‹ Exploration archéologique de la Galatie et de la BithynieChapitre 26 sur 153 · ET LES LACS DE LA BASSE MYSIE · texte numérisé non relu

ET LES LACS DE LA BASSE MYSIE

Cest de Brousse que nous avions gagné Cyzique en suivant une route déjà parcourue par plusieurs voyageurs, celle qui longe la rive

septentrionale du lac d’Apollonie (1). Les ruines de l’ancienne APoLLonrE, dont le nom, sous les formes altérées Æboullion, Aboulliontè , est resté à un gros bourg et au lac où se réfléchissent ses maisons, avaient été visitées par nos prédécesseurs et plusieurs fois figurées (2); nous les laissâmes sur notre gauche, à trois quarts d'heure environ du chemin, et nous allâmes coucher à Xara-Aghatch; ce hameau occupe un petit promontoire où la carte de Kiepert place un village, Ulio, qui n'existe pas. Cette erreur, qui nous frappa et que nous corrigeñmes, après enquête, sur les lieux mêmes, est facile à expliquer; il y a beaucoup de diversité dans la manière dont les paysans prononcent le nom d’Aboullion. Une variante, une rapide abréviation recueillie par un des voyageurs dont M. Kiepert a consulté les itinéraires, aura donné naissance à cette confusion. On nous a assuré qu'il n'y avait point là ni sur nul autre point du littoral, de village appelé Ullio, ni d'autre Aboullion que celui qui occupe le site d’Apollonie (3).

Nous traversèmes en bac, auprès de la pointe nord-ouest du lac, le fleuve qui en sort à cet endroit; le bac a remplacé un pont de pierre dont les piles, qui paraissent dater des empereurs byzantins ou des premiers sultans, s’6

vent encore au-dessus de l’eau. Un pont de bois, maintenant coupé par le milieu, servait au passage il y a quelques années. En ce lieu même, sur la rive gauche de ce large et rapide courant qui est maintenant connu sous le nom de Mualitch-tchai, «le fleuve de Mualitch, » s'élevait autrefois une ville forte, LopapioN, qui parait avoir eu, comme tête de pont, une assez grande importance à l’époque byzantine. Un mi-

(1) C’est R. Pococke qui, le premier, a suivi ce chemin (partie IL, 1. IE, ch. 42). Sestini (Voyage dans la Grèce asiutique, lettres 7 et 8) était allé plus tard de Pandermo à Brousse en suivant, mais en sens contraire, la même route que nous, et, quoiqu'il estropie singulièrement les noms anciens et les noms modernes, il s’est assez bien orienté entre les deux grands lacs auxquels il donne leur vrai nom. Parmi les voyageurs plus récents qui ont parcouru cette contrée, Ed. Hamilton s’est dirigé directement de Brousse sur Kirmisli-Kassaba, en laissant le lac à sa droite, et Ph. Le Bas a été de Moudania à Mualitch, de Mualitch à Aboullion, et de 1 donné une bonne carte de toute cette partie du pays.

(2) V. Ph. Le Bas, Voy. arch. — Jin. pl. 44 à 48.

(3) La même carte contient, au même endroit, une autre erreur légère. Elle appelle Xës-Chan un khan ruiné auprès duquel passe la route de Mualitch, dénomination qu'il faudrait traduire par « le khan des jeunes filles, » ce qui ne présente guère de sens. Le véritable nom est Kvr: z-Khan, « le khan des voleurs, » ce qu’on explique dans le pays en ans ce khan ont eu à s’y défendre contre les attaques des brigands, que s'y sont retranchés et y ont soutenu de vrais siéges contre les soldats envoyés pour les

à à Adranas, en contournant le lac. Ce dernier voyageur a

racontant que souvent des caravanes abritées d souvent aussi les brigands poursuivre.

sérable hameau, Uubad, conserve, légèrement altéré, le souvenir de l’ancien nom; il ne remplit qu'un tout petit coin de l'enceinte. Celle-ci, avec ses tours qui sont alternativement en fer à cheval et en épi, est assez bien conservée; elle est construite en moellons mêlés de briques et de quelques fragments antiques (1).

Une heure à peine de chemin sépare Ulubad de HWualitch. Dans la petite ville de Mualitch, nous n’hésiterons pas à voir, avec M. Kiepert, l’ancienne Mirerorozis. Malgré la terminaison toute tartare d'apparence qu'il a prise, le nom moderne, qui ne présente en turc aucun sens, est, selon toute probabilité, une corruption et une contraction de la dénomination hellénique. Il me paraîtrait suffire à fixer ici, en l'absence même de tout autre indice, l'emplacement de Miletopolis. Ce qui confirma pour nous cette présomption, ce fut le grand nombre de médailles autonomes de Miletopolis qui nous furent apportées à Mualitch et dans les villages voisins. D'Anville et Mannert s'étaient évidemment trompés en cherchant Miletopolis à Baluk-Esri, beaucoup trop loin vers le sud-ouest de ces lacs auxquels la rattache un passage de Strabon dont voici la traduction (2) : «Tel est l'Olympe. Ses pentes septentrionales sont habitées par les Bithyniens, les Mygdones et les Doliones; les autres appartiennent à la Mysie et à la Phrygie Épictète. On appelle particulièrement Doliones les populations répandues autour de Cyzique depuis l’Æsepos jusqu'au Rhyndacos et au lac Daskylitis, puis Mygdones celles qui font suite aux Doliones, et qui s'étendent jusqu'au territoire des Myrléens. Au-dessus du lac Daskylitis il y

