‹ Exploration archéologique de la Galatie et de la BithynieChapitre 135 sur 153 · HA · texte numérisé non relu

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les creux, a déjà pris une certaine épaisseur. Du sommet du col, les montagnes que nous apercevons autour de nous, dans toutes les directions, présentent le même aspect. Au-dessus de ces vastes champs de neige se dresse bien haut dans le ciel, au-delà de Tokat, la cime pointue de l'Z/dizdagh. Nous descendons vers Zileh; nous trouvons, en face des pentes inférieures de la montagne, une colline isolée que gravit et traverse la route avant de s’enfoncer dans la gorge qui descend à la ville. Le plateau qui la surmonte nous paraît tout d'abord avoir été la position choisie par César en face de Pharnace (1). Une demi-journée employée, le surlendemain, à étudier tout ce terrain, nous prouva que cette première impression ne nous avait pas trompés. Nous avons exposé ailleurs les raisons que nous avons de placer en ce lieu la rencontre des deux armées, et nous avons interprété, chapitre par chapitre, tout le récit d'Hirtius. Nous ne pouvons, renfermés ici dans d’étroites limites, que renvoyer à cette dissertation spéciale (2).

Zéla est au milieu d'une petite plaine entourée de toutes parts de montagnes, excepté du côté où

cette plaine, dans la direction de Tokat, se rattache à la vallée de l'Iris. Avant d'apercevoir la ville

même, on distingue ce tertre que Strabon signale, et dont la tradition attribuait de son temps

l'origine à des travaux exécutés par Sémiramis (3). Nous visitâmes avec soin cette hauteur, autour de laquelle sont groupées dans la plaine, en cercle, les maisons et les bazars. Nous n'y trouvâmes pas trace des murs antiques dont parle le géographe ; mais des murs byzantins et turcs les ont remplacés et entourent tout le sommet de cette colline. Dans ces murailles, qui se dressent certainement sur les mêmes fondations que celles qui les avaient précédées, sont encastrés un certain nombre de

débris antiques, stèles, fûts de colonnes, fragments de moulures; dans le cimetière arménien, nous avons aussi remarqué des gradins de théâtre. Où était ce temple d'Anaïtis qui, selon Strabon, attirait à ses cérémonies, depuis une époque très-reculée, un si grand concours de peuple? Nous ne sommes pas restés assez longtemps à Zéla pour entreprendre aucune recherche à ce sujet; mais ce qui nous parait un témoignage encore vivant de l'ancienne importance religieuse de Zéla, c'est la grande foire qui s’y tient tous les ans en décembre. Plusieurs passages de Strabon et la comparaison avec ce qui se passe dans d'autres pays montrent que des centres religieux comme l’étaient en Asie Mineure Éphèse, Pessinunte, Comana ou Zéla, ont toujours attiré les marchands en même temps que les fidèles : la panégyrie ou fête religieuse y est presque toujours accompagnée d’un grand mouvement d'échanges. Ici, après le triomphe du christianisme, une fête chrétienne s’est sans doute substituée à la fête païenne ; puis le christianisme même a disparu de cette ville, où, à part quelques familles arméniennes, il n’y a plus que des musulmans ; il n’est plus resté alors que ce qui était anciennement l'accessoire, le rendez-vous commercial auquel étaient habituées les populations des environs. Chose curieuse, dans toute l’Asie Mineure, on appelle encore, même en ture, les foires Panaghia. Le nom chrétien, qui lui-même avait remplacé le nom antique, Panégyris, a survécu à la conquête turque. On vient ici de très-loin, non-seulement de Samsoun, d'Amasia, de Tokat ou de Sivas, mais d'Angora, de Kaisarieh, d'Alep et de Diarbékir. Seulement, c'est une singulière saison pour une pareille foire que le commencement de décembre, surtout dans un pays où il n'y à point d’abris pour le bétail et où les chemins deviennent détestables dès qu'il a plu. Il ne semble pas que, même dans un temps où les routes étaient meilleures et mieux entretenues qu'aujourd'hui, on eùt choisi ce moment de l’année pour déplacer le bétail et les marchandises. Admettons au contraire que le rendez-vous religieux ait précédé le rendez-vous commercial, que la foire soit née du pèlerinage : alors on s'explique cette apparente anomalie. Pour une fête religieuse, c’est un autre ordre de motifs qui détermine le choix de l'époque : peut-être était-ce ici une fête du solstice d'hiver.

(1) Voir la feuille G de nos itinéraires.

(2) Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions, 1871, p. 312-328, avec une carte.

(3) C’est ce qu'indique l'emploi des mots xôux Zepugduudos, qui ne peuvent s XI, 3, 37.

appliquer qu’à un tertre artificiel.

L'habitude, une fois prise par la piété des fidèles, aura persévéré alors même qu'avait disparu la solennité de la date qui l'avait fait naître. Voici ce que nous avons trouvé d’inédit en fait d'inscriptions à Zéla.

Dans une rue, sur un autel quadrangulaire. Au-dessous, une feuille. KAAOYEINO Kaloveivo oEu Be PIAWN Po.

A Calvinus, dieu, Philon.

Ce ne peut être qu'une faute du lapicide qui a substitué lo à lo à la fin du premier mot de l'inscription.

