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QUALITÉS ET DÉFAUTS DES BOIS D'OEUVRE

» Dans les bois colorés, la transformation de l’aubier en bois parfait se fait diversement. Ainsi elle peut se produire au bout d’un temps plus ou » moins long pour la même espèce, d’où résultent » des bois ayant beaucoup ou peu d’aubier. Cette » transformation peut ensuite se faire à peu près » régulièrement, de sorte que la limite entre l’au- » bier et le bois parfait est très-nette. Tels sont les » grands arbres à tige élevée, chênes, pins, mélèzes, » etc. (1). »

ARTICLE Il,

Des causes qui influent sur la qualité des bois de même espèce et des caractères qui servent à la faire reconnaître.

La qualité d’un bois d'œuvre ne peut s’apprécier que relativement à l’usage auquel on le destine, et dépend toujours de la quantité de lignine qui incruste les tissus, de la structure des fibres, de la longueur des rayons, de la disposition et de la grosseur des vaisseaux et, s’il s’agit de bois résinenx, de la quantité de résine concrète dont ils sont imprégnés.

Les bois à vaisseaux gros, à fibres fortes et allongées et à croissance régulière, sont à la fois résistants et élastiques; tels sont le chêne, le châtaignier, le frêne, l’orme. Les bois résineux à fibres fortes et

(1) Extrait de la Description des bois, par M. Mathieu, professeur d'histoire naturelle à l'Ecole forestière.

allongées jouissent des mêmes propriétés et sont d'autant plus tenaces et durables qu’ils renferment plus de résine dans leurs tissus. La résine, dans de certaines proportions, peut aussi en accroître d’élasticité.

Les bois à fibres allongées, droites et parallèles entre elles, sont les plus propres à la fente. Les principaux parmi les bois feuillus sont le châtaignier, le hêtre, le chène et parmi les bois résineux l’épicéa, le pin sylvestre, le sapin.

Les bois les plus durs, les plus tenaces et les plus compactes ont ja fibre courte, les rayons très-minces, les vaisseaux petits ou très-petits; ils ne sont pas propres à la fente, mais ils sont susceptibles d’un beau poli et conviennent surtout aux emplois dans lesquels le bois est exposé à un frottement continu, comme les dents de roues, les écrous, les vis, les manches d'outils, etc. Tels sont, parmi nos bois indigènes, le charme, les érables, les alisiers, les sorbiers, le pommier, le poirier, l’épine blanche et le cornouiller mâle.

Mais les qualités propres à chaque essence sont plus ou moins développées selon les conditions de climat, de sol et de traitement dans lesquelles les bois ont crû. Ces conditions n’influent pas dans le même sens sur toute espèce de bois; car, tandis que le pin sylvestre des plaines de la Russie a plus de densité et de ténacité que celui de notre pays, les chênes du midi de la France sont plus denses et plus durables que ceux de même espèce qui croissent

dans les départements du nord; tandis que les bois résineux acquièrent plus de qualité dans les sols médiocres que dans les terrains très-substantiels, les chênes élevés dans des terrains fertiles et profonds ont une qualité de bois meilleure que celle des chênes de même espèce qui croissent dans des sols maigres; tandis que le chêne et le pin sylvestre demandent pour prospérer à participer largement aux influences de la lumière, le sapin réclame la participation aux mêmes influences dans une mesure beaucoup moins large et acquiert une qualité de bois d'autant meilleure, qu’il croît dans une gêne plus grande, pourvu que cette gêne ne soit pas telle qu’elle s'oppose au développement régulier de sa végétation.

Toutefois, il n’est pas rare de rencontrer dans une même forêt des arbres de même espèce, soumis exactement aux mêmes conditions de végétation, ayant le même port et les mêmes apparences extérieures, qui, lorsqu'ils sont abattus, présentent des différences sensibles dans la qualité de leur bois. D'où il résulte que, si on peut avoir des données assez précises sur la valeur générale des bois d’une forêt, on n’est jamais certain, tant qu’un arbre est sur pied, de porter un jugement exact sur la qualité de son bois. Nous nous bornerons donc à indiquer ici les caracières distinctifs de la qualité des bois abattus, mais en nous limitant aux essences qu'il importe surtout d'étudier sous ce rapport, à cause de leur emploi dans les grandes constructions, le chêne, le sapin et le pin sylvestre.

Les bois de chêne sont de deux qualités principales, les bois durs ou nerveux, les bois tendres ou gras. Les caractères généraux qui servent à distinguer ces deux qualités du bois de chêne, tiennent à l'épaisseur des couches annuelles, aux fentes qui se manifestent après l’abatage par suite du dessèchement, à la coloration du bois et à l’odeur qu’il exhale.

Des bois de chêne nerveux, ceux qui ont le plus de qualité sous le rapport de la force, de la solidité, de la ténacité, de l’élasticité et de la durée, ont ordinairement les couches annuelles très-développées et variant d'épaisseur entre 0°,005 et 0",015 et au-dessus. La partie extérieure de chacune de ces couches, qui comprend ce que l’on appelle le 4oës d'automne, est formée d’un tissu serré, plein, compacte, d'apparence cornée, tandis que la partie intérieure, ou bots de printemps, n’est que peu développéeet ne présente qu’une zone étroite de vaisseaux qui apparaissent très-nettemeut sur la tranche sous la forme de petits trous très-rapprochés {P/. VIIT, fig. 1). Les bois de cette qualité ont les fibres fortes, serrées, difficiles à rompre ; les copeaux qui tombent sous la hache ce cassent difficilement, et les morceaux ne se séparent que par déchirures. Lorsqu'on les rabote, la varlope enlève de longs rubans qui offrent une certaine résistance à la rupture, le bois est poli et brillant, et la fibre paraît comme tapissée et incrustée d’une substance sirupeuse ou gommeuse toujours fraîche.

Les bois de chêne nerveux prennent un retrait prononcé par le desséchement. Ce retrait se manifeste par des fentes plus ou moins fortes, profondes et nombreuses, que l’on remarque à la surface extérieure des pièces écorcées et sur la section d’abatage. Des fentes très-marquées sur la section d’abatage sont un indice des plus certains de la qualité du bois; mais, quand elles sont exagérées, elles peuvent constituer un véritable défaut. C’est ainsi que les chênes d'Italie, de Provence et d'Algérie éclatent quelquefois de manière à devenir impropres à toute espèce d'emploi comme bois d'œuvre (1).

