‹ Exploration archéologique de la Galatie et de la BithynieChapitre 55 sur 153 · RP TS · texte numérisé non relu

RP TS

(7) Histoire des Gaulois d'Orient, P- 109.

(8) ... lis hæc maxime belli ratio sumendi fuerat, quod, quum montes edilissimos ejus regionis tenerent, convectis omnibus, quæ ad usum quamvis longi temporis sufficerent, tædio se fatigaturos hostem censebant. Nam neque ausuros per tam ardua atque iniqua loca subire eos; et, si conarentur, vel parva manu prohiberi ac deturb,

ari posse; nec quietos, ën radicibus gelidorum montium sedentes, frigus aut inopiam laturos.

eux sur ces montagnes où ils se croyaient à l’abri des atteintes de l’ennemi? Dira-t-on que ce n'est point sur le sommet, mais au pied de cette éminence, que s'étaient établis les Gaulois? Mais tout à l’entour s'étend le steppe, à peine coupé, de place en place, par de larges vallées sans eau; nulle part de précipices; nulle part de positions adossées à des hauteurs inaccessibles; quelque situation qu'eussent choisie les Gaulois dans ce pays ouvert et presque ‘uni, ils auraient toujours pu aisément être tournés et pris à revers par l'infanterie

et la cavalerie romaine. Enfin, dernière raison qui ne paraît pas moins décisive : après

avoir battu les Tolistoboïens et les Trocmes, Manlius met trois jours à gagner Ancyre (1); or il y a 7 ou 8 heures au plus entre Assarli-Kaïa et Ancyre. Peut-on supposer que, même avec une armée chargée de butin, Manlius ait eu besoin de trois étapes pour franchir une aussi courte distance? Ajoutez à tout cela que le canton où se trouve Assarli-Kaïa, voisin d'Ancyre, devait appartenir aux Tectosages; or, quand on voit les Tectosages se retirer, pour attendre le consul, dans le district montagneux et coupé de profonds ravins qui s'étend entre Ancyre et l’Halys, est-il naturel de supposer que les Tolistoboïens auraient été se fortifier, pour soutenir l'attaque des Romains, non sur leur propre territoire, dont ils connaissaient mieux que personne les ressources défensives, mais chez leurs voisins, et dans la partie de ce pays qui favorisait le moins une résistance comme celle qu'ils voulaient opposer à l'ennemi, dans le steppe de l'Haïmaneh?

Au contraire, une position choisie, dans les environs de Beïbazar, sur les pentes méridionales de l’Ala-dagh, s'accorde d’une manière satisfai

sante avec le peu de données que Tive-Live nous fournit sur la position prise par les Tolistoboïens. C’est d'abord ce nom d’Olympe, que les Grecs donnaient surtout à de grandes montagnes neigeuses, à celles dont l'aspect et la hauteur pouvaient leur rappeler le premier, le plus célèbre des Olympes, l'Olympe de Thessalie, celui où les croyance

s populaires plaçaient le séjour des dieux immortels. On connaît l'Olympe de Mysie, qui dominait Pruse, la moderne Brousse; retrouvant ce même nom d'Olympe en Bithynie et en Galatie, nous sommes naturellement conduits à croire que les géographes grecs avaient laissé ce nom s'étendre très-loin vers l’est, qu'ils l'avaient, de proche en proche, appliqué à toute cette chaîne qui, venant à l’ouest se terminer par l’Ida, se prolonge, du côté de l'Orient, jusqu'au pays des Lazes, et forme comme le rebord septentrional du grand plateau de la Péninsule. De Pda aux derniers chaînons du Caucase, cette chaine court, parallèle au rivage de la mer Noire, en gardant toujours à peu près la même hauteur moyenne, le même caractère géologique, la même vés

sétation ; il n’y a donc rien d'étonnant à ce que, parmi ces forêts qui couvrent toutes les pentes, et dans cette longue muraille où le Sangarius même ne fait qu'une trouée à peine sensible à quelque distance, on n’ait pas su au juste où devait s'arrêter cette dénomination d’Olympe, d'abord attribuée à la partie mysienne et bithynienne de cette chaîne. Comment au contraire ce nom d'Olympe aurait-il été s'attacher à une hauteur isolée au milieu du plateau galate, à une colline sans caractère et sans importance ?

