TI
D'Euiuk, j'allai visiter une ruine qui se trouve à une demi-heure vers le nord du village. Elle porte le nom de Xaleh-hi
ar, « le château de la forteresse ». La seule chose curieuse, c’est le roc conique qui se dresse au milieu d'un pays légèrement ondulé; c’est une véritable fusée de trachyte qui s’est partagée en deux pointes. Le géologue a plus à faire ici que l'archéologue. Les constructions que l’on aperçoit au haut du pie se réduisent à quelques mauvais murs en cailloutage. Le sommet est d’ailleurs trop aigu pour avoir jamais pu recevoir des constructions de quelque importance. Au pied du roc se trouvent les restes d’une ville turque. On distingue encore la mosquée, un grand bâtiment
connu sous le nom de Wédressé, un khan, de nombreux débris de maisons. Il faut aller maintenant
) jusqu’à une demi-heure au nord de la forteresse pour trouver le village du même nom. On nous avait aussi parlé de pierres qui porteraient des têtes, près d’un village voisin, Kahlen-Kaïa. Nous trouvons là deux niches rectangulaires pratiquées comme pour recevoir des statuettes, dans une paroi de roc taillée verticalement. Ce qui est plus étrange, ce sont des blocs horizontaux, dont la face supérieure a reçu du ciseau la forme d’un rectangle. Au milieu de cette surface se dresse une pointe conique semblable à celle dont est armé l'umbo de certains boucliers. La mieux conservée de ces saillies a, au bas du cône, 2 mètres de tour, et 0"43 de hauteur. La pointe en est un peu émoussée. Le plan rectangulaire qui la porte mesure 1"20 sur 1"39. Nous n'avons pas eu le temps de visiter un village situé à cinq heures d'Euiuk, Zrak, où se trouvent, nous dit-on, des débris antiques, et, encastrées dans le mur de la mosquée, des « pierres écrites ». A lusgat, on nous avait indiqué aussi différents sites antiques qui n'étaient malheureusement pas dans la direction que nous comptions suivre. A douze heures de marche vers le sud-est, du côté de la montagne appelée Ak-dagh, près d'un village nommé Terzili, se trouve un bain où il y aurait des marbres et des inscriptions. À Æekiaious, deux
heures d'Iusgat, on voit une ancienne forteresse, où il reste très-peu de chose. Enfin, vers le sud-
ouest, dans la direction du Tchitchek-dagh, dans une montagne appelée Bouzlu-dagh, sont creusées des grottes connues sous le nom d'Zan-i-Mourad. D'après la description qu'on nous en fait, ce doivent être d'anciennes habitations taillées dans le roc.
Nous avons tenu à donner, toutes vagues qu’elles soient, toutes les indications que nous avons pu recueillir sur la Cappadoce septentrionale ; on verra, en jetant les yeux sur la carte de Kiepert, quels vastes espaces demeurent encore, dans cette région, tout à fait inexplorés et inconnus. Or, si un seul canton, celui où nous avons reconnu la Ptérie d'Hérodote, contient à lui seul tant de restes curieux d’un lointain passé, n’y a-t-il pas lieu d'espérer rencontrer dans des districts voisins quelque chose d'analogue ? Il y aurait aussi beaucoup à attendre de fouilles que l'on entreprendrait à Boghaz-Keuï et surtout à Euïuk. Dans ce dernier endroit, le tertre qui porte le village doit recéler dans ses flancs
bien des restes du palais ; rien ne serait plus aisé, avec un peu de temps et d'argent, dans la belle
saison, que d'en dégager les fondations et d’en explorer tous les abords.
EXPLICATION DES PLANCHE
PLANCHE XII