.
2 st. 500 de charme, rondin et petit quartier,
bien desséché, pesant 866 kil., ont rendu 223 kil. 50 de charbon, ou 25, 80 p. 0/0.
2. st. 500 de hêtre, petit quartier, desséché, pesant 1095 kil., ont rendu 280 kil. 5% de charbon, soit 25, 43 p. 0/0.
Le rendement en volume était de 45 à 50 p. 0/0.
Le charbon était bien cuit, luisant, sonore et ne renfermait pas un seul fumeron.
Ce premier pesage a eu lieu lorsqu'on a sorti le charbon de la chaudière, alors qu’il était encore chaud. Mais le poids du charbon augmente quand il est exposé à l’air et refroidi. Nous avons pesé de nouveau ce même charbon, le lendemain, après qu'il eut passé 24 heures sous un hangar bien aéré, et nous avons trouvé que son poids avait augmenté de 3 p. 0/0.
Or, c’est dans ces conditions que le charbon est livré au commerce; il s'ensuit donc que l’on peut considérer le rendement en poids comme étant :
de 28, 96 p. 0/0 pour le chêne.
de 26, 57 p. 0/0 pour le charme.
de 26, 19 p. 0/0 pour le hêtre.
Mais il ne faut pas oublier : 1° que ce rendement est celui du bois desséché dans une sorte d’étuve et, conséquemment, privé de presque toute l’eau hygrométrique que renferme le bois carbonisé par meules, de sorte que la proportion de carbone y est plus élevée pour un même poids; 2° que l’on ne tient pas compte du combustible, quel qu’il soit, employé à la dessiccation, ce que l’on fait nécessairement dans
l'évaluation du rendement des meules. Il en résulte que ces dernières, bien conduites, ne le cèdent point, à cet égard, au système des vases clos. Aussi l’usine dont nous venons de parler n’a-t-elle fonctionné que pendant un an.
$ II, — Mode de mesurage et de venie du charbon.
Le charbon de bois est un combustible dont on fait un grand usage dans les foyers industriels et domestiques.
Dans le commerce, le charbon de bois se mesure et se vend ordinairement à l’hectohtre, au porncon, à la verse, à la vore et à la banne.
Le poincon, ancienne mesure d’ordonnance contenait 240 pintes, mesure de Paris, ou environ 240 litres.
La verse, sorte de corbeille qui, dans certaines contrées, est appelée van, contient environ 37 litres. Mais cette mesure de capacité varie beaucoup avec les localités.
La voie de charbon, mesure de Paris, contient
200 litres. (Ann. forest., 1856, page 137.) La banne est, comme la verse ou le van, une mesure très-variable. La banne est une sorte de fourgon, formé avec des claies, qui sert surtout à transporter les charbons au lieu de consommation ou sur les ports d'embarquement.
Ces anciennes mesures tendent à disparaître du commerce et sont généralement remplacées par
l’hectolitre. Dans quelques localités, on cherche aussi à substituer à la vente à l’hectolitre la vente au poids qui est beaucoup plus rationnelle, surtout pour le commerce de détail. En effet, tandis qu’à volume égal, le charbon de bois dur donne plus de chaleur que le charbon de bois tendre, un même poids de charbon donne la même quantité de chaleur, quelle que soit l'essence dont il provient. Il est à remarquer seulement que le charbon de bois tendre brûle et se consume plus vite que le charbon de bois dur. Dans les forges, le charbon de bois dur est surtout estimé pour la fonte du minerai; le charbon de bois plus tendre, de tremble, d’aune, de pin, de sapin, etc., s'emploie avec avantage dans les feux d’affincrie. Le premier se désigne sous le nom de charbon fort, le second sous le nom de charbon doux.
Dans les établissements industriels, on apporte une grande attention à la qualité des charbons qu’on emploie. Cette qualité s’apprécie d’après la densité du bois et, par conséquent, pour une même essence, elle peut varier avec l’âge des arbres. Le meilleur charbon est fourni par le bois qui touche à sa maturité; c’est ce qui fait que le charbon provenant de bois exploité en taillis, à un âge convenable, est aussi bon que celui qui provient de jeunes futaies. Les bois très-vieux, les bois sur le retour, dépérissants, échauffés, les bois flottés et les bois très-jeunes ne donnent relativement que du charbon de qualité inférieure. La qualité du charbon dépend aussi de
son degré de cuisson, de la saison dans laquelle le bois a été abattu et dé son degré de dessiccation au moment de la carbonisation. Le charbon cuit à point, donne plus de chaleur que le charbon trop cuit ou pas assez cuit. Le bois coupé dans la saison morte donne plus de chaleur et un meilleur charbon que le bois coupé en temps de séve. Le bois que l’on carbonise après quelques mois de coupe, et lorsqu'il ne renferme plus que 20 à 25 p. 0/0 d’eau hygrométrique, donne un charbon meilleur que celui que l’on obtient du bois vert ou du bois très-desséché.
Le charbon bien fait varie de poids avec les essences et la qualité du bois. En Lorraine, le charbon de bois dur mêlé pèse en moyenne 22 à 25 kil. l’hectolitre.
Dans le transport des charbons, on doit éviter, autant que possible, les secousses, les cahots de voiture, les transbordements, etc., quionttoujours pour résultat de briser le charbon, ce qui détermine un déchet dans la quantité et aussi, dit-on, dans la qualité du combustible. Rendu à destination, le charbon doit être mis en lieu sec et aéré, et surtout préservé de la pluie.
Le charbon de bois dur n’a pas beaucoup varié de prix sur le marché de Paris. Il se cote aujourd’hui, comme il y a 20 ans, au prix moyen de 4 fr. l’hectolitre. Mais ce produit a beaucoup diminué d’importance, dans quelques centres forestiers de France, depuis que l’on à successivement introduit l’usage de la houille et du coke dans la plupart des établis-