La couleur n’est pas un indice bien certain de la qualité du bois, parce qu'elle s’altère facilement et assez promptement sous l'influence des agents extérieurs. Cependant, on remarque assez généralement que les bois de chêne de bonne qualité ont une.couleur à peu près uniforme qni devient seulement un peu plus foncée dans les couches voisines du cœur; de plus, le bois fraîchement abattu et qui n’a pas été

(1) Les chènes dont le bois est le plus dense sont : le tauzin, le liège, l’yeuse et le ballote qui n’est qu’une variété de l’yeuse et qui peuple de grandes forêts en Algérie. Le bois de ces chènes est plus nerveux, plus durable que celui du rouvre et du pédonculé, et peut être très-utilement employé dans certaines parties des constructions navales. Mais, outre que la tige de ces arbres a ordinairement peu de longueur et une conformation peu régulière, la fibre est toujours si serrée et le bois tellement disposé à se déjeter el à se gercer, que ces chênes ne peuvent supporter la comparaison, ni comme bois de travail, ni comme bois de construction, avec le rouvre et le pédonculé des climats doux et tempérés de France. — On remarque aussi, généralement, que plus un chène a d’aubier, plus le bois parfait est dur et nerveux.

flotté, a ordinairement une couleur jaune tantôt blanchâtre, tantôt brunâtre, tantôt rosée ; mais le caractère tiré de la couleur ne doit s’observer que sur une section faite à quelque distance des racines, parce que dans la partie inférieure de la pièce, dans la culée, le bois peut être coloré diversement par les substances étrangères que charrie la séve.

Le chêne a une odeur sut generis qu’il est assez difficile de définir, mais que l’on reconnait facilement quand on a fréquenté les coupes en exploitation et assisté à la découpe et au débit des bois. Cette odeur aigre et amère est d'autant plus forte que le bois est plus sain, plus vigoureux, mieux nourri, et c'est un signe à peu près certain de sa bonne qualité et de sa solidité.

Le bois de chêne nerveux est propre à tous les usages auxquels on destine cette précieuse essence ; mais il doit être recherché surtout pour les emplois qui exigent de la solidité, comme la charpente dans les constructions civiles et les pièces qui forment la membrure des vaisseaux dans les constructions navales. Sous ce rapport, le chêne péüonculé paraît avoir l’avantage sur le chène rouvre de France.

Par opposition au bois de chêne nerveux, on appelle bors gras celui dont le tissu est mou, poreux, peu résistant, dont le grain est peu serré, la fibre lâche et imparfaitement lignifiée. Dans les bois gras les couches annuelles sont ordinairement peu développées, et le bors de printemps occupe dans chaque

couche une place d'autant plus grande, par rapport au bois d'automne, que le chêne lui-même a été moins bien nourri (P/. VITE, fig. 3). U suit de là que le bois a d’autant moins de force que les couches concentriques sont moins développées et que les vaisseaux de la couche de bois de printemps sont plus nombreux: et plus ouverts. Les chênes de la moins bonne qualité sous ce rapport n’ont presque pas de bois d'automne, et cette partie de la couche annuelle est si peu compacte qu'on la confond avec le bois de printemps; sur la tranche, les couches annuelles paraissent dans toute leur largeur percées de trous ou de vaisseaux comme un crible. — Le bois gras a la fibre sèche et cassante ; les copeaux qui tombent sous la hache se rompent avec facilité et nettelé, sans éclats ni déchirures: ceux qu’on détache avec la varlope, au lieu de former de longs rubans, se séparent sous l'outil en petites plaques. — Le bois de chène gras prend peu de retrait par le dessèchement, et par conséquent n'est pas sujet aux grosses fentes comme le bois nerveux. — La couleur du bois fraîchement coupé est ordinairement brune, tirant sur le jaune fauve, le roux, ou le violet, d’un aspect terne et sec, souvent tachetée ou diversement veinée. Mais, en se desséchant, le bois prend une couleur plus claire, et, lorsqu'il est bien traité et mis à couvert en lieu sec et aéré, sa teinte devient plus belle et se rapproche souvent de celle du bois nerveux. — L’odeur du chêne gras est moins forte, moins acide, plus douceâtre que celle du chène nerveux.

Les bois gras absorbent très-facilement l'humidité de l’atmosphère et sont très-accessibles à la fermentation et à la pourriture, dès qu'ils sont exposés aux injures de l'air ou placés dans un milieu chaud et humide. Cette disposition des pièces à s’altérer promptement dans toutes leurs parties, fait considérer les bois de cette qualité comme absolument impropres aux constructions navales et à tous les emplois qui exigent de la solidité, de la force et de la durée. Cependant le bois gras, lorsqu'il est à couvert et dans un lieu sec, résiste assez longtemps et peut utilement servir à des emplois où le bois ne supporte ni charge ni fatigue. C’est ainsi que les chênes gras ou tendres, quand ce défaut n'est pas exagéré, sont les plus recherchés pour les beaux ouvrages de menuiserie et d’ébénisterie, parce que le bois est plus facile à travailler et qu’il n’est sujet ni à se fendre, ni à se voiler, ni à prendre du retrait, quand il est mis en œuvre. À ce point de vue, le chêne rouvre de qualité ordinaire paraît avoir Pavantage sur le chêne pédonculé, du moins si on en juge par ce qui se passe dans les pays accidentés où les menuisiers et les fabricants de merrain accordent une préférence marquée aux chênes de montagne ou de côteau qui sont ordinairement de cette espèce. Toutefois il y a des chènes rouvres dont le bois est très-nerveux, comme Il y a des chènes pédonculés dont le bois est mou, poreux, gras.

Entre les deux types extrêmes de la qualité des bois de chêne, il existe une infinité de nuances qui

se rapprochent plus ou moins des bois nerveux ou des bois gras et qu’il serait impossible de définir par des caractères bien tranchés (P7. VJIT, fig. 2). Mais ces nuances sont faciles à apprécier pour qui veut les examiner, et comparer entre eux les bois de chênes qui ont crû dans des conditions différentes de sol ou de climat (1).

Le sapin est, de tous les bois résineux, le plus commun en France et le plus employé, soit dans les constructions, soit dans les ouvrages de menuiserie ; mais on n'apporte généralement pas, dans le choix des sapins qu’on met en œuvre, la même attention qu'on donne au chêne, parce qu'ils ne servent pas à des usages aussi importants que celui-ci. Cependant, soit qu’on l'emploie comme charpente, soit qu'on le destine en menuiserie à des ouvrages qui exigent de la solidité et de la durée, il n’est pas indifférent de négliger la qualité du bois, attendu que la durée d’une charpente de sapin peut varier beaucoup, suivant que le bois est de qualité médiocre ou supérieure. Le sapin de bonne qualité se distingue facilement à ses couches annuelles régulières, peu développées, et présentant sur la tranche un grain fin, serré, plein. Le sapin de qualité médiocre, au contraire, a souvent les couches concen-

(1) Les bois de chêne de qualité moyenne, qui ne sont ni très-nerveux ni très-tendres, sont réputés les meilleurs pour la fabrication des futailles, à cause de l’influence qu’ils exercent sur la conservation et la bonification des vins.

triques très-larges, et son bois est formé d’un tissu mou, poreux, Spongieux.

