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CHAPITRE TROISIÈME

DES DIFFÉRENTES OPÉRATIONS A FAIRE DANS LES COUPES, SELON LE MODE D ADJUDICATION ET D EX- PLOITATION DES PRODUITS.

ARTICLE ÎI.

De la vente des bois sur pied et des opérations préparatoires qu elle exige.

On a vu au chapitre précédent que les ventes de bois sur pied, dans les forêts soumises au régime forestier, doivent être précédées d'opérations qui exigent la coopération de deux agents forestiers. Ce sont, pour chaque coupe, le martelage des arbres réservés ou des arbres abandonnés à l'exploitation, et l'estimation en matière et en argent de tous les bois à exploiter.

Nous avons décrit les procédés en usage dans la pratique des estimations; nous avons apprécié le mérite de ces procédés et nous avons indiqué les circonstances dans lesquelles chacun d’eux trouvait son application; enfin nous avons fait connaître la nature des données à recueillir pour arriver à une appréciation exacte de la valeur des produits, et nous avons énuméré tous les détails à comprendre dans la rédaction du procès-verbal d’estimation de chaque coupe. |

Quant à l’opération du balivage et du martelage, elle consiste, avons-nous dit, à choësir et à marquer les arbres à réserver ou à abattre dans les exploitations. Le choix et la marque des arbres à réserver ou des arbres à abandonner se font en même temps; c’est pourquoi l’on confond ordinairement les deux opérations en une seule, et l’on comprend sous l’une ou l’autre dénomination : le #a4vage qui consiste à faire choix des arbres à réserver ou à exploiter, et le #artelage qui consiste à imprimer une marque, ordinairement celle du marteau de l'Etat, sur les arbres choisis et désignés par le balivage.

De toutes les opérations de détail qui sont commandées par la culture et l'exploitation des bois, il n'en est pas qui soit plus importante que celle du balivage ; il n’en est pas qui exige plus de soin, de précaution, de réflexion et de savoir faire de la part d’un agent forestier ; car, soit que l’on opère dans les futaies ou dans les taillis sous futaie, soit que l'on fasse une coupe de régénération ou d’amélioration, le succès de l’opération ou le résu!tat qu’on en attend dépend tout entier et exclusivement de Îa manière dont le balivage est effectué. Aussi, ne peuton qu'approuver les dispositions de la loi qui veut « qu'il soit procédé à chaque opération de balvage par deux Agents au moins, » surtout si l’on se place au point de vue spécial du sylviculteur, et si l’on veut voir dans cette prescription un moyen de garantir la bonne exécution des opérations de culture.

Les procès-verbaux de balivage et de martelage servent à la rédaction de l'affiche des ventes. Ils servent aussi à établir le nombre d’arbres réservés, ou le nombre de souches exploitées que l’adjudicataire doit représenter au récolement de sa coupe. Les procès-verbaux d'estimation déterminent les prix auxquels peuvent être adjugées les coupes qu'ils concernent.

Le mode d'exploitation, le mode de vidange des produits et le mode de paiement du prix principal de la coupe et des frais d’adjudication sont déterminés par le cahier des charges générales relatives à la vente des coupes annuelles, et par un cahier de clauses spéciales applicables aux exploitations de chaque arrondissement forestier.

ARTICLE II

De la vente des bois façconnés par économie ou par entreprise, et du mode d'exploitation de ces produits.

Les opérations dont nous venons de parler s’appliquent plus particulièrement aux coupes dont les produits doivent être vendus sur pied et ensuite abattus, façonnés et utilisés au gré de l’adjudicataire ou de l’acheteur. Mais, dans le traitement des forêts, il est des exploitations qui ne peuvent être bien faites, au point de vue de la culture, qu’autant que Von procède graduellement à la désignation des arbres à abattre, à mesure que l’on a constaté l'effet

produit sur la consistance du peuplement par la chute des premiers arbres abattus. Telles sont, en général, les coupes d'amélioration que l’on désigne sous le nom d’éclaircies et de nettoiements. — Tous les arbres à abattre dans ces coupes ne pouvant être désignés avant l'exploitation, sans compromettre le succès ou la bonne exécution de l'opération, ne peuvent, par conséquent, être estimés et vendus sur pied comme les bois à exploiter dans une coupe de taillis ou dans une coupe principale de futaie. D'où la nécessité d'adopter un autre mode d’exploitation et de vente de ces coupes. Celui qui fut le plus généralement appliqué depuis une trentaine d'années, consiste à faire exploiter les bois sous la direction des agents forestiers, soit par des ouvriers payés à la tâche ou à la journée, soit par un entrepreneur responsable qui se charge d'exécuter l'abatage et le faconnage à des prix arrêtés par adjudication publique au rabais. Après le faconnage, les produits sont dénombrés par le chef du cantonnement et ensuite vendus, par adjudication publique, en détail et par lots, soit sur le parterre des coupes, soit dans l’une des communes les plus voisines.

De ces deux modes d'exploitation, le dernier (mode d'exploitation par entreprise) est beaucoup plus usité que le premier (mode par économie), et s'applique non-seulement aux coupes d'amélioration, mais quelquefois aussi aux coupes principales des forêts de l'Etat qui restent invendues, et aux coupes de

toute espèce dans certaines forêts communales et d'Etablissements publics.

Les avantages de ce mode d'exploitation sont les suivants : |

Dans les coupes d'amélioration, éclaircies et nettoiements, la désignation des arbres à abattre n’a lieu qu’au fur et à mesure de l’exploitation, ce qui permet de mieux espacer les tiges réservées et de mieux distinguer celles qu’il est utile ou nécessaire d’abattre ou de conserver. — A cet effet, l'agent ou le préposé forestier qui dirige l'exploitation fait une première désignation, par un simple griffage, des arbres qui doivent nécessairement tomber, puis, après l’abatage de ces arbres, il revient une seconde et une troisième fois sur le même point, pour marquer ceux des arbres restants à comprendre dans l'exploitation. Dans une coupe d’éclaircie, par exemple, le premier griffage atteindra tous les bois morts ou dépérissants, le second portera sur les brins dominés ou sur le point de l’être, et le troisième désignera les tiges bienvenantes, mais surabondantes, qu’il importe de faire disparaître pour desserrer convenablement le massif. De même, dans une coupe de nettoiement, le premier griffage portera sur les bois dominants qui nuisent le plus par leur couvert et qui sont tout à fait inutiles au soutien des bois durs ; le second atteindra les sujets qui ne sont pas encore nuisibles par leur couvert, mais qui le deviendront bientôt, et qui ne sont pas d’ailleurs nécessaires pour maintenir le massif à l’état com-

plet; le troisième portera sur les arbres qui nuisent par leur couvert, mais dont la présence est plus ou moins nécessaire pour conserver le massif complet, ou pour servir d'appui aux tiges de bois dur; les arbres atteints par ce dernier griffage seront désignés les uns pour être abattus ou ébranchés, les autres pour être étêtés (1).

Le mode d'exploitation par entreprise appliqué aux coupes principales de futaie ou de taillis sous futaie permettrait également de mieux choisir et espacer les arbres à réserver dans ces coupes ; mais, d'ordinaire, celles qui s’exploitent par entreprise sont martelées à l'avance comme les coupes à vendre sur pied. Par conséquent, le seul avantage qu’on peut trouver à les exploiter de cette facon ne peut résider que dans la vente en détail des produits faconnés.

Dans les localités où ce mode d'exploitation est installé depuis plusieurs années, dans certaines forêts communales notamment, la vente en détail des produits façonnés, des bois de feu surtout, donne habituellement de bons résultats et fait profiter le propriétaire de tout le bénéfice qu’il faut abandonner à l’adjudicataire dans les ventes de bois sur pied. Mais, pour les forêts qui, comme celles de l'Etat, sont susceptibles de fournir annuellement des produits variés et considérables, ce mode d'exploitation

(1) Il est bien entendu que chaque opération d’éclaircie ou de nettoiement ne nécessite pas toujours absolument le même nombre de griffages.

ET D'EXPLOITATION DES COUPES. 269 et de vente, tel qu’on l’a appliqué jusqu'à présent, c’est-à-dire, partiellement et seulement dans les

coupes d'amélioration, peut présenter des inconvénients dont les principaux sont :

1° D’exiger, pour les frais d’abatage et de faconnage, une dépense considérable et hors de proportion avec les ressources mises à la disposition de PAdministration pour cet objet. — D'où résulte souvent la nécessité d’ajourner l'exécution de certaines coupes dont l'exploitation est urgente, ou bien de les marteler et de les vendre sur pied, ce qui péut avoir des inconvénients plus ou moins graves selon la nature de l'opération et l’état des peuplements ;

2° De ne permettre de débiter les bois qu’en un petit nombre d'espèces de marchandises d'un usage général, sans avoir égard aux besoins particuliers et quelquefois individuels qui peuvent se présenter. — Ce qui peut avoir pour effet de ne pas tirer tout le parti utile et commercial des produits ;

3° D’avilir le prix des bois, quand la marchandise est abondante, les consommateurs spéculant sur la vente forcée de produits qui ne peuvent rester longtemps sur le parterre des coupes sans se détériorer : ; = &D'établirentre l'Administration et les marchands de bois une concurrence fâcheuse, à la suite de laquelle les produits de toute nature éprouvent toujours une dépréciation plus ou moins considérable.

ARTICLE III

De la vente des bois sur pied à tant l’unité de produits faconnés

Pour éviter les inconvénients que présentent le mode d'exploitation par entreprise et la vente en détail des produits façonnés, des agents forestiers ont proposé et l'Administration a autorisé un nouveau mode d'exploitation et de vente des coupes d'amélioration qui consiste à vendre les bois sur pied, soit au rabais, soit à l’enchère, à des prix déterminés pour chaque unité des différentes sortes de marchandises dans lesquelles les bois à exploiter pourront être débités.

Voici le mécanisme de ce mode d’adjudication :

L'unité de la marchandise qui a le cours le plus régulier dans la localité (le stère de hêtre, chauffage, par exemple) étant prise pour type, on compare à sa valeur moyenne la valeur moyenne de toutes les espèces de marchandises qu’on suppose pouvoir être confectionnées avec les bois dont l'exploitation doit avoir lieu. Le résultat de ces diverses comparaisons donne une série de facteurs dont chacun muitiplié par la valeur de l'unité type, exprime la valeur correspondante de l'unité qu'il représente. Le tabieau de ces facteurs (ils peuvent varier pour chaque coupe), est annexé aux affiches annonçant la vente, et l’adjudication se fait au rabais ou à l'enchère, pour chaque coupe, sur la mise à prix de l’unité

ET D'EXPLOITATION DES COUPES, 271 prise pour type. En réalité et par suite du mécanisme des facteurs, la mise à prix et l’adjudication portent sur tous les produits de la coupe à la fois, car le prix auquel l’adjudication est tranchée pour l’un d’eux est un des éléments servant à la détermination de la valeur de vente de chacun des autres.

Comme dans les coupes par entreprise, l’exploitation est précédée d’un ou de plusieurs griffages, mais elle se divise en deux opérations distinctes, l’abatage et le façonnage.

Pour assurer la bonne exécution de l'opération et pour éviter des inconvénients ou des abus dont la nature n’a pas besoin d’être expliquée, l’abatage se fait sous la direction des agents forestiers, par des ouvriers choisis par eux et payés soit par l’Administration, soit par l’adjudicataire des produits. Cette opération donne lieu à une dépense peu considérable. — Le façonnage du bois ne commence qu'après que l’abatage est entièrement terminé. Il a lieu aux frais de l’adjudicataire, qui a toute latitude pour transformer les produits en l’espèce de marchandise qu'il désire, pourvu qu'elle soit comprise dans l’état des facteurs et que ses dimensions soient strictement conformes à celles indiquées dans le cahier des charges. Ces restrictions sont indispensables soit pour arriver à la fixation du prix de la coupe, soit pour conserver aux facteurs une valeur qu'ils n'ont obtenue que par une comparaison dans laquelle les dimensions entraient comme un des principaux éléments. En outre, dans un but d'utilité

publique facile à comprendre, les portions d'arbres propres à donner du bois d'œuvre, et qui sont préalablement désignées par l’agent forestier, doivent rester en grume, au moins jusqu'après le dénombrement des produits, quand bien même il serait plus avantageux pour l’adjudicataire de les débiter en bois de feu.

Le façonnage terminé, il est procédé à un dénombrement contradictoire qui fixe la quantité de chaque espèce de marchandise. Le procès-verbal de cette opération contient en outre l'application à ces quantités du prix résultant de l’adjudication. Le total forme alors ce qu'on appelle le prix principal de l’adjudication, lequel sert à l’évaluation des frais proportionnels prévus par le cahier des charges.

Ce nouveau mode d'exploitation et de vente des coupes d'amélioration participe de tous les avantages du précédent, puisque la même latitude est laissée aux agents forestiers en ce qui concerne la désignation des arbres à abattre. De plus, le nouveau sysième évite les défauts reprochés au mode par entreprise, car il procure une grande économie dans les dépenses spéciales de l'Administration, il permet de proportionner le débit des diverses natures de marchandises aux besoins de la consommation, il rend la vente facultative de forcée qu'elle était, et supprime la concurrence par laquelle le prix des = pouvait être avili.

Toutefois, comme toute néthode nouvelle, celleci présente dans son application certaines difficultés

que la pratique seule fera successivement disparaitre, au moins pour la plupart.

Ainsi l'Administration fait abattre tous les bois avant de délivrer le permis de façonner à l’adiudicataire, d’où il résulte : 1° que le parterre de Ja coupe peut être embarrassé au point de rendre difficile l’abatage en plusieurs fois ; 2° que le façonnage est retardé, ce qui peut être une cause de dépréciation pour certains produits qui demandent à être faconnés et vidés dans un court délai; 3° qu’en abattant les bois pèle-mèêle, les tiges peuvent se briser en tombant les ures sur les autres. — Le façonnage des produits exige une surveillance de tous les instants, et le dénombrement, qui est en même temps une vérification générale du façonnage, est une opéralion très-longue, très-minutieuse et qui demande beaucoup de soin et d'habitude.

Ces difficultés, on le sent, sont de celles qui s’aplaniront avec le temps ; mais il en est une qui subsistera toujours, parce qu'elle est inhérente au système, c’est celle qui résulte de létablissement de la série des facteurs exprimant la relation entre les valeurs de chaque espèce de marchandise et ia valeur de l'unité prise pour type. La détermination de ces facteurs est une opération extrêmement délicate, sinon pour les bois de feu, au moins pour les bois d'œuvre dont la valeur dépend non-seulement des dimensions variables des pièces, mais de la qualité tout aussi variable du bois. On peut bien faire de

catégories qui comprennent exactement les pièces

de dimensions diverses, mais il est impossible de classer d'avance les différentes qualités du bois. Si donc on veut éviter des appréciations arbitraires et des contestations lors du dénombrement, ce qu’il y a de mieux à faire c’est d'établir les facteurs des bois d'œuvre indépendamment de la qualité du bois. Remarquons au surplus qu'en agissant ainsi on reste exactement dans les conditions où se trouvent placés acheteurs et vendeurs, lorsqu'ils procèdent à l’estimation en matière et en argent des coupes à vendre sur pied, sauf cette différence, que nous nous plaisons à faire ressortir en faveur de ce mode d’adjudication, c'est que l’acheteur ne court jamais le risque de payer, au prix du bois d'œuvre, des arbres pourris à l’intérieur ou tellement viciés qu'ils ne sont propres qu’à donner de mauvais bois de feu.

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