‹ Exploration archéologique de la Galatie et de la BithynieChapitre 54 sur 153 · L. Fulvius Rustieus Æmilianus, vers la même époque · texte numérisé non relu

L. Fulvius Rustieus Æmilianus, vers la même époque

Vers le commencement du troisième siècle, D. Cælius Balbinus, qui fut ensuite empereur.

Aufidius Coresinus Marcellus, vers 230.

Il y a en outre un certain nombre de légats dont on sait les noms, mais dont on ne peut fixer l'époque. Le nom de l’un d'eux, M. Valerius Italus, ne se tire que par des corrections assez hardies d'un texte en très-mauvais état, copié par P. Lucas à Ancyre. L. Petronius Verus ne doit guère être antérieur à la fin du second siècle. De Julius Saturninus et de Pomponius Secundianus, nous ne “forme de Dioclétien; c'est un de ces

savons que les noms. Minicius Florentius est postérieur à lar consulares qui, au quatrième siècle, remplacent les légats impériaux dans certaines provinces.

A cette liste des légats que fournissaient des inscriptions déjà connues, nous avons pu en ajouter un, emprunté aux inscriptions que nous avons copiées les premiers à Ancyre. Il s’agit de P. Alfius Maximus: nous n'avons donné, dans notre thèse, qu'un extrait de la longue inscription qui le concerne; elle sera publiée tout entière dans la présente relation. Dans un autre texte inédit, malheureusement très-mutilé, nous avons cru pouvoir, sous toutes réserves, retrouver le nom d’un autre légat de Galatie, qui se serait appelé Rutilius Fronto; mais ce n’est là qu'une conjecture, et il faudrait, pour savoir ce qu'elle vaut, examiner de plus près le texte, que nous n'avons pu copier qu'à distance et dans des circonstances défavorables. Enfin, une dernière inscription, dont nous donnons une copie beaucoup meilleure que celles qui étaientconnues jusqu'ici, nous retrace toute la carrière

(4) Gruter, p. 241.

d'un légat de Galatie; malheureusement, le nom manque. Une inscription de -Gruter, qui contient un L. Fabius Valerianus, légat de Galatie, est certainement fausse, comme nous croyons l'avoir démontré (1).

A côté du légat se trouvaient des procurateurs, qui remplissaient, dans les provinces impériales, les fonctions réservées au questeur dans les provinces sénatoriales. Une inscription d’Iconium semblerait indiquer qu'un seul procurateur était chargé de percevoir les revenus de toute la province (2) ; il est pourtant plusprobable qu'une province aussi vasteque la Galatie était ordinairement, comme nous l’apprennent les inscriptions pour plusieurs autres provinces impériales, partagée entre

plusieurs procurateurs, celui d’entre eux qui résidait dans la capitale ayant sur les autres procurateurs une sorte de prééminence et remplaçant le légat, quand celui-ci venait à se trouver empêché ou à mourir dans l'exercice de ses fonctions (3). On trouve encore mentionnés, pour la Galatie, des procurateurs revêtus de fonctions spéciales, procuratores rationum privatarum, familiarum gladiatorum, vigesimæ hereditatum.

Nous avons aussi, dans le travail auquel nous avons plus d’une fois déjà renvoyé, étudié, après les représentants du pouvoir central, les magistrats municipaux. L'association des trois peuples galates (zowèv l'axarëv) est souvent mentionnée; les monnaies nous attestent l’existence du xoswvbv Avxæoviue, et toutes les vraisemblances sont pour que les autres groupes de la province aient été constitués de la même manière, qu'il y ait eu un Commune Pisidarum, Commune Isaurorum, ete. Dans cette province comme dans les autres parties de l'empire, il y avait des différences entre la condition des différentes villes. Termessos et Sagalassos étaient villes libres et alliées, Germe colonie, ete. Quant à Ancyre, le titre de wnreérou: qu'elle prend dans ses inscriptions et sur ses médailles indique bien qu’elle était la capitale de la province, la résidence ordinaire du légat. C’est ce dont témoigneraient encore, à défaut de mentions expresses, l'importance d’un édifice comme l’Augusteum , le nombre prodigieux de fragments antiques qui se trouvent engagés dans les fortifications et les constructions modernes, la grande quantité d'inscriptions qui ont été copiées à Ancyre par tous les voyageurs qui y ont fait quelque séjour, et surtout ces inscriptions latines, plus nombreuses, si je ne me trompe, à Ancyre que dans toute autre ville de l'Asie Mineure. On devine, à rencontrer tant de textes latins, combien d'Italiens ou tout au moins d’Occidentaux avaient dû amener et réunir à Ancyre l'administration de la province, le commerce et les affaires. Ce n’est pas ici le lieu d'exposer, comme nous l'avons fait ailleurs, la constitution municipale d'Ancyre (4); rappelons seulement, à propos d’une dignité que nous trouvons souvent mentionnée dans les épitaphes des personnages importants de la cité et que nous rencontrerons dans deux de nos inscriptions inédites, rappelons qu'il ne faut pas confondre la Galatarchie et la Grande Prétrise de la Galatie. Une inscription en l'honneur d'un personnage qui avait successivement été revêtu de ces deux dignités montre qu'elles ne se confondaient pas ; nous avons d’ailleurs, pour confirmer cette induction et pour nous

(1) Gruter, MXN, 4. On peut mettre sur la même ligue l'inscription que cite Banduri, d’après un prétendu marbre de Smyrne, où l'aurait lue Constantin Porphyrogénète, qui range toutes les provinces de l’Asie Mineure, et parmi elles la Galatie, sous un même gouverneur, qui porte le titre de proconsul. M. Texier (4sie Mincure, p. 658) a traduit cette inscription sans éprouver aucun des doutes qu'elle parait avoir inspirés à Franz (C. /. Gr.); je crois pourtant que l’on peut, sans hé

tation, la regarder comme apocryphe. Qu'est-ce que ce proconsul, désigné seulement par son prénom ? Qu'est-ce que ces dénominations, tout à fait étrangè

à la géographie politique de l'époque impériale, l'Ionie, l'Æolide, la Méonie, la Lydie, la Tarsie, les Mariandyniens? On ne trouverait pas, dans toute l'épigraphie grecque ct latine, de mentions analogues, et d’ailleurs il serait incompréhensible qu'un proconsul eüt jamais réuni entre ses mains toutes ces provinces, eût à lui seul occupé la place du proconsul d'Asie, des légats de Bithynie, de Galatie, de Cappadoce et de Cilicie.

(2) C. I. Gr. 3991.

(3) De Galatia provincia, p. 137.

(4) De Galatia provincia, p. 147.

éclairer, l’analogie d’une province voisine, de l'Asie, sur laquelle nous avons des renseignements bien plus nombreux et plus variés. La différence entre les Asiarques et le grand-prêtre de l'Asie a été récemment établie, de la manière la plus solide, par M. Waddington, dans une dissertation dont l'occasion lui a été fournie par une inscription d'Aizani (1). Il résulte de ce travail, dont il nous suffira de rappeler ici les conclusions, que le grand-prêtre était chargé de présider aux cérémonies qui s’accomplissaient dans la capitale de la province, au nom de sa population tout entière, en l'honneur

de la déesse Rome et de la maison divine, comme on disait dans le style de l’époque. Dans les autres

villes de la province il y avait aussi des temples ou tout au moins des édicules et des autels où des prêtres municipaux, que nous retrouvons, sous des noms différents, dans toutes les provinces de l'empire, faisaient brüler le même encens en l'honneur d’Auguste et de ses successeurs, les Césars divinisés. C'était au grand-prêtre de la province de veiller à ce que partout ces cérémonies s'accom-

plissent avec ordre et décence, selon les rites prescrits. Peu à peu, par la force des choses, ce grand-

prêtre d'Auguste, revêtu du sacerdoce le

dans la province, en vint à avoir sur les prè

prééminence qui finit par se changer en un une direction plus ou moins officielle. Au

plus important, le plus recherché, le plus en vue qui fût

tres des autres dieux adorés dans la contrée une sorte de

e suprématie acceptée et reconnue, en une surveillance et

roisième siècle, nous le voyons par la correspondance de

Julien, ces grands-prètres provinciaux de Rome et d'Auguste ont sur tous les prêtres de la province,