Il en est de même de lépicéa et du pin sylvestre, dont la qualité s’apprécie de la même manière, d’après la régularité et l'épaisseur des accroissements annuels du diamètre, et d’après l'aspect plus ou moins compacte du bois vu sur une section perpendiculaire à l’axe. Mais, tandis que le sapin et Pépicéa n’ont pas d’aubier, ou du moins que l’on ne fait aucune distinction dans leur emploi entre le hois du cœur et celui des couches extérieures, le pin sylvestre a un aubier très-marqué, souvent trèsdéveloppé, dont le bois diffère essentiellement, sous le rapport de la qualité, de celui du cœur ou du bois parfait. Le bois aubier du pin sylvestre est blanc jaunâtre et se distingue très-facilement du bois parfait qui est brun rougeâtre, ou jaune rosâtre. Le bois aubier du pin se dessèche, s’altère et se décompose promptement à l'air; il est surtout exposé à la vermoulure; tandis que le hois parfait est extrèmement solide, résistant, élastique et aussi durable, si ce n'est plus, que les meilleurs bois de chêne. Sous le rapport de la solidité, de l’élasticité et de la durée, le pin sylyestre est (avec le mélèze et le laricio) infiniment supérieur aux autres bois résineux que nous produisons en France; mais la nécessité où l’on est de purger ce bois de son aubier pour certains emplois, et par conséquent de réduire beaucoup les dimensions utiles des pièces, constitue

le pin sylvestre dans un état d’infériorité réelle, comme bois d'œuvre, vis-à-vis du sapin ou de lépicéa.

ARTICLE II

Des principaux vices ou défauts qui se rencontrent dans les bois d'œuvre.

SI. — Généralités.

Ce que nous venons de dire suffit pour apprendre à distinguer les différentes qualités de bois de chêne, de sapin et de pin sylvestre. Cette distinction est importante à faire lorsqu'il s’agit de bois de grandes constructions et spécialement de bois de marine, car il est constant que la plus ou moins bonne qualité des bois qui entrent dans la construction d’un vaisseau peut faire varier du simple au double la durée du bâtiment. Cette importance sera plus frappante encore lorsqu'on saura que la marine militaire emploie annuellement environ 40,009 mètres cubes de bois de chêne équarris, qu'il entre à peu près 5,000 mètres cubes de bois dans la charpente d'un vaisseau de premier rang, et que le prix de revient de la construction seule ne coûte pas moins d’un million et demi à l'Etat. :

Mais, après avoir fait connaître les caractères généraux d'après lesquels on apprécie la qualité des bois abattus, il nous reste à parler des défauts ou

vices particuliers qui peuvent affecter tous les bois,

particulièrement les bois de chêne, et faire rejeter des constructions ceux mêmes qui, par leur constitution, seraient de la meilleure qualité. Ces vices ou défauts sont :

La torsion des fibres ;

La gélivure :

La roulure ;

La cadranure et la pourriture ;

La grisette, les nœuds, les taches du dors ;

La lunure ;

La frotture, l'entr'écorce, les trous de vers ;

$ II. — De la lorsion des fibres.

Les bois à fdres torses, que l’on appelle aussi Dors tors ou bots virants, sont ceux dont les fibres, au lieu d'être parallèles à l’axe de l'arbre, décrivent autour de lui des hélices plus ou moins allongées. Ces bois sont moins résistants et moins élastiques que les bois à fibres droites, mais ce défaut, quand il n’est pas excessif, n'empêche pas que les bois ne soient utilement employés dans les constructions civiles. La marine ne considère pas non plus la torsion des fibres comme une cause suffisante de rebut pour les bois courbants (l’étrave exceptée), mais elle l’exclut absolument de tous les bois droits et de toutes les pièces qui peuvent être débitées en bordages. On conçoit en effet qu'un bois virant ne peut donner que de mauvais bordages, parce qu’en le débitant à la scie, 1l est impossible que les fibres ne soient

pas coupées à divers endroits, ce qui diminue considérablement la force du bois. Débités en planches du commerce, les bois tors ne fournissent aussi que de mauvais sciages ; ils sont d’ailleurs essentiellement impropres à la fente.

Les bois dont la fibre est torse sont faciles à reconnaître tant que l’arbre est recouvert de son écorce, mais quand ils sont débités en planches, ou simplement équarris, 1l faut une certaine habitude pour distinguer un bois virant de celui qui a les fibres droites.

$ II. — De la gélivure.

La gélivure consiste dans une crevasse ou fente longitudinale qui va de la circonférence de l'arbre vers le centre, à des profondeurs variables, et dont la cicatrice forme extérieurement un bourrelet qui reste toujours visible (P7. IX, fig. 1). La gélivure rompt les fibres du bois dans la direction des rayons médullaires et, quand elle s'étend beaucoup en longueur et en profondeur, elle altère la force du bois au point que la pièce ne peut plus être employée dans les grandes constructions, même dans son entier. Si au contraire la gélivure s’étend peu, la pièce peut encore servir à certains usages comme charpente, mais on préfère généralement débiter les bois gélifs en planches ou en merrain.

La fente de la gélivure a presque toujours ses deux parois atteintes de pourriture, par suité de l’infil-

tration des eaux pluviales ou d’un écoulement de séve ; elle n’en devient alors que plus dangereuse, et il faut qu'on puisse l’enlever complétement pour que la pièce soit utilisable en marine. Mais une gélivure peu développée peut être tolérée dans les pièces de marine qui ne sont pas destinées au débit.

On pense que la gélivure est ordinairement produite par une contraction ou une dilatation inégale dans les fibres du bois, soit par suite des gelées et des vents froids, soit par l’action intense du soleil. La fente se recouvre ensuite de hon bois et, par conséquent, ne règne pas toujours du centre à la circonférence.

Duhamel prétend aussi qu'il a produit des gélivures dans le corps de jeunes arbres en les pliant ‘et les forçant beaucoup, de la même manière que pourrait le faire un grand vent ou un poids considérable de givre. Il a observé que la gélivure et la roulure se trouvent souvent réunies dans un même corps d'arbre. — Les coups de marteau peuvent aussi produire des fentes analogues à la gélivure.

$ IV. — De la roulure.

Dès qu’un arbre est abattu, on remarque souvent sur la taille d’abatage une solution de continuité entre deux couches concentriques contiguës, de façon que ces couches ne sont point adhérentes. Cette fente circulaire constitue ce que l’on nomme

une roulure (PI, IX, fig. 2). Quelquefois la roulure n'est que partielle, mais souvent elle forme un cercle complet, et alors l’arbre présente un cylindre creux de bois qui renferme un autre cylindre plein. Lorsque ce défaut règne sur toute la longueur de l'arbre et apparaît au pied et à la tête, ia pièce est tout à fait défectueuse et il est rare qu’on puisse s’en servir comme bois d'œuvre. Mais assez souvent la roulure ne s'étend pas à une très-grande hauteur et n’a lieu qu’au pied. Dans ce cas, la pièce atteinte de roulure peut encore être d’un bon service, lorsqu'elle est employée dans son entier.

Néanmoins, comme l'humidité qui s’introduit et séjourne toujours dans la roulure peut être une cause de plus prompt dépérissement, et que d’ailleurs ce défaut est touiours un obstacle nour le débit, une pareille pièce ne peut être employée dans les grandes constructions civiles ou navales que dans des conditions toutes spéciales, ou bien, si la roulure s'étend peu, qu'après une réduction de sa longueur.

