HA
ainsi, dans cette seconde partie, les voûtes des deux corridors qui se rencontrent à angle droit, et la naissance de l’une
placée à la hauteur de l’extrados de l’autre. C’est i que les anciens ont évité presque toujours les pénétrations de
voûtes.
Fig. III et IV. Corniche, imposte et archivolte du postscenium. La figure IV donne le profil d’un des blocs de la corniche, de manière à faire connaître à la fois les moulures extérieures, et le bandeau, beaucoup plus simple, qui portait, à l’intérieur, les plafonds des salles du postscenium. Ces blocs étaient reliés entre eux par des crampons à double queue d’aronde, en bois, en fer ou en bronze. Le profil de la figure IV donne l'élévation du trou de scellement d’un de
ces crampons; nous avons indiqué au dessous le plan de ce trou. Les pieds-droits peu saillants (o",o18) qui supportent les impostes de l’arcade conservée sont de largeurs différentes :
l'un a 0", 705; l’autre, o",7 Fig. V, V'et VI. Plan, élévation et profil des gradins. Nous avons déjà fait ressortir les particularités que présente
cette partie du théâtre. Il nous reste à dire seulement que les griffes qui décorent les petits escaliers sont plutôt dans
sentées, qu’elles ne cherchent à imiter plus ou moins exacte-
un principe de convention, comme nous les avons repr ment la nature.
Fig. VIL. Base de pilastre, en pierre, trouvée près du théätre. Peut-être a-t-elle appartenu à la décoration du mur de scène, dans sa partie supérieure. Le marbre a dû entrer aussi dans cette décoration, mais il n’en reste, sur le terrain,
que de rares et informes fragments.
Fig. VIN, VI et X. Murs des précinctions supérieure et inférieure développés. — Coupe sur l'escalier. L'appareil de
s. Les car-
ces murs est formé de grands blocs, probablement peu épais, posés alternativement en carreaux et en boutis:
reaux ont depuis 1,51 jusqu’à 2",12 de largeur; les boutisses, depuis 0",28 jusqu’à o",37. Au-dessous de ces blocs court
une plinthe ornée, à la précinetion supérieure, d’un listel et d’un congé. Les blocs de cette même précinction portent,
) et un congé. A l’aplomb du mur vient le premier gradin,
en haut, le même listel plus fort (0",09 au lieu de o",c un peu moins haut que les suivants et orné aussi d’un listel (0",07) et d’un congé Il est plus large que les autres gradins (0", 78 au lieu de 0",70); ce supplément de largeur s'explique par l’absence de tout appui; il n’y avait rien pour préserver d’une chute qui aurait été de près de deux mètres.
Le petit escalier à marches roides représenté en élévation et en coupe, et qui permettait de descendre des gradins supérieurs sur le sol de la première précinction, sert encore aujourd’hui aux femmes turques qui, du haut de la colline, descendent chercher de l’eau à la fontaine située dans le bas du village.
Fig. IX. Trous de scellement du gradin supérieur. Ns dénotent l'existence d’un portique couronnant la summa cavea,
et qui était ordinairement réservé aux femmes. Ces trous nous indiquent que les colonnes de ce portique étaient distantes de 4 mètres, d’axe en axe. On distingue encore parfaitement les rigoles qui avaient conduit le plomb fondu au-
tour des goujons de métal que ces trous ont recus.
Nora. Les cotes, dans les profils détaillés, sont indiquées en millimètre
Souvent, pour plus de simplicité, et afin que le chiffre puisse être écrit plus facilement, nous avons supprimé les zéros antérieurs, et parfois, pour énoncer les 1/2 millimètres, nous avons ajouté un 5 qui équivaut à 5 dix-millièmes. I sera très-facile de se rendre un compte exact
de la valeur des chiffres au moyen des échelles, toujours indiquées
BITHYNIUM.
(CLAUDIOPOLIS.)
Résidence d'un caïmakam qui dépend du pacha de Castambol, Bozvw, que la carte de M. Kiepert identifie à l’ancienne Bithynium, appelée plus tard Claudiopolis, est une ville d'une certaine
importance, située à environ onze heures de chemin vers l’est d'Uskub. Aucun voyageur n’en a
parlé jusqu'ici avec détail, quoique plusieurs ÿ aient passé en suivant la graude route du nord, qui se dirige par Castambol et Amassia sur Bagdad. Elle contient pourtant des débris dignes d'intérêt et qui nous y retinrent pendant trois jours entiers.