Il s’agit certainement de ce Cn. Domitius M. F. M. N. Calvinus, lieutenant de César, qui, avant l'arrivée de celui-ci, avait été battu par Pharnace. D'après Dion (1), Calvinus resta chargé par César, après sa victoire sur Pharnace et son départ pour Rome, de réorganiser la province ; mais il ne demeura pas longtemps occupé à cette tâche, car l’année suivante nous le trouvons pourvu d’un commandement dans la guerre d'Afrique (2). C'était un personnage important, et, à ce qu'il semble, malgré les graves échecs qu'il subit à deux reprises, un bon officier général ; il fut sans cesse employé d’abord par César, puis par Octave. Au moment de la mort de César, il était #agister equitum désigné du dictateur. En 40, il obtint un second consulat, et en 36 il eut les honneurs du triomphe tait devenu le

pour les succès qu'il avait remportés en Espagne. Ce qui paraît probable, c'est qu'il é patron de la province pontique à la place de Pompée. Dans les derniers temps de la république, quand existait déjà cette disposition des esprits qui devait donner plus tard naissance au culte des empereurs déifiés, on voit souvent les honneurs divins offerts par l’adulation provinciale non-

seulement à de grands personnages romains, capitaines victorieux et puissants gouverneurs, mais même à des Romains de condition ordinaire dont on avait reçu ou dont on attendait quelques services (3).

Dans la citadelle.

HPOICYNBIUW

por uvÉio

EPUNIAI Ésovid BHPATIOC Bnpérios.

OCAANKI CADET 5 NHCH 5 vica THNCTH rh 674- AHNTAY Any rai- THNAUW nv d6- CITUIE ct rù e- 10 PUTATUW 10 pUTÉTE TAMIGW Taie (CHICNRE P. S'AGTED- TIWCAOY riws Jou'- OBIOCTAY 6 Bios Trad- 15 TAAMNH 15 sa: uv AAHCXAPIN uns jépuv.

(4) XLIT, 49. — (2) B. Afric., 86, 93.

(3) Voir les témoignages recueillis par M. Waddington, Mélanges de numismatique, 2° série, dans l’article intitulé : Les

portraits des proconsuls d'Asie et d'Afrique sur les monnaies. Noir aussi Egger, Mémoires d'histoire ancienne et de philologie, p.78 etsuiv., à propos du décret rendu par la ville de Cymes en Éolide, sous le principat d’Auguste, en l'honneur de Vaccius Labéon, Romain obscur, que cette ville voulait adorer comme un dieu après lui avoir dressé un temple.

Hoo: pour fout. Épovis et Bnpérios, noms nouveaux ; le dernier doit être une transcription du latin Veratius. Dans la formule connue qui vient ensuite, Sos pour déca, rauio pour ragusie; mais ce qui étonne, c’est le chiffre de la somme édictée comme amende contre le violateur de la tombe. Il est fixé ici en sesterces, tandis que d'ordinaire, en Asie Mineure, c’est en deniers que l'on compte. De plus, ce chiffre est très-inférieur à celui que nous rencontrons toujours en pareil cas, et qui est le plus souvent de 500 à 1000 deniers: 274 sesterces, cela ne fait pas 70 deniers. Nous lisons ce chiffre en commençant par la droite, comme s’il y avait vod; les exemples

abondent. Remarquez aussi l'accusatif onoregriws, transcription toute mécanique du latin, et cette

formule dont je ne connais pas d'autre exemple : à 8

& vadra, c'est là ce qu'est la vie !

Enfin nous relevämes au même endroit une inscription latine, très-mal conservée, qui figure au troisième volume du Corpus, sous le n° 237, d’après la copie que nous en avons communiquée.

Aussitôt après avoir dressé la carte du champ de bataille de Zéla, nous étions retournés à Amasia. La neige, qui ne cessait de tomber, nous avertissait de nous hâter. Le 14 décembre, après avoir vendu à Amasia nos chevaux et avoir expédié d'avance notre bagage, nous partions pour Samsoun, l’ancienne Amisus; le chemin, qui dura deux jours, fnt des plus pénibles. Nos chevaux enfonçaient jusqu'au ventre tantôt dans la neige, tantôt dans la boue. Le 17, nous nous embar-

quions pour Constantinople sur le paquebot français la Witidja, et le 20, nous étions dans le Bos-

phore, après une traversée qui ne fut point sans émotions ni sans danger. C’était le 2 mai 1861 que nous avions mis le pied sur la terre d'Asie. D’autres diront si nous avons bien employé pour la science les huit mois que nous avons consacrés à cette exploration; pour nous, au moment où nous mettions en ordre, avant de rentrer en France, tout notre butin archéologique, épigraphique et géographique, nous nous sentions le cœur plein de reconnaissance et de joie. Nous avions pu, dans le cours de cette longue campagne poursuivie à travers les chaleurs de l'été et jusqu’au cœur de

l'hiver, visiter tous les points qui avaient été signalés à notre attention ; nous avions eu le bonheur de réussir à Ancyre, là où d’autres, qui semblaient dans des conditions plus favorables que nous, avaient échoué; nous rapportions une meilleure copie du texte latin de l’/Zndex rerum gestarum, et ces colonnes de la traduction grecque que M. Mordtmann n'avait point eu la chance d’arracher aux masures qui les cachaient. Nos découvertes n'avaient point été achetées d'un trop grand prix ; la santé de M. Guillaume et celle de M. Delbet, gravement atteintes un moment par les fièvres pernicieuses qui faisaient tant de victimes autour de nous, s'étaient remises à l'automne, et rien ne nous empêchait de donner à ce beau voyage l'épilogue que nous avions toujours rêvé, de revenir par la Syrie, la Palestine et l'Égypte : c'était le meilleur moyen de compléter notre instruction archéologique et l'éducation de nos yeux avant de nous mettre à expliquer les monuments dont nous avions réuni les dessins et les photographies. Nous rentrâmes en France à la fin du mois de fé-

vrier 1862. De cette année passée en Orient nous rapportions tous les trois, outre une amitié qui ne finira qu'avec notre vie, des souvenirs que le temps écoulé depuis lors n’a fait que nous rendre

plus chers.

EXPLICATION DES PLANCHES

PLANCHE LXX

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