LA VALLÉE DU RHYNDACOS
De Tchamandra, où la voie romaine, selon toute apparence, traversait autrefois le fleuve, nous avions remonté, sans trouver ni pont, ni bac, ni gué, jusqu'en face du village de Tcherbéi, où nous accomplimes, non sans difficulté ni danger, le passage du fleuve; gonflé par les dernières pluies, il coulait profond, rapide et boueux. Les chevaux, déchargés et guidés par leurs conducteurs, qui s'étaient bravement dépouillés de leurs vêtements, durent traverser à la nage, pendant qu’un batelier turc transportait d’un bord à l'autre, en plusieurs voyages, nos personnes et nos effets. Son bateau n’était qu'une longue et étroite pirogue, creusée dans un tronc d'arbre, et que le moindre faux mouvement eût fait chavirer.
Nous marchâmes ensuite, pendant plus d’une heure, dans de vastes prairies qui s'étendent sur les deux rives du Makestos, et où abondent les lièvres. Puis nous montâmes sur un plateau peu élevé et très-monotone, où nous trouvämes, dans l'endroit appelé Jammamlu, des vestiges anciens déjà signalés par Hamilton. Ils n’ont aucune importance, et le caractère n’en est pas bien marqué; quelques restes de substructions, quelques piles de maçonnerie en brique et en blocage, voilà tout ce qu'on distingue, Ce peuvent être les débris d'un village antique ou de quelque établissement byzantin ou turc. Nous n’apercevons aucune inscription, et le site ne justifie en aucune manière la conjecture d'Hamilton, qui avait songé à placer à Hammamlu Miletopolis. Il n’y a ici ni cours d’eau, ni forte position à défendre.
D'Hammamlu, en un peu plus d'une heure, une légère descente conduit à Æirmisli-Kassaba, «la ville rouge, » gros bourg qui contient environ 600 familles. Le Rhyndacos, que traverse un pont de bois bien établi, forme en cet endroit un assez beau fleuve, qui ne doit guère offrir de gués dans toute cette partie de son cours. Les maisons, tout entourées de jardins, sont éparses sur les deux rives. Cette petite ville a un aspect tout moderne, et pourtant on y voit assez de fragments antiques pour croire qu'il a dû y avoir jadis en cet endroit même, ou dans le voisinage, un centre de population de quelque importance. La pluie nous retint une matinée à Kassaba, et nous permit de découvrir et de copier quelques inscriptions dans le quartier que nous habitions ; il y en aurait probablement d’autres à trouver. Le village, tout coupé de cultures et de plantations de müriers, occupe une très-grande étendue de terrain.
Sur une stèle encastrée, sens dessus dessous, dans le mur de la mosquée d’Hamza-bey, et ornée de deux bas-reliefs, aujourd’hui très-frustes ; celui d'en haut paraît représenter la famille du propriétaire du tombeau, réunie devant une déesse, assise sur un siége élevé, tandis que dans l’autre est figurée une scène de labourage. Hauteur de la stèle, 1,65 ; largeur, 0,91 ; hauteur des lettres, 0®,025.
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