La rouiure est, comme la gélivure et la torsion des fibres, un défaut ou un accident, et non une maladie du bois; mais la roulure ne se manifeste par aucun signe extérieur, tant que l'arbre est sur pied, et ne se montre que sur la tranche du bois abattu. La roulure n’est même pas toujours immédiatement apparente sur la taille d’abatage; mais elle devient très-évidente, au bout de peu de temps, quand le bois est suffisamment ressuyé.

On constate souvent plusieurs roulures dans la même section d’un arbre, et l’on remarque généralement que plus elles sont nombreuses, petites, rapprochées et superposées, moins elles s’étendent dans la hauteur de la pièce; tandis qu’une roulure isolée, peu distante du cœur, circulaire et trèsmarquée, s'étend assez souvent jusqu’à l'extrémité opposée, et apparaît de la même manière aux deux bouts de la pièce.

Les couches ligneuses se formant entre l’écorce et le bois, on attribue la roulure à toutes les causes qui peuvent occasionner la séparation de l'écorce d'avec le bois. Parmi ces causes, Duhamel cite en première ligne le vent. « Il est sensible, dit-il, que » lorsque le vent agite et plie en différents sens les » jeunes arbres, leur écorce qui n’est presque pas » adhérente au bois peut s’en séparer dans quelques » points, surtout quand les arbres sont en séve et » chargés de leurs feuilles. — En hiver, le poids du » givre peut produire le même effet malgré l’adhé- » rence de l'écorce au bois. Ce défaut peut encore » être produit par les voitures dont les moyeux » endommagent l'écorce et donnent lieu à une » roulure ordinairement peu grave qu'on nomme frotture. » | Duhamel termine ses observations en affirmant qu'il a produit artificiellement des roulures :

1° En détachant l'écorce du tronc d’un arbre et en Ja remettant à sa place. Ce morceau d’écorce ainsi replacé s’est greffé avec celle qui était restée adhé-

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rente au bois, il s’est formé de nouvelles couches ligneuses ; mais à l'endroit où l'écorce avait été séparée du bois, il est resté une solution de continuité, autrement dit une roulure ;

2° En pliant bien fort de jeunes arbres dont il voulait rompre une partie du corps ligneux, il a occasionné dans leur intérieur des roulures qu'il a retrouvées quelques années après, quoique les plaies extérieures eussent été parfaitement cicatrisées,

Il a observé, enfin, que les baliveaux élevés dans un taillis sont plus sujets à être roulés que les arbres venus en massif et aussi que ceux qui ont crû isolément en plein air.

D’autres naturalistes prétendent que la roulure doit être attribuée exclusivement à la gelée qui, en détruisant le cambium sur certains points de l'arbre, occasionne la séparation en ces points de l’écorce d’avec le bois.

Si cette explication était exacte, tous les arbres de même âge, dans une même forêt, ayant subi les mêmes-influences, devraient se trouver roulés de la même manière, et la position de la roulure indiquerait exactement l’année dans laquelle la gelée précoce aurait eu. lieu. Or, on a constamment observé le contraire sur des arbres roulés de même âge et placés dans les mêmes conditions climatériques.

Enfin, on dit que la roulure provient aussi quelquefois du choc qu'éprouvent les arbres en tombant, Jors de l’abatage. Ce fait est difficile à constater,

mais ce qui est certain, c’est que les coups de marteau dont on frappe les arbres réservés dans les coupes produisent très-fréquemment des roulures partielles (PZ. XII, fig. 1).

$ V. — Cadranure el pourriture.

Lorsqu'on abat un vieux chêne, la couleur du bois qui entoure le canal médullaire a souvent une teinte bruuatre plus foncée que celle des parties plus éloignées du cœur. Si en même temps les couches de bois du centre paraissent comme écrasées par la compression de celles qui les entourent, et si elles semblent plus chargées d'humidité, c’est un signe que le bois du cœur est moins bon que celui des couches qui lenveloppent, qu'il a déjà subi une altération dans sa qualité propre, et que l'arbre luimême était dépérissant, Cette décomposition du cœur des vieux chênes, effet naturel de la décrépitude, se manifeste souvent, sur une section faite à la base de l’arbre, par des fentes qui partent du cœur et se dirigent vers ia Circontérence comme les rayons d’un cadran. De là, le nom de cadranure sous lequel on désigne, d’une manière générale, le vice que nous venons de décrire, soit qu'il apparaisse au pied, soit qu’il se manifeste au petit bout d’une pièce de chêne, ou même dans le cœur des branches (PJ. X, fig. 1). R

Quand le mal n’est pas ancien, la cadranure n'existe souvent qu’au pied de l'arbre, et alors il

suffit de le tronçonner à une certaine hauteur pour pouvoir employer la partie saine comme bois d'œuvre dans son entier. Mais quand les bois sont cadranés dans toute leur longueur, ils ne sont plus propres aux construclions, parce qu'ils ont déjà perdu une grande partie de leur force et que le commencement d’altération ou de pourriture dont ils sont atteints ne tarde pas à faire des progrès rapides.

Les fentes de cadranure ne peuvent être confondues avec les fentes de gélivure, ni avec celles que lon remarque fréquemment sur la tranche des bois nerveux (P/. VIII, fig. 1) et qui proviennent du retrait que prend le bois en se desséchant. Les premières ont un aspect noirâtre et ne s'étendent jamais au-delà des couches de bois cadrané dont le tissu est mou, quelquefois friable, et répand d’ailleurs une odeur de pourri facile à reconnaitre. Souvent aussi la cadranure ne se manifeste au pied de l’arbre que par une seule fente ouverte et noirâtre, mais si on tronçonne la pièce à une petite distance du pied, les fentes augmentent en nombre et en ouverture, puis diminuent un peu plus haut pour augmenter encore.

Au début, la cadranure n’est que le signe d’une maladie qui fera bientôt des progrès rapides dans l'arbre abattu, si on l’emploie dans son entier, et qui eût abouti à la pourriture complète et à la mort de l'arbre si on l’avait laissé plus longtemps sur

pied.

La pourriture que l’on appelle pourriture rouge ou simplement le rouge, à cause de sa couleur (brun-canelle), provient, comme la cadranure dont elle n’est que le développement, soit de la décrépitude des arbres surannés, soit d’un accident ou d’une maladie qui atteint l’un des organes prineipaux de la vie du végétal, avant qu'il soit parvenu à maturité. Quand le mal est ancien, le bois qui en est atteint devient cassant, friable, et finit par se réduire, dans l’intérieur même de l’arbre, en poussière fine qui ressemble à du tabac d'Espagne. Les arbres les plus vigoureux en apparence sont quelquefois en proie à cette maladie qui les ronge intérieurement, mais ce sont les bois tendres, à végétation lente, ceux surtout qui croissent dans des terrains sans profondeur, qui y sont le plus exposés. Souvent donc ce mal n'offre pas de signe extérieur apparent, d'autres fois il se manifeste au pied de l'arbre, entre le point d’attache de deux fortes racines, par des trous d’où l’on voit sortir une poudre grossière et brune semblable à celle de la chicorée à café; mais, en général, quand la maladie existe à un degré quelque peu avancé dans la partie inférieure d’un arbre, on peut presque toujours la reconnaître au son creux que rend le tronc, lorsqu'on le frappe avec un marteau ou le dos d’une hache. Toutefois, ce son, qui indique toujours que le bois est altéré ou que l'arbre est creux à l'intérieur, ne peut pas faire préjuger d’une manière certaine la présence de la pourriture rouge,

parce qu'il existe d’autres maladies ou vices qui peuvent produire le même effet dans le corps d’un arbre sur pied : tels sont la pourriture blanche et la grisette dont nous parlerons plus tard.

La pourriture blanche peut être occasionnée par différentes causes, et se montrer dans toutes les parties du corps et des branches d’un arbre : mais on la qualifie différemment suivant sa provenance et le danger qu’elle présente pour les parties saines de bois qui se trouvent en contact avec elle. Celle dont nous voulons parler ici, et qui est plus spécialement connue sous le nom de pourriture sèche, est de toutes les pourritures blanches la moins contagieuse. Elle prend sa source au pied ou dans les racines de l'arbre, s'attaque ordinairement au cœur comme la cadranure et pénètre dans la tige où on la voit finir en pointe à des hauteurs peu considérables et que l’on peut mesurer en sondant la pièce avec une tarière. Ce vice transforme le bois qu’il atteint en une substance sèche et molle, cotonneuse, filandreuse, facile à désagréger, de couleur jaune pâle passant successivement au blanc mat à mesure que le mal devient plus ancien; mais, pendant longtemps, il reste circonscrit dans un nombre limité de couches annuelles, sans s'étendre dans les parties environnantes dont le bois ne paraît nullement souffrir du contact ou du voisinage des couches viciées. Les chènes qui croissent en terrain maigre, et les vieux arbres élevés sur souche sont

135 QUALITÉS ET DÉFAUTS plus particulièrement exposés à ce genre de maladie (1). :

Les chênes atteints de la pourriture blanche ne peuvent être employés dans les constructions qu’après réduction de la partie viciée et appartiennent plus habituellement à la catégorie des bois gras ou tendres.

S VI. — Grisette, nœuds, taches du bots.

Lorsqu'une des grosses branches qui forment la tête d’un arbre ou qui partent de son tronc vient à mourir et se brise, ou bien si l’une de ces branches encore en vie est rompue par le vent, cassée ou coupée par un délinquant, ou retranchée par un élagage inintelligent, il reste au tronc un chicot ou moignon plus ou moins long dont les fibres pénètrent jusqu’au cœur de l'arbre, et dont l’autre extrémité se termine par un faisceau d’esquilies. Celles-ci s’altèrent promptement, absorbent l'humidité atmosphérique, retiennent les eaux pluviales, à la manière d’une éponge, et déterminent leur infiltration dans le chicot et dans le corps de l'arbre lui-même, suivant la direction des fibres. Cet accident constitue ce que l’on nomme une gouttière, et se rencontre fréquemment dans les vieux arbres et surtout dans les chènes couronnés.

On nomme abreuvoir une espèce de gouttière qui

(1) Les sols trop substantiels produisent souvent aussi le même effet sur le pin sylvestre.

se forme aux aisselles des branches, lorsque celles-ci, par les grands vents ou par le poids de la neige ou du givre, se délachent partiellement du tronc. La blessure, tout en se cicatrisant, présente une cavité dans laquelle les eaux s’amassent, et d’où elles finissent par s'infiltrer dans l’intérieur de l'arbre.

Les gouttières et les abreuvoirs produisent ordinairement dans le bois d’un chêne un vice ou une maladie que l’on nomme la grisette, et qui n’est autre chose qu'une décomposition plus ou moins avancée du tissu ligneux.

Plus le bois est tendre, plus les eaux de gouttière s’infiltrent facilement et déterminent rapidement la fermentation et la pourriture. Mais le danger que présente toujours une gouttière est plus ou moins grand, selon les circonstances dans lesquelles l’accident a eu lieu.

Si une branche arrachée, coupée ou rompue, n’est pas de trop forte dimension, il arrive souvent que la plaie se recouvre en peu d’années d’une couche de bon bois, et se trouve ainsi à l'abri des influences extérieures. L’affluence de la séve peut alors arrêter les progrès de la pourriture dont le chicot peut être déjà attaqué, et la branche seule continuera à se décomposer lentement, sans grand danger pour la partie du corps de l’arbre qui la renferme. Le bois attaqué se transforme en une substance blanche ou blanche jaunâtre, molle, filandreuse, spongieuse, complétement inodore, et forme

dans le corps de l’arbre un amas de bois décomposé qui constitue ce que l’on nomme un nœud blanc ou une Auppe. Comme le nœud blanc est enveloppé entièrement de bois sain, on en purge facilement la pièce qui ne perd de sa valeur qu’en raison de la grandeur de la poche que l’on a dù faire pour enlever le bois décomposé.

Mais si la plaie d’une branche cassée ou arrachée n'a pu être recouverte et protégée contre les agents extérieurs, la maladie progresse d’une manière continue et pénètre de plus en plus dans l’intérieur de l'arbre, soit en suivant les fibres de la branche qui peuvent l’amener jusqu’au cœur de l'arbre, soit en envahissant les fibres longitudinales du tronc, au-dessus et au-dessous de la branche, jusqu’à des distances souvent très-considérables. Dans ces circonstances, la présence du vice dans le corps de l'arbre se manifeste assez souvent sur la taille d’abatage par des taches, ou à l'extérieur sur l'écorce par le suintement d’une liqueur noirâtre, ou enfin, sous l'écorce, sur le fil du bois par des veines de couleur rousse, grisâtre ou brunâtre, de telle sorte qu’en suivant la trace de ces taches on peut toujours remonter à l’origine et au foyer de la grisette. Ces taches et ces veines reçoivent le nom de flammes de grisette (PI. XI, fig. 1).

On peut également préjuger de lintensité d’une griselte d’après la couleur du bois sur la section des branches ou des nœuds rez-tronc. Ainsi la section d'un nœud ou d’une branche attaquée par une

grisette encore peu avancée, affecte une teinte brunchocolat très-caractéristique, et en travaillant le bois on s'aperçoit facilement qu'il n’a plus de nerf et qu'il est déjà décomposé. Dans cet état, le vice ne pénètre généralement pas fort avant et n’a encore attaqué que la branche. — Dans un degré plus avancé, le bois d’une branche grisettée est parsemé de points noirs et de points blancs; ceux-ci sont produits par la section de fibres complétement décomposées (P7. XJZ, fig. 2). C’est alors ce que l’on nomme une grisette blanche ou vive, l’un des vices les plus dangereux du chêne, à cause de la rapidité avec laquelle il se propage, même après l’abatage et l’emmagasinage de la pièce. — Quelquefois aussi les filets ou les points blancs sont remplacés par des filets ou des points de couleur jaune orange, qui semblent indiquer un degré de pourriture encore plus avancé. Dans ce cas, le vice pénètre généralement jusqu'au cœur, les fibres longitudinales du tronc sont atlaquées jusqu’à une grande distance de la branche et le bois décomposé a souvent une odeur fétide et nauséabonde. — Mais si la section d’une branche rez-tronc présente une surface noire d'un tissu serré et sans odeur particulière, on est presque certain que le nœud est sain. C'est ainsi que les ouvriers disent que les nœuds noirs ne sont nullement dangereux et dénotent même une qualité supérieure du bois.

Dès qu’un arbre est abattu, il importe donc de rabattre rez-tronc toutes les branches, bosses ou lou-

pes, et de visiter tous les nœuds, même les plus petits et les moins suspects, avec la tarière et la gouge, si on veut être parfaitement sûr de la qualité du bois. Si un vice est signalé, on le sonde dans la direction de la branche pour en constater la profondeur, puis on s'assure s’il n'a pas fait de ravages dans le corps de l’arbre en entaillant le bois audessus et au-dessous du trou de sonde. Si le mal s'étend, au-dessus ou au-dessous de la branche, à une profondeur considérable, 1l ne reste plus qu’à tronçconner l'arbre à une distance convenable du foyer du vice, afin de s’assurer si le cœur lui-même n'est pas attaqué, et si les filets de grisette se sont suffisamment assainis pour que la pièce puisse servir comme bois d'œuvre dans les grandes constructions civiles ou navales. Lorsque le vice n’a pas encore envahi tout le corps de l’arbre et se trouve concentré, comme cela arrive souvent, dans la région du cœur, on peut utiliser toutes les parties saines de la pièce, après les avoir purgées de tout le bois grisetté, en les débitant en sciages, merrain, etc.

Dans la marine, les arbres qui renferment des nœuds ne peuvent être admis en recette qu'après qu’ils ont été sondés et purgés de tout le bois gâté qu'ils pouvaient renfermer. Si les trous de sonde sont peu considérables, la pièce est admise sans réduction sur l’équarrissage; s'ils sont profonds et de nature à diminuer la solidité de la pièce, celie-ci peut être rebutée, ou réduite dans les dimensions de son équarrissage en proportion de la grandeur des trous de sonde.

D’après ce que nous avons dit, on comprendra qu’une griselte peut se produire dans un arbre sans qu’elle soit necessairement due à un abreuvoir ou à une gouttière. Un épanchement de séve dans la fente d’une roulure ou d’une gélivure produit quelquefois des effets analogues à ceux d’une gouttière, et 1l n’est pas rare de voir les parois de ces fentes atleintes de griseltes, ce qui se reconnait à la teinte noire que prend le bois malade et à l’odeur qu’il exhale. Les taches que l’on remarque assez fréquemment sur la taille d’abatage des chènes ne proviennent pas toujours non plus d’une goutlière ; souvent elles sont dues à la présence d’une racine malade ou à des sucs co'orés que charrie la séve. De couleur ordinairement plus foncée que les taches de gouttère, les taches de racine affectent toutes les nuances entre le gris et le noir; elles vont en diminuant d'étendue à mesure qu'elles s'élèvent dans l'arbre et finissent toutes en pointe, à des hauteurs variables, mais que l’on peut assez facilement préjuger, soit en éboutant l'arbre à quelques centimètres du pied et en voyant dans quelle proportion elles diminuent de largeur sur la nouvelle section, soit en sondant le bois taché avec une tarière. Quelle que soit leur couleur, à moins que leur étendue ne soit exagérée, ces taches n'empêchent pas que le bois ne soit employé dans les constructions ordinaires ; mais la marine ne reçoit pas de bois tachés, parce qu’en raison de l'emploi qui en sera fait, on ne peut rien fonder de certain

sur leur solidité et leur durée. On remarque en effet

que le tissu des parties tachées est presque toujours moins résistant, et absorbe plus facilement l’humidité atmosphérique que le bois environnant; ce qui fait dire que, même dans les constructions ordinaires, il est prudent de ne placer les bois tachés qu’à l'abri des influences extérieures.

$ VII. — ZLunure.

De tous les défauts qui peuvent affecter la qualité des bois de chêne, la /unure est un de ceux qui se présentent le plus fréquemment et qui méritent le plus de fixer notre attention. La lunure ou lune apparaît, sur la tranche du bois, sous la forme d’un cercle (P7. X, fig. 2), ou quelquefois d’un arc de cercle, formé de plusieurs couches annuelles de couleur plus foncée ou plus claire que celle du bois environnant, et dont le tissu est atteint d’une maladie qui le rend plus particulièrement accessible à la pourriture et à la vermoulure.

Duhamel qualifiait ce défaut de double dnbierie et lui attribuait une grande importance, « parce que, » disait-il, le double aubier, qui est souvent de plus » mauvaise qualité que le vrai aubier, tombe bientôt » en pourriture; ce qui fait qu'un arbre luné n’est » pas même bon à être employé dans son entier ni, » à plus forte raison, nur à être débité en bois de » sciage et de fente. » |

Quand un chêne luné, la maladie apparaît presque toujours de la même manière aux deux ex-

DES BOIS D'OEUVRE. 195 trémités de chaque partie du tronc découpé en pièces de bois d'œuvre et, suivant que la couleur du bois luné est plus foncée ou plus claire que celle des couches voisines, on dit que la lunure est rousse ou blanche. Quant à l'intensité du vice en lui-même, on peut la préjuger, d'une manière générale, d’après les circonstances suivantes :

1° Quand la couronne de bois luné est formée d’un tissu poreux, spongieux, friable, imbibé de séve noirâtre ou brunâtre, exhalant une odeur fétide, on ne peut douter que les couches qui forment la lunure ne soient déjà plus ou moins altérées, et que le bois entier de la pièce ne soit compromis dans sa qualité. Dans ce cas, la pièce entière ne peut servir à aucun usage comme bois de service, et ne peut être débitée en bois de sciage ou de fente qu'’après avoir été purgée de toutes les parties viciées.

20 Quand le cercle de bois luné ne donne aucun signe d’altération, mais est formé de couches annuelles très-étroites dans lesquelles on n’aperçoit pour ainsi dire que des vaisseaux, on le considère comme un vice qui doit faire exclure la pièce des construclions, parce que la couronne de bois luné offre peu de solidité et que, par la facilité avec laquelle elle absorbe l'humidité de l'atmosphère, elle s’altèrera promptement et pourra communiquer la pourriture aux parties voisines. Les planches qui renferment du bois affecté de cette maladie sont bientôt atteintes de la vermoulure, après qu’elles sont mises en œuvre, et durent peu. Îl importe donc

d’exclure les bois lunés des planches que l’on emploie en menuiserie, d'autant plus que, si la teinte de la lunure est blanche, elle ne laisse presque pas de trace sur le fil du bois, quand il est desséché, et que, dans le commerce, on ne fait point de différence entre ces planches et celles qui proviennent d'arbres parfaitement sains. Quant au merrain, il n’est pas de vice plus dangereux pour cette marchandise, parce qu’il est souvent difficile de le reconnaitre, quand le bois est travaillé, et qu’il suffit d’une douve de bois luné dans une futaille pour compromettre la qualité et la conservation du liquide qu’elle renferme.

3° Mais quand les couches annuelles qui forment la lunure sont aussi larges et aussi compactes qu’elles doivent l'être dans un bon bois de chêne, et qu’elles ne présentent d’ailleurs aucun signe d’altération, en un mot quand la couronne de bois luné ne diffère absolument des parties voisines que par une coloration plus claire, 1l est évident, à prior, que ce genre de lunure est moins infmédiatement dangereux que le précédent. Les bois qui en sont atteints ne perdent rien de leur valeur commerciale lorsqu'ils sont destinés au sciage, bien qu'ils soient plus particulièrement exposés à la vermoulure, mais 1ls sont réputés dangereux dans l’emploi comme merrain, et on hésite toujours à s’en servir comme charpentes dans les grandes constructions, notamment dans la marine, parce que l’on n’a pas confiance dans leur solidité et surtout dans leur durée.

Cependant, des expériences faites en Danemarck pour mesurer la ténacité des bois lunés ont prouvé que le bois dont les couches annuelles offrent une texture satisfaisante et ne diffèrent des voisines que par une coloration plus claire est plus résistant, dès qu'il est desséché, que le bon bois des couches environnantes et même que le bon bois d'arbres non lunés. « Toutefois, ajoute l’auteur (1) auquel nous empruntons ce renseignement, dans la limite de » durée de ces expériences, les bois à anneaux » blancs, ou blancs jaunâtres, absorbent plus d’eau, » quand on les immerge, que le bois qui les enve- » loppe. C’est le seul défaut qui puisse faire hésiter » à employer les bois à anneaux blancs. Si donc on » ne met en place les bois à anneaux blancs, au’après » les avoir complétement desséchés, s'ils sont, dans » un vaisseau, à l'abri de l'humidité, de manière » que leur dessiccation continue, leur emploi offrira » beaucoup moins de danger qu'on ne pourrait le » supposer.

« Les expériences que l’on vient de rapporter ont » été faites sur des bois dont la textureet la coloration » sont normaies et dont quelques couches annuelles » seulement offrent une coloration différente. Mais » le cas inverse peut se présenter, et l’on voit quel- » quefois, dans du bois de qualité inférieure (bois » gras), un plus ou moins grand nombre de couches » qui possèdent tous les caractères de texture et de

(4) M: D. H. Funch, underskibbymester. Copenhague, 1833.

» coloration des meilleurs bois. Dans ce dernier cas, » ilest évident, à première vue, que l’anneau ne porte aucun préjudice à la solidité de la pièce; » mais pour s’en convaincre on à soumis ces deux » natures de bois à des expériences analogues aux » précédentes, et on a trouvé que le bois de l’anneau a, sous tous les rapports, des qualités Dre au bois qui l’environne. »

Remarquons bien que ces expériences n’ont porté que sur des bois lunés qui ne donnaient aucun signe d'altération, et n’ont eu pour objet que de mesurer la ténacité de ces bois. Loin de contester les résultats de ces expériences, nous ajouterons que l’aubier aussi, tant qu'il est encore intact, est souvent plus dur et plus tenace que le bois de cœur du chêne. Mais la ténacité n'est pas la qualité principale de cette précieuse essence, et c’est plutôt pour son élasticité et sa durée qu’elle est surtout recherchée pour les grands emplois. Or, il est constant que ni l’aubier ni le bois luné ne peuvent être comparés, sous le rapport de la durée, au bois de cœur du chêne lorsqu'il est sain; et, à défaut de sujets d’observation, on se rendra facilement compte de l’infériorité de l’aubier et du bois fluné, en remarquant avec quelle facilité ce bois se dessèche et, tour à tour, s'imprègne de lhumidité atmosphérique ; avec quelle avidité il absorbe l’eau dans laquelle on le plonge; combien il est poreux ; combien sa fibre est sèche et dénuée de cette substance grasse, d’apparence gommeuse ou gélatineuse, qui revêt et incruste

le tissu des bons bois de chêne et assure leur conservation. Pour nous donc la lunure est, suivant son degré d'intensité ou d’avancement, une maladie ou un vice qui compromel les principales propriétés du chêne et qui, un peu plus tôt ou un peu plus tard, se transformera en un foyer de pourriture, longtemps avant que les couches voisines de bon bois soient atteintes de décomposition (1).

Duhamel attribuait la lunure à ce que les arbres qui en sont atteints ont crû dans des terrains maigres ou secs, ou à une maladie quelconque qui attaque les arbres et qui se guérit après un certain temps. Il a observé en outre que ce défaut se rencontre surtout dans les arbres qui ont crû aux expositions de l'Est et du Midi et, dans ce cas, il présume qu’on doit Vattribuer soit à un coup de soleil qui a desséché l'écorce et l’aubier du côté où l’arbre a été frappé, soit au verglas qui, pendant les grands froids de l'hiver, aura endommagé l'écorce et l’aubier du côté opposé au soleil.

L'auteur danois que nous citions tout à l’heure

(1) Des ouvriers fendeurs de la Franche-Comté m'ont affirmé qu’ils avaient débité en merrain les bois d’une coupe d’ensemencement dont presque tous les arbres abandonnés étaient atteints de lunüare plus ou moins foncée, et qu’étant revenus sur le même point, 9 ans après, pour débiter de la même manière les arbres abattus dans la coupe définitive, ceux-ci s'étaient trouvés lunés comme les précédents, mais avec cette différence que la maladie avait fait de très-grands progrès depuis l’exploitalion précédente. Dans la coupe d’ensemencement, les arbres abat tus étaient atteints de lunures jaunâtres ou rousses dont le lissu était ‘encore exempt de pourriture, tandis que dans les arbres abattus, lors de la coupe définitive, les couches de bois luné étaient généralement noiràtres et en pleine décomposition.

prétend que la lunure est produite par les couches de terre, de nature différente, que les racines de l'arbre ont dù traverser pendant son existence et, tout en remarquant que la lunure blanche est moins mauvaise que la lunure rousse, il attribue les différences de couleur de la lunure à la coloration particulière des sucs que la séve a charriés pendant le séjour des racines dans les différentes couches de terrain superposées. Au contraire, dans beaucoup de localités où cette maladie est aussi appelée gelure, on l’attribue exclusivement à des froids excessifs qui ont gelé l’aubier, en totalité ou en partie, pendant les hivers rigoureux. Quant à nous, nous n’hésitons pas à nous ranger à cette dernière opinion, d'autant plus que nos observations personnelles nous ont conduit à remarquer que la lunure se rencontre surtout dans les forêts ou dans les cantons de forêts, tels que certains bas-fonds, où les froids se font sentir d’une manière plus constante et plus intense, et que les couches de bois luné correspondent le plus ordinairement aux années d'hiver rigoureux, comme 1789 et 1830, par exemple. Tous les ouvriers fendeurs (et ce sont ceux qui connaissent le mieux les défauts du chêne) que nous avons vus travailler dans les coupes, sont aussi de cet avis et citent également les hivers de 1789 et de 1830 comme ayant produit beaucoup de lunures, notamment dans les forêts de chêne de lEst de la France (1).