La plaine fertile et bien cultivée au milieu de laquelle s'élève la ville présente à peu près la même disposition que celle d'Uskub ; elle est comprise entre l'Olympe galate, qui forme comme le rebord septentrional du grand plateau , et la chaîne secondaire qui fait face à l’Olympe, et dont les contre-forts se prolongent jusqu'à la mer Noire et y poussent des caps couverts de sombres forêts. Une montagne boisée, qui ferme vers le sud-ouest la plaine de Bolu (1), la sépare de celle d'Uskub, et sert ainsi de limite entre le bassin de l'Hypius ou ilan-Souiou et celui du Billæus ou Æilias-Tehaï. C'est vers le nord-est que s’échappent les eaux descendues de l'Olympe et des crêtes moins élevées qui se rattachent à lui en tournant autour de Bolu; de tous les autres côtés la plaine est cernée de montagnes. Les maisons se partagent en une douzaine de muhallehs où quartiers, épars autour d’un groupe de collines qui, courant de l’est à l’ouest, portent encore, avec les restes de fortifications du moyen âge, le nom de Æüissar, le château.
J'évaluerais à environ dix mille âmes la population de la ville.
À première vue, on est disposé à croire qu'il y eut là une ville antique; la situation centrale de ces mamelons faciles à défendre, et placés à peu près à égale distance de l’Olympe et de la montagne qui lui fait vis-à-vis, la présence en ce lieu de sources abondantes et fraiches, tout enfin dut concourir à appeler et à réunir sur ce point une partie de la population qui cul-
tivait la plaine. L'examen des matériaux employés pour la construction de la ville moderne et de ses édifices vérifie ces conjectures. Les fragments antiques, morceaux de corniches et de
frises, grands blocs soigneusement taillés, cippes et stèles funéraires, abondent dans les rues,
dans les fondations des mosquées et des khans, dans les cimetières qui couvrent maintenant la plus grande partie du terrain que devait occuper autrefois la ville haute. On trouve aussi partout, disséminés comme au hasard et employés de diverses manières, les fragments d'un théâtre dont nous n'avons pu reconnaître l'emplacement; il devait être situé quelque part au flanc des collines qui se dressent au milieu de la ville moderne; des éboulements de terre en remplissent sans doute la cavité et l’ont dérobé à nos recherches. Tous ces débris sans excep-
(4) Il y a une erreur sur la carte de Kiepert dans le dessin de cette plaine. La rivière de Muderlu ne vient pas à Bolu, mai
> dirige vers le Sakharia, où elle se jette à peu près à la hauteur du lac Sabandja.
tion, de même que les inscriptions qui accompagnent un certain nombre d’entre eux, sont de la décadence romaine : ce qui s'accorde bien avee ce que nous savons de l’histoire de Bithynium, que MM. Kiepert et Texier s'accordent à placer à Bolu.
Bithynium paraît avoir été, avant la conquête romaine, une ville assez peu importante, car elle n'est nommée dans aucun auteur antérieur à Strabon, qui ne la cite encore, au temps d’Auguste, que pour la fécondité des pâturages qu'elle possède, dans un district qu'il appelle Salone (ÿ xegi Edova ypa), et la qualité du fromage qu'elle en tire (1). Quant au renseignement que nous donne Pausanias (2), d'après lequel cette ville aurait été fondée par des Arcadiens de Mantinée, il est difficile d'y attacher une grande importance : « Antinoüs, » dit-il, « était né à Bithynium, ville de la Bithynie au-delà du Sangarius. Or les habitants de Bithynium, si l’on remonte à leur filiation, sont des Arcadiens de Mantinée. C’est pour cela que l'empereur voulut qu’Antinoüs fût honoré aussi à Mantinée, et que chaque année on célébrât une fête en son honneur, et des jeux tous les cinq ans. » Hadrien, quand il s'agissait d’entourer d’hommages la mémoire de son favori, et les Mantinéens, quand ils trouvaient une occasion de faire leur cour au tout-puissant maître du monde, ne devaient pas être très-exigeants en fait de critique historique, ni demander trop de preuves à une tradition qu'il leur était plus commode d'accepter les yeux fermés. Quoi qu'il en soit de cette origine, Bithynium, comme le montrent les monnaies, s’appela Claudiopolis à partir du règne de Claude, et
la ville reçut sans doute de cet empereur, avec son nom, des priviléges qui durent l'aider à s’agrandir, à se développer. Depuis lors, jusqu'au règne d'Hadrien, la ville porte le nom de Claudiopolis sur les médailles, quoique Pline, qui écrivait sous Vespasien, l'appelle encore Bithynium. Au com-
mencement du siècle suivant, cette ville donna naissance à ce jeune homme auquel l'étrange pas-
sion d'Hadrien a procuré une immortalité si imprévue et si singulièrement gagnée, à cet Antinoüs
sent nos mus
dont les images rempli ses. Hadrien, en l'honneur d'Antinoüs, combla de bienfaits sa ville natale, qui, reprenant son ancien nom, y ajouta presque toujours, sur ses médailles, celui d'Adrien : AAPIANON BIOYNIEQN, portent de nombreuses pièces, depuis le règne d'Hadrien jusqu'à celui deGallien (3).