en a deux autres, l'Apolloniatis et le Miletopolitis; auprès du lac Daskylitis se trouve la ville de Daskylion, auprès du Miletopolitis la ville de Miletopolis, auprès du troisième lac l'Apollonie qu'on appelle du Rhyndacos. Presque tout ce territoire appartient maintenant aux Cyzicéniens. »

Baluk-Esri est dans un pays montagneux, à une douzaine d'heures du plus voisin des lacs, tandis que le texte du géographe grec indique clairement que Miletopolis était aussi voisine du laë qui porte son nom qu'Apollonie, dont nous connaissons l'emplacement, l'était de celui qui a gardé le sien.

M. Ph. Le Bas à eu un moment une autre idée. C'est Ancyre de l’Abasitide qu'il plaçait d’abord là où est maintenant Mualitch. L'étude attentive des textes lui fit abandonner plus tard cette opinion qu'il avait mise en avant dans l'un des rapports écrits pendant le cours de son voyage (3). C'est qu'un autre passage de Strabon établit clairement que le Makestos a sa source auprès de cette Ancyre, dont les monnaies se distinguent, par l’absence du titre de Mnrpéros, des monnaies de l’Ancyre des Tectosages (4); il faut donc placer cette Ancyre bien loin de Mualitch, sur le plateau d’où sort aussi le Rhyndacos. La ville moderne de Mualitch est située sur l'emplacement d’une cité grecque, comme le font conjecturer tout d'abord les nombreux débris antiques qui se rencontrent et que nous vimes dans les rues de la ville, dans les murs de ses églises et parmi les pierres de ses cimetières. En attendant qu'une ou plusieurs inscriptions, contenant l'ancien nom de la cité, soient trouvées à Mualitch, et viennent mettre la chose au-dessus de toute contestation, on peut dès à présent regarder comme très-probable l'identification de Mualitch et de Miletopolis. La seule objection que l'on pourrait soulever en jetant les yeux sur la carte n'en est pas une pour qui a vu le pays. Mualitch parait à une bien plus grande distance du lac occidental appelé aujourd'hui Wanias-Gheul, qu'A-

boullion du lac oriental; Mualitch est même plus près du lac Apolloniatis que du lac auquel

(4) Voir les voyageurs cités plus haut. Aucun d'eux n’a rien trouvé d’intéressant à Ulubad. (2) XIL, 8, 10.

(3) Voir Revue de philologie, . 1, p. 27.

nous croyons devoir donner le nom de Miletopolitis. Mais ce que n'indique point la carte, c'est que tout le terrain qui sépare les deux lacs et que traverse le cours du Makestos, est une prairie basse, inondée pendant une grande partie de l'année. Ayant perdu la chaussée, nous

n'arrivâmes à Mualitch, le 14 mai, qu'en poussant nos chevaux à travers des marécages où

l'eau leur montait souvent jusqu'au ventre. L'étendue des deux lacs, du côté où ils ne sont circonscrits que par cette plaine sans relief sensible, doit varier d'une année à l'autre, et il est très-possible qu'il y a quelques siècles, le lac occidental, même quand ses eaux étaient à l'étiage, vint presque baigner les murs de Miletopolis.

Le pass

age de Strabon, que nous avons cité plus haut, soulève un problème de géographie historique des plus curieux et des plus difficiles à résoudre. Il mentionne, de la manière la plus formelle, une troisième ville et un troisième lac, Daskyrion et le lac Da

ylitis, On n’a encore retrouvé ni la ville ni le lac. Le nom de Daskylion paraît pourtant assez souvent dans l’histoire, car c’est là qu'était, sous les Achéménides, le chef-lieu d’une satrapie qui comprenait la Mysie et la Bithynie (1). C’est à Daskylion que se trouvait, nous le savons par Xénophon, la résidence de Pharnabaze, ce satrape de Phrygie auquel Agésilas fit la guerre : « Agésilas, nous dit-il, marcha vers Daskylion, où était situé le palais de Pharnabaze, entouré de villages considérables et bien a )pro-

visionnés; des pares clos de toutes parts, ou des plaines spacieuses, invitaient à la chasse. Autour de Daskylion coulait une rivière abondante en poissons de toute espèce. Les volatiles ne manquaient pas à ceux qui voulaient chasser aux oiseaux (2). »

Ce pas

ge pourrait faire croire que ce nom de Daskylion ne désignait que le palais du satrape et le beau domaine qui l’entourait, domaine qu'avait planté le père de Pharnabaze, Pharnace,: titulaire avant lui de cette satrapie (3), et où il avait cherché à réunir tous les agréments, tous les plaisirs auxquels tenaient les grands seigneurs perses. Il y à pourtant lieu de penser qu'il y avait là autre chose qu'une maison de plaisance et que les habitations des fermiers et des gardes du gouverneur de Phrygie. Ce qui pronve qu'une petite ville était voisine, vers cette époque même, de la résidence de Pharnace et de Pharnabaze, c’est un document contemporain de ces satrapes, ce sont les listes officielles des villes tributaires d'Athènes, listes qui, dans leur état actuel, vont, selon Boeckh, de 447 à 406. Dans cinq de ces listes, où plutôt de ces fragments de listes, on trouve mentionné Daskylion, presque toujours avec ces mots & Ilcorovriù, sur la Propontide (Axoxÿeov, Auoxv?

savo, Aucnÿksioy y Toorovrid) (4). Le tribut que l'on peut déduire des cotes indiquées, en suivant la méthode de Boeckh, est très-faible, un des plus faibles que contiennent les listes; il ne parait pas avoir dépassé 1,000 drachmes. Les villes voisines de Kios et de Bryllion, quoique cette dernière ne nous soit connue d’ailleurs que par Étienne de Byzance et Pline l'Ancien, auraient 6té imposées plus haut, Kios à 2,000 drachmes, Bryllion à un talent.

De ce passage des marbres athéniens il faut rapprocher le texte d'Étienne de Byzance, qui rattache cette petite ville de Daskylion, taxée si bas, à cette cité voisine, Bryllion, sur laquelle nous ‘avons si peu de renseignements : « Bryllion, ville sur la Propontide ; Éphore, dans son sixième livre, dit que c’est la même ville que Kios. L’ethnique est Bryllianos, et le

canton porte le nom de Bryllis, au féminin. C’est dans ce canton que se trouve la toute petite ville

(1) Hérodote, IL, 120, 126.

(2) Xénoph., Hellenica, IV,.1, 15 (3) Xénophon, Hellenica, IV, 1,

Cf. ibid. IN, 4, 13.

3% Lele

beaux palais, ces parcs pleins de grands arbres et de bêtes fauves que mon

père m'avait laissés, » dit Pharnabaze à Agésilas, « et qui faisaient mes délices, je les vois brûlés et ravagés. » Pharnace est mentionné par Thucydide, II, 67 et V, 1, comme gouverneur de la province qui touche à l’Hellespont. (4) Boeckh, Staatsaushaltung der Athener, t. A, p. 679, 676, 698.

de Daskylion (1). » IL y a évidemment là une légère erreur à propos de Bee, ville qui de-

vait ètre distincte, quoique probablement très-voisine, de Kios, puisque les listes athéniennes mentionnent à la fois les Beuavoi et les Kuzvoi (2); mais c’est seulement de Daskylion que nous

nous occupons ici, et c'est un renseignement intéressant que de trouver cette ville placée dans le territoire d’une ville aussi rapprochée que Bryllion de Kios, dont nous connaissons la situation. Pomponius Mela, décrivant la Bithynie, la Paphlagonie et toute la côte asiatique du Pont-Euxin, commence à l'Hellespont; il mentionne Abydos, Lampsaque, Parion et Priapos, puis Cyzique et l'Olympe mysien, qui verse à la mer le Rhyndacos; après avoir donné des détails très-apocryphes sur certains serpents qui naïtraient sur les bords de ce fleuve, il continue ainsi : « Trans Rhyndacum est Dascylos, et quam Colophonii collocavere, Myrlea (3). » Pline l'Ancien est aussi bref. Il y a, dit-il, en Bithynie douze cités, « inter quas Gordiu-come, quæ Juliopolis vocatur; et in ora Dascylos (4). »

tence de Daskylion, comme petite ville assez importante pour obtenir une place à part dans la liste des cités comprises dans l'empire maritime d'Athènes, est hors de doute.

Ainsi l’e

Les passages cités permettent aussi de déterminer, à très-peu de chose près, quelle devait être la position de cette ville. Le texte de Pomponius Mela prouve qu'elle était située sur la rive

droite du Rhyndacos; celui d'Étienne de Byzance, qui en fait une enclave d'une ville qu'E-

phore confond avee Kios, conduit au même résultat. Enfin, de ce fait même qu'elle était comprise parmi les villes tributaires d'Athènes, on peut inférer qu’elle était sur le rivage même, ou du moins bien près de la mer. Le mot de Pline, #n ra, suggère la même idée. On ne doit donc chercher Daskylion qu'entre le fond du golfe de Gheumlek et l'embouchure du Rhyndacos, et comme Pomponius Mela nomme Apamée des Myrléens immédiatement après Daskylion, on aurait même à restreindre l’espace indiqué plus haut, et à placer Daskylion dans une des petites anses qui se creusent sur cette côte entre Moudania, l'ancienne Apamée, et le point où le Rhyndacos se jette dans la Propontide. Il y aurait lieu de voir s'il ny a point, par exemple, à Laskili, de vestiges antiques qui pourraient être ceux de Daskylion.

La seule difficulté que l'on puisse opposer à cette hypothèse, c’est le passage de Strabon

précédemment cité, et où se trouvent ces mots oùv Ti Auoxvlirid Muvn Auoxÿluoy

. Si l'on prend à la lettre les expressions dont se sert Strabon, il faut interpréter dans un sens plus large celles qu'emploient les marbres athéniens, et reporter cette petite ville à quelques kilomètres vers le sud de la plage, sur le revers méridional des collines qui séparent

de la mer l'Oulfer-sou, l'ancien Odry . Alors même, on n'aurait point à accuser d’inexactitude les rôles du tribut athénien. Une ville située à deux ou trois lieues de la Propontide, sur un lac qui y versait ses eaux et qui communiquait avec elle par un large émissaire, pou-

vait bien être appelée, pour qu'on ne la confondit pas avec quelque autre, « Daskylion sur la

Propontide. »

Tels sont les rene

gnements que l'antiquité nous a transmis sur Daskylion; tout maigres et

incomplets qu'ils sont, on voit qu’en les réunissant et les rapprochant l’un de l’autre, on arrive déjà à circonscrire dans d'assez étroites limites le territoire où à dù exister Daskylion et

où des recherches attentives en feraient peut-être retrouver, un jour ou l'autre, quelque trace en-

vrid. “Egogos dè à 76 n° Kiov ara gnouv ei dv BeuNiaved, ua rd Orauubv Beuvnkis à yopa,

êy à Aucx Ÿ FOXGLÉTLOV.

formellement Bryllion et Kios. Voici le passage (V, 40, 4) : « Postea sinus, in quo flumen Asca-

(2) Pline distingue nium : oppidum Bryllion : amnes, Hylas, et Cios, cum oppido ejusdem nominis, quod fuit emporium non procul accolentis Phrygiæ, a Milesiis quidem conditum, in loco tamen qui Ascania Phrygiæ vocabatur, »

(3) De situ orbis, \, 19.

(4) Pliv., 4. N., V, 4o, 3.

core apparente. Ce que nous savons de cette nappe d’eau à laquelle Daskylion avait donné son nom concorde parf

aitement avec ce que nous avons pu apprendre de la ville; mais l'embarras parait ici plus grand encore, au premier abord. On se demande comment un lac assez profond pour porter, dit Plutarque, des bateaux de moyenne grandeur (1), s'est évanoui et a disparu au point que l'on n'ait pas encore su où chercher le lit que ses eaux remplissaient autrefois.

Pour sortir de peine, on a voulu quelquefois, en rapprochant une phrase de Strabon, qui contient évidemment une méprise, d’un texte d'Étienne de Byzance et d’un texte de Pline, identifier le lac d'Aboullion ou lac Apolloniatis avec le lac Daskylitis (2). Mais le passage de Strabon, cité plus haut, où il énumère les trois villes et les trois lacs, et un autre passage tout semblable du même auteur et aussi formel (3), ne me paraissent pas pouvoir se concilier avec une explication de ce genre; ils conduisent à la repousser catégoriquement et à compter trois lacs distincts. De ces trois lacs, le seul sur la position duquel nous ne puissions hésiter, même un instant, c’est le lac d’Apollonie. Quant au lac de Miletopolis, la position de Miletopolis répondant, selon toute vraisemblance, à celle de Mualitch, et Strabon mettant sur la même ligne le lac d’Apollonie et celui de Miletopolis, ce qui correspond tout à fait à la situation relative de l'Aboullion-gheul et du Wanias-gheul, i ne faut point hésiter à reconnaître dans ce dernier le lac Miletopolitis. Où donc chercher et trouver le Das

litis? M. Kiepert ne l’a pas fait figurer sur sa carte, au moins dans l'édition de 1858, que j'ai sous les yeux, pas plus que la ville de Daskylion. M. Charles Müller, le savant éditeur du Strabon de la collection Didot et l’auteur des belles cartes qui accompagnent cette édition, dans la onzième de ces cartes, indique le lac Daskylitis entre la mer et le lac Apolloniatis, sur le cours de l'Odryssès , qui aurait traversé et alimenté ce fleuve comme le Rhyndacos fait le lac d’Apollonie. Si l'on se reporte à la carte moderne de cette même région, on y trouve , là où M. Müller met son lac Daskylitis, les terrains humides et bas où s’égare et semble se perdre le Nioufer où Oulfer-sou, la rivière de Brousse, avant que ses eaux rejoignent le Mualitch-tchaï. Tes marais qui se trouvent auprès du village de Balabandjik (4) seraient un faible reste du lac Daskylitis.

Avant même d’avoir jeté les yeux sur l’atlas de M. Müller, j'avais eu cette même idée, et, comme

il n’a pas exposé les motifs qui l'ont déterminé, comme, d'autre part, M. Texier, dans son ré-

cent ouvrage sur l'Asie Mineure, ne parait point adopter cette mani de voir et regarde la question comme encore pendante, je crois devoir indiquer les raisons qui m'avaient conduit à cette opinion.

Un premier indice qui fait songer à chercher le lac Daskylitis dans la vallée de l'Oulfer-sou, c'est une des expressions dont se sert Strabon. « Les deux autres lacs, l'Apolloniatis et le Miletopolitis

sont, dit-il, au-dessus ( ra) du Daskylitis. » Or Strabon vient de parler des populations

(4) Plut., Lucullus, IX. Tüe Aucuwykiridog Nipuvne msouévas deario pu (2) Voici les passages sur lesquels on à essayé de fonder cette identification; je les emprunte à M. Texier, qui expose cette hypothèse sansse prononcer sur sa vraisemblance ( {sie Mineure, p- 137). Strabon (XIII, 587)dit, en parlant des Aphnéens : « Ils sont nommés Aphnéens, nom qui vient du lac Aphnitis, car c

st ainsi qu'on appelle le lac Daskylitis. » Si nous prenons le texte d'Étienne de Byzance (s. v. Agveuov), nous } lisons : « Aphneion, ville de Phrygie près de Cyzique et

de Miletopolis. Le lac aux environs de Cyzique s'appelle Aphnitis; il portait auparavant le nom d’Artynia. » Pline ajoute encore à la confusion, puisque, suivant lui, le Rhyndacos sort du lac Artynia. Or, comme ce fleuve traverse le lac d’Aboullion, on serait tenté de conclure que le lac d’Apollonias n’est autre chose que le lac Daskylitis, les noms d’Artynia,

d’Aphnitis et de Daskylitis d

gnant un même lac.

(3) « Les Cyzicéniens possèdent une partie du lac Daskylitis, dont le reste appartient aux habitants de Byzance, une portion du pays des Doliones jusqu'aux lacs Miletopolitis et Aphnitis (

abon, XII, 576). » Ici encore les trois lacs sont nommés à la fois et nettement distingués.

(4) Voir dans le Foyage archéologique Va Carte de la Mysie orientale, de l'Abrettène et de lu Phrygie Épictète, dressée par Ph. Le Bas.

qui habitent toute cette côte méridionale de la Propontide, des Doliones, qui s'étendent de l’embouchure de l'Æsepos à celle du Rhyndacos et au lac Da:

is, puis des Mygdones qui leur succèdent jusqu'au district occupé par les Myrléens, district dont la situation est indiquée par l'emplacement d’Apamée des Myrléens, reconnu auprès de la ville moderne de Moudania (1). Après avoir ainsi comme parcouru d’un regard tout le littoral, il rentre dans l’intérieur, et son

dép, au-dessus, doit évidemment se traduire ici par : ex remontant vers l'intérieur de la péninsule, en s’éloignant du rivuge. Cela répond parfaitement à la situation que nous assignons au lac Daskylitis par rapport aux deux autres; celui d’Apollonie et celui de Mualitch se trouvent en effet sur une même ligne en arrière, c'est-à-dire au sud de la vallée que traverse l'Oulfer-sou, l'ancien Odryssès.

Un extrait que donne ailleurs Strabon du Tour du monde d'Hécatée de Milet me paraît achever

de fixer, de la manière la plus évidente, entre le lac Apolloniatis et la côte, auprès de Balabandjik,

l'emplacement de l'ancien lac Daskylitis : «Auprès de la ville d'Alazia, dit Hécatée, se trouve

le fleuve Odryssès qui coule à travers la plaine mygdonienne et qui sort de l’extrémité occidentale du lac Daskylitis, pour se jeter dans le Rhyndacos (2). »

La ville d'Alazia, quelque bourg bithynien, au pied de l’Olympe, est inconnue; mais l'Odryssès, la rivière qui traverse le pays des Mygdones, ne peut être que la rivière qui passe devant

Brousse, l'Oulfer-sou. Cette rivière traverse en effet, coulant de l’est à l’ouest, tout le district

qui s'étend du Mualitch-thai à Moudania, c'est-à-dire du Rhyndacos à Apamée des Myrléens ; c’est bien là l’ancien territoire mygdonien (3). Un bras de rivière, analogue à celui par lequel le Rhyndacos se déverse du lac d'Apollonie dans le Makestos, mettait en communication le lac Daskylitis et le large fleuve formé, au-dessous de Miletopolis, par la réunion des eaux du Rhyndacos, du Makestos et du Tarsios. Cet émissaire devait quitter le lac à peu près à l'endroit où les eaux de l'Oulfer se dégagent encore aujourd'hui, si l’on en croit la carte dressée par M. Le Bas, des marais de Balabandjik.

Ce que dit Plutarque, à propos du siége de Cyzique, du lac Daskylitis, s'explique parfaitement si l’on place avec nous le lac Daskylitis dans la vallée de l'Oulfer-sou. « La navigation du lac Daskylitis était faite ordinairement, dit-il, par des bateaux de grandeur moyenne; Lucullus prit le plus grand de ces bateaux, il le chargea sur un chariot, le transporta ainsi au bord de la mer, et y fit embarquer autant de soldats qu’il pouvait en contenir. Le bateau fit route de nuit sans attirer l'attention de l'ennemi et parvint à entrer dans la ville (4). » Les barques qui naviguent aujourd’hui sur le lac d’Aboullion donneraient une idée de celles que portait autrefois le lac Daskylit mode de transporter à la mer le plus considérable de ces petits bâtiments, il faut que le trajet

s. Quoi qu'il en soit de leurs dimensions, pour que ç'ait été une opération rapide et com-

ait été court et facile; or, entre Balabandjik, qui devait être sur le bord de l’ancien lac, et la mer, il n'y a guère que sept à huit kilomètres, tandis que du lac d'Æboullion où du lac Manias, la dis-

(1) Voyez plus haut, pages 1:

(2) XIE, 3, 22. Plusieurs manus

ts portent, au lieu d’Odocons, différents noms inintelligibles ; mais la leçon qu’autorisent divers manuscrits et que M. Ch. Müller à reçue dans le texte, ne me paraît pas douteuse. (3) On s'apercevra, en jetant les yeux sur la version latine qu'a conservée M. Ch. Müller, que je traduis tout autre-

ment qu’elle le passage d’Hécatée. Voici les mots du grec : ‘Er à An? ë Pévd a

qui per Mygdonium campum ab oc

/ DANS \ Ne PANOES môrauos Odoiconc béuv dx Muydovéns mediou dr:

TANT .Ch. Müller traduit ainsi : «Ad Alaziam urbem est fluvius Odr

diou 3e Auoxv\irid

s Muvns

isu labitur et lacu Dascylitide, et in Rhyndacum exit. » Or il suffit de jeter les yeux

sur la carte pour voir que l’Oulfer-sou, dont l'identité avec l’Odryssès est admise par tous les géographes, coule de

l'est à l’ouest. Il n’y a qu’à mettre une virgule après 7

lv, et qu'à joindre drà docioc à êx rie Kéuvns écééNie, pour que le

sens devienne parfaitement clair, et que cette courte phrase se trouve ainsi contenir le renseignement le plus précis et le

lus important qui nous soit parvenu sur l’ancien état de tout ce canton et sur la distribution des eaux à sa surface. ! F (4) Plut., Zucullus, IX,

tance à parcourir par terre, pour arriver à un point quelconque de la côte, serait double ou triple.

On pourrait s'étonner que Lucullus ait eu l'idée de faire transporter le bateau sur un chariot

quand le lac Daskylitis communiquait avee le Makestos par un émissaire, et par le Makestos

avec la mer. Mais, comme l'Oulfer-sou ne débite, surtout pendant l'été, qu’une très-petite quan-

tité d’eau, il se pouvait que, pendant la plus grande partie de l’année, l'émissaire du lac ne fût pas capable de porter bateau. Il n’y a rien Ià qui ne soit aisément explicable et qui mérite de nous arrêter un seul instant.

Tout concourt done, on le voit, pour nous engager à placer Daskylion et le lac Daskylitis

entre le lac Apolloniatis et la mer, sur le cours inférieur de l'Oulfer-sou, dans la plaine que dessi-

nent et que laissent s'étendre entre elles les deux chaînes de collines qui bordent, l'une, le rivage de la Propontide, l’autre, celle du lac d’Apollonie. Une étude approfondie de ce canton, étude que nous recommandons à nos suecesseurs, permettrait sans doute de reconnaitre au pied des hauteurs la trace du séjour des eaux, de déterminer le contour de l’ancien lac, et de reconnaître

à quelles causes il faut attribuer l'écoulement des eaux et le desséchement de la plaine. Nous re-

grettons de n’avoir pu, pressés que nous étions d'arriver à Cyzique, faire ici un léger détour, et

de n’avoir pas cherché à suivre dans tout son cours l’ancien Odryssès, ce que personne encore n'a tenté. Tout ce district, tout voisin qu'il est de Brousse , si souvent visitée, appelle encore les recherches, et ménagerait, je n’en doute point, d’intéressantes découvertes à qui voudrait l'explorer tout à loisir. En attendant, je crois avoir au moins éclairci la question, présenté une conjecture très-vraisemblable, et donné aux documents historiques et géographiques que nous avons dès

à présent entre les mains la meilleure interprétation qu'ils comportent. Ilres

à parler d’un passage de Strabon, qui semble être en contradiction avec l’idée que nous avons émise , en uous fondant sur des textes tirés de Strabon lui-même, relativement à la situation de Das-

kylion et du lac Daskylitis. Je traduis ce passage, tiré de l’une de ces discussions de géographie homérique où se complaît Strabon : « Après la ville de Cyzique et l’Æsepos commence, d’après Homère, la Troade. Car voici ce que dit le poëte (IL IT, 824) :

«Ceux qui habitaient Zeleia, sous les dernières pentes de l’Ida, les Aphnéens, qui boivent l’eau noire de l’Æsepos, sont des Troyens ; ils avaient pour chef l’illustre fils de Lycaon, Pandaros. »

«Illes appelle aussi Lyciens. Quant au nom d’Aphnéens, on croit qu’ils le doivent au lac Aphnitis, car c’est là un des noms du lac Daskylitis (1). »

De tout le contexte du passage, il résulte évidemment qu’il est question, dans les vers d'Homère cités par Strabon, de populations qui habitent dans le voisinage de Zeleia et sur les bords de l’Æsepos, ville et fleuve dont la situation est connue ; ils appartiennent à la région qui s'étend au

sud-ouest de Cyzique. Or les textes que nous avons rapprochés, et qui établissent une étroite relation entre Daskylion, son lac, et des villes dont l'emplacement est certain, telles que Myrleia et Kios, prouvent sans réplique que Daskylion est bien à l’est de Cyzique, sur la rive droite du Rhyndacos. Si donc les Âgvesoi que mentionne Homère se rattachent à un certain lac Aphnitis, ce lac, voisin de Zeleia et de l'Æsepos, ne peut être que le lac Miletopolitis, et M. Kiepert a raison d’ajouter, comme il l’a fait pour le Manias-gheul, le nom d’Aphnitis à celui de Miletopolitis; mais alors c’est qu'il y a une erreur dans le texte de Strabon, erreur qui provient de son fait ou de celui des copistes. Strabon n'avait ici qu'à mentionner incidemment l’un des deux lacs, dans la description

d'une contrée autre que celle où ils étaient situés; comme d’ailleurs les deux lacs appartiennent à une même région, comme les deux noms ont même aspect et même terminaison, il n’y a rien

d'étonnant à ce qu'il ait pris l’un pour l’autre.

(1) XILE, 1, 9 MoN ? 25

hr

Nous ne trouvàämes à Mualitch que trois inscriptions qui eussent échappé à M. Le Bas. Les voici :

Sur une des faces d'un piédestal quadrangulaire, large de 0,26 sur 0",64 de hauteur. Lettres de 0",03.

ATAOHITYXHI Àyabÿ réyn AN TOKPATO Aüroxpdro- PIAAPIANQI ge Adorv ZQTHPIKAI curhgt Hal AK otfaiort à

Sous l’invocation de la bonne Fortune : A l'empereur Hadrien, sauveur et fondateur.

Il paraïtrait naturel de restituer, à la ligne 5, xrisrn, si je ne m'étais assuré, par un examen attenüf, qu'il y avait sur la pierre, avant le K, un caractère qui m'a paru ressembler à un A. La formule cure a} or, quoique moins commune que la formule si fréquente cute «al risrn, se rencontre pourtant; ainsi je la trouve dans une inscription de Milet (1). La conve qu'il fût incliné, m’auraient présenté, sur ce marbre très-usé, que j’eus beaucoup de peine à dé-

ité de l'O et l'T, pour peu

chiffrer, l'apparence d’un A. Je ne vois point d'épithète qui commence par Ax, et qui puisse convenir à Hadrien ou qui lui ait été donnée par une |inscription. Dans le khan de la soie, sur une base de piédestal renversée. Lettres de 0,03.

FABIAAAKAIOIÏITY Tabinia aa où T'u- TYNANKATOIKOI TUVOY xdTouxoL,

Gabilla et les habitants de Gytyna.

Gytyna est sans doute un bourg inconnu de ce canton. Quant à Gabilla, ce doit être un nom de femme également inconnu; il rappelle le nom latin Fadilla. C’est une dédicace faite par une dame romaine, probablement la plus riche propriétaire du village, et par ses tenanciers ou ses voisins.

Sur un débris d’entablement. Lettres hautes de 0,09.

PACHTOMNHMATOY AOTAPINOTIKAHPON

C’est un fragment d'inscription funéraire, relatif, à ce qu'il semble, aux précautions prises par le mort pour assurer l'inviolabilité de sa sépulture.

Nous avons retrouvé encastrées dans les murs d’une vieille église, là où il les avait lues, les inscriptions qui, chez Le Bas (Voy. arch. V° partie), portent les numéros 1099, 1100, 1001, 1102, 1103, 1105. Elles avaient été lues en général très-correctement, quoique placée

à une certaine hauteur au-dessus du sol. Il n'y à à faire que de très-légères corrections. Ainsi, au n° 1100, y

a un T à ajouter devant le P par lequel commence l'inscription. 1102, au commencement de la troisième ligne, on lit très-bien evoaae.

(1) Le Bas, foy:. arch, Inscriptions. Partie V, 211. Adrozoéroo Kaisaot T

5, Ad Eure nai vluerÿ.

Voici comment il faut lire le n° 1105 :

AIOCKEPBIOCPOYDOCKAITA

CEPYKIOC MAZIMO CAAEADOC EPYKIAI OYAIANHMNHMHCXAPIN

Sur la rive gauche du Makestos, en amont de Mualitch et à trois heures environ de cette ville, dans un hameau appelé Tchamandra, nous trouvâmes une borne milliaire, grossièrement arrondie, sur laquelle nous lùmes, à grand'peine, les trois inscriptions suivantes, très-négligemment gravées en caractères de forme allongée, qui ont une hauteur moyenne de 0,04.

Je les range dans leur ordre chronologique.

a. 5 AESAYPVALAIOKLETIANO Imp(eratori) CJæs(ari) Aur(elio) Val{erio) Diokletiano AYGETINVCAESMAVP semper] Aug(usto) et Imp(eratori) Cæs(ari) M(arco) Aur(elio) MAXIMIANOPIHO Valerio] Maximiano P{io) Fe(lici [Invieto CONSTANTIOET et Flavio) Val(erio) Constantio et 5 ALMAXIMIANONOBILIS Gal(erio) VJal(erio) Maximiano nobilis/simis CAISARIBVS. Cæsaribus.

De l’autre côté de la colonne :

La première ligne illisible. [mp{eratori) Cæs(ari) FLCS Fl(avio) Go[nstantino Maximo, MINCIMOIRISIE MIPIE RUE 00 NI Victori, semper [Aug(usto) et Fla(vio) CONSTAN Constan[tino et Fla(vio) CONSTANTIOETFLA Constantio et Fla(vio) 5 CONSTANTINNBBAC Constanti, n(obilissimis) ac FLORENTISSSCAESS florentiss(imis) Cæs(aribus. Au-dessous , cette indication de distance :

c. ce MKE Mi(llia) x! e!.

MXXV Mi(llia) XXV.

Sous l'inscription a, un quatrième groupe dont on ne distingue plus que quelques lettres : à Le) T

VICTORIACTRI Victori ac tri(umphatori) FOCCONSTAN Constan[tio CONSTANTR Constanti RIBB. Cæsalrib{us).

a. Le graveur semble avoir oublié le prénom de Dioclétien, Gaïus. Ce qui montre, du reste, avec combien peu de soin ces textes ont été écrits sur la pierre, c’est ce bizarre mélange de lettres grecques et de lettres latines. L. 2, au lieu de ETINV, que porte ma copie, il faut lire ET IMP. Cette inscription date de la première tétrarchie; elle se place entre l’année 292 et l’année 305 de notre ère.

b. Cette inscription doit être de l'une des deux années 333 ou 334, car c'est en 333 que le plus jeune des fils de Constantin, Constant, reçut, comme ses deux aînés, le titre de César, et, en 335, le ne-

veu de Constantin, Dalmace, fut revêtu de la même dignité. Dalmace n'étant pas nommé ici, il ya tout lieu de croire la dédicace antérieure à son avénement. Les trois Césars sont nommés ici dans l’ordre de leur association à l'empire (1).

d. Cette dernière inscription es

trop mutilée pour qu'on puisse en tirer grand'chose; elle paraît appartenir à la même époque que l'inscription b, et avoir contenu les mêmes noms. c. La borne qui porte , en grec et en latin, le chiffre 25, se trouvait évidemment près de l’en-

droit où la voie romaine qui, de Cyzique, se dirigeait vers Hadriani et probablement Æzani, tra-

versait le Makestos. La distance ici indiquée est comptée probablement à partir de Cyzique, et

ces 23 milles romains équivalent à 37,025 mètres. Or, d'après l'évaluation que nous fournit notre marche, calculée en moyenne à 100 mètres par minute, il y a entre Pandermo et Tchamandra 29,000 mètres. De Pandermo aux ruines de Cyzique on compte par terre une lieue et demie, ce qui ferait 6,000 mètres à ajouter. Nous arriverons ainsi à un total de 35,000 mètres, qui ne s'éloigne pas sensiblement de la distance indiquée par la borne romaine. Nous avions, entre Pandermo et Tchamandra, dans bien des endroits, coupé au plus court à travers la plaine maintenant à see, tandis qu'autrefois la voie faisait peut-être d'assez grands détours pour éviter les marais qui se forment pendant l'hiver sur bien des points de ces terrains unis et bas.

L'Jtinéraire d Antonin ne nous donne pas une seule voie partant de Cyzique ou y aboutissant. N'était cette lacune, nous aurions vraisemblablement le nom de la station antique que représente Teha-

mandra. Il y aurait lieu de chercher dans le voisinage les restes d’un pont sur le Makestos, pour

déterminer l'endroit où la voie franchissait le fleuve. En explorant d’une part les villages placés entre ce point et la presqu'île de Cyzique, de l’autre ceux qui se trouvent entre Hadriani et Tchamandra, on aurait chance de rencontrer d’autres bornes milliaires, et de fixer d’autres points

par lesquels passait la voie.

(4) C£., dans Le Bas, Foy. archéol., part. V, n.8, une inscription d’une colonne milliaire trouvée sur la route de Smyrne à Sardes, qui contient les mêmes noms impériaux dans le même ordre.

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