à quelque divinité et à quelque temple « égards celle d’un évêque ou d’un archevèq

u’ils appartiennent, une autorité qui rappelle à certains

ue catholique. Il se forme ainsi, dans toute l'étendue de

l'empire, des subdivisions religieuses, si l'on peut ainsi parler, qui correspondent en général aux

subdivisions politiques. Quand le christianisme se substitue au paganisme, il arrive naturellement

que les provinces ecclésiastiques de la religion nouvelle ont les mêmes noms et les mêmes limites que celles de la religion qu'elle remplace; l'archevêque, siégeant, lui aussi, à côté du gouverneur, dans le chef-lieu de la province, paraît succéder au grand-prêtre d’Auguste. L'invasion des barbares, la chute de l'empire, et les besoins d'un monde renouvelé ont beau modifier ensuite l'importance relative des villes, supprimer les anciennes divisions et en créer de nouvelles, pendant bien longtemps encore et souvent jusqu'à nos jours, les métropolitains des églises d'Occident et d'Orient ont continué à porter des titres, à exercer une juridiction ou à énoncer des prétentions qui ne s'expliquent que par l'histoire de la province romaine, par le caractère de capitale politique et religieuse, autrefois attribué à telle ville aujourd’hui déchue ou même complétement effacée de la carte, par les rapports de prééminence ou de subordination établis entre les différentes cités. L'évèque de la ville où résidait ordinairement le grand-prêtre provincial à côté du légat, où s'accomplissait, au nom de tout un peuple, le sacrifice solennel, suivi de jeux, en l'honneur de Rome et de ses souverains redoutés, s'est trouvé, par la situation privilégiée de cette ville et par le naturel effet d’une habitude prise au lendemain de la conquête et déjà plusieurs fois séculaire, le supérieur des autres évêques de la province, l'archevèque ou le primat, suivant l'étendue du pays et le nombre des

rématie.

églises sur lesquelles il prétend étendre sa sup

Ilne faudrait d’ailleurs pas abuser de cette comparaison et de cette correspondance. Nous avons montré comment les évêques chrétiens avaient en général vu déterminer leursituation et les limites de leur juridiction par la situation de la ville où ils s’établissaient, et par l'organisation et l'étendue de la province romaine; nous avons indiqué de quelle manière l’évêque semblait ainsi, par une naturelle conséquence des habitudes contractées, devenir l'héritier du grand-prètre de la province. Il n'y a pourtantici qu'une simple coïncidence; rien n’est plus éloigné de notre pensée que de vouloir éta-

blir une assimilation entre les évêques chrétiens et les prêtres de ce culte tout administratif et politique,

où n'entre rien de ce que nous sommes habitués à appeler croyances religieuses, sentiment religieux ;

(4) Le Bas, J'oyage archéologique, partie V. Explication des inscriptions de l'Asie Mineure, n. 885

pour qui sait ce qu'ont été la plupart des Césars, ce culte des Césars divinisés est une des plus étranges inventions de l'humaine servilité que mentionne l'histoire des nations civilisées. IL serait trop long

d'étudier la disposition d'esprit d'où est née cette singulière religion officielle, cette fiction à laquelle personne ne croyait, ni le sénat qui accordait souvent les honneurs divins aux princes qu'il avait le plus méprisés et détestés, ni les ordonnateurs de ces cérémonies, capables, comme Sénèque, d'écrire de la même plume le discours par lequel Néron demandait l'apothéose de Claude, et l'Apokolokynthosis, cette spirituelle et sanglante parodie de l’apothéose, ni les empereurs eux-mêmes, qui, lorsqu'ils avaient de l'esprit, étaient les premiers à se railler de leur divinité future, ou des dieux leurs prédécesseurs, témoin Vespasien et Julien. Il n’est pas, il ne peut pas être question d'établir un parallèle, un rapport quelconque de filiation ou de parenté entre cette superstitieuse adoration du pouvoir et la foi chrétienne ; le rôle du grand-prètre de la province, malgré l'importance que voulait lui accorder et l'action bienfaisante que rêvait pour lui l’erdente et réformatrice piété d'un

Julien (1), ne fut guère autre chose qu’un rôle de pompeux apparat et de vaine représentation. Tout

au contraire, dès le début et avant mème que la loi leur eût conféré aucun privilége, les évêques

possèdent une autorité morale avec laquelle, amis et ennemis, tous doivent compter:; ils interviennent dans toutes les questions où sont engagés les intérêts du peuple qui cherche en eux un guide et un protecteur ; la prise qu'ils ont sur les âmes, la confiance que petits et grands leur témoignent, les élèvent bien au-dessus du gouverneur et en font les premiers magistrats de la cité. Rien de pareil pour les grands-prêtres provinciaux de Rome et d’Auguste; ils n'ont eu, autant que nous pouvons en juger, qu'une bien faible influence sur leurs contemporains, et, si le mot était ici de mise, sur le clergé qui leur était subordonné; ils n’ont guère laissé de trace que dans les inscriptions où s’étale la pompe de leurs titres. 11 n’en serait pas moins très-intéressant d'étudier plus en détail cette ébauche de hiérarchie sacerdotale, la première, si nous ne nous trompons, qu'ait connue le paganisme.

Les titres d'Asiarque, Galatarque, Bithynarque, Pontarque, ete., n'étaient pas, comme l'a trèsbien montré M. Waddington, un autre nom donné aux grands-prêtres provinciaux; leurs fonctions n'étaient pas des sacerdoces. L’Asiarque, comme l’a prouvé le savant épigraphiste, était le personnage chargé d’ordonner et de présider ces jeux qui se donnaient au nom de toute la province, tantôt dans celle-ci, tantôt dans celle-là de ses cités principales, et que mentionnent si souvent, pour l'Asie, auteurs, inscriptions et médailles. L’Asiarque paraît avoir fait tout au moins une partie des frais de ces jeux, qui attiraient un grand concours de peuple et qui excitaient entre les villes une prodigieuse émulation. La situation du Galatarque devait être tout à fait la même que celle de l’Asiarque.

Une inscription inédite, que nous avons donnée dans notre thèse, mentionne un grand-prêtre de la Galatie, inconnu jusqu'ici; une autre inscription inédite, dont nous n'avons publié, dans le même ouvrage, que les premières et les dernières lignes, nous atteste que ces prêtres servaient de magistrats éponymes. Nous y reviendrons dans notre monographie d'Ancyre. Quant aux Galatarques, on en a rencontré dans plusieurs inscriptions d'Ancyre; ces inscriptions prouvent que ces fonctions n'étaient pas à vie, mais temporaires (2). Le Esbacropéyrnc ou flamine d'Auguste semble au contaire avoir été toujours nommé à vie. Nous avons énuméré ailleurs les distinctions et les titres par lesquels les cités de la Galatie témoignaient leur reconnaissance à ceux de leurs citoyens dont elles avaient à se louer. Il arrivait parfois, comme on le voit par les inscriptions consacrées à Ti.

SÉévérus (3), qu'après avoir débuté par ces honneurs municipaux, un personnage, que recommandaient sa richesse et ses talents, arrivât aux dignités romaines, et entrât dans le sénat de l'empire.

(1) Lettres, 49, 63.

(2) C. L. Gr. 4016, 4ox7, 4075, 4076.

(3) C. I. Gr. 4033, 4034.

qi 1

Si l'on peut se faire quelque idée, grâce aux inscriptions, de l’organisation de la province et du système de ses magistratures municipales, il est plus difficile d’avoir des renseignements sur son histoire intérieure et sur les événements qui, pendant la durée de l'empire, purent avoir quelque influence sur la condition et l'état social des Galates, sur la prospérité de la province. Sur les usages nationaux et la persistance d'un certain droit coutumier propre à la province, nous ne savons rien : pourtant un mot de Gaïus nous prouve qu'il y aurait eu là, si les renseignements ne nous faisaient si complétement défaut, quelque chose d'intéressant à étudier. Les droits du père en Galatie, nous dit le savant jurisconsulte, rappelaient la puissance paternelle telle que l'avait constituée la loi romaine (1).

Des inscriptions que nous avons toutes réunies prouvent que les Galates avaient fourni leur contingent à cette population mêlée qui, après la conquête de la Dacie par Trajan, s'établit dans la nouvelle province et y déposa le germe d'un peuple et d’une langue qui n'ont pas péri et que notre siècle a vu se relever et remonter vers ces glorieuses origines. Les inscriptions dues à des Galates établis en Dacie font plusieurs fois mention du Jupiter de Tavium; ce Jupiter Tavien, au temps de l'empire, paraît avoir été pour les Galates ce que le Jupiter Héliopolitain était pour les Syriens (2).