Ajoutons que, si nous admettons que la bataille ait été livrée aux environs de Beïbazar, nous obtenons une distance qui cadre parfaitement avec la seule indication précise que nous fournisse Tite-Live (2). De Bcïbazar même à Angora, on compte 18 heures de route; en SUPposant, ce qui est vraisemblable, que la position prise par les Gaulois se soit trouvée à quelque distance de Beïbazar vers le nord, plus près des sommets de l'Olympe, nous aurons donc environ 20 heures de marche, ce qui correspond bien à trois étapes.

Quant à indiquer quel est au juste le lieu de la rencontre , il faudrait, pour y parvenir,

(2) Supererat bellum integrum cum Tectosagis. Ad eos profectus consul, tertiis castris Ancyram... pervenit (ch. 24).

explorer à loisir toutes les pentes méridionales de l’Olympe , et encore trouverait-on peut-être plus d’un site qui répondrait à peu près aux données du problème; plusieurs des contre-forts que l'Olympe envoie vers la plaine centrale présentent ce caractère de s'abaisser en pente douce vers le sud, tandis que vers le nord, par où ils s’adossent à la masse même de la montagne, ils se terminent soit à des murailles verticales de roc qui les dominent, soit à des ravins profonds creusés par les torrents qui gagnent obliquement la vallée du Sangarius. Enfin il va de soi que l'on peut souvent tourner par l’est ou l'ouest, c’est-à-dire en les prenant de flanc, en escaladant quelque hauteur voisine, ces positions inclinées vers le sud, et dont les défenseurs portent de ce côté, comme le plus aisément accessible, tout l'effort de leur résistance (1).

On ne voit d’ailleurs pas, par le récit de Tite-Live, qu'il y ait eu là un oppidum fortifié, et dont on puisse espérer retrouver les restes; Tite-Live parle bien d’un camp dont les Romains forcent le rempart (va/lum) (2); mais la faible résistance qu'oppose ce retranchement permet de croire que c'était tout au plus une levée de terre où un mur en pierres sèches. Aujourd'hui encore, dans toutes les petites guerres de montagne dont l'Orient est le théâtre, Turcs, Albanais ou Grecs ont bien soin, quand ils veulent tenir quelque temps dans une position, d'y élever à la hâte et avec une rapidité singulière ces retranchements de campagne que les Turcs appellent tambourt, et derrière lesquels le palicare se tient couché ou accroupi pour se lever et faire feu quand l'ennemi attaque, puis, en un clin d’œil, se mettre à couvert de nouveau.

Les recherches seraient difficiles et fatigantes pour qui voudrait explorer ce versant méridional de l’'Olympe. Il n’a pas en effet de belles forêts touffues comme celles qui en garnissent les pentes du côté de la Bithynie, ni même des gorges boisées comme celles que nous avons traversées sur le plateau que domine le sommet du Queur-oghlou (3); après Alen-keui, où nous avions couché au sortir de la gorge d'Frekli, nous ne rencontrons plus guère que des ravins de sable et de craie comme ceux que nous avons vus à Assi-Malitch et dans la vallée du Sangarius. La route, à mesure qu’elle s’abaisse, prend un caractère de plus en plus étrange. Le sentier court sur les arêtes qui séparent l'une de l'autre deux combes profondes. Il y a des endroits où il n’est pas plus large qu’une planche, et où il passe entre deux gouffres blanchâtres et crayeux de l'aspect le plus triste. Ce sont comme deux vastes entonnoirs aux parois desquels ne s'attache ancune plante, aucune de ces fleurs sauvages, de ces vigoureux arbustes qui font parfois aux murs de rochers une si pittoresque parure.

Beïbazar est une petite ville d'environ 800 maisons serrées les unes contre les autres au fond de ravins que semblent vouloir fermer de longues crêtes, ou plutôt de minces lames de rochers. Tout autour de la ville s'étend un désert sec et gris, qui désole les yeux et l'imagination. Il ny a un peu de verdure qu'au-dessous de la ville, sur les bords du torrent qui en arrose les jardins et qui se jette, à près d'une lieue de là, dans le Sangarius.

Les seuls vestiges du passé que l’on trouve dans le voisinage immédiat de Beïbazar se rencontrent dans la vallée au fond de laquelle coule ce torrent, nommé Znnési-sou. On y entre en contournant la ville, au nord-est des dernières maisons. Les deux grands murs de roche, entre lesquels court le ruisseau bordé de müriers et de noyers, se terