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EXPOSÉ DES PRINCIPES

ARTICLE I

Énoncé de la question.

L’estimation de la valeur en fonds et superficie d’une forêt ou d’une portion de forêt est une opération qui a pour objet de déterminer la valeur en argent qu'elle représente actuellement pour le propriétaire, ou pour le capitaliste qui serait disposé à l'acheter en vue de placer son argent en fonds de terre, aux conditions ordinaires des placements de même nature dans la localité.

Lorsqu'il s’agit d’une propriété ordinaire, d’une terre arable, d’un pré ou d’une ferme, chacun sait que sa valeur réelle, positive et commerciale, autrement dit sa valeur comme placement de fonds, abstraction faite de toute considération étrangère telle

que la convenance dans un but d'industrie, d’agrément, ou de spéculation, chacun sait, disons-nous, que cetté valeur dépend exclusivement du revenu qu’elle rapporte ou qu’elle peut rapporter, et du taux des placements en fonds de terre dans la localité. II en est de même des propriétés forestières. Mais la culture des bois est très-différente de celle des champs ; et, tandis que les fruits d’une terre arable peuvent se récolter tous les ans, la production d’un sol forestier ne peut se réaliser périodiquement qu’à des époques assez éloignées et qui peuvent varier, au gré du propriétaire, dans de très-larges limites. Or, il est évident à priorr que le revenu ou la production en matière et en argent d’un bois doit singulièrement différer suivant l’âge auquel on l’exploite ; que si, par exemple, un massif de chêne peut produire à 15 ans une certaine quantité de bois de feu ou de petite industrie, le même massif serait susceptible de fournir un produit matériel bien plus important, sous le rapport de la quantité et de la qualité, et par suite un revenu en argent bien plus considérable, si on reculait le terme de son exploitation de 50, 80 ou 100 ans. Par contre, on remarque aussi, à première vue, que tout retard apporté à l'exploitation d’un bois se traduit, pour le propriétaire, par la perte des intérêts de la somme qu'il aurait pu réaliser en exploitant plus tôt et par la valeur des bois qui se fussent reproduits depuis’ cette exploitation. D'où ce principe d'économie forestière : que pour tirer d'un bors le revenu en argent le

plus avantageux, au point de vue de la valeur industrielle et commerciale de la propriété, 1l faut exploiter ce bois à l’âge où la plus-value que les produits acquièrent annuellement, cesse de dédommager le propriétaire du sacrifice qu'il fait en différant l'explortation ; et réciproquement, que pour obtenir la valeur réelle, industrielle et commerciale d’une forêt, il est nécessaire de prendre pour base de cette évaluation le revenu net que l’on peut tirer de la propriété, en exploitant les hois à l’âge où les produits satisfont le plus complétement les intérêts pécuniaires du propriétaire. :

De ces considérations il résulte que, pour procéder d’une manière régulière à l'estimation de la valeur en fonds et superficie d’un bois, d’une forêt ou d’une portion de forêt, 1l est nécessaire de connaître :

41° Le taux auquel se font les placements en fonds de bois dans la localité ;

2° La valeur nette du revenu à l’âge où les bois doivent être exploités, pour que les produits soient le plus profitables à l’intérêt pécuniaire du propriétaire.

ARTICLE II

Choix du taux d'intérêt ou de placement.

Le taux de placement d’une somme placée à in-

térêts n’est autre chose que le rapport du revenu net au capital qui le produit. Si le capital est fixe, le

taux varie avec le revenu et dans le même sens que le revenu. Si le revenu et le capital varient à la fois, le taux varie dans le rapport de ces deux sommes. Réciproquement, si le taux et le revenu sont fixes, le capital reste invariable ; si le taux est fixe et le revenu variable, le capital varie dans le même sens que le revenu.

Le taux de placement des capitaux engagés dans l’industrie dépend ordinairement des chances commerciales attachées au genre de spéculation que l’on embrasse. Plus les risques à courir sont grands ou nombreux, plus le taux doit être élevé. C’est ainsi que dans le commerce les placements ne se font guère au-dessous de 6 p. 0/6 et atteignent souvent le chiffre de 20 p. 0,0 et plus.

Les placements en fonds de terre sont les plus solides, c’est-à-dire, les moins hasardeux ; par contre, ils donnent, relativement, les revenus les moins élevés. Le taux de ces placements peut différer avec les pays, mais il est à peu près le même dans chaque contrée, et il s'établit d’après les prix moyens qui servent de base aux transactions commerciales de même espèce. En France, le taux des placements en fonds de terre est généralement compris entre 2 et 4 p. 0/0, suivant la richesse des provinces et l’intensité des populations. Ce taux peut varier, dans chaque localité, pour un temps plus ou moins long, suivant les circonstances politiques ou commerciales qui affectent le revenu des propriétés et l'emploi des capitaux ; mais les oscillations du taux moyen ne

PRINCIPES. 279 dépassent guère ‘/; ou ‘/: p. 0/0; rarement l'écart atteint 1 p. 0/0.

Il existe donc, dans chaque localité ou province d’un grand pays, un taux bien déterminé et bien connu qui sert de base aux placements des capitaux en fonds de terre, et, ce taux une fois établi, il n’appartient pas à la volonté d’un individu de le modifier. Ainsi quand, dans une localité, on dit que les terres arables rapportent 4 p. 0/0, cela signifie que la terre vaut 25 fois le revenu net annuel que l’on en peut tirer. Réciproquement, quand la terre se vend et s’achète communément sur le pied de 25 fois le revenu net annuel qu’elle peut fournir, cela veut dire que les placements en fonds de terre se font généralement au taux de 4 p. 0/0.

Eu égard au taux de placement, ce que nous disons des terres arables s'applique également aux propriétés forestières, c’est-à-dire que, dans chaque localité, le taux des placements en fonds de bois est établi d’une manière fixe et à peu près immuable. Si ce taux est de 4 p. 0/0, comme celui des placements en terres arables, cela signifie que, dans la localité, les forêts peuvent être constituées, traitées et exploitées, de manière à fournir un revenu net qui, par rapport au capital producteur, représente un placement de ce capital au taux de 4 p. 0/0.

Le rapport du revenu au capital placé en terres arables ou en fonds de bois ne peut jamais être plus fort ni plus faible que le taux admis dans la localité pour les placements de même espèce. En effet, si ce

taux est de 4 p. 0/0 et qu'un capitaliste achète pour 100000 fr. une propriété, agricole ou forestière, susceptible de produire un revenu net annuel de 5000 fr., cela prouve simplement que lacquéreur a fait une bonne affaire ; car, s’il voulait revendre sa propriété, 1l pourrait en trouver un prix égal à 25 fois le revenu ou 125000 fr. Si au contraire la même propriété a été payée 200000 fr., on peut affirmer, toute question de convenance à part, que l’acheteur a fait un mauvais marché. Donc si, par des soins plus intelligents ou par des améliorations quelconques apportées daus la culture, le propriétaire d’une ferme ou d’un bois parvient à augmenter le produit net de sa propriété, dans une proportion plus forte que l'intérêt des frais consacrés à son amélioration, la valeur réelle et capitale de la propriété se trouvera augmentée dans le même rapport, sans que le taux de placement cesse d’être le même. Inversement, si le revenu net d’une propriété vient à diminuer, soit par négligence ou défaut de soin du propriétaire, soit par des causes indépendantes de sa volonté, la valeur capitale de la propriété se trouvera amoindrie dans la même proportion, sans que le taux subisse aucune variation.

Donc, quelles que soient les conditions dans lesquelles la propriété se trouve placée, eu égard à sa constitution acluelle et au revenu que l'on en peut tirer, ces conditions n’ont aucune influence sur le taux de placement ou d'intérêt à employer dans les calculs d'estimation de la valeur capitale, parce que

le taux des placements en biens-fonds dans une localité est indépendant, d’une manière générale, de la nature de la propriété à estimer.

On a quelquefois dit que le taux des placements en fonds de bois devait être plus élevé que celui des placements en fonds de terre arable, en d’autres termes, qu’une ferme avait plus de valeur qu’une forêt susceptible du même revenu, parce que les propriétés forestières ne donnent pas des produits aussi réguliers que les champs, et aussi parce que les forêts, ne pouvant pas s’affermer comme les champs, exigent toujours de la part du propriétaire une certaine somme de temps et de soin dont il peut s’affranchir à l'égard des autres propriétés, en les louant à un fermier. Cetle opinion ne nous paraît pas fondée, parce que, aux raisons dont on l’appuie, on peut en opposer d’autres tout aussi concluantes pour la combattre. Et d’abord, il est clair pour tout le monde que les dangers qui menacent la production d'une forèt, tels que les incendies, les coups de vent, les ravages d'insectes, etc., trouvent leurs équivalents dans les accidents météoriques de toute sorte auxquels les récoltes des champs, des prés, des vignes sont incessamment exposées. En second lieu, si la valeur des produits forestiers est soumise à des fluctuations qui ne permettent pas de compter sur un revenu parfaitement régulier et uniforme, les récoltes des champs sont exposées à des variations analogues que le propriétaire est obligé de subir, directement s’il exploite lui-même ou si les fer-

mages lui sont payés en nature, indirectement par une réduction sur les prix de fermage si la propriété est exposée à des dangers périodiques prévus d’avance, ou si le fermier a à supporter un accident qui compromet le fruit de son travail. De plus, tandis que les produits agricoles doivent nécessairement se récolter et se vendre à des époques à peu près fixes, quel que soit le prix de ces denrées, le propriétaire forestier peut attendre le moment favorable à l’écoulement de ses produits, en restreignant ou en suspéndant ses exploitations quand le bois se vend mal, en donnant plus d’extension à ses coupes quand les produits sont recherchés. Enfin, si le propriétaire d’une forêt ne peut s'affranchir absolument de tout soin à l'égard de sa propriété, peut-on dire que le propriétaire d’une terre soit toujours exempt de souci vis-à-vis du fermier auquel il a loué ses champs, non-seulement en ce qui concerne le paiement régulier de son fermage, mais encore en ce qui touche la manière dont sa propriété est soignée, cultivée, entretenue ?

On objecte encore qu’une forêt est presque toujours une propriété importante, indivisible, inaccessible aux petites fortunes et, par conséquent, difficile à vendre, parce qu’elle se trouve en dehors de la concurrence qui s'exerce toujours entre une foule d'amateurs pour l'achat des petites propriétés. Cela est vrai jusqu’à un certain point; mais remarquons d’abord, en passant, que les effets ordinaires de cette concurrence, de cette envie de posséder qui

anime les populations des campagnes, sont de leur faire payer la terre à des prix exagérés et nullement en rapport avec le produit qu’elles en peuvent retirer. En second lieu, de ce qu’une propriété n’est accessible qu’à de grandes fortunes, il se peut bien sans doute qu’on ne trouve pas à la vendre à tout moment comme un bout de champ ou de pré, mais ce n'est pas à dire qu'elle ait moins de valeur, relativement, qu’une propriété de moindre importance ; car, si elle dépasse les forces d’un individu, elle pourra convenir à plusieurs qui s’associeront pour acquérir et l’exploiter. N’a-t-on pas vu en effet les capitalistes les plus intelligents rechercher avec avidité les forêts, surtout les plus importantes, que PEtat a mises en vente dans des moments de crise financière, et les payer à des prix qui, en raison de la difficulté des circonstances politiques, n’étaient pas inférieurs à ceux qu’ils auraient pu raisonnablement donner d’une ferme susceptible du même revenu ?

Ajoutons enfin qu'un propriétaire forestier peut toujours plus facilement attendre le moment favorable pour la vente de sa propriété que le propriétaire d'une vigne ou d’une ferme, parce qu’une forêt, ou même un bois quelque peu important, est presque toujours constitué de telle façon que le propriétaire peut, dans un moment de gêne ou de besoin, exploiter une partie de la superficie par anticipation, en attendant l’occasion favorable de vendre sa propriété.

Concluons donc, qu’à moins de circonstances exceptionnelles, la propriété forestière a autant de valeur, à revenu égal, que toute autre propriété foncière, et, conséquemment, que le taux admis pour les placements en terres arables, dans une localité, est celui dont on doit se servir dans les calculs qui ont pour objet la détermination de la valeur en fonds et superficie d'une forêt située dans la méme contrée.

ARTICLE 1IL

Recherche du revenu.

SI. — Du mode de constitution et de production des propriétés forestières.

L'estimation de la valeur capitale d’une ferme ou d'un champ est une opération qui ne peut jamais présenter de difficulté sérieuse, parce que, dans chaque localité, on peut toujours obtenir des renseignements précis sur la production moyenne des terres arables, et connaître le revenu net en argent qu’elles peuvent rapporter annuellement. Mais s’il s’agit d’un bois ou d’une forêt, la détermination du revenu net, qui doit servir de base à l’estimation de la valeur capitale de la propriété, peut donner lieu à des opérations qui exigent de la part de l’estimateur une connaissance théorique et pratique des questions les plus délicates de l’économie forestière. Pour apprécier cette difficulté et se faire une idée

nette des moyens à employer pour la résoudre, il est nécessaire de se rendre compte d’abord de la différence entre le mode de constitution et de production des propriétés forestières et celui des champs, des prés, elc.

On sait que la production d’un sol boisé ne peut se récolter tous les ans comme celle d’un pré, par exemple, parce que la matière ligneuse n’acquiert de valeur réelle et utilisable, comme produit forestier, qu'après un nombre d'années plus ou moins grand, suivant les essences, les climats, les terrains et les localités. Ces produits se forment par accroissements annuels et successifs de la matière ligneuse, de la même manière que s'accroît un capital placé à intérêts composés, à cette seule différence près que les capitaux monétaires fonctionnent suivant une loi déterminée et mathématique, tandis que laccroissement annuel d’un bois et de la valeur en argent qu'il représente à chaque âge ne suit jamais une marche régulière et qui puisse être définie en termes rigoureux. L’accroissement ligneux, autrement dit la pousse ou la feuille de chaque année, est une fonction double du fonds de terre et des accroissements antérieurs ou, en traduisant en argent, la plus value que le bois acquiert chaque année est le produit du capital qui représente la valeur du fonds et celle des accroissements ligneux antérieurs, tout comme l’accroissement annuel d’une somme placée à intérêts composés est le produit du capital primitif et des intérêts accumulés depuis le jour où le placement a été fait.

Un propriétaire qui plante son champ en bois ne pourra donc en tirer un revenu qu'après un certain nombre d'années, 10 ans par exemple, si, avant cet âge, les bois n’ont pas de valeur commerciale comme produits forestiers. Avant cette époque, la superficie n'aura qu’une valeur d’avenir, laquelle dépendra de celle que les produits pourront fournir lorsqu'ils seront réalisables. D'où l’on voit, qu'avant de tirer aucun profit de sa plantation, le propriétaire est obligé de constituer un capital qui se compose au début de la valeur du fonds de terre, et qui s'accroît successivement, année par année, de la plus-value qu’acquiert le matériel ligneux. Quant au revenu net à réaliser au moment de l'exploitation, c’est-à-dire à 10 ans, il sera égal à la valeur sur pied des bois à exploiter, diminuée de la dépense que l’on pourra être obligé de faire pour le repeuplement partiel ou total du terrain après l'exploitation et des frais, accumulés avec intérêt, que l’on aura été forcé de débourser annuellement pour l’entretien, la garde et l'impôt depuis la naissance du massif,

Maintenant, si au lieu d’un bois peuplé tout entier d'arbres du même âge et périodiquement exploitable tous les 10 ans, nous considérons une forêt formée de peuplements d’âges gradués et régulièrement aménagée à la même révolution, chaque année on pourra récolter un produit uniforme égal à l’accroissement moyen de toute la superficie. Ainsi constituée, la propriété devient parfaitement assimilable à une ferme qui rapporte le même revenu tous les

ans; mais, pour assurer la perpétuité du revenu d’une forêt ainsi aménagée, on voit que, à côté de la coupe âgée de 10 ans que l’on exploite chaque année, il faut entretenir et ajouter au capital du fonds de terre un capital superficiel représenté par la valeur d'avenir des coupes âgées de 1 à 9 ans. Quant à la valeur nette du revenu annuel, on peut la considérer comme étant égale au produit moyen de la vente des coupes sur pied, diminution faite des frais que l’on est obligé de débourser annuellement pour la culture, l'entretien, la garde et l'impôt.

Que si enfin le propriétaire réserve, dans chaque coupe, un certain nombre d'arbres destinés à parcourir plusieurs révolutions et à acquérir de fortes dimensions, on voit encore, par analogie avec les cas précédents, que la valeur de ces réserves s’ajoutera au capital producteur, tandis que la valeur de celles qui seront abattues dans chaque coupe feront partie du revenu de la propriété.

Les considérations qui précèdent font voir de quelle manière se constitue le capital producteur des propriétés forestières, et comment se forme le revenu ou le produit à récolter après un temps déterminé. C’est le rapport de ces deux quantités, autrement dit la proportion du revenu net au capital engagé, qui donne la mesure du bénéfice que le propriétaire retire de sa culture. Or, on comprend à priort que si, au lieu d'exploiter son bois à 10 ans, le propriétaire se décide à reculer le terme d’exploitation à 15 ans, à 20 ans, etc., le revenu et le ca-

pital producteur s’accroîtront simultanément dans des proportions qui pourront être différentes, et si, comme précédemment, on compare le revenu à 15 ans, à 20 ans, etc. avec le capital qui a servi à le produire, on sera conduit à choisir pour terme d'exploitation l’âge auquel le revenu sera le plus grand possible par rapport au capital producteur. Cet âge correspond à ce qu’on appelle, en économie forestière, le terme de l’exploitabilité commerciale ou relative à la rente la plus élevée.

D'où l’on conclut, réciproquement, que pour procéder d’une manière exacte à l'estimation de la valeur en fonds et superficie d’une propriété forestière, il faut prendre pour base de cette estimation le revenu net qu'elle pourra fournir, en exploitant les bois à l’âge où lis ont atteint le terme de leur exploitabilité commerciale.

Ces principes généraux posés, nous allons voir comment on procède à la fixation du terme de l’exploitabilité commerciale d’un bois ou d’une forêt et, par suite, comment on détermine le revenu qui doit servir de base à l'estimation de la valeur capitale de

la propriété.

SIT. — Firalion du terme de l’exploitabililé commerciale et du revenu correspondant d'un bois peuplé d'arbres de même dge. (Taillis simples, futaies régulières.)

Supposons d’abord que l’on ait à opérer sur une portion de forêt ou sur un bois peuplé tout entier d'arbres de même âge, destiné à être exploité pério-

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diquement à des intervalles égaux et parvenu dès à présent au terme de son exploitabilité menima, c’està-dire à l’âge où les produits, en raison de leurs dimensions et de leurs qualités, commencent à avoir une valeur commerciale assurée. Supposons en outre, pour fixer les idées, que ce bois ait actuellement 10 ans et que l’on se demande s’il peut y avoir avantage, au point de vue pécuniaire, à l’exploiter tous les 15 ans plutôt que tous les 10 ans ?

La théorie (1) répond d’une manière générale à cette question que le terme de Pexploitabilité commerciale sera atteint, lorsque le gain qui résulte du retard apporté à l'exploitation cessera de dédommager le propriétaire du sacrifice ou de la perte qu’il fait en différant sa coupe. Or, au cas particulier, le gain que réalisera le propriétaire, en retardant de 5 ans l'exploitation de son bois, sera représenté par la différence entre les valeurs nettes de la superficie à 15 ans et à 10 ans, tandis que la perte qui résulte pour lui de la même opération comprendra : 1° les intérêts composés pendant 5 ans de la somme qu’il aurait pu réaliser en exploitant son bois à 10 ans; 2° la valeur d’avenir des 5 premières /euslles ou pousses qui se seraient reproduites, si l'exploitation avait eu lieu 5 ans plus tôt. Si donc on effectue ces calculs et que l’on compare entre elles les valeurs du gain et de la perte, on verra s’il y a avantage ou

(1) Voyez le Cours de culture des bois de MM. Lorentz et Parade, livre second, chapitre 1€”, article IV.

non à reculer le terme de l'exploitation jusqu’à 15 ans. Si la différence entre le gain et la perte est négative, on en conclura que la révolution de 10 ans est préférable à celle de 15 ans; si elle est nulle, cela prouvera qu'il n’y a ni avantage ni perte à exploiter soit à 10 ans, soit à 15 ans; si enfin elle est positive, on sera conduit à se demander s'il n'y aurait pas avantage à reculer encore le terme d’exploitation, auquel cas on opérerait de la même manière sur les résultats de l'exploitation à 15 ans et à 20 ans, et ainsi de suite jusqu’à ce que l'on trouvât qu'il n’y à plus aucun avantage pour le propriélaire à différer sa coupe.

Si simple que cette théorie paraisse, elle présente des difficultés très-sérieuses dans son application, notamment en ce qui concerne la valeur à assigner au second élément de la perte ou, au cas particulier, aux cinq premières feuilles ou pousses qui se fussent reproduites si l’exploitation avait eu lieu à 10 ans. Mais on peut éviter les difficultés ou les objections qui peuvent naître du calcul de la perte, et arriver directement à la solution du problème qui nous occupe par une opération arithmétique très-facile.

En effet, rappelons-nous qu'il s’agit de fixer le terme d’exploitabilité d’un massif d'arbres de même âge, de façon à en tirer le produit le plus profitable à l'intérêt pécuniaire du propriétaire; autrement dit, 1l s’agit de régler les conditions de la production, de manière à donner à la propriété la plus grande valeur vénale qu’elle puisse atteindre,

comme propriété de rapport ou comme placement de fonds. Si le bois sur lequel on opère devait être exploité indéfiniment à l’âge de 10 ans, sa valeur en fonds et superficie, au début de la révolution, ou immédiatement après une exploitation, serait égale au capital qui, placé à perpétuité au taux des placements en biens-fonds dans la localité, serait susceptible de produire, en intérêts seulement, tous les 10 ans, une somme égale à la valeur nette de la superficie à 10 ans. De même si, au lieu de 10 ans, le terme d'exploitation devait être fixé à 15 ans, la valeur capitale de la propriété, au début de la révolution, serait égale à la somme qui, placée au même taux, serait susceptible de fournir, en intérêts seulement, tous les 15 ans, un revenu égal à la valeur nette de la superficie à 15 ans.

On voit suffisamment par là comment on devrait opérer pour déterminer la valeur capitale la plus grande que l’on pourrait offrir d’une telle propriété comme placement de fonds. Or, à cette valeur mazima correspond évidemment la production la plus lucrative et, par conséquent, Île terme d’exploitation le plus avantageux. Donc, en résumé : Pour fixer le terme de l'exploitabilité commerciale d’un bois à exploiter périodiquement, il suffit de connaître les valeurs nettes de la superficie à tous les âges postérieurs à l'époque où les produits deviennent commerçables, de capitaliser chacun de ces revenus comme une rente périodique à toucher pour la premère fois à l'âge correspondant, et de prendre pour

terme d'exploitabihté l'âge auquel la valeur capitale est maxima.

Cette manière de fixer le terme de l’exploitabilité commerciale d’un bois peuplé tout entier d’arbres de même âge peut également s'appliquer aux forêts aménagées en coupes annuelles, telles que les taillis simples et les futaies régulières, dont tous les produits de chaque exploitation sont fournis par des bois d’un âge uniforme. Il est clair, en effet, que si on expérimente sur un peuplement placé dans les conditions moyennes de production d’une forêt ou d’une série d'exploitation ainsi constituée, le propriétaire aura intérêt à exploiter au même âge tous les massifs de la série qui végèteront dans les mêmes conditions. D'ailleurs on pourrait toujours, à l’aide d’un calcul d’escompte, obtenir la valeur actuelle des revenus successifs à toucher annuellement, pendant chacune des révolutions auxquelles la forêt peut être soumise, et déterminer le capital équivalent à la somme de ces revenus escomptés, cette somme étant considérée comme un produit unique à toucher périodiquement à l’âge marqué par la révolution correspondante; il ne resterait plus alors qu'à comparer entre elles les valeurs capitales correspondantes à chaque révolution, comme on le fait pour les bois à exploitations périodiques.

Tel est le procédé, éminemment simple, à laide duquel on peut fixer le terme de lexploitabilité commerciale d’un bois dont tous les produits sont fournis par des arbres de même âge. C’est le revenu

net que l'on obtiendrait en exploitant les bois à cet âge qui doit servir de base à l'estimation de la valeur capitale de la propriété. Pour déterminer ce revenu, on voit qu’il est nécessaire de savoir évaluer le rendement probable que l’on pourrait tirer de la superficie, en exploitant les bois à des époques plus ou moins éloignées de l’âge actuel. Or, il n’y a ni théorie, ni règle précise à tracer pour procéder à l’évaluation de la production probable d'un bois à un âge quelconque ; il n’y a que l’expérience, c’està-dire, la connaissance acquise des lois de la végétation, qui puisse servir de guide en cette matière ; car, soit que l’on ait à évaluer la production future de jeunes bois, soit que l’on ait à rechercher ce que valait la superficie à des époques antérieures à l’âge du peuplement sur lequel on opère, tous les procédés que la théorie indique, comme servant à la détermination de l'accroissement futur ou passé des bois, ne sont que des moyens plus ou moins empiriques et qui exigent implicitement, de la part de ceux qui les emploient, beaucoup de tact et de discernement, un coup d’œil exercé, en un mot toutes les qualités d’un forestier expérimenté.

On comprend d’après cela que le terme de l’exploitabilité commerciale d'un bois ne peut jamais s’obtenir avec une exactitude précise et mathématique, et que cet âge peut varier pour chaque forêt avec les essences, les conditions de la végétation et l'utilité ou la valeur que l’on assigne aux produits dans chaque localité, suivant les dimensions et la

qualité des bois. Mais pour les forestiers vraiment habiles, et nous entendons par là ceux qui à la connaissance des lois de la végétation réunissent celle des circonstances économiques qui régissent la production des forêts, la fixation du terme de l’exploitabilité commerciale et du revenu probable à cet âge ne présentera jamais de difficulté sérieuse, parce qu'ils sauront écarter, parmi les données du problème, celles qui n’offrent qu’un caractère aléatoire, et ne voudront baser leurs recherches et leurs évaluations que sur des faits positifs et certains (1). Ajoutons, au surplus, que dans beaucoup de localités, le terme de cette exploitabilité se trouve assez exactement fixé par l’âge auquel les particuliers exploitent leurs forêts.

(4) Nous n’entendons pas dire que la valeur capitale d’une forêt doive, dans tous les cas, se déduire strictement du revenu à l’âge d’exploitabilité des peuplements existants, quels que soient l’état de végétation et la consistance de ces peuplements. Au contraire, toutes les fois que l’on pourra apprécier la plus value que le revenu sera susceptible d’atteindre dans l’avenir, il sera nécessaire d’en tenir compte dans l’estimation de la valeur capitale de la propriété, de même qu’il faudra tenir compte de la dépense à faire en travaux d’amélioration pour obtenir ce résultat. C’est ainsi, par exemple, qu’il faudrait procéder à l'égard de vides importants, de peuplements compromis par des exploitations vicieuses, de massifs réduits à végéter misérablement faute de quelques travaux d'amélioration, tels que fossés d'assainissement, etc., etc., en un mot, de tous les peuplements dont la production peut être améliorée par des moyens certains, et dont la plus value nette, au moment des exploitations à venir, peut s’apprécier avec certitude. De même, si les ressources d’une forêt ont été épuisées où amoindries par des exploitations exagérées, il est évident que le revenu qu’elle a fourni en dernier lieu ne peut être pris pour base de l’estimation de sa valeur capitale.

S II. — Fixation du terme de l’exploitabiliié commerciale et du revenu à cel dge d’un peuplement composé de bois d’äâges différents (Taïllis composés, futaies jardinées, etc...

Voyons maintenant comment il faudrait procéder à la détermination du revenu qui doit être pris pour base de l'estimation si, au lieu d’un bois ou d’une forêt dont chaque coupe ne comprend que des bois de même âge, on avait à opérer sur un peuplement dont les produits, annuels ou périodiques, devraient être fournis par des arbres d’âges différents, un taillis sous futaie, par exemple, ou une futaie jardinée.

Dans un taillis sous futaie, le rendement de chaque coupe se compose de deux éléments : du produit de tout le sous-bois, et du produit de ceux des arbres de réserve qui sont abandonnés à l’exploitation. Pour ce qui est du sous-bois, on procède, comme pour les taillis simples, à la détermination du revenu net qu'il peut fournir à l’âge où il a atteint son exploitabilité commerciale. Seulement on doit remarquer que la révolution à lui appliquer doit être déterminée, eu égard aux essences et aux conditions de fertilité, de façon à assurer la bonne venue des arbres de réserve en même temps que la reproduction des souches du taillis. Plus la révolution des taillis est longue, plus beaux sont les résultats que l’on obtient de la réserve, et comme le contingent de la futaie peut entrer pour une forte part, et le plus

souvent même pour la plus forte part, dans le produit total de chaque coupe, il peut être de l'intérêt du propriétaire de favoriser plus spécialement le développement des arbres de réserve en reculant l’âge d'exploitation du sous-bois au-delà du terme de son exploitabilité commerciale. Cet âge que l'expérience a fixé, pour nos principales essences et suivant les sols, entre les limites de 20 à 25 ans au minimum et 40 ans au maximum, pourra se déterminer, en faisant abstraction de la réserve, de la manière qui à été tracée pour les taillis simples, mais en se maintenant entre les limites que nous venons d'indiquer.

Reste donc à apprécier la part pour laquelle Ia futaie doit contribuer au rendement total de chaque coupe. Or, on sait que dans un taillis sous futaie la réserve se compose d’un certain nombre d'arbres ou baliveaux qu'on laisse sur pied, à chaque exploitation du taillis, et que l’on classe’suivant leur âge en catégories différentes. Les balveaux de l’âge sont des sujets que l’on choisit parmi les plus belles perches du taillis et qui ont le même âge que celui-ei au moment de son exploitation; les bahveaux modernes sont des arbres de deux révolutions ; les 4aliveaux anciens sont de plusieurs sortes et se divisent en anciens de trois àges, anciens de quatre âges, etc. Dans les forêts bien traitées, le nombre des baliveaux de chaque catégorie à réserver, lors de l'exploitation, est réglé par un plan de balivage conçu de façon à pourvoir aux exigences de la cul-

ture (1) et à satisfaire les intérêts du propriétaire. Le surplus de ces arbres est destiné à l’exploitation et, par conséquent, à fournir le contingent de la réserve dans le produit de la coupe. Dans ce cas, et dans toutes les circonstances où l’on opère sur un taillis composé que l’on considère comme parfaitement constitué, la part pour laquelle la futaie contribue au rendement de chaque coupe est facile à estimer; car si, après l’exploitation du taillis, la réserve se compose, par exemple, de 50 baliveaux de l’âge, 40 modernes, 30 anciens de trois âges et 20 anciens de quatre âges, il est clair que la part de la futaie dans le rendement de l'exploitation suivante sera représentée par le produit de 20 anciens de o âges, 10 anciens de 4 âges, 10 anciens de 3 âges et 10 modernes.

Mais si les conditions qui doivent assurer la meilleure production du peuplement à estimer ne sont pas convenablement remplies, en ce qui concerne la constitution de la réserve, il peut être nécessaire de tenir compte des améliorations qui devront être introduites sous ce rapport et de la plus value qui en résultera dans la production à venir. Pour mieux faire comprendre la marche générale à suivre dans l'estimation de peuplements de cette nature, nous allons d’abord nous supposer placé dans la position d’un propriétaire qui veut élever des réserves dans un taillis simple, et examiner jusqu’à quel point

(1) Voyez le Cours de culture des bois, livre IV, chapitre II.

cette opération peut être utile ou préjudiciable à ses intérêts.

Considérons un massif de taillis simple parvenu au terme de son exploitabilité commerciale que nous supposerons être 25 ans. Si, en abattant le taillis, le propriétaire veut réserver un certain nombre de brins de chêne, par exemple, pour ne les exploiter que lorsqu'ils seront propres à donner du bois d’œuvre, cette opération aura pour effet de diminuer le revenu de la coupe d’une quantité égale à la valeur des brins réservés (1).

A l'exploitation suivante du taillis, les réserves seront âgées de 50 ans, et auront une valeur immédiatement réalisable qu’il sera facile de déterminer. Pour se rendre compte de l'intérêt que le propriétaire peut trouver à élever ces réserves sur son taillis, on remarquera d’une part que si ces arbres avaient été exploités 25 ans plus tôt, le prix que l’on en aurait tiré aurait pu être placé dans les mêmes conditions de solidité que les capitaux en fonds de bois

(1) Ces brins, croissant en quelque sorte isolément au milieu des rejets du taillis, recevront de toutes parts les influences de la lumière ; d’ailleurs, le sol qui les porte sera protégé par le couvert du sous-bois et enfin, à partir de 25 ans, ils entreront dans un âge plus favorable à leur développement ; d’où il résulte en somme que les conditions dans lesquelles ces réserves vont végéter, ne sont pas les mêmes que celles où vont se retrouver les sujets qui repousseront de souche et qui formeront la masse du sous-bois. Ces arbres, considérés individuellement ou en masse, prendront annuellement plus d’accroissement qu’ils n’en ont pris dans les 25 premières années de leur vie, et qu’ils n’en auraient pris si on avait laissé croître le massif entier du taillis jusqu’à 50 ans.

PRINCIPES. 299 dans la localité, d’autre part que les arbres réservés pendant une seconde révolution ont pu causer un certain préjudice au sous-bois et amoindrir le revenu du taillis. La somme des intérêts perdus et du préjudice causé au sous-bois, mise en regard de la plus value que les réserves auront acquise pendant la seconde révolution, fera connaître le bénéfice ou la perte qui résultera pour le propriétaire de la constitution d’une réserve sur son taillis. S’il y a bénéfice, le propriétaire continuera à faire une réserve en baliveaux de l’âge et pourra être tenté de laisser les modernes parcourir une troisième révolution du taillis ; mais en même temps il pourra être amené à réduire le nombre des arbres réservés comme modernes, afin de ne pas compromettre la venue du taillis par un couvert trop considérable. En comparant, comme précédemment, le sacrifice qu’il s’impose en réservant un certain nombre de modernes avec la plus value que ces arbres auront acquise à 15 ans, le propriétaire pourra apprécier le profit ou la perte qui résultera pour lui de cette seconde opération. Cette expérience répétée sur les baliveaux de toutes catégories qui peuvent composer la réserve dans un taillis sous futaie le conduira à fixer le nombre des baliveaux de chaque catégorie à réserver et à abattre lors de chaque coupe, et à prendre pour terme d'exploitabilité des réserves les plus anciennes l’âge où la plus value nette qu’elles prendraient, si on les laissait 25 ans de plus sur pied, cessera de le dédommager du sacrifice qu’il s'impose en ne les exploitant pas.

Donc, réciproquement, quand on veut estimer la valeur en fonds et superficie d’une forêt ou d’une portion de forêt peuplée d’un taillis composé, il faut d’abord déterminer l’âge correspondant à l’exploitabilité commerciale du taillis considéré séparément, et le revenu qu'on en pourra tirer à cet âge. Passant ensuite à l’examen de la réserve, on appréciera, comme il vient d’être dit, l'intérêt que peut présenter l'éducation de réserves de 2, de 3, de 4, etc. révolutions, et l’on fixera l’âge que les réserves ne peuvent dépasser sans perte pour le propriétaire. Cet âge représentera le terme de l’exploitabilité commerciale des réserves, ce qui veut dire que toutes celles qui auront atteint ou dépassé cet âge devront être considérées comme immédiatement exploitables, et que tous les baliveaux moins âgés, quoiqu’ayant une valeur immédiatement réahsable, puisqu'ils peuvent fournir des produits commerçables, ne sont pas encore exploitables, dans la saine acception du mot, parce qu'ils ont, à ce moment même, une valeur d’avenir plus grande que celle que l’on pourrait réaliser en les exploitant.

Quant à la part pour laquelle la réserve contribuera à la formation du revenu, on la déduira du plan de balivage adopté (1), en estimant pour leur

(1) La constitution du plan de balivage est l’opération la plus délicate du traitement des taillis composés, et varie avec les circonstances physiques et économiques dans lesquelles la forêt se trouve placée. Cette question ne saurail être trailée ici sans trop nous écarter de notre sujet, et comme nous avons posé en fait qu’on ne pouvait procéder, d’une ma-

valeur réalisable, au moment de la coupe du taillis, les modernes, anciens, etc., qui devront être abandonnés à l'exploitation.

On voit, d'après ce qui précède, que l’estimation de la valeur en fonds et superficie des taillis composés présente des difficultés que nous n'avions pas rencontrées dans les forêts où le revenu, annuel ou périodique, est fourni par une coupe dont tous les bois sont de même âge. Ces difficultés, nous le disons en passent, sont telles qu'elles ne peuvent être abordées et sérieusement résolues que par des hommes de métier qui, à un coup d’œil exercé et à des connaissances pratiques suffisantes, réunissent l'appui indispensable d’une théorie solide. En effet, nous avons dif plus haut que, dans la fixation du terme d’exploitabilité de la réserve, il fallait tenir compte de la valeur réalisable des baliveaux de chaque catégorie, déduction faite du préjudice causé par leur présence au taillis environnant. Or comment estimer ce préjudice ?

Si on considère un moderne d'abord, on peut se dire rigoureusement que cet arbre aurait pu être exploité à 25 ans, et remplacé par un arbre qui aurait actuellement même valeur que lui. De sorte

nière sûre, à l’estimation de la valeur en fonds et superficie de ces sortes de forêts sans être un forestier consommé, nous devons admettre que tout estimateur, qui accepte la responsabilité de telles opérations, a une connaissance exacte des préceptes posés par les maitres auxquels nous ayons déjà plusieurs fois renvoyé nos lecteurs. (Voir le Cours de culture des bois de MM. Lorentz et Parade, livre IV, chap. II.)

que, pour qu'il y ait eu intérêt à le laisser croitre jusqu’à 50 ans, il faut qu'à cet âge le moderne ait une valeur plus grande que celle du baliveau de l’âge et de ses intérêts accumulés pendant 25 ans, plus le tort causé au taillis pendant le cours de la dernière révolution. Pécuniairement, ce tort serait égal à la valeur d’un brin de 25 ans, plus le dommage causé au sous-bois par le couvert du moderne. De même le préjudice causé au taillis par un ancien serait égal à la valeur en argent d’un brin de 25 ans qui aurait pu remplacer cet arbre, s’il avait été exploité comme moderne et du tort apporté à la végétation du sous-bois par son couvert. Telle serait l'appréciation rigoureuse et mathématique que l’on pourrait faire du préjudice causé par le maintien d’une réserve pendant la dernière révolution du taillis; mais, dans la pratique, on doit négliger de tenir compte, dans l'évaluation de ce préjudice, de la valeur du brin de l’âge qui aurait pu remplacer la réserve, si on l'avait exploitée 25 ans plus tôt, de même qu'on néglige de tenir compte de ce qu’on pourrait ajouter à la production possible du sol en supposant que tout le terrain est peuplé de la manière la plus uniforme et la plus complète (1). Reste donc à considérer, comme préjudice, la valeur du dommage causé au sous-bois par le couvert des arbres de réserve.

(1) On peut d’autant plus négliger la valeur du brin de l’âge que souvent elle n’alteint pas 50 centimes et ne dépasse guère 50 ou 60 centimes.

Ce dommage varie avec Îles essences qui forment la réserve et dont se compose le sous-bois ; il varie aussi avec la qualité du terrain, le nombre des arbres réservés et la catégorie de réserve, moderne, ancien, etc. que l’on considère. Ainsi les réserves à feuillage léger, à quelque catégorie qu’elles appartiennent, ne causent qu'un dommage insignifiant quand les essences qui forment le sous-bois redoutent peu le couvert, que le terrain est fertile et que d’ailleurs le nombre des arbres réservés n’est pas trop grand. Tel serait, par exemple, un balivage modéré en chène sur un sous-bois de hêtre et charme, dans un terrain fertile, Si, au contraire, le couvert de là réserve est épais, il sera d’autant plus préjudiciable au sous-bois que les arbres réservés seront plus vieux, plus nombreux, moins élancés, et que le taillis a plus besoin de lumière pour végéter. C’est ainsi que le vide se fait le plus souvent sous les réserves de hêtre quand elles arrivent à la catégorie d'anciens, tandis que le sous-bois reste tout aussi fourni sous le couvert de vieux chênes, et n’éprouve souvent qu’un ralentissement insignifiant dans sa végétation lorsque, nous le répétons, le balivage est réglé d’une manière convenable. En résumé, ce dommage s’apprécie en estimant la différence entre le revenu présumé que fournirait le taillis, s’il était débarrassé du couvert de la réserve, et le revenu réel qu’il procure comme sous-bois dans le traitement en taillis composé (1).

(1) Longtemps on a pu dire que le régime du taillis simple convenait

Si l’estimation des taillis composés exige, comme on vient de le voir, des connaissances spéciales en théorie et en pratique, il est bien plus difficile encore de procéder à l’estimation de la valeur en fonds et superficie des futaies jardinées. Comme dans toutes les opérations du même genre, le chiffre du revenu correspondant à lexploitabilité commerciale devra servir de base à l'estimation de la valeur capitale de la propriété. Ici le terme de l’exploitabilité

surtout à l’intérêt particulier ou, d’une manière générale, que les produits des taillis simples révondaient mieux au but de Pexploitabilité eommerciale que les produits des taillis composés, parce que la constitution d’une réserve exigeait l'emploi d’un capital engagé trop fort par rapport au revenu qu’on pouvait en lirer. Cette assertion peut encore êlre vraie pour certains laillis croissant sur des sols maigres et peu profonds, mais il est incontestable aujourd’hui que dans tous les taillis situés en bon fonds, et dans les localités où le bois d’œuvre a quelque valeur, il y a intérêt, au point de vue du placement des capitaux en fonds de terre, à élever de la futaie de chène éparse sur le sous-bois.

Les circonstances qui favorisent surtout le maintien ou l'introduction du mode de traitement en taillis composé, dans les forêts possédées par les particuliers, sont les suivantes :

Les bois de chêne de fortes dimensions sont devenus rares en France, depuis un demi-siècle, pour bien des causes qu'il est inutile d’énumérer ici, et ont acquis une valeur relativement plus grande que celle des bois de feu. Cette valeur tend à s’accroitre encore chaque jour avec les besoins de la consommation et surtout avec l’amélioration incessante des voies de transport, tandis que les bois de feu ne peuvent pas profiter au mème degré de l’extension des débouchés et de l’économie apportée dans les transports par la création des nouvelles voies de communication, parce que, dans les localités où leur prix tendrait à s’élever au-dessus de certaines limites, ils se trouvent en concurrence avec la houille et le coke dont l’usage se répand de plus en plus et menace sérieusement d’envahir les foyers industriels et domestiques au détriment du combustible forestier.

ne peut plus se déduire de la valeur des arbres à un âge déterminé, mais seulement des dimensions qu’ils doivent offrir pour être propres à l’emploi de leur destination, car les arbres croissant à l’état jardiné atteignent les dimensions qui les rendent exploitables à des âges très-différents, suivant les conditions dans lesquelles ils ont crû. Or, quelles seront ces dimensions ? Cela dépendra de la nature des marchandises qui ont le cours le plus régulier dans la localité ; si ce sont, les sciages, par exemple, comme on peut scier en planches du commerce les arbres les plus forts aussi bien que ceux qui ont atteint strictement les dimensions requises pour ce genre de débit, il conviendra d'examiner si le propriétaire a intérêt à laisser les arbres sur pied jusqu’à ce qu'ils aient aticint leurs plus fortes dimensions commerciales, ou s’il doit les abattre aussitôt qu’ils ont les dimensions voulues pour être propres au sciage, ou bien s’il doit choisir un terme intermédiaire entre ces limites extrêmes. Ces dimensions étant déterminées, on considérera comme exploitables immédiatement les arbres qui les ont atteintes ou dépassées, puis on calculera la possibilité et le revenu probable de la forêt, en tenant compte du changement qui sera apporté dans la constitution des peuplements par l'extraction des arbres exploitables.

Cette opération est extrêmement délicate et difficile, parce que les produits de chaque coupe ne se composeront pas seulement d'arbres exploitables,

mais encore de brins plus faibles dont les dimen-

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sions et la valeur vénale sont très-variables. On ne

peut donc procéder que d’une manière empirique à la détermination de la possibilité matérielle et du revenu probable des futaies jardinées ; et, pour peu que l’on connaisse ces sortes de forêts, on reconnaîtra qu’il faut avoir des notions bien exactes sur le déhit des bois et sur les lois de la végétation dans la localité où l’on opère, pour ne pas commettre d'erreur grave dans l'estimation de leur valeur en fonds et superficie. En général, le moyen le plus sûr de procéder à la détermination de la possibilité matérielle des futaies jardinées consiste à prendre pour base, ou pour point de comparaison, le chiffre moyen des produits effectifs fournis par les exploitations jardinatoires des dernières années.

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