Caracalla avait réparé les murs d'Ancyre (3) : il étaittemps; car, au milieu du troisième siècle, on voit l'Asie Mineure exposée d'une part aux agressions des Perses, de l’autre dévastée par des bandes de Goths qui commencent à pénétrer à travers la frontière mal défendue. En même temps le brigandage reparaît dans les hautes vallées du Taurus, etles Isauriens, indomptables pillards, recommencent à désoler tout le pays plat. On eutsous Claude, Aurélien et Probus quelques années de repos, pendant lesquelles l'empire sembla se relever (4) ; tout ce que l'histoire nous apprend sur les Galates, pendant les deux derniers siècles de l'empire, c'est qu'au temps de cette lutte sans cesse recommençante contre les barbares, le commerce des esclaves était, surtout dans les provinces orientales de l’empire, entre les mains des Galates (5).

Tout adonnés que fussent les Galates à cet odieux négoce, Ancyre n’en comptait pas moins, au quatrième siècle, parmiles villes les plus policées, on peut même dire les plus raffinées de l’Asie Mineure, parmi celles où les lettres étaient le plus en honneur, où sophistes et rhéteurs avaient le plus d'auditeurs enthousiastes et passionnés. C’est l'éloge que Libanius accorde, à plusieurs reprises, à cette cité qu'il appelle « sa chère Ancyre (6). » Il y avait fait, dans l’un sans doute de ses voyages d’Antioche à Constantinople, un séjour dont ilavaitgardé le meilleursouvenir (7). Ilcompare, dansune lettre adressée à un certain Maxime, cette ville à Athènes même; il lui souhaite « de continuer à aimer les lettres comme elle les aime (8). » D'autres fois encore, Libanius revient, avec des expressions non moins fortes, sur les obligations qu'il a à la ville d'Ancyre, sur les beaux esprits qu’elle nourrit (9). Thémistius aussi prononça à Ancyre plusieurs de ses discours, entre autres celui qui est adressé à Constance sous ce titre : mepi gavlporizs à Kovoravrios (10). Enfin, dans le discours intitulé : Sogiorhe, Thémistius rend aux Gallo-Grecs un témoignage qui s'accorde trop bien avec celui de Libanius et qui est trop curieux

(4) Nec me præterit Galatarum gentem credere in potestate parentum liberos esse. Comm. 1, 55.

(2) De Galatia provincia Romana, 161-163.

(3) Spartien, Caracalla, 6.

(4) C’est à cette époque que nous rapporterions l'inscription 4o15 du C. /. Gr. Noir de Galatia provincia, 167, note 1. (5) Amm. Marcell. XIE, 7. Claudien, #e Eutropium, 1, 59.

(6) Zpist. 61 (éd. Wolf).

(7) Epist. 1106.

(8) Epist. 242.

(9) Zpist. Gho, 662, 668, 1333.

(10) Liban. Æpist. 1322. Thémistius, I. Une loi de Constance est datée, dans cette même année 347, d'Ancyre. L’em-

pereur, qui marchait contre les Perses, s'était arrêté pendant quelque temps dans cette ville (loi 8, Appellationes).

pour que nous ne le citions pas : « Les villes de la Galatie, » dit-il, « ne sont pas très-grandes, et ne peuvent rivaliser avec une cité de premier ordre, comme Antioche; mais leurs habitants, sachez-le bien, ont l'intelligence vive et subtile; ils ont le goût de l'instruction plus que les Grecs de pur sang; qu'apparaisse un manteau de philosophe, ils s’y suspendent aussitôt, comme le fer à l’aimant (1). » C'est dans sa vieillesse, sous Théodose, que Thémistius parlait ainsi.

ne ville à qui Libanius et Thémistius, deux des plus fidèles défenseurs de l'antique religion, accordaient d'aussi grands éloges et une sympathie aussi marquée, ne pouvait manquer de faire le meilleur accueil à Julien, restaurateur du paganisme, philosophe et orateur. Julien, quand il marchait contre les Perses, fit un détour sur Pessinunte, où il voulait offrir ses hommages à la mère des dieux et témoigner, par de publics et solennels sacrifices, de son respect pour cet antique sanctuaire; puis il se dirigea sur Ancyre, où il paraît avoir séjourné quelque temps; il y fut obligé de décider un grand nombre de contestations pendantes, de juger en dernier ressort des procès que les provinciaux apportaient à son tribunal (2).

Dans la honteuse retraite qui suivit cette fatale expédition, Jovien s'arrêta pendant quelques jours à Ancyre, et y prit possession du consulat, pour l’année 364, avec son fils Varronius (3). Le nouvel empereur mourut, dans sa marche sur Constantinople, à Dadastana, que Kiepert place entre Torbalu et Nali-khan; ce fut d'Ancyre, où il avait été laissé avec une division de l’armée, qu’on appela en toute hâte Valentinien pour prendre possession de l'empire (4).

Si nous avons rappelé ces différents événements, c'est pour montrer quelle importance avait alors Ancyre, comme station militaire, sur la grande voie que suivaient presque toujours les empereurs et les armées qui allaient combattre les Perses ou qui revenaient de cette guerre. La route que prend Julien, et qui est ordinairement suivie depuis que Constantinople est la capitale de l'empire, part de Chalcédoine, passe par Nicomédie et Nicée, puis traverse le Sangarius ; elle le quitte bientôt, et se dirige vers l’est en ne s’écartant guère, selon toute apparence, du chemin que suivent aujourd'hui les caravanes, au moins pour la partie de ce chemin qui est la plus voisine d’Ancyre; c’est qu’en effet le détour sur Nicée semble indiquer que la route ancienne franchissait le Sangarius sur un point plus méridional que ne fait le sentier moderne, vers Le/keh et non vers Geïveh, et qu’elle se tenait, dans sa partie occidentale, un peu au sud de ce qu’on appelle aujourd'hui la route de poste. Après Ancyre, la voie, se dirigeant vers le sud-est, traversait toute la Cappadoce et venait aboutir à Tyana. C'était auprès de cette ville qu’elle escaladait le Taurus, pour descendre dans la plaine de Tarse, franchir l'Amanus, et aboutir à Antioche. Un point dont il importerait de déterminer la place sur cette longue ligne, c’est la petite ville galate d’Aspona ou Aspuna, citée à la fois par Ammien Marcellin, par les Itinéraires et par les actes des conciles (5). Aspona semble avoir été voisine de la frontière, du côté de la Cappadoce, et la forme du nom de cette bourgade, qui paraît appartenir à la langue perse, conduit à lui attribuer une très-haute antiquité.

Au commencement du cinquième siècle, Ancyre est encore très-florissante. Chaque printemps, Eutrope y menait Arcadius comme dans un lieu de délices, et l'y faisait vivre au milieu des fêtes et des voluptés (6). Malgré toutes les dévastations qu'a subies depuis cette époque la Galatie, on trouve encore, auprès d’Ancyre, sur les coteaux qui entourent la ville, plus d’une situation heureuse d'où l'œil se promène librement sur la ville et ses édifices, sur un vaste horizon de plaines

(4) Thémistius, Orat. XXII, P+ 299 (éd. Harduin).

(2) Ammien Marcellin, L. XXII.

(3) Ibid. XXV.

(4) Ibid. XXVI.

(8) Amm. Marc. XXV, 10. /. Anton. et Hierosol. Hicrocles. Synecd. Socrat. Hist. Eccl. VI, 35.

(6) Amédée Thierry, Zrois ministres de Pempire romain. Plusieurs lois importantes de cette époque sont datées d’Ancyre.

et de vallées; on trouve, sur les pentes des ravins où courent de clairs et rapides ruisseaux, de beaux arbres, de l'ombre et de la fraicheur. Le climat est tempéré; les fruits sont abondants et plus parfumés que sur les rivages où le soleil est trop ardent. Les empereurs avaient sans doute là, à peu de distance d'Ancyre, quelques résidences entourées de beaux pares et d'eaux jaillissantes; ces palais d'autrefois et leurs jardins en terrasses, on peut s’en faire quelque idée par les maisons de campagne que

se construisent et que décorent à grands frais, auprès d'Ancyre, les marchands grecs etarméniens enrichis par le commerce du poil de chèvre (1). C’est encore l'habitude à Angora des installer à la campagne en avril; on revient en ville vers le milieu de juin, et on ne retourne aux vignes qu’en septembre.

Le christianisme s'était répandu en Galatie dès les temps apostoliques, comme en témoigne l'épitre aux Galates, soit que saint Paul, comme on le croit généralement d’après le titre de cette épitre, ait

visité et évang les villes de la Galatie propre, soit qu'il les ait à peine effleurées, et que les semences de la doctrine nouvelle se soient répandues surtout en Galatie par l'intermédiaire des églises que saint Paul fonda certainement à Derbé, à Lystre, à Iconium, dans ces villes de l'Isaurie et de la Lycaonie que comprenait la province romaine de Galatie (2). Nous n'avons ensuite, pendant les trois premiers siècles de notre ère, aucun renseignement sur les progrès que fait le christianisme dans la province et les luttes qu'il y soutient. C'est seulement à la dernière persécution, celle de Dioclétien, que s

rapportent les légendes des quelques martyrs de la Galatie dont les hagiographes ont conservé le souvenir ; on trouve nommés saint Théodote le tavernier et les sept vierges d'Ancyre, puis surtout saint Clément, évêque de la ville, où il subit le martyre, et dont il est resté le patron (3). Dès la même année, aussitôt après la mort de saint Clément et dès que cesse la persécution, nous voyons se réunir à Ancyre un concile où l'on adopte toute une série de dispositions pour les divers ordres de pénitents et la durée de leur pénitence.

Il est remarquable qu'à ce moment, quand les chefs des fidèles peuvent pour la premiète fois se réunir et se concerter publiquement, la ville d’Ancyre ait été choisie pour lieu de rendez-vous par le clergé oriental, comme Arles l'était au même moment par les évêques d'Occident. Au bas des actes du concile, nous ne trouvons les signatures que de 18 évêques; mais l’e

semblée parait avoir été bien plus nombreuse. Il était venu au concile des prélats non-seulement de toute l'Asie Mineure, mais même de la Syrie. Le président du concile était Vitalis, évêque d’Antioche. A côté de l’'évèque d'Ancyre, Marcellus, qui joua plus tard un rôle actif dans la lutte entre saint Athanase et l’Arianisme, siégeaient des évêques de Palestine, comme Agricolonus de Césarée et Germanus de Naplouse.

La ville d'Ancyre, protégée par son château, qui, pendant tout le moyen âge, passa pour une des

plus importantes forteresses de l'Asie Mineure, paraitavoir gardé sa richesse et sa prospérité jusqu'au

septième siècle. Mais l'empire s’affaiblis

üt, et bientôt les plus forts remparts ne furent plus une suffisante défens

Chosroès II, vers 616, prit Ancyre, et, pendant plusieurs années, les Perses occupèrent toute l'Asie Mineure. Ancyre et l'Asie Mineure furent reconquises par Héraclius; mais, depuis ce moment, les invasions, que nous ne connaissons même pas toutes, et que nous ne prétendons d'ailleurs pas énumérer, se succèdent à des intervalles de plus en plus rapprochés, jusqu’au jour où le centre de

(1) Sur ces maisons de campagne ou vignes (baghlar) des environs d’Angora, voir G. Perrot, Foyage en Asie Mineure, p. 336-337.

(2) Voir, sur cette question, de Gulatia provincia, p. 43-46. Dans le passage de notre thèse auquel nous renvoyons, il y a une erreur que nous tenons à corriger. Quand le rédacteur des Actes dit que « l'esprit de Dieu empêcha Paul et Timothée de prècher la parole en Asie, » cela veut dire seulement qu'il les détourna de s'engager « dans la province d'Asie, dans l'Asie proconsulaire ou ancien royaume de Pergame; » mais on ne saurait tirer de là un indice qui permette de déterminer, même approximativement, le temps qu’ils ont employé à traverser « la Phrygie et le territoire galate. »

(3) Zstoria del IF Secolo della Chiesa, descritta da Fr. Giuseppe Orsi, 1. IX, ch. 21; 1. XI. Lequien, Oriens Christianus, &. 1, col. 457-458.

l'Asie Mineure fut définitivement arraché à l'empire d'Orient. Les troupes du calife Moaviah prirent et pillèrent Ancyre en 644; en 806, une division de l’armée d'Haroun Al-Raschid fit encore subir le même sort à cette malheureuse cité (1). Sans cesse disputées entre les empereurs de Constantinople, d'une part, et de l’autre les kalifes Ommiades et Abassides, puis les émirs tures de la race de Seljouk, Ancyre et les autres cités galates éprouvèrent tous les maux des cités frontières. Pessinunte et Tavium furent anéanties et disparurent peu à peu au point que, pendant des siècles, on a ignoré leur véritable

emplacement, et que c’est depuis une trentaine d'années seulement qu'on en a retrouvé et signalé les ruines. Seule, la ville d’Ancyre, grâce à l'importance de sa forteresse, tant de fois reconstruite avec

les débris des monuments d’autrefoi

s, grâce à l'activité du commerce, accoutumé à suivre cette route et à apporter ses denrées sur ce marché, garda toujours une population prompte à combler ses vides, à réparer ses demeures, à rouvrir ses entrepôts dès que cessait la guerre. Elle ne retrouva pourtant un repos durable et quelque ombre de son ancienne prospérité que sous la domination des Seljoukides, à partir de la fin du onzième

ècle. Les princes d’Iconium, tout Tures et Musulmans qu'ils fussent, se montrèrent habiles, intelligents, zélés protecteurs des arts, et ils embellirent les principales villes de l'Anatolie de monuments dont les débris, tout ruinés qu'ils soient, font encore aujourd'hui l'admiration des voyageurs et des artistes. C'est à Iconium surtout que l'on peut admirer les restes des médressés ou écoles, des mosquées, des palais élevés par les Seljoukides; mais Ancyre possède aussi plusieurs édifices religieux, d’un style élégant et d’une riche décoration, que l'on attribue au sultan Ala-ed-din (1220-1237).

Ancyre fut conquise sur les Seljoukides par Mourad I". Depuis ce moment, elle n'a cessé d'appartenir aux Ottomans que pendant le court espace de temps qui s’écoula entre la bataille perdue par Bayazid Tderim et la mort de Timour. Le gouvernement ottoman a eu en Galatie les mêmes effets que dans le reste de l'empire ; la population y est rare; de beaucoup la plus grande partie de la terre est en friche; tous ces souvenirs du passé, tous ces grands instruments de civilisation qu'avaient fixés

sur le sol les âges précédents, sculptures, inscriptions grecques et latines, ponts, routes, édifices de toute nature, achèvent, année après année, de tomber en poussière et de disparaître; mosquées et

médre

s sont à peu près aussi €

élabrés, aussi ruinés que les monuments de la société gréco-romaine

et des races mal connues qui avaien Grèce.

Nous avons indiqué ailleurs un

précédé en Asie Mineure la diffusion des idées et des arts de la

problème d’ethnographie qui nous a souvent préoccupé pendant

notre séjour à Angora (2) : l'humeur facile et sociable des Arméniens catholiques d'Angora, leur

gaieté communicative, la fréquence chez eux, chez les femmes surtout, de certains traits physiques qui rappellent bien plutôt l'Occident que l'Orient, nous avaient conduits à douter un peu par moments ribuent toutes les familles catholiques d'Angora. N'y aurait-il point, nous demandions-nous, parmi les catholiques comme parmi les musulmans eux-mêmes, plus d'une famille qui descendrait en

de l'origine arménienne que s’at

ligne directe des anciens conquérants du pays, les Galates, ces Français d'autrefois, eski Ferenciz

comme on dit à Angora? Lors de l'invasion musulmane, dans auront p

beaucoup d’endroits, les habitants

éféré à l’esclavage dont ils étaient menacés le sacrifice de leur foi. Les Tures d’Angora passent pour les plus doux et les plus faciles à v

ivre de toute l'Anatolie; ils descendraient en partie de ces Gallo-Grecs convertis à l’islamisme. Quant à ceux qui auront gardé leurs croyances, ils se seront trouvés rapprochés, par le nom commun de chrétiens et par de communes souffrances, des Arméniens que l'exil avait jetés en ces lieux; malgré de légères différences de dogme et de liturgie, ils se seront unis avec eux par des mariages et des

alliances de toute sorte, et auront même fini par se fondre dans leurs rangs. Il est curieux que,

(1) Finlay, History of the Byz (2) G. Perrot, Souvenirs d'un voyage en Asie Mineure, p. 319-324. UMR

anline empire, P: 120.

tandis que la population arménienne du bourg voisin d’/séanos a conservé l'usage de l'arménien vulgaire, cette langue soit tout à fait inconnue aux Arméniens catholiques d’Angora. N'y aurait-il pas là encore une raison de croire qu’en Galatie du moins cette dénomination d’Arméniens couvre des éléments très-divers, et désigne une race croisée, dans les veines de laquelle le sang arménien ne domine peut-être pas?

Ce ne sont là que des conjectures sur lesquelles nous ne voudrions pas insister plus longtemps ; il nous suffit d’avoir appelé sur cette question l'attention des voyageurs futurs. Une enquête instituée d’après les méthodes scientifiques que quelques savants distingués ont appliquées, dans ces derniers temps, à ces problèmes complexes de l’ethnographie, conduirait peut-être, ici aussi, à quelques résultats un peu moins incertains.

LES TOLISTOBOIENS.

Une vaste plaine inculte, couverte d'une herbe courte, sépare Zchifteler de Sivri-Hissar; on compte sept heures de marche entre ces deux localités. Sivri-Hissar est dominé par la crête aiguë et dentelée d’une montagne d’un aspect étrange où M. Texier a reconnu un soulèvement de

syénite; les flancs du rocher portent les restes d'un château qui devait être à peu près inaccessible, mais qui ne pouvait abriter que bien peu de défenseurs, tant le roc est partout à pic et présente peu de larges corniches et de surfaces planes. C'est ce château (le chdteau de la pointe) qui a donné son nom à la ville bâtie au pied de cette hauteur que l'on aperçoit d’une trèsgrande distance. Sivri-Hissar est d’ailleurs une ville toute moderne, bâtie sous la domination

turque, et qui ne contient rien d'intéressant que quelques inscriptions apportées des ruines

voisines de Pessinunte. La situation de Pessinunre a été fixée par M. Texier, qui en a le premier reconnu les ruines, au hameau de Bala-Hissar, éloigné de Sivri-Hissar de trois heures vers le sud. Ces ruines ont servi et servent encore de carrière aux habitants de Sivri-Hissar: les paysans du hameau de Bala-Hissar n’ont guère d'autre occupation que de fouiller ce vaste amas de décombres et d'en extraire les plus beaux blocs, les dalles les plus larges, pour les conduire, sur de grossiers chariots ou à dos d'âne, aux maçons et aux marbriers de Sivri-Hissar. La ville moderne consomme et détruit ainsi pièce à pièce la ville ancienne ; heureusement qu'on ne bâtit pas beaucoup à Sivri-Hissar, et que les Turcs et les Arméniens sont assez paresseux pour ne pas se donner toujours la peine de tailler à nouveau les stèles qui leur servent de pierres tombales. C’est ainsi que M. Mordtmann a pu copier dans le cimetière arménien les curieuses inscriptions qui contiennent des fragments d’une correspondance entre les rois de Pergame et les grandsprêtres de Cybèle à Pessinunte. Ces inscriptions ont été, toutes les quatre, retrouvées par nous à la place même où les avait lues M. Mordtmann, et, si le temps nous a manqué pour les relever à nou-

veau (1), nous avons pu nous assurer, en comparant, pour une de ces pierres, le texte imprimé à l'original, que les copies de M. Mordtmann avaient été soigneusement faites. Nous ayons revu aussi à Sivri-Hissar les n* 4081, 4086, 4087 et 4089 du Corpus, et les n° 2, 9, 11, 13 de M. Mordtmann. Le texte qu'a donné Pococke du n° 4087 est trop inexact en deux ou trois endroits, et a surtout été trop arbitrairement corrigé par Franz, pour que nous ne croyions pas utile de donner notre copie; l'inscription est encore bien conservée et très-lisible.

(1) Ce n’est qu'au moment où nous allions quitter la ville, et où nos chevaux nous attendaient, que nous avons pu visiter ce cimetiére; ces textes sont assez importants pour mériter qu'un voyageur futur les vérifie de nouveau lettre par lettre.

Dans le cimetière arménien.

ANNONIOCEPEN Avvéw TOYNICHITAIO zou N YTHIAIACYMBIQ KAIAKYAACKAI EPEMACTHCKAI 5 MOMMANKAIAEI ANCTHEAYTON 5 MHTPIMNHMHC pnroi pvduns XAPIN tips.

n Mablo-

la oupéio

Les deux premières lignes de l'inscription avaient déjà souffert avant Pococke et ont encore souffert depuis cette époque. Il manque évidemment dans notre copie, à la première ligne, quelques

lettres que nous avons dù emprunter à Pococke. À cela près, notre copie s'accorde, pour les noms propres qui font le principal intérêt de l'inscription, avec la copie de Pococke, que nous n'avions pas sous les yeux au moment où nous avons pris la nôtre; elle montre avec quelle hardiesse beaucoup trop prompte ont été parfois modifiées, dans les transcriptions en caractères courants de cette partie du Corpus, les inscriptions sépulcrales. Beaucoup de celles-ci, à défaut d'autre intérêt, ont pourtant le mérite de nous offrir des noms nouveaux, et de nous permettre, si on conserve dans leur singularité les noms fournis par le texte, quelques inductions probables sur la nationalité des personnages qui y sont mentionnés et sur la manière dont étaient distribuées alors, dans telle ou telle contrée, les races et les langues. Pour ce qui est de cette inscription, le fait qu'elle contient plusieurs noms qui n’ont rien de grec, mais qui paraissent plutôt des transcriptions plus ou moins incorrectes et hellénisées de noms sémitiques, nous conduit à voir, dans la famille qui y est mentionnée , une famille syrienne ou juive; il devait en effet s'en trouver beaucoup dans cette ville, où se tenait sans doute, auprès du temple, une de ces grandes foires annuelles dont l'usage s’est con-

servé en Orient; ajoutez à cela qu'en dehors même du temps de cette foire, Pessinunte était le marché commercial le plus important de la Galatie occidentale, qu'elle avait, comme on dirait maintenant, le bazar le mieux approvisionné (1). Il n’est pas aujourd'hui, dans toute l'Anatolie, de bazar où l'on ne trouve établis, sans parler des Arméniens et des Juifs, populations qui n'ont plus, pour ainsi dire, de patrie, des Haleppins, des Damasquins et des Persans, vendant les denrées qu'ils ont apportées où qu'ils font venir de leur pays; les choses ne se passaient pas autrement dans l'antiquité.

L. 1. Âvwéwos, chez Pococke Âvvévos, excite les soupçons de Franz; il est pourtant certain que la pierre porte une de ces deux formes, dont ni l’une ni l’autre ne nous fournit un nom grec, mais où l’on peut reconnaître une forme hellénisée, soit du nom phénicien bien connu Hannon, soit du nom juif Ananias. L. 1 et 1. 5, c'est bien Égeudotns, et non Kesuéorne, comme a corrigé arbitrairement Franz; faudrait-il chercher là un dérivé, une variante du nom juif Jérémie? En tous cas, ce nom ne s'est pas encore rencontré parmi les noms grecs et ne parait point grec.

L. 2. Il faut reconnaître dans le nom de la femme, que l’iotacisme ait fait ou non commettre là une faute d'orthographe, le nom, fréquent en Asie Mineure, de Nôc (Corpus,

(4) Strabon, XII, 5, 3.

n° 3778, 6449). Quant au nom du père de la femme, qui vient après le nom de la femme même comme dans une autre inscription de Pessinunte (C. Z. Gr., 4089), il est difficile de dire quel il était; en prenant tous les traits qu'a lus Pococke sur la pierre, on obtient aisément raov, qui n’est guère vraisemblable, ou qui du moïns ne peut se rapprocher d'aucun nom connu; mawviou est une pure conjecture , d’ailleurs très-acceptable, de Franz. Âxÿ%ze est un nom très-fréquent chez les Juifs du premier siècle de notre ère. L. 6. Méypuy et Ado, que Franz avait changés en Mépvov et Aéyraos, ne sont pas non plus des noms grecs; la ressemblance entre la copie de Pococke et la nôtre atteste qu'il faut accepter, tels que nous les avons présentés, ces deux noms, probablement deux noms de filles.

On nous reprochera peut-être de nous être trop attardés à cette inscription, qui ne semble pas mériter un si long commentaire; nous avons voulu, en y insistant, montrer combien il importait de se garder de restitutions arbitraires qui enlèvent aux noms propres leur véritable physionomie ; en effet, nous nous privons ainsi de renseignements qui, tout indirects qu'ils soient, sont encore à peu près les seuls que nous ayons sur la condition et le caractère ethnologique de ces générations obscures de provinciaux qui ont passé sans presque laisser de trace dans l’histoire.

Tout autrement importante est une inscription que nous avons les premiers trouvée et copiée dans ce cimetière arménien de Sivri-Hissar où ont été transcrits les textes curieux qu'a recueillis M. Mordimann; il est probable que la grande dalle qui porte cette inscription, avait été apportée de Pessinunte depuis le dernier passage de M. Mordtmann à Sivri-Hissar.

Lettres hautes de 0m,04.

[ire coTnplas xaù alwvixe diauovñe]

ANOYSEBASTOY HREEESIONEESI PE NO) TOENATONATOAE ATPIAOZ KAI OYKAIZAPOSSEBAS MENIRMIENOMMTOIS RAC ZOO ANTONIO

Aürorpéropos Kaicapos Oùecract]avoÿ Zebacrod

dprspéos peyisrou, dauapys

Nz . ; déxarov, re Varov, drode-

dmérou] rù

deryuévou rd ds 7 Jereidoc, za

dropos maciavloù Kalouooe, Se6ac-

ode ]De

0v, #ai Aoperiavod Kaicapos, 2e6a or.

nn Se où vioÿ, brérou rù E6douoy,

où viob, ütérou rù

TONETIM:IPPIO..... mépmroy, drodedemuévou rù éx]rv, ért M. fopéolu ( Dee mpecbeurod dyruorparifyon

Pour le salut et la durée éternelle de l’empereur César Vespasien Auguste, grand-pontife, revêtu de la

puissance tribunicienne pour la dixième fois, censeur, neuf fois consul, désigné pour un dixième consulat, père de la patrie, et de l'empereur Titus Vespasien César, fils d’Auguste, sept fois consul, dés huitième consulat, et de Domitien César,

M. Hirrius. ...., étant légat propréteur.

igné pour un fils d'Auguste, cinq fois consul, désigné pour un sixième consulat,

On voit, par la restitution que nous donnons de cette inscription, qu'il y manque une ou

plusieurs lignes au commencement, une ou plusieurs lignes à la fin, et les deux tiers environ

de chacune des lignes conservées ; le commencement de ces lignes couvrait probablement deux au-

tres dalles semblables à celle que nous avons retrouvée. Quelque considérables que soient les resti-

tutions proposées, nous les croyons certaines; c’est que nous les devons à la sci

ence pénétrante et sûre de M. Léon Renier, Nous allons essayer

de les justifier d’après ses indications, et de montrer ce que ce texte ajoute à nos connaissances sur la chronologie du règne de Vespasien.

Il est évident à première vue que c’est ici une inscription impériale et qu'il sagit d'un empereur dont le nom se termine par les syllabes anus. Nous voyons en outre que l'inscription mentionne plusieurs princes, et que les titres du premier nommé, de l'empereur régnant, se terminent à la ligne 4; viennent ensuite les titres d’un ou plusieurs membres de la famille. Le c... à la

mot X£uorod deux fois répété (1. 3 et 1. 7) prouve qu'il y a deux de ces princes

AT

fin de la ligne 3,

yuevor à la fin de la 1. 6, ne peuvent être que des fragments du mot dmoÿeeyuévou, traduction du mot latin designati et s'appliquant à la désignation au consulat. Toutes ces conditions ne peuvent s'appliquer, on le verrait en essayant d’autres hypothèses, qu'à

Vespasien et à ses deux fils.

iption ne pouvait pas commencer avec la première ligne conservée; il devait y avoir là souvent sur les marbres

L’insce

quelque formule comme celle que nous avons rétablie et qui se trouve trè grecs. Quant à la première ligne conservée, elle contenait évidemment le prénom et le nom que porte Vespasien depuis son avénement à l'empire : imperator Cæsar, Aÿrozçérep Kaïcug. La ligne 1 se terminant par le titre d’Auguste, la ligne suivante commençait évidemment par le titre de grandpontife, qui est toujours en tête des titres impériaux, et que suit la mention du chiffre des puissances tribuniciennes, La ligne 3 nous donnant l'indication du neuvième consulat de Vespasien, nous voyons que l'inscription appartient à l’année 79, et que par conséquent, quand elle fut gravée,

Vespasien était dans sa dixième puissance tribunicienne (1). Nous restituons done , au commence-

ment de la ligne 3, Déxwrov. Après le chiffre de la puissance tribunicienne devrait venir, si lins-

cription était des plus complètes, des plus développées, le chiffre de la dernière salutation impé-

riale, c'est-à-dire, d’après l'inscription de Cordoue qu'a publiée M. Hübner, de la vingtième (2 mais les mots adr0967080€ rh sixosvéy tiendraient ici trop de place. On dira peut-être qu'ils avaient pu être écrits en abrégé; mais rien n’est abrégé dans cette inscription, ni les titres, ni les chiffres. Il vaut donc mieux croire que le nombre des victoires et salutations impériales a été omis, comme cela arrive souvent dans les inscriptions de province (3), et suppléer ici plutôt le titre de Censor, zero, un de ceux qui sont les plus rarement omis dans les inscriptions de Vespasien. Cette restauration de la censure, charge tombée depuis si longtemps en désuétude, avait eu quelque chose de solennel, tout au moins dans le dessein et la pensée de l'empereur; on ne pouvait manquer de rappeler, dans les inscriptions destinées à honorer Vespasien, cette résurrection de la vieille et rature républicaine. Après la censure, vient une indication qui, par la place qu’elle

celèbre magis occupe et par la mention qui vient ensuite d'une désignation pour l'avenir, ne peut être que la

rd Jéxaroy; cette liste de titres

mention du consulat; nous lisons donc drérov vo évarov, 4m

se termine par celui de rarobs rarpiÿos. Ce qui est remarquable ici, c’est ce fait, que nous appre-

eLy1LÉVOL

nons pour la première fois par cette inscription, que Vespasien, consul pour la neuvième fois en 79, avait annoncé l'intention d'ouvrir comme consul l’année 80, projet que la mort l'empècha de réali-

ser; il expira en effet le 23 juin 79.

Titus était, en 79, associé à la puissance tribunicienne et par conséquent à l'empire; il ya donc lieu, au commencement de la ligne 5, de rétablir le mot Adroxpérogos. Il s'appelle Vespasien comme son père, et nous avons la fin de ce nom dans les deux dernières lettres du mot Oùsotasiaylod. Le nom de César lui appartient par le fait de sa naissance et de sa situation ; quant an nom d'Auguste, il ne lui est donné par aucune inscription avant la mort de son père. Ce n’est donc pas à Titus qu'appartient ce titre de S£25.. qui termine la ligne. Il faut y voir l'indication de la filiation

(4) Les puissances tribuniciennes de Vespasien partent du 1° juillet 69. Il y en eut 10, car Vespasien mourut le 23 juin 79.

(2) Monatsberichte de l'Académie de Berlin, 1861, p. 62.

(3) Le chiffre des salutations impériales ne se trouve pas dans l'inscription de Saint-Gervais, dont la meilleure copie a été publiée par M. Renier, Revue archéologique, 1859, p. 353 et suivantes.

et restituer Xe6xo[roù vid, formule que nous avons I. 7, à propos de Domitien. Nous trouvons ensuite l'indication des consulats de Titus; en 79 il est consul ordinaire, consul pour la septième fois ; en 80, il inaugure l’année par son huitième consulat; il est donc certain qu'il faut lire, L. 6 Jssyuévou ro dySo[ov. On donne ordinairement à Titus, sur les mar-

et 7 : brérou vo &6Souo, aroÿe bres, le titre de Censeur; mais la place manquerait ici pour insérer le mot rayntob, et d’ailleurs, pour Titus, ce titre n’est pas des plus importants et se trouve parfois omis.

Après ce qui concerne Titus vient ce qui concerne Domitien, appelé, comme il l’est souvent à ce moment de sa vie, seulement Domitianus César. Il n’a pas le titre S'Adroxpérup, n'étant pas associé à l'empire. Il avait été consul pour la cinquième fois en 77, et nous le voyons, en 79, remplacer, comme su/fectus, Vespasien, sans doute aux calendes de mai. Les trois lettres TON, qui se lisent au commencement de la partie conservée de la dernière ligne ne peuvent être que la fin de éxrév. L'inscription est donc évidemment de l’un des premiers mois de l’année 79; elle a été rédigée pendant que Vespasien gardait encore les insignes consulaires qu'il allait bientôt

déposer pour en revêtir son second fils. Au mois de janvier 79, Domitien était donc désigné pour un sixième consulat, mais non encore consul pour la sixième fois (1). Ainsi c’est avec raison que,

PARANES k TOY, GROS HLÉVOU

guidés par le débris sauvé du mot ix]rév, nous avons restitué ôrérou 7 [ To éx ré.

La fin de la ligne 8 ne peut être que le commencement du nom du légat qui gouvernait alors la province. Son prénom est Aarcus, son nom Airrius ; la ligne suivante n’appartenant plus à la dalle que nous avons retrouvée, le cognomen nous fait complétement défaut. Nous ne pouvons que hasarder une conjecture (2). Cette inscription, dont nous ne possédons que le tiers tout au plus, nous avait paru, au moment où nous la transcrivions, si mutilée que nous n’espérions pas en tirer grand'chose; mais, grâce au secours qui nous a été offert, nous en avons dégagé deux importantes données, le fait de la désignation de Vespasien pour un dixième consulat que la mort l’a empêché d'exercer, et le nom du légat qui succéda en Galatie à Nératius Pansa et qui administrait la province au commencement de l’année 79 après J.-C.

La route de Sivri-Hissar à Bala-Hissar nous prend juste trois heures. Le pays est nu, et presque partout inculte; sur la gauche, au pied d'une montagne aux croupes arrondies et pelées qui doit être le mont Dindymène des anciens , on aperçoit quelques villages entourés de grands arbres, qui font l'effet d’oasis dans cet immense désert. Pour arriver à Bala-Hissar, après avoir laissé sur sa gauche, au bord de la route, des restes de tombeaux de marbre, on descend tout d’un coup dans une vallée, ou plutôt dans une dépression du sol; aucun ruisseau ne traverse cette petite plaine qu'enceignent de toutes parts des collines terreuses et blanches, où ne poussent ni arbres ni céréales. C'est cette plaine et les pentes de ces collines qu'occupait Pessnunre, l’ancien centre des religions phrygiennes, devenu plus tard la capitale politique des Galates occidentaux. L'étendue des ruines, les indications des itinéraires, le témoignage des inscriptions, tout a concouru à prouver que M. Texier ne s'était pas trompé en cherchant ici le site de Pessinunte, et tous ceux qui, depuis sa découverte, se sont occupés de la géographie de cette contrée ont reconnu que c'était bien autour de Bala-Hissar qu'il fallait chernunte (3). Malheureusement M. Texier, ici comme dans d'au-

cher les débris de l’ancienne Pe tres occasions , a compromis lui-même l'autorité de ses travaux par la manière dont il a exposé les résultats de ses recherches. Il avoue n'être resté à Bala-Héssar que quelques heures, et il déclare ne pas garantir l'exactitude du plan qu'il présente sous le nom modeste

(1) 1] aurait alors porté dans les inscriptions latines le titre de cos. F’, designatus VI, (2) Voir p. 198.

(3) Cette question est discutée et résolue dans Franz, fünf Inschrifien und fünf Städie in Klein-Asien, p. 22-23.

d'esquisse topographique (1); mais alors pourquoi y dessiner avec une trompeuse précision un grand nombre d’édifices auxquels il donne des noms et dont il indique , sans en manquer une, toutes les colonnes, dont il trace tout l'aménagement intérieur, jusque dans ses détails les plus particuliers? Pourquoi faire figurer sur cette esquisse des dispositions dont quelques-unes, comme par exemple le rapprochement du théâtre et de l'hippodrome, étaient assez singulières et assez originales pour qu'il convint de ne pas en affirmer l'existence à la légère? Nous avions à la main le calque du plan de M. Texier; nous nous attendions à trouver clairement écrites sur le sol, par des arrachements de murs, par des colonnes plus où moins bien conservées, et dont les bases au moins seraient en place, les lignes de tous ces portiques , de ces temples de toute forme qui donnent à la planche en question un aspect si attrayant

pour l'œil de l’archéologue; notre déception fut prompte et ne laissa pas, nous devons l’a-

vouer, de nous causer un moment d'humeur. Nous commençämes par faire, sous un rude soleil, le tour des collines qui se dressent au nord du hameau; arrivés au point où le plan

marque une enceinte et des propylées, nous ne trouvons pas la plus légère trace de construction.

Nous finissons par nous douter que l'orientation est indiquée à l'envers, le nord au sud, et réciproquement. Ceci constaté, nous gagnons la colline où M. Texier a reconnu, avec raison, l’acropole; on peut y suivre, dans presque tout son développement, le mur d’enceinte, dont les assises dépassent rarement le sol et sont formées, en beaucoup d’endroits, de blocs pris à d'au-

tres édifices. Ce qui subsiste n’est donc que le débris d’une construction hâtivement élevée au troisième ou au quatrième siècle de notre ère, quand les barbares menaçaient l'Asie Mineure ; mais il est probable que ce mur est élevé sur des fondations plus anciennes, et suit bien le contour de la primitive forteresse phrygienne.

Nous descendons de ces collines, les plus élevées de celles qui entourent le village, et nous tournons vers l’ouest, en décrivant une sorte de cercle autour de Bala-Hissar. Nous arrivons, en tenant compte de l'erreur d’orientation, sur l'emplacement où M. Texier a mis l’agora et un portique de marbre. On voit qu'il y a eu là un édifice dont les débris forment une légère éminence d'où sort un tronçon de colonne; mais il ne subsiste point d'indice, au moins en 1861, qui nous permette de hasarder même une conjecture sur le caractère et le plan de l'édifice. Re-

venant ensuite vers le village, nous parcourons la pente du coteau, autrefois divisé, à ce qu'il semble, en plusieurs terrasses, où M. Texier place la Basilique, le Temple de la mère des dieux, et d’autres édifices qu'il appelle Temples des rois Attales. Là aussi il est maintenant impossible de reconnaître aucune disposition architecturale: au milieu d’un amas de débris accumulés confusément et de murs presque complétement enterrés, on ne saurait s'orienter avec quelque certitude ; beaucoup de füts de colonnes gisent à terre, mais quelques-uns seulement sont en place; on ne voit guère d'apparent que quelques assises d’un mur de soutènement qui supportait sans doute le péribole d’un grand édifice. C’est ce soubassement que nous avons représenté, en plan, élévation et coupe, planche 9, fig. X et XI.

Après avoir parcouru cet emplacement, qui forme comme le point central des ruines, nous nous dirigeons vers l'endroit où M. Texier place un théâtre et un hippodrome. D’après son plan, les deux édifices auraient été réunis de manière à ce que l’axe du théâtre ft perpendiculaire à celui du stade et que les deux édifices qui servaient aux plaisirs de la cité formassent un seul ensemble architectural. Une disposition analogue se rencontre d'une manière certaine à Aizani (2); mais un examen attentif du ravin où M. Texier a cru la retrouver à Pessinunte ne nous a pas conduits à partager complétement à cet égard sa conviction. Sur l'emplacement du théâtre, il ne

(1) Description de l'Asie Mineure, t.Y, p. 167 et pl. EXIL.

(2) Le Bas, Foyage archéologique. Architecture, gr. in-fol. Asie Mineure, pl. 2, 7, 8. A Aizani le théâtre occupe l’une des deux extrémités du stade.

saurait y avoir de doute. Le théâtre est creusé dans le flanc droit de la gorge; il reste encore en place quelques gradins de marbre ; tous les autres ont été soulevés ou dispersés en tout sens. La partie supérieure de la cave est complétement détruite; on n’en voit plus trace. Rien n'indique à la partie moyenne cette singulière disposition de colonnes que donne le plan de M. Texier. On aperçoit quelques vestiges du mur de la scène; une éminence formée de débris recouvre ce qui doit rester du postscenium.

En dehors et à droite du théâtre (pour celui qui de la cavea regarderait vers la scène) se trouve un gradin qui paraît être en place et dont le profil n’est pas le même que celui des gradins du théâtre (1). Ce gradin est le seul indice qui puisse être invoqué pour établir qu’il y ait jamais eu en ce lieu un hippodrome. Nous ne découvrons, ni sur la pente où se creuse le théâtre, ni sur la pente opposée, ni dans le fond du ravin, aucun autre vestige de gradins ou de constructions, rien qui indique que la main de l’homme ait passé par là, qu’elle ait approprié ces pentes à un usage spécial, qu’elle les ait fait servir aux exigences et aux plaisirs d’une grande ville. La gorge est de largeur inégale et de direction irrégulière (2); nous ne parvenons pas à y voir autre chose qu’une dépression naturelle du sol, semblable à plusieurs de celles qui séparent les collines voisines.

Le plateau qui couronne la pente opposée au théâtre n'offre aucune trace de débris. En descen-

dant de ce plateau dans la direction du nord, on rencontre, non plus sur l’éminence, comme semblerait l'indiquer le plan de M. Texier, mais dans le fond de la vallée, plusieurs débris parmi lesquels sont peut-être ceux auxquels M. Texier a donné le nom de Temple d'Esculape. C'est d’abord un tronçon de colonne cannelée, puis, de l’autre côté d’un lit de sable où doit couler un torrent en hiver et sur un point plus rapproché du cimetière, quelques larges assises de marbre encore en place, et çà et là des blocs portant la corniche du stylobate (fig. VI), le cha-

piteau très-fruste d'un pilastre corinthien, une architrave (fig. IX), des voussoirs d’archivolte, une frise sculptée dont les ornements sont à peu près méconnaissables, et le couronnement de la corniche.

La cause qui, avec le voisinage de Sivri-Hissar et la consommation de blocs antiques que fait

cette petite ville, a le plus contribué à la destruction de Pessinunte, c’est la nature du marbre

qui a servi à construire ses édifices. Ils paraissent avoir été généralement bâtis d’un marbre blanc assez tendre qui se désagrége très-aisément et se réduit peu à peu en grains ronds de Le bg >| O la grosseur du riz.

De

premières a

randes fouilles, faites à Bala-Hissar, dégageraient probablement les fondations et les

s des principaux édifices, ainsi que beaucoup de fragments décoratifs; mais elles n'auraient, selon toute apparence, d'autre résultat que de nous amener à rétablir le plan général de la cité, que de nous montrer l'agencement de ses édifices et quelque chose peutêtre de leur distribution intérieure. Autant qu’on peut en juger par les moulures que nous avons observées gisant en plus d’un endroit à la surface du sol, la valeur artistique des monuments de Pessinunte ne répondrait pas à l'antique renommée de cette vieille cité; presque tous les fragments que nous avons étudiés sont d’un goût romain médiocre et d’une exécution peu soignée. Il n’y aurait d'exception à faire que pour les fragments d'une corniche ornée de modillons entre lesquels sont des caissons décorés d’oves, de perles et d’une étoile; on peut en dire autant des débris d’une frise ornée de guirlandes : le goût et le travail de ces morceaux , qui gisent dans le voisinage de ce que M. Texier appelle la Basilique , sont assez fins.

(1) Voir planche 0, fig. I, au point A, et fig. IV pour le profil de ce gradin. Le gradin du théâtre est figuré sous le n, III.

(2) Voir pl. o, fig. I.

Tr 54

Nous fmes moins heureux, en fait d'inscriptions, à Pessinunte qu'à Sivri-Hissar. La plupart des textes que nous y transcrivimes avaient déjà été copiés et publiés. M. Mordtmann (1) et notre copie ont quelques mots de plus, au commencement du n° 4081 du Corpus, que le texte emprunté à Hamilton. Au lieu de NTOAIC que donne Mordtmann, 1.1, lire Hrmoaic. Pour le n° 4083, c’est avec raison que l'éditeur du Corpus a préféré la copie d'Hamilton à celle de Texier, qui est bien moins exacte.

Dans l'inscription qui porte le n° 2 chez M. Mordtmann, lire, à la ligne 6, @eroy; 1. 7, obAH=®1; 1. 9, oyNoino; I. 10, A1. De la copie ainsi complétée, on peut tirer :

....0v M. Audia[voÿ (?) .… Kavdio

[oéws rod

Jù Toxe[rèv

Sebac]ropavr| où

dryevo Jieroÿ

Gelopians. . . .

Sur la corniche d'un tombeau dont la face antérieure est divisée en quatre panneaux, on lit les mots suivants :

AOYKIOEMAPKOSZQANEAYTAT Aoëxoe Mépuos Uov Eavr fe xû..

Sur un autre fragment d’entablement, en grandes lettres de 0®,04.

CAEANETAMETONITATPC BAAAHAUEIEILTON@®ICK

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Bloc qui paraît rompu par le milieu. Lettres de 0,03.

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(1) Gordium, Pessinus, Sivri Hissar, n. 1.

Nous avons là, comme l'a déjà vu M. Henzen (1), des fragments de deux rescrits impériaux, dont le premier se termine à la ligne 3, par la date. Le second appartient à Trajan, qui semble viser et confirmer un décret de Nerva, comme l’indiquerait la mention contenue dans la ligne 5; ce rescrit était probablement celui dont nous avons les derniers mots au commencement de notre inscription. Les titres de Trajan, que l’on peut rétablir avec certitude, nous montrent qu'il manque à droite environ la moitié des mots de chaque ligne, et, dans la partie conservée, il ne se trouve rien qui nous indique quel était le sujet de ces lettres impériales. Les lettres Kaavÿ, à la fin de la ligne 4, sont le commencement, non point d’un nom de ville, mais du nom de la personne à qui était adressé le rescrit impérial. Nous rétablissons la formule ééuchat you dus d'après une lettre adressée par Avidius Quietus au sénat et au peuple d’Aizani (2). La ligne 6 nous fait supposer que les habitants de Pessinunte avaient envoyé une ambassade à l’empereur pour le prier de régler la question que tranchèrent ces deux lettres ; c'était sans doute, comme à Aizani, quelque question de territoire et de limites.

En quittant Bala-Hissar, et en remontant, au mois de juin, de Sivri-Hissar vers le Sangarius , plus tard, au mois de juillet, en franchissant de PBolu à Beibazar , c'est-à-dire de Claudiopolis à Lagania, la montagne qui doit être l'Olympe de Galatie, nous avions pour but de voir si nous retrouverions le champ de bataille où Manlius défit les Tolistoboïens (3). Le site est décrit par Tive-Live (4) d’une manière assez claire ; mais, comme nous l'avons remarqué ailleurs (5), à partir de l'entrée de Manlius en Galatie , l'historien devient si avare de noms géographiques et d'indications précises que, pour suivre les mouvements de l'armée romaine et déterminer les positions prises par les Gaulois, son texte ne nous fournit presque aucun secours. Le dernier renseignement positif qu’il nous donne laisse les Romains à Gordion; or, nous avons montré qu'il fallait chercher Gordion à une heure environ au sud du Sangarius, vers le village de Gunusu, qui est marqué sur la carte de Kiepert (6). Entre ce point, où le général romain paraît avoir fait reposer ses troupes pendant quelques jours dans les maisons désertes, mais remplies de provisions de toute espèce, et le contre-fort de l'Olympe où s'étaient retranchés les Gaulois, quelle distance y avait-il? Combien de temps fut employé à parcourir ce chemin? C’est ce que ne nous dit pas Tite-Live.

M. Robiou incline, avec Hamilton et Ritter, à voir le mont Olympe dans ce qu'il appelle avec raison la coZine d'Assarli-Kaïa, située à 8 heures vers le sud-ouest d'Ancyre (7). Mais, Tive-Live nous le dit à deux reprises, c'était au pied de hautes et froides montagnes que s'étaient retranchés les Tolistoboïens soutenus par l'élite des Trocmes (8). Or Assarli-Kaïa ne nous offre qu'une éminence conique dominant de vastes plateaux découverts; c’est une colline que l’on gravit en un quart d'heure ou vingt minutes, et dont le sommet offre seulement une aire de 60 mètres environ de long sur 40 de large. Est-ce sur cette pointe émoussée, est-ce dans cet étroit espace que l’on veut placer les guerriers de deux des trois tribus galates, sans compter les familles des Tolistoboïens que ceux-ci avaient emmenées avec

(1) Bulletin de l'Institut archéologique, 1861, p. 164. (2) C. I. Gr. 3835, 1. 20.

(3) Voir les feuilles d’itinéraires C et E.

(4) XXXVIIT, 20.

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