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L. 3 et 4. Remarquez la men- tises des générations futures

Sur un autel de forme quadrangulaire, haut de 0,60, devant l'église grecque. Les lettres ont 0,04, et sont d’une belle conservation. AOHNAZ Abnväs.

D’Athéné.

Stèle dans le mur d’une cour. Le haut du marbre est occupé par un bas-relief qui représente un homme en terrassant un autre. Dans l'angle, au-dessus de l’homme renversé, un aigle au repos. En dessous de cette scène on lit ces mots:

AIOCAPHTH Aus denti

La puissance de Zeus.

Âenr pour Âpert.

Je n’avais pas vu cette inscription, dont je dois la copie à M. de Vernouillet. C'est un hommage à Jupiter, l’offrande de quelque athlète qui aurait invoqué le dieu avant d'engager la lutte, et qui aurait cru devoir la victoire à la protection toute spéciale et à l'intervention du maitre de l'Olympe.

Au-delà de Kassaba, c’est dans nos itinéraires qu'il faut chercher notre route, assez difficile à suivre sur la carte. Nous longeâmes la rive droite du fleuve jusqu'au petit village de Xestélek. Les contre-forts de l'Olympe envoient leurs pentes jusqu'au Rhyndacos; la plaine a cessé depuis Kassaba; mais la vallée est encore large, et les montagnes peu élevées qui la bordent sont toutes boisées. Le pays est charmant; notre sentier traverse tantôt de beaux champs d'orge et de seigle, parsemés de puissants et vastes noyers, lantôt une prairie parfumée, où se dressent, de place en place, de beaux platanes, de grands chênes. Auprès de Kestélek il y a un château byzantin ruiné, sur une hauteur escarpée qui commande un coude du fleuve. Nous aurions bien voulu continuer à serrer de près le Rhyndacos; mais nos guides nous déclarèrent qu'il faisait de trop nombreux

détours, et qu'à plus d’un endroit il était dominé par des rochers et des escarpements qui rendent le passage impo

ible. Il fallut donc nous résigner; nous franchîmes de nouveau le fleuve, et nous nous retrouvàmes sur la rive gauche. Quittant alors le bord du Rhyndacos, que nous perdimes bientôt de vue, nous nous enfonçâmes dans un mas

if montagneux qui fait face à l'Olympe. La hauteur de ces crêtes allongées, sur lesquelles nous cheminons, dans la direction du sud-est, pendant tout un jour, est bien inférieure à celle de l'Olympe, et aucun sommet élevé ne s’en détache et n’attire les yeux. Notre sentier court à travers une forêt de chènes, de hètres et de pins; les villages sont rares; nous en apercevons trois ou quatre à distance, mais nous n’en ‘traversons pas un seul. Les arbres ne sont pas très-grands, mais ils forment une futaie serrée qu'interrompent à peine, de place en place, quelques rares clairières. Nous couchons dans un hameau de quinze maisons, 4k-fach, qui doit son nom, «la Pierre Blanche, » à une grande paroi de roche qui le domine. La neige reste ici, nous dit-on, deux ou trois mois sur la terre. On n’a que quatre

mois pour la culture et la récolte des céréales. On essaye de produire quelques cocons, mais les müriers souffrent souvent. Le 25 mai 1861, ils n'avaient pas encore leurs feuilles ouvertes. Nous n'avons trouvé depuis Kassaba aucune trace d’antiquités, et d’ailleurs j'imagine que ce pays accidenté et boisé, -avec ses longs hivers, devait présenter, dans les temps anciens, à peu près le même aspect qu'aujourd'hui, et ne pas être très-peuplé. Il ÿ aurait pourtant, nous assure-t-on, une grande « pierre écrite, » dans un village que, d’après les explications fournies par nos hôtes d’Ak-tach, nous aurions laissé sur notre droite, à une heure ou deux du sentier que nous avons suivi. Ce village s'appelle Quar-iaghmaz, mot à mot: «Il n’y neige pas. » Il est situé probablement dans quelque fond bien abrité, où un climat plus doux avait attiré autrefois quelque population. Cette inscription, dit-on, des Francs auraient voulu l'enlever; ils auraient fait prix avec les gens du village pour obtenir la permission de l'emporter; mais la pierre se serait trouvée trop lourde, et ils auraient dù, après quelques vaines tentatives, renoncer à leur projet.

D’Ak-tach, nous continuâmes à descendre au sud-est jusqu'à Zndjè-keui, puis nous remontâmes vers le nord pour traverser dans toute son étendue le district d'Ædrinas, et pour visiter les ruines de l’ancienne ville d'Hadriani ad Olympum. Ce district et ces ruines ont été rattachés, dans notre description, à la Bithynie (voir p. 61-67). Le Rhyndacos, au-dessus de Beidjeh, le village le plus voisin des ruines d’'Hadriani, est encore resserré dans une gorge étroite qui force le voyageur à s’en éloigner, et qui empêche de suivre son cours autrement qu'à distance et du haut des plateaux. Ce n’est qu'après Harmandjik que les crêtes s’abaissent peu à peu et s’écartent; insensiblement le fond de la vallée se relève et son contour s’élargit; les montagnes se changent en collines, et, à partir de Taouchanlou, on se sent au seuil de cette haute plaine qui formait le domaine d’Aizani.

Aux trois quarts du chemin qui sépare Harmandjik du gros bourg de Mohimoul, à quarante minutes à l’est-sud-est du hameau d’Zéni-leui, se trouve un intéressant monument de style phrygien, qui présente une frappante analogie avec quelques-uns de ceux que Leake a le premier découverts et décrits au centre de la Phrygie, dans le voisinage de Seïd-el-Ghazi. C’est le plus occidental de tous ces monuments, qu’une très-vraisemblable conjecture attribue à l’art des anciens Phrygiens, de cette population indo-européenne que les plus anciennes traditions nous montrent établie, vers le commencement des temps historiques, dans les hautes vallées du Rhyndacos et du Sangarios, ainsi que sur le cours moyen de l'Halys. Il n'y a d’ailleurs point à s'étonner de trouver un monument phrygien au pied de l’Olympe mysien, et en deçà des limites que les géoignent à l’ancienne Mysie. Selon toute vraisemblance, les Mysiens étaient de trèsproches parents des Phrygiens, et appartenaient, comme eux, au groupe des populations thraces, groupe mal connu et très-difficile à étudier, mais qui appartenait certainement à la grande famille

graphes ass

indo-européenne. Enfin, comme le dit expressément Strabon en rappelant un dicton populaire que uous avons cité antérieurement (p. 61, note 1), il était déjà difficile, dans l'antiquité même, de dé-

terminer la frontière qui séparait les Mysiens des Phrygiens. Ces derniers, établis d’abord plus au sud, paraissent s'être étendus ensuite vers le nord-ouest, ce dont témoigne ce surnom de Phrygie Épictète (c'est-à-dire « conquise plus tard »), donné à la Petite Phrygie, à celle, dit Strabon, « qui s'étend sur les bords de l’Hellespont et autour de l'Olympe. »

Le monument que nous cherchions, sur l'indication donnée par Hamilton (t. I, p. 97), est connu dans le pays sous le nom de Delikli-tach, « la Pierre Percée (1). » Le sentier qui nous y mène, et par où passent les voyageurs et les caravanes qui viennent de Koutahia, suit probablement la direction d’une très-ancienne route, car il conduit de lui-même au pied de la petite chaîne de rochers, à forme bizarre et tourmentée , où se trouve le monument figuré dans nos planches V et VI, monument de la nature de ceux que l'antiquité aimait à placer au bord des grands chemins. On contourne une sorte de promontoire qui s’'avance vers le fond d'un vallon où coule un ruisseau, affluent du Rhyndacos qu'il rejoint auprès de Mohimoul; puis, quand on à franchi cette pointe, si l’on se retourne,

on se trouve en présence de ce curieux débris d'un bien lointain passé. Pour peu que l'on ait déjà vu une des nécropoles de l'Asie-Mineure, on reconnait tout d'abord un tombeau.

Ce tombeau occupe le centre d’un massif isolé qui domine le chemin, et qui s'aperçoit d'une assez grande distance. Le massif dans lequel il est creusé a été partagé par les convulsions volcaniques dont tout ce terrain porte la trace, en trois masses de. grosseur inégale et de forme irrégulière que des fentes profondes séparent l'une de l’autre, dans une portion du moins de leur épaisseur. Les deux masses extrêmes n’ont pas été touchées par le ciseau, et ont gardé leurs taillé de

manière à offrir aux yeux une sorte de façade qui se termine par un fronton aigu, Au tiers à peu

contours capricieux et leurs saillies naturelles. Au contraire, le rocher du milieu a 6

près de la hauteur totale du rocher se dessine une porte simulée, élevée sur trois degrés, et encadrée d'un double et large chambranle. L'ensemble est d'un bel effet. Les deux grandes masses qui sont restées brutes des deux côtés de la surface travaillée se marient heureusement à ces formes architecturales très-simples; on trouve ici réunis le pittoresque des accidents naturels, et l'intérêt qu'excite toujours une œuvre d'art, où des hommes qui ne sont plus ont mis quelque chose de leur âme et de leur pensée.

L'ouverture à peu près circulaire, qui a été pratiquée dans le champ de la fausse porte, n'est autre chose qu'une dégradation très-postérieure, et peut-être toute moderne ; évidemment on l'a percée afin de pénétrer dans la chambre intérieure qu'on supposait devoir exister par derrière, afin de s’emparer des trésors qu'espérait trouver dans cette tombe une ignorante cupidité. La forme irrégulière et l'étroitesse de cette ouverture suffiraient à prouver qu'elle n'est point dans le plan antique; elle a été percée précipitamment, et le travail a été suspendu aussitôt que cette espèce de lucarne a pu livrer passage à un enfant ou à une personne un peu mince. Il suffit d'avancer un peu la tête par cette ouverture pour voir que la seule entrée de la chambre funéraire, celle par où le corps a été conduit à sa dernière demeure, et déposé sur sa dernière couche, se trouve à la partie supérieure de cette chambre. Pour mieux dire, le caveau où dut être placé le cadavre n’est autre chose que le fond même d'une sorte de puits ou de cheminée qui a 4",31 de hauteur, et qui s'ouvre vers le milieu de la grande façade verticale. Comme on peut le voir dans la coupe suivant l'axe (pl. VI, £. 3), l'orifice supérieur de cette cheminée avait été soigneusement clos, après qu'y avait été couché le mort dont on avait voulu assurer le repos; le puits était fermé par deux épaisses dalles, dont on distingue encore les scellements, et qui laissaient

(2) Dans le livre de M. Hamilton, une petite gravure sur bois représente le tombeau phrygien de Délikli-tach. Comme toutes les autres vignettes que contient son texte, celle-ci ne peut donner de son objet qu’une idée très-imparfaite. Le mérite de M. Hamilton, c’est d’avoir découvert cette belle tombe, qu’il décrit d’ailleurs en dix lignes; c’est d’avoir augmenté le nombre, encore si restreint, des monuments qui représentent pour nous la civilisation d’un peuple jadis riche et puissant, qui a eu le malheur de déchoir et de disparaître au moment où naissait l’histoire.

entre elles un vide de 60 centimètres. Les parois du puits n’ont été qu'imparfaitement dressées; dans cette partie du monument, soustraite aux regards, on n'avait point songé à l'apparence et à l'effet; on s'était contenté de chercher à donner au sépulcre le plus de solidité et de durée possible, et de le défendre du mieux que l’on pouvait contre touie profanation et toute visite indiscrète.

Il est heureux que, grâce au trou percé dans le roc et à la facilité de l'accès, nous ayons pu étudier la disposition du monument dans toutes ses parties. Nous avons pu signaler ainsi, dans une sépulture de l'Asie Mineure, ce système des puits funéraires qui se rencontre si généralement dans les nécropoles de l'Égypte et de la Phénicie.

J.-R. Steuart indique auprès de Xumbet, dans la Phrygie centrale, un monument funéraire de style primitif et tout asiatique, où se retrouve une disposition analogue ; le tombeau n’avait d'autre entrée que l’orifice d’un puits qui vient déboucher au-dessus du roc où la sépulture avait été creusée ; plus tard, on avait aussi pratiqué un trou au milieu de la porte simulée qui ornaïit le centre de la façade (1). Il est probable qu'on en trouverait encore d’autres exemples dans la vallée de Doghanlou si l’on explorait à loisir et dans tous les sens les plus anciennes des tombes qu'elle renferme. Nous inclinons particulièrement à croire que le grand monument connu sous le nom de Tombeau de Midas doit présenter intérieurement une disposition semblable à celle que nous venons de décrire. Il est aussi décoré, au bas de la grande façade ornée de méandres et surmontée d'un fronton, d’une porte simulée dont l’arrangement et l’ornementation rappellent de la manière la plus frappante la porte de Délikli-tach ; les différences ne portent que sur quelques détails de peu d'importance (2). Un des premiers explorateurs de cette étrange vallée, M. Ch. Texier, avait, à ce qu'il semble, été d’abord porté à voir, dans la cavité que forme cette fausse porte, une niche autrefois fermée et cachée par une dalle, où le corps aurait été déposé ; après réflexion, il a paru renoncer ensuite à cette idée, en observant que la profondeur de la retraite n’est, au tombeau de Midas, que de 0",84, ce qui est bien étroit pour qu'on ait placé là un cadavre (3). Ajoutons que, si le corps avait été, tant bien que mal, déposé ou plutôt serré dans cette niche, il n'aurait été protégé contre les tentatives de violation que par une dalle nécessairement trèsmince, et dont les joints auraient été bien vite aperçus ; ç’aurait été prendre bien mal ses précautions contre la curiosité et l’avidité des générations futures.

Si done, comme l'analogie conduit à le croire, le monument où on a lu le nom de Midas est un tombeau, c’est dans l'épaisseur du rocher que doit se trouver la chambre funéraire, et on devrait y arriver par une cheminée dont il faudrait chercher l'ouverture à la partie supérieure du roc. Nous n'avons pu vérifier nous-mêmes cette conjecture, pendant le peu d'heures que nous avons passées dans la vallée de Doghanlou, où un orage est d’ailleurs venu interrompre nos travaux ; un d’entre nous, M. J. Delbet, suivant la crête du roc, a vainement essayé d'atteindre l'énorme fleuron brisé qui le couronne, et le temps nous a manqué pour faire venir des échelles ou disposer des cordes. L’orifice du puits devait être fermé par une dalle, et, si elle est restée en place, il n’est pas impossible que les joints soient si bien cachés qu'ils ne se révéleraient qu'à une lente et minutieuse recherche. On a essayé, au tombeau de Midas comme à Delikli-tach, d'arriver à la chambre funé-

() 4 Description of some ancient monuments with inscriptions still existing in Lydia and Phrygia, Londres,1842, p. 8 et pl. VII.

(2) Voir l'explication des planches V et VI, où M. Guillaume rend ces rapports plus sensibles en comparant, de l’un à l'autre monument, les détails de l’ornementation. La ressemblance est bien plus frappante dans la photographie que nous avons rapportée que dans le dessin de M. Texier, qui change un peu le caractère de la décoration (Description de l'Asie mineure, t. X, pl. LYI).

(3) Description de l'Asie mineure, t. 1, p- 154. M. Texier dit pourtant ailleurs (p. 158), après avoir décrit le monument de Midas et deux autres monuments voisins, de style analogue : « S'il est possible de regarder la niche centrale du premier comme ayant puservir de tombeau, rien de semblable ne se présente dans les deux autres. »

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