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pour l'usage auquel il était destiné. C'est qu'il avait été conçu et exécuté par les mêmes maitres qui ont taillé dans le roc les tombes royales au-dessus de la ville et le vaste système d’escaliers et de terrasses qui les relient les unes aux autres. C’est le même caractère de force et de grandeur, le même air d’aisance dans un travail qui n’a pu manquer d'être long et difficile.
D'un bout à l’autre de l'Asie Mineure, les anciens ont taillé en mille manières leurs montagnes de calcaire, de marbre, de trachyte ou de granit, comme s’ils eussent eu affaire à une molle argile. Ils ne pouvaient pourtant pas, comme nous, employer la poudre à canon et la mine; mais ils n'étaient point pressés et ils avaient les bras des esclaves. C'était surtout le culte des morts et le désir d’assurer leur éternel repos qui les avait portés à attaquer ainsi le flanc des montagnes pour y mettre à l'abri le cadavre du chef de la famille ou de la tribu, dans une chambre que les escarpements de quelque âpre ravin défendaient contre toute indiscrète curiosité. L'habitude une fois prise, on avait continué à appliquer ces mêmes procédés à des travaux du genre le plus varié. Ici les vivants se creusèrent des habitations dans le rocher ; là, ils lui confièrent ou des inscriptions, ou des sculptures qui traduisaient leurs croyances ou qui rappelaient des événements historiques; ailleurs, ils le façonnèrent en citadelles où de profonds silos, des citernes et des puits ménagés dans la pierre vive permettaient de tenir pendant de longs mois, sans manquer de blé ni d’eau, contre l'ennemi campé dans la plaine.
Obligés, pour rapporter d'Amasia tout au moins l'étude complète d’une catégorie de monuments, de nous borner aux tombeaux creusés dans le roc, nous n’avions pu accorder à l’acropole l'attention qu’elle méritait ; à plus forte raison, ne pùmes-nous étudier toute une autre série d’édifices qui, à eux seuls, occuperaient pendant longtemps l'architecte et l'historien de l’art, les édifices élevés par les Turcs Seljoukides et par les premiers sultans ottomans.
Déjà nous avions trouvé les traces de ces princes dans le château, qui a été réparé par le dernier des sultans Seljoukides, Alaeddin ibn kei Kobad ; mais c'est en ville que sont les monuments les plus intéressants de cette époque. Tout cela malheureusement est dans un état de délabrement et de dégradation des plus affligeants. Ce n’est pas que les fonds manquent. L’administration de l'evkaf est ici très-riche ; les mosquées ont, dans la province d’Amasia, des domaines plus vastes et de plus gros revenus que partout ailleurs ; mais toute cette fortune ne profite qu'à ceux qui sont chargés de l'administrer. Pendant que ceux-ci vivent dans l'abondance, chaque année quelque pierre se détache et quelque coupole s'effondre. Tous les monuments de l’époque ils ne peuvent
Seljoukide, de beaucoup les plus originaux et les plus élégants, sont abandonnés
plus passer que pour des ruines. Un des plus remarquables est le Gheuk-médressé, situé à l'entrée de la ville, sur la route de Tokat. L’ornementation du portail, celle de la porte même, en bois délicatement sculpté, sont d’une rare élégance. Il en est de même du monument placé en face, de l'autre côté du chemin, pour recevoir, selon M. Mordtmann, le tombeau du prince seljoukide, Kilidj-Arslan, qui régnait au milieu du douzième siècle. Il y a là des chapiteaux charmants (1).
(4) M. Boré (Mémoires d’un voyageur en Orient, t. 1, p- 310) a vu dans cet édifice un monument de sculpture que l'on ne nous y a pas montré. Voici comment il le décrit : « Un tombeau, sculpté avec un art et avec un goût qui rappellent les monuments de ce genre appartenant à l’école gothique, a échappé, comme par miracle, à la proscription dont l'islamisme frappa toutes les représentations de la figure humaine. Une femme, dormant du dernier sommeil et vêtue d’une robe ondoyante, est couchée sur le marbre, à la façon des reines, des princesses et des baronnes de la belle église d’Inspruck. Des têtes d’anges et des fleurs entrelacées entourent les côtés de la pierre, relevée aux quatre coins par des renflements pareils à ceux des tombes de Tium et d’Amastris. On appelle ce monument le Sépulcre de la fille,
et les Turcs me dirent que ces ossements étaient conservés par eux avec respect, d’après une tradition qui porte que cette fille d’un ancien roi, célèbre par sa vie pure et bienfaisante, était la fondatrice de l'église, » Nous regrettons vivement de ne nous être point enquis à Amasia de ce monument, dont ne disent mot ni Hamilton ni Barth. Nous avons cité tout au long le passage de M. Boré pour éveiller l'attention de quelque futur voyageur. Cet auteur est d’ailleurs si peu archéologue et ses descriptions sont toujours si vagues qu'il nous est impossible de dire s’il faut voir dans cette
Nous ne trouvons pas moins d'intérêt dans un édifice plus considérable, le Tünar-hané où «l'hôpital des fous », qui estassez bien conservé. Enfin, à la mosquée de Yurgiteh-pacha, qui date des premiers temps de la conquête musulmane, il y a aussi des détails ravissants. Le Gheuk-médressé était revêtu extérieurement d’émaux d’un beau ton vert dont un bien petit nombre sont encore à leur place. Comme l’art grec, l’art arabe avait compris que l'architecture gagne à relever la forme par la couleur. Toutes ces constructions seljoukides appartiennent à l’une des variétés de ce que l’on est convenu d'appeler le style arabe, au type qui mériterait le nom d'architecture seljoukide ; ce serait en effet par la comparaison des monuments d'Amasia avec ceux que ces princes avaient élevés dans leur capitale Konieh et sur d'autres points de l'Asie Mineure que l'on arriverait à en définir les caractères et le style. Par bien des traits, cette architecture rappelle l’art qui fleurissait en Occident vers le même temps; c'est le même emploi de l'ogive et la même tendance à renforcer l'édifice par des supports extérieurs, par des contre-forts appuyés contre les murs pour résister à la poussée des ares. Les versets du Coran se mêlent ici aux arabesques comme chez nous les litanies de la Vierge courent le long des balcons et tournent autour des rosaces. L'ornementation végétale domine presque partout et des feuilles indigènes se mêlent dans les chapiteaux et les corniches à des formes toutes de fantaisie. Des tores brisés et des entrelacs rappellent aussi certaines particularités du style roman. Il y a d’ailleurs ici, ce nous semble, quelque chose de plus léger, de plus fin, de plus capricieux, une imagination aussi riche que celle qui s’est traduite dans l’ornementation de nos cathédrales, mais moins bizarre que celle-ci ne l'a été parfois. On trouverait bien peu de chose chez nous à comparer aux charmantes arabesques qui se trouvent à gauche sous le porche de la mosquée de Yurgitch-pacha. Tout ce que nous avons pu faire pour rapporter quelques souvenirs de ces monuments seljoukides, dont les détails demanderaient au dessinateur des semaines et des mois, ça été d'en prendre quelques photographies ; malheureusement celles-ci n’ont pu trouver place dans notre ouvrage tout entier consacré à l'antiquité.
Les édifices élevés sous les premiers sultans ottomans ont encore de la noblesse et de la grandeur. Les meilleurs ouvrages de cette époque, à Amasia, sont la mosquée du sultan Bayezidliderim, construite par lui avant son avénement à l'empire, et la mosquée de Bayezid-pacha, un des lieutenants de Bayezid-Ilderim, qui se réfugia à Amasia après la bataille d'Ancyre. La mosquée de Bayezid-sultan est la plus grande de la ville et une des plus grandes de l'Asie Mineure. C’est la mieux conservée des anciennes mosquées et la seule qui soit convenablement entretenue. L'édifice est très-vaste, d’une disposition simple et sévère, mais qui pèche peut-être, comme celle des mosquées de Constantinople, par une certaine lourdeur. Les coupoles sont un peu écrasées et les massifs qui les supportent énormes. Il y a quelques émaux portant des lettres du Coran, vertes sur un fond blanc. Le reste de la décoration intérieure est en peintures à la colle qui ne manquent pas d'effet. La mosquée de Bayezid-pacha est bien plus petite, mais peut-être plus élégante. Les arabesques et les bandes de feuillages et d’entrelacs qui décorent le porche sont
jolies. Tout cela est loin pourtant de la richesse et de l'élégance capricieuses qui rendent si
originaux et si charmants les monuments seljoukides. L'architecture des Turcs ottomans, comparée à celle de leurs prédécesseurs, a quelque chose de froid et d’un peu pauvre.
Si nous ne pouvions étudier, comme nous l’aurions voulu, les monuments du moyen âge, ni même tous les monuments antiques que contient Amasia, nous tinmes du moins à en transcrire toutes les inscriptions. Voici toutes celles que nous avons reconnues être inédites ou avoir été mal copiées :
tombe un sarcophage du temps de l'empire romain ou une œuvre byzantine. Peut-être M. Boré a-t-il pris pour des
têtes d’anges des motifs de décoration qui n’ont rien de chrétien.
Sur une surface de rocher taillée et entourée d’un encadrement, dans le voisinage d’Aïnali-Mahara. La tombe était au-dessous. De larges trous de scellement indiquent la place d’un petit édicule, Lettres de 0,05.
TYOOAOPIC Tlu06d opte AAHTPOAOPOY Murpoddpou AIAIWAMEAI À Ai Meuru- NUTUIAI c) & WANAPIXMNH © dvde pvi- MHCXAPIN pune yépuv.
Il ne s’agit pas ici de cette Pythodoris, femme supérieure, suivant Strabon (1), qui régnait de son temps sur la partie orientale de l’ancien royaume du Pont; mais ce fut sans doute le souvenir de son mérite et de sa puissance qui rendit vulgaire dans cette région l'usage de ce nom.
Dans la cour de la mosquée de Kilidj-Arslan. Lettres de 0w,04. En dessous un miroir et un peigne.
@EOPETH Oeorpérnç KECHETYAA #è EnoTÜda OICWEANAPO où Zocévdpolu ÆRA:AMAPKIA PA(a6iX) Mapriæ FAYKYTAR PhuxvTrér MHTPIKEÆI pare xè qu AOTEKM Roréxve ANHAEEX APIN uvduns yépiv.
Yurgitchpacha Djamisi. Lettres de 0m,05 qui ont été négligemment gravées sur une pierre de couleur sombre et que l'on distingue à peine.
LOTOYXYAONITHCKAIIWNEIIOYPANIWNIEIGAI TBECEOAOPSCOIOYAEIOYMOAICMATOCEPOPOC ANACTACIONIIOEMONEYCEBHTPOMEOSY XON EIAPYCCOPON.NIEI...MYCTHPIWNETUNYMON EYIEBAAXE NMATACS&IAOAPOIAIOCMYCTHC
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Les Annales de l'Institut de correspondance archéologique, 1861, p. 180, contiennent une copie de cette inscription, communiquée par M. Mordtmann à M. Kirchhoff; celui-ci la publie sans chercher à l'expliquer ; il remarque seulement qu'il paraît y être question de l'empereur Anastase (492-518). Nous avons poussé plus loin le déchiffrement, sans arriver pourtant à rétablir le sens général, Tout ce que nous entrevoyons, c’est qu'il est question d’une fondation religieuse. Voici les mots que nous avons cru reconnaître :
+ Aa TV Erovpayios ro LA Oeédopos à roëde roù moMGuarog épopos
Avactdcioy ebceËï rpomeoÿyov
»\ met FINE édpuce Opévoy is[ Gv] pusrrgtov à
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+ + + + xafapôraros pÜsrne + Deorelxrois douaoiv STONE : pihopoucivns és ÉauTov.
(4) XIL, 3, 29.
ET
A ces inscriptions que nous avons transcrites, nous en ajouterons une qui nous a été envoyée en 1866 par M. Stroh, gendre et successeur de M. Krug. Elle se lit, nous écrivaitil, au-dessus d’un des tombeaux creusés dans le roc, sur la face méridionale de la montagne qui porte la citadelle. Nous ignorons si ce texte, que M. Stroh avait aussi envoyé à Berlin, a été publié.
TETHNINAEKOAYŸEXAPINMNHMHEETITOOZ POYPOSEOQNTIPOMATOPTHEMIESTENEHS ENNOMIKHTPOYXONTAKAEOMBPOTONHPITAZEMOIPA TPATAZYNETOMENONBHMATIBIOYNIKA
) OZTEAAEIETATPHNOMATHPO...ATOPOYDOZ
KAIKATEOHKENAOENOATITPOrTONOI
HPOQGAENITOAEKAIAAAOIIATATOIKEINTAI TIMEEIZXPONIOZVIOZTETNOAYXPONIOZ
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rérenv 6 rérno &[méac Juro Poïpos,
nai aarénner [eue] Eba[meo of] roéyovos-
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ou,
Tuuieus, Xpioc vide
e Tolypéves.
Celui qui, pendant sa vie, a façonné ce roc pour F
rpétuer sa mémoire, c'est Rufus, l'ancêtre de notre race. La Parque a enlevé Cléombrote qui excellait dans l'étude de la jurisprudence et qui, au barreau bithynien, avait atteint le premier rang. Son père, Rufus, fit rapporter ses ossements dans s
a patrie. Îl les prit et les déposa là où reposent ses ancêtres. Dans ce monument gisent encore d’autres êtres chéris, Timéeis, Chronios et son fils Polychronios.
Nous avons pris d'assez grandes libertés avec ce texte, le sachant copié par quelqu'un qui est tout
gns, Ne pouvant
à fait étranger aux études épigraphiques. Ainsi, ligne 2, nous avons hasardé que rien tirer de tn ui j
- L. #, rçora ouveméuevoy est une expression un peu insolite, mais qui s'explique pourtant; on pourrait la traduire par prima assequentem. L. 6, notre restitution goxc présente une difficulté, c'est que le premier «& est long; mais l’auteur de ces médiocres vers regardait-il à une faute de quantité? Avant rpéyovor, le graveur ou le copiste a dù oublier ci. L. 8, Tynske, dont je ne connais pas d'exemple, est une variante du nom Tiuéac. Ce qu'il y a de plus intéressant dans cette inscription, c’est la mention qui y est faite de ce Cléombrote, jurisconsulte originaire d’Amasia, qui devient une des gloires du barreau bithynien. Ce texte doit être du second siècle, le temps où, comme nous avons déjà eu plusieurs fois l'occa
sion de le remarquer, ces provinces furent le plus peuplées, le plus vivantes et le plus prospères.
La saison était si avancée et le temps si mauvais que nous ne pouvions songer à prolonger notre voyage; nous voulümes seulement pousser une pointe jusqu'à Zi/eh, l'ancienne ZéLa, pour déterminer, s’il était possible, le théâtre de l’action où César triompha de Pharnace. Nous partons le 3 décembre au matin et nous longeons d'abord l'Iris. En face du village de Guzeldjé-hkeuï les
montagnes se rapprochent, couvertes de bois de chênes et de pins, et la vallée prend un grand caractère. Le fond du tableau est formé par un rocher superbe, Schain-Kaïaci, « la roche du faucon. » Le soleil des étés d'Asie, à force de frapper cette haute paroi tournée vers ses plus chauds rayons, a nuancé de belles veines d’un jaune. d'or le schiste grisâtre qui forme en cet endroit la masse de la montagne. Un peu plus loin, notre route s'écarte du fleuve, sur la rive gauche, pour gravir péniblement, à travers des taillis, les pentes de l’A/&-Agatch-dagh. Nous y retrouvons la neige, qui, dans