Ce fut à partir de ce moment, et pendant le cours du second siècle, que Bithynium atteignit sans doute la prospérité que nous attestent, à défaut d’édifices encore debout, les restes partout épars de monuments variés et richement décorés. Au cinquième siècle, Théodose II la trouvait assez importante pour en faire la capitale d'une nouvelle province formée aux dépens de la Bithynie et de la Paphlagonie, sous le nom d'Honoriade.
Il n'y a pas à douter, je crois, que Bithynium ne soit la ville importante qu'a remplacée Bolu, quoiqu'on n'y ait encore retrouvé, à ma connaissance , qu'une seule inscription qui contienne le nom de Bithynium ou de Claudiopolis, inscription que nous sommes les premiers à publier (4) La situation de Bolu s'accorde tout à fait avec la mention qu'en fait Strabon : « Dans l’intérieur de la Bithynie se trouve Bithynium, située au-de;
ssus de Tium,» c’est-à-dire, comme on
peut le voir par bien d'autres passages, sur le même méridien, en s'élevant à partir du rivage. Or l'emplacement de Tium n’est point douteux, à l'embouchure du Billæus, et Bolu est précisément sur cette même rivière, à peu près au S.-S.-E. de Tium. La province dont Claudiopolis devint la capitale sous Théodose, était formée d'un démembrement de la Bithynie et de la Paphlagonie, et elle avait pour limite occidentale le Sangarius; or la ville qu'a remplacée Bolu, par son éloignement de ce fleuve, et par sa situation tout près de la limite qui séparait autrefois la Paphlagonie de la Bithynie, se prôtait parfaitement à servir de centre à cette nouvelle
(4) Strabon, XIT, 4, 7.
(2) Pausanias, VII, 9.
(3) Eckhel, D. N., tome II, p. 408.
4) Voir plus bas, n° 26.
division administrative. Enfin, l'Ænéraire d' Antonin suffirait à lui seul pour trancher la question (1); dans la route qu'il indique, de Claudiopolis à Ancyre, il met Claudiopolis à 24 milles, 35,584 mètres, de Kratia Flaviopolis, dont le nom s’est conservé légèrement altéré, mais parfaitement reconnaissable, dans la moderne Æeredi. Or, de Bolu à Keredi, on compte maintenant six heures; en évaluant, comme nous nous y sommes décidés d’après les expériences faites sur le terrain, l'heure de marche d’un cheval allant au pas à 6,000 mètres, nous avons pour cette distance 36,000 mètres, ce qui s'accorde très-bien avec les mesures fournies par le livre de postes romain. Ajoutez à toutes ces inductions, qui, réunies ainsi, ne laissent subsister aucun doute, le rapport du nom moderne,
Bolu, avec celui des noms anciens qui finit par l'emporter (2); dans ce mot de Bolu, il est facile
de reconnaître, abrégé et modifié par l'usage, le nom de Claudiopolis Trop long à prononcer avec ses cinq syllabes, il dut s’écourter pendant les siècles de barbarie, et la consonne initiale de la partie conservée change de son, comme elle l'a fait ailleurs, sous l'influence de l'article. Bolu est une altération analogue à celle que nous trouvons dans Stamboul; seulement l’article, tout en attaquant dans la pénultième de Claudiopolis le p initial, et en lui donnant à l'oreille la valeur d’un b, ne s'est pas attaché à lui, ne s’y est pas incorporé.
M. Texier se trompe, je crois, en avançant que le site de la ville actuelle de Bolu ne représente pas exactement celui de l'ancienne Claudiopolis, ou tout au moins en plaçant la vieille cité « dans un lieu distant de 3 ou #4 kilomètres vers l'est, qui porte le nom de Eskihissar. Il n'ya,» poursuit-il, «aucun monument antique debout, mais on y à découvert un cerfain nombre d'inscriptions et de fragments d'architecture (3). » J'ai parcouru les environs de Bolu dans un rayon plus étendu que celui qu'indique M. Texier; il y a bien un peu partout, dans la plaine, surtout dans la direction que parait avoir suivie la voie romaine allant de Claudiopolis à Ancyre, des débris antiques qui prouvent quelle riche et dense population a été jadis pressée dans ces campagnes encore semées de nombreux villages; mais nulle part ces fragments ne sont aussi abondants et d'aussi grande dimension que dans les rues mêmes de Bolu. Il y a là certains morceaux d'architecture assez pesants pour qu'on ne puisse croire qu'ils aient été sensiblement déplacés. Enfin, le seul endroit qu'on appelle, dans cette banlieue de Bolu, Hissar, le château, est situé à environ 6 kilomètres au N.-N.-E. de la ville, au-dessus du village de Saridjilar, où je lus plusieurs inscriptions. Il est connu proprement sous le nom de Hala-Hissar, « le château de la tante. » C’est, m'avait-on raconté, une vieille forteresse où résidait la tante du roi qui régnait à Bolu; un souterrain mettait en communication les deux palais. Le souterrain est tout plein d’or; il ne s'agit que d'en trouver l'entrée. De Saridjilar,
que l'on gagne aisément en une demi-heure, et qui est bâti à la racine même de la mon-
tagne, je m'élevai en trois quarts d'heure, par un chemin d’une pente assez douce, jusqu'à gne, J Jusq Hala-Hissar. C'est une mauvaise enceinte byzantine qui couronne un sommet allongé, et qui À 86 I entoure une sorte de plateau long de 600 mètres environ sur une centaine de large. Ce sommet se dresse entre la plaine de Bolu, qu'il domine, et une terrasse de la montagne, une espèce de large corniche où sont épars les taïlas, cou chalets d'été de plusieurs villages du bas
», et se dirigeant vers ces chalets, passe une route qui
pays. Au-dessous de cette fortere conduit à la mer, sans faire de détour par la vallée du Billæus. Impraticable maintenant pour
les chariots, elle était sans doute autrefois plus importante et mieux entretenue. C’est proba-
blement pour défendre et fermer ce passage qu'avait été construite cette citadelle, assez mal
entendue, à ce qu'il semble; car elle a plutôt les dimensions d’un camp retranché, et pour la
(4) Jtiner. Antonini, p. 91, éd. Parthey.
(2) Dans l’Jtinéraire d'Antonin, chez les historiens byzantins, dans les listes d'évêques tirées par Lequien des actes
des conciles (Oriens christianus), c'est toujours de Claudiopolis qu’il est question ; le nom de Bithynium ne reparait plus
3) Univers pittoresque, Asie Mineure, p 149.
ie
défendre avec quelque chance de succès, il eût fallu une très-nombreuse garnison. Les murs
sont en moellons grossièrement empâtés dans un mauvais ciment, qui se détache partout sous le doigt. Dans l'intérieur, on distingue quelques traces de maisons. Il se pourrait qu'à je ne sais quel moment du moyen âge, sous la menace de ces invasions d’Arabes ou de Tures qui promenaient presque périodiquement le fer et la flamme dans ces malheureuses contrées, la population de Bolu, abandonnant la plaine, se soit une ou plusieurs fois réfugiée sur ces hauteurs, dans cette enceinte où il était facile de se maintenir, grâce à l'avantage des lieux, contre un ennemi pressé de courir à d'autres pillages et qui n'avait pas le temps d'entreprendre un siége en règle.
De Hala-Hissar, et c'est là le plus grand profit que je tire de cette ascension, la vue est très-belle. Elle s'étend librement sur une vaste plaine tout entière cultivée, et où des groupes de beaux arbres indiquent le cours des ruisseaux et la place des villages.
Une curieuse particularité, c’est la quantité vraiment surprenante de cippes cylindriques, tous pareils les uns aux autres, qui se rencontrent dans la ville, parmi les maisons et dans les cimetières des villages de la plaine; ils rappellent tout à fait, par leur forme , ces poêles calorifères
qui chez nous occupent le milieu des appartements dans certains établissements publics chauffés à la vapeur. En bas le cylindre porte sur une plinthe, et à son sommet il se termine par un couronnement d'un profil simple et assez élégant. De ces stèles, la plupart sont des monuments funéraires, les autres des autels ou des monuments honorifiques; un certain nombre ne portent pas du tout d'inscription et n’en ont jamais reçu. Il y a entre toutes une telle ressemblance, la matière, une sorte de brèche blanche et rose, la forme et la hauteur du cippe, le style des moulures, tout diffère si peu de l’une à l’autre qu'on les dirait toutes fabriquées à la machine ou coulées dans un même moule. Deux grands sarcophages, l'un dans la ville, l'autre aux environs, font seuls exception. Chaque région de l'Asie Mineure a ainsi, pour les monuments funéraires de petite dimension et détachés du sol, sa forme particulière, à laquelle elle
s'attache de préférence, et que ses ouvriers ont reproduite assez souvent et pendant une assez
longue suite d'années pour que nous en retrouvions maintenant encore de nombreux exemplaires. De Nicomédie à Brousse, dans la Bithynie occidentale, ce sont ces sarcophages cubiques que l'on rencontre si fréquemment dans nos musées (1). Dans la Phrygie Épictète, tout autour
d'Aïizani, c'est un type très-original, de grandes stèles qui imitent des portes à deux battants,
surmontées de frontons triangulaires très-aigus ou bien semicireulaires (2). Non loin de là, au contraire, à Kotiæon, un ou plusieurs portraits en buste ornent de larges pierres tombales dont la partie inférieure porte l'inscription (3).
Il reste à fixer, dans la partie orientale de l'ancienne Bithynie, dans l'Honoriade du Bas- Empire, la position de cette Hanrranorozis que plusieurs voyageurs avaient voulu retrouver dans Bolu. Il ne faudrait pas que le nom d’Æadrianiens, pris par les Claudiopolitains sur leurs médailles, conduisit à croire que Claudiopolis et Hadrianopolis étaient une même ville, et que vous avons seulement là un troisième nom donné à Bithynium. D'abord il est probable que les anciens nous eussent avertis de cette synonymie comme ils l'ont fait pour Claudiopolis et Bithynium; puis les deux villes sont mentionnées à la fois, comme distinctes et coexistantes, dans le Synecdème d'Hiéroclès et dans une Vovelle de Justinien, la 29" (4). Nous avons des monnaies d'Hadrianopolis qui vont d'Hadrien à Philippe l'Arabe; mais cette ville paraît avoir été
(4) Planche IV, figure 5.
(2) Le Bas, Voyage archéologique ,
(3) dans Texier, t. 1, pl. 37, celui qui occupe la gauche de la planche, reproduit assez exactement la disposition ordinaire des tombeaux de Kotiæon.
Asie Mineure, pl. 34 et 35.
Un des tombeaux d’Aizani figurés
(4) C£. Acta concil., éd. Harduin, p. 52 Hadrianopolis est nommée dans les actes du second concile de Nicée. TEE 12
moins importante que Claudiopolis; Claudiopolis était la capitale de l'Honoriade; puis, un peu plus tard, lors de la division en #èmes, dans la classification des cités que renfermait le #4ème
jème des Buccellaires, Constantin Porphyrogénète donne à Claudiopolis le titre de seconde capitale de la province, dont Ancyre était la première métropole; or jamais Hadrianopolis ne paraît avoir obtenu un pareil honneur, et elle n’est jamais nommée qu’en passant et pour mémoire. Je croirais volontiers, avee M. Kiepert, qu'il faut en chercher les restes dans les environs de Véranshéir, où se trouvent, j'en ai acquis la certitude, des fragments antiques et des inscriptions; je regrette de n'avoir pu aller vérifier moi-même cette conjecture, et profiter des renseignements que j'avais recueillis à Constantinople auprès d'un Européen qui avait passé plusieurs années dans les environs de Viranshéir.
Voici les inscriptions que j'ai relevées à Bolu et dans les villages voisins :
Dans la ville, sur un bloc qui comprend la frise et l’architrave, Lettres de 0,11 KPATOPIKAIZAPI Près du village d'#Atchékarak, à une heure à l'est de Bolu, le long de la route de Saframbol , qui suit probablement la direction de l’ancienne voie romaine. Sur un autel quadrangulaire de marbre blane veiné de rose. Lettres de 0,03. ATAOHITYXHI Àyabÿ réyn TONAY TOKPATOPAKAI Tv Adroxpéropz Kai- ZAPAOEOYTPAIANOY capa beoù Tpaiavod TTAPOIKOYYIONOEOY Hapbixod vidv, Oeoù 5 NEPOYAYIONONT PAI Neooia viovév, T'oxi- ANONAAPIANONZEBAZ avèv Àdpravèy De6as- TONAPXIEPEAMETIXZ ré, doxuepéa pLé MONAEMAPRIEHEE rov, d'nuapyue E RONA ILE TILONNENGEU\ Écuotas rù u!, Üra- 10 TONTOTTTATEPATIAT PI mov 7ù V, marépa { AOZHBOYAHKAIOAHMOYZ doc ‘à Bount za 6 duos.
r, fils du dieu Trajan le Parthique, petit-fils du
Sous l’invocation de la Bonne Fortune. A l’empereur Cé dieu Nerva, à Trajan Hadrien Auguste, grand pontife, la 15° année de sa puissance tribunitienne, trois fois consul, père de la patrie, le sénat et le peuple.
Une autre inscription trouvée au même endroit (1) était consacrée par la tribu dixième Apolance tribunitienne , c’est-à-dire
lonide à l'empereur Hadrien, en la dix-huitième année de sa puis
en 134—135 de notre ère. Celle-ci est de la quinzième année, c'est-à-dire de 131 à 132. Ces honneurs rendus à Hadrien, ces dédicaces faites en diverses années, tantôt au nom de la ville tout entière, tantôt au nom de chacune des tribus séparément, s'accordent bien avec ce que
nous savons de l’histoire de la ville, avec ce que nous en apprennent les légendes de ses monnaies. Il serait curieux de retrouver un jour ou l’autre, à Claudiopolis, un monument du culte que les habitants de cette ville durent rendre à leur concitoyen divinisé, à cet Antinoüs qui
leur valut de la part d'Hadrien les bienfaits dont ils se montrent si reconnaissants.
(1) IL y a sur ce point, dans un cimetière abandonné (Aktché bounar mézarlik), un assez grand nombre de fragments
antiques, dont plusieurs portent des inscriptions. C’est là sans doute que Sestini avait lu deux inscriptions reproduites
dans Bœckh, Corpus inscr. gr., n® 3802 et 3803; elles étaient, dit-il, à une heure et quart à l’est de Bolu, sur le chemin ; 87; 3 ,
de Saframbol. Ces deux inscriptions, je les retrouvai à Bolu, dans le conac du pacha , où elles ont été apportées, à ce
Ibidem,
ATAGHITYXHI Ayo réyn.
KATATOKPIMATHX Karè rù xpiua rc BOYAHEKAITOYAH Bons ai roù dx- MOYMAÇTOM(BAPBA vou, M. Aou(éroy) Bear.
5 PONYIONMAOM..... gov vièv M. Aop(uriou) KYINTIANOYEKA Kuwvruavoÿ éxa- . ONTAPXOY AMÇAI [rlovréoyou Rey(eüvos) a + ANNEES EE KA jrudias [Eoce- OPEN) 1/10 60e Iliorñe 10 s 2 HHESENEREN dper]üe Evezev.
Sous l’invocation de la Bonne Fortune. D'après la décision du sénat et du peuple, à M. Domitius Barbarus, fils de M. Domitius Quintianus, centurion de la légion XI Claudia Pia Fidelis, pour son courage.
L. 1. Kçiua signifie ordinairement plutôt jugement que décret, décision du peuple et du sénat. Quoique Hésychius donne pour glose à ce mot aura rù roux, natè vhv tééiy à nark vb TPÉTTAYLA, on ne le rencontre guère avec ce sens que dans le grec des Septante et du Nouveau Testament. Il n'est pas étonnant de le trouver employé, à l’époque impériale, dans la langue officielle d’une province où ne se parlait certes pas un grec d’une pureté classique. En même temps, par ce qu'il a de général et de vague, ce mot se prête mieux que deux à exprimer le résultat d’une entente établie entre le sénat et le peuple; le mot Ygioux, à cette époque, ne s'emploie plus qu'en parlant des décisions du sénat municipal, le corps des décurions, aux mains de qui est remis tout ce qui reste de pouvoir aux cités de la province. Le sénat seul rend des pséphismes, dngiouare, comme dans les villes de l'Occident c’est de l'ordre des décurions qu'émanent tous les décrets, decreta. L'approbation du peuple, qui peut-être même n'était pas toujours demandée, ne figure là que pour la forme, et n’est guère autre chose qu'un souvenir des habitudes antérieures à la conquête. Aéyux est employé, tout à fait de la même manière, dans une autre inscription de Claudiopolis : Kara ro Séyux tic Bouge xal rod Sauov (1). À la cinquième ligne, au lieu de AM que porte ma copie, il faut certainement lire AE; on a d’autres exemples ée en Orient, et qui repose sur le même principe que la composition des noms de nombre tels que
de cette abréviation (2); «! est pour &/; c’est une notation que l’on trouve souvent employ.
&dera, Jodsxa, undecim, duodecim (3). La Legio undecima Claudia Pia Fidelis, connue par de nombreuses inscriptions, a été longtemps cantonnée dans la Mésie, province que la mer Noire
qu'il paraît, il y a vingt-cinq ans environ. Bœckh doute de l’I qui se trouve à la 13° ligne du n° 380» ; il se trouve - Chaque tribu, comme à Ancyre, est donc déption suivante, il n’y a que la 5° etla 6° ligne qui présentent des difficultés ; les caractères en sont très-effacés ; la transcription tendrait pourtant à confirmer l’ingé-
très-lisible sur la pierre, et doit par conséquent se traduire par À
signée à la fois par son numéro d’ordre et par son nom. Quant à l’insc
nieuse conjecture par laquelle Bæckh substituait Deondyov rüv +de uuornpiwv à la leçon inintelligible que lui offrait Sestini , Üeèv rdv rÿde uuornptuv. Voici comment ]
ais copié ce texte sans connaître la correction de Bæckh :
ATAOHTYXH M PIQN MAPKONAOMITION MAPKOCAOMITIOC EYPHMON TEIMOAEQN TONAAMIPOTATON 10 OKPMYCTAPXHC 5 YTMTATONKAI© S TONTAYKYTATON XO ON TO
N THAE AAEAGON (4) Bæckh, Corpus inser. gr., 3804.
(2) Zbid., 1186.
(8) Franz, Ælem. epigr. græc.
seule séparait de la Bithynie; il n'est donc pas étonnant de voir à Claudiopolis le fils d'un cen-
turion de cette légion.
Au village de Saridjilar, près Bolu , sur un cippe cylindrique. Lettres de 0,03. ATAOHTYXHI NE ...NO:AEIDIAOY fe aagoce AZIONEIKH Àsto BIGYNEYY Buiuvede 5 KAIAOHNAIOZ za} À Gnvatos THITOAEI 5 na TONEPMH æèv Égu. S.-ent, dvé
Sous l’invocation de la Bonne Fortune.
iaques, citoyen de Bithynium et d'Athènes, a consacré pour
. fils de Diphile, vainqueur dans les jeux
la cité cet Hermès.
Les jeux Asiaques sont les jeux que donnait. tantôt dans l’une, tantôt dans l’autre des principales cités de l'Asie proconsulaire, ce collége connu sous le nom de Kowbv Âcixs, dont nous avons eu déjà l’occasion de parler (1). Quoiqu'on ait de nombreuses monnaies frappées au nom
du Kowby Âstue, et nous attestant ainsi l'existence de ces jeux, ni le mot d’Aocte jeux Asiaques, 5 d 4
«, dont l'interprétation ne peut faire l’objet d'un doute, ne se sont encore
ni celui d'Âsi rencontrés dans les inscriptions ni sur les monnaies. Buveis, comme l'indiquent aussi les mon-
naies, est l'ethnique de Biiivoy, et nom de Biuviéæ, de'la ville et non de la contrée, et c’est ici
la première inscription trouvée dans ce canton qui renferme le nom de la cité antique à laquelle a, selon nous, succédé Bolu. On trouve dans le Corpus de nombreux exemples d'athlètes ‘ un certain M. Aurélius
ou d'acteurs honorés du droit de bourgeoisie dans plusieurs cités ( Démostratos Damas est devenu de cette manière citoyen de dix villes à la fois (3). Cette faveur était un des moyens qu'employaient à l'envi les villes de l'Orient et celles de l'Occident pour attirer aux jeux qu'elles donnaient, et pour y faire concourir, les artistes les plus célèbres de l'époque; on ne négligeait rien de ce qui pouvait augmenter la splendeur de ces fêtes, devenues le principal événement de la vie des provinces.
Aktchébounar-Mézarlik, près Bolu, sur un cippe cylindrique. Lettres de 0,04.
AKEIAIONOEOAGQ sbhoy Oeédol pov IATPONTIPO püv rpù | ZETTOYAAIONEY eroudañov, ei.
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äi-git Acilius Théodore, de tous les médecins le plus appliqué à son art, le plus heureux dans sa pratique, et le plus noblement affable. J'honore sa mémoire et j'offre des libations sur son tombeau, moi, son fils Théodore, médecin supérieur. Moi, sa femme Philocratia, je reste dans sa maison, nourrissant mes enfants et mes regrets.
(t) Voy. plus haut, pages 35 et 36. Conf. Eckhel, D. N., tome IV, p. 428. (2) Bæckh, Corpus inscer. gr., n% 247, 1428, 5911. (8) Corpus inscr. gr., n° 5gro.
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L. 3. On pourrait terminer la ligne par plusieurs autres mots qui répondraient à peu près également bien au sens, et entre autres par <ÿ[opxov, « fidèle à son serment », à ce serment professionnel dont nous avons, dans le Serment des Asclépiades, un si curieux modèle (1). L. 5, dés pour viée, faute très-fréquente dans les inscriptions. L. 6, au lieu du que porte ma copie il faut lire après ouv un T; la phrase n’est pas construite régulièrement, et il n’y a point de verbe pour gouverner l'accusatif À.
fuoy par où commence l'inscription. De pareilles anacoluthes sont fréquentes dans les inscriptions de basse époque, comme celle-ci, aussi bien dans les grecques que dans les latines, et d’ailleurs la difficulté disparaît ici si en ponctuant on sous-
entend ëriwnce après vis @sédogos, et si on coupe là la phrase. Après cette sorte d’intitulé les deux plus proches parents du défunt, son fils aîné et sa veuve, prennent successivement la parole et parlent l'un et l’autre à la première personne. L. 7, la restitution àpyiarpos ne peut guère faire l'objet d’un doute; ce mot se trouve dans de nombreuses inscriptions analogues à celle qui nous occupe, et il est appelé ici par le sens(2). L. 10, Daoxparis se trouve déjà dans les inscriptions; la forme Œcxçére serait aussi très-possible (3). L. 12, j'ajoute la marque du pluriel à
ida, parce qu'il y a ainsi plus de symétrie dans le mauvais jeu de mots qui termine l'inscription. Aux époques de décadence, la douleur même, quelque sincère qu'elle soit, ne sait plus parler naturellement; les paroles mises par l'épitaphe dans la bouche de la femme commençaient d'une manière simple et touchante, mais le dernier trait vient tout gàter et faire ressembler sa plainte à l'une de ces phrases baroques que l’on cite aux écoliers en leur recommandant de bien se garder de les imiter.
Les inscriptions, tout en mentionnant souvent les archiatri, ne nous donnent point de détails sur la situation qu'ils occupaient, sur la manière dont ils obtenaient ce titre et sur les avantages qu'il leur assurait. Elles se bornent à nous montrer qu'il était souvent, comme la profession médicale elle-même, héréditaire dans certaines familles (4). Ce sont les lois et règlements contenus dans les codes de Théodose et de Justinien qui nous fournissent le plus de renseignements sur l’organisation que l'empire romain avait donnée au corps médical, organisation qui rappelle à tant d'égards celle qu'il a reçue dans la plupart des états modernes, dans ceux-là surtout qui sont restés le plus fidèles aux traditions de la Rome impériale (5).
La profes
sion médicale, dans l’ancienne Grèce et dans les monarchies qui se formèrent des débris de l'empire d'Alexandre, paraît avoir été aussi libre qu'elle l’est maintenant dans les États-Unis d'Amérique; il n'existait alors d'autre différence entre les médecins que le plus ou moins d'autorité que leur conféraient le nom de l’école à laquelle ils appartenaient et du maître qui les avait formés, le succès de leur pratique et la confiance du public. Avec les premiers empereurs commencèrent la réglementation et la formation d’une hiérarchie. C'est sous Néron que furent placés au-dessus des médecins ordinaires les Archiatri, où médecins supérieurs; on distinguait encore ceux-ci en Archiatri palatini, méde
cins attachés à la personne de l’empereur, et en Archiatri populares, médecins chargés officiellement de donner leurs soins à une ville ou
à un quartier (6). Les premiers étaient comptés parmi les hauts dignitaires de la cour impériale ;
(4) Hippocrate, t. IV, p. 628, éd. Littré.
(2) Corpus inser.
r., n°2714. Le Bas, Voyage archéologique, Inscriptions. Partie V, n° 161, 314-318, 568. Wagener, recueillies en Asie Mineure, w° 3. Cf. Orelli, Z. L.S.
Inscriptions grecques
A.C., n° 4226 et les recueils où il renvoie pour d’autres inscriptions latines contenant ce titre d’Archiatros qui avait passé dans la nomenclature ofticielle de Rome.
(3) Corpus inser. gr., 1410, 1448.
(4) ‘Aggiargov di yévove, dit une inscription d’Éphèse citée plus haut.
(5) Cf. Pauly, Real Encyclopedie, s. v. Medici. Je rapproche les indications éparses dans les inscriptions grecques et latines des détails que l’auteur de ce savant article a tirés des codes.
(6) Ces deux catégories se retrouvent dans les inscriptions grecques; ainsi une stèle de Trapezopolis (Le Bas, L.1.,