(1) On a remarqué aussi qu’une lunure située dans les couches

Quant à la différence entre la lunure blanche et la lunure rousse, nous croyons qu’elle r’existe que temporairement, et que la couleur rousse ou brunâtre de la lunure indique tout simplement un degré plus ou moins avancé de la maladie qui, au début, affecte toujours une couleur blanchâtre ou blanche jaunâtre. Que si la couleur blanche jaunâtre de la lunure persiste plus ou moins longtemps dans un arbre que dans un autre, cela tient à la plus ou moins grande vigueur de la végétation et à la qualité du chêne qui en est atteint, les arbres les plus vigoureux et dont le bois est de la meilleure qualité résistant toujours mieux et plus longtemps aux causes de destruction quelconques dont ils sont attaqués que les chênes tendres et à végélation lente.

La lunure est toujours plus ou moins apparente sur la tranche d’un arbre fraîchement coupé, mais si le bois reste exposé à l’air et au soleil, ou s’il est seulement ressuyé et mis à l’abri de l’humidité, la teinte de la lunure se fond quelquefois avec celle

des couches voisines, surtout si la lunure est blanche, de telle sorte qu'on n’en voit plus de trace. Mais, pour peu que l’on soupçonne la présence d’une lunure dans une pièce de charpente, par

“voisines du cœur ne s’élève pas à une graude hauteur dans le tronc de l'arbre, et qu’un chêne peut être luné dans presque toute sa longueur, sans que le vice existe, au gros bout si l’arbre a élé coupé en terre, au petit bout si la section de la pièce a été faite près des branches audessus ou au-dessous de la naissance du houppier. Ces observations tendraient encore à confirmer l'opinion que la lunure doit être attribuée à la gelée.

exemple, on peut la faire reparaître en versant de l’eau sur la tranche, ou mieux encore en éboutant la pièce à quelques centimètres. De même, lorsqu'on veut purger un lot ou une fourniture de merrain des pièces qui peuvent être atteintes de cette maladie, on trempe successivement chaque douve dans de l’eau, et l’on voit aussitôt, soit sur la tranche, soit sur le fil, si le bois présente des traces de lunure ; on prend même souvent la précaution, dans les arsenaux de la guerre, d’arroser les douves avec de l’eau chaude, afin de faire mieux ressortir la différence de couleur à laquelle on reconnaît les bois lunés (1). Enfin, pour le merrain, comme pour les planches ou le morceau d’une pièce de charpente éboutée, on peut encore reconnaître la lunure en mouillant la tranche du bois à un bout, et en soufflant fortement dans le sens des fibres à l’autre bout ; si le bois est luné, l'air insufflé par un bout passe à travers la pièce, ce qui se reconnaît aux petits globules qui se forment à l’autre extrémité sur la tranche mouillée.

Déjà nous avons dit que l’on jugeait surtout de la qualité relative des bois de chêne d’après le développement des couches annuelles et la nature de leur tissu. Mais les chènes les plus nerveux, pas

(1) L'eau chaude s’emploie peut-être aussi dans le but de faire fondre les substances grasses, comme le suif, dont on se sert quelquefois pour enduire les couches de bois luné, et que l’eau froide ne suffirait pas à faire reparaitre.

plus que les chênes les plus tendres, ne présentent

presque jamais des accroissements en diamètre bien réguliers. Le plus souvent, au contraire, on remarque, même dans ceux qui offrent le plus d'homogénéité dans la formation de leurs accroissements successifs, des zones concentriques formées de plusieurs couches annuelles sensiblement plus étroites que celles qui précèdent et qui suivent. Quand ces zones n’affeclent pas une coloration différente du reste de la tranche, et que d’ailleurs il existe une proportion convenable entre le bois d'automne et le bois de printemps de chaque couche, on ne peut pas les considérer comme un défaut. Mais si ces zones sont formées de couches tellement étroites qu'on n’y distingue plus que des vaisseaux, le bois pourra être très-accessible à la pourriture sèche et à la vermoulure, surtout s’il y a interruption complète des rayons médullaires sur la tranche formée par ces couches. Cet état constitue donc. un vice qui peut avoir la même importance que la lunure, et qui est plus difficile à observer parce qu'il n’est pas accusé par une différence de coloration bien tranchée.

$ VIII. — Frollure, entr'écorce, trous de vers.

Lorsqu'une partie de l’écorce d’un chène a été enlevée par une cause accidentelle, telle que le frottement des essieux d’une voiture, la chute d’un arbre voisin, les blanchis destinés à recevoir une

empreinte de marteau, etc., si le liber placé à l’intérieur de l'écorce a été attaqué, il se forme toujours à l'endroit meurtri une couche de bois mort qui se recouvre d’une nouvelle écorce el que rien ne décèle à l'extérieur. C’est ce que l’on nomme une /rotture (PI. XII, jig. 1). Ce vice est extrèmement fréquent, mais il n’a pas toujours beaucoup de gravité, parce qu’en général il s’étend peu. Cependant si, sous la roulure partielle qui limite la frotture à l'extérieur, on s'aperçoit que le bois a une teinte verdâtre ou brunâtre différente de la couleur générale des autres couches, c'est un indice qu'il y a un commencement d’altération ou de pourriture dont il importe de purger la pièce avant de la mettre en œuvre, soit en l’entamant avec l’herminette et la gouge, soit en la tronçonnant quand la maladie a pris trop d'extension.

Les éperons ou crochets en fer dont se servent les délinquants ou les élagueurs, pour monter aux arbres, produisent des effets analogues. La piqûre du crochet dans l'écorce laisse une trace ordinairement visible à l'extérieur, et détermine à l’intérieur un épanchement de séve qui produit une tache noire plus ou moins large sur le bois et occasionne souvent la pourriture. Ce défaut, de même que la frotture dont il n’est qu'un diminutif, se manifeste surtout dans le débit du chêne en merrain, et peut être une cause de plus ou moins grand déchet dans Ja fabrication.

Bien que les frottures laissent toujours une trace

sur l'écorce du chêne, elles ne sont pas toujours apparentes dans les bois abattus, après qu'ils sont écorcés ou équarris; mais souvent elles se trahissent, sur l’une des faces de l’équarrissage, par des flammes de couleur foncée, ou simplement par des lignes noires ou des fentes d'éclat très-fines qu'il faut toujours visiter et sonder avec soin, quand on veut s'assurer de la gravité du vice et de la qualité du bois.

Le défaut nommé enfr'écorce n’a pas non plus de gravité. Cet accident peut se présenter sur un point quelconque d'un arbre et résulte ordinairement de la soudure de deux branches entre elles : on le rencontre surtout dans les arbres fourchus dont les branches sont très-rapprochées, L’entr'écorce n’a d'autre effet que de diminuer la force de la pièce, par suite de la séparation des fibres du tronc et de la branche qu'il renferme.

Les trous de vers proviennent de plusieurs espèces de larves. Ceux que produisent les gros vers du capricorne ne sont pas dangereux en ce sens qu'ils n'occasionnent pas de pourriture, mais, quand ils sont nombreux, ils peuvent avoir pour effet d’affaiblir la pièce attaquée. Ceux que produisent les petits vers sont beaucoup plus à craindre, surtout ceux qui sont dus à la larve d’un insecte appelé le Lymexilon naval. La piqûre des petits vers produit dans l’intérieur des pièces une fermentation telle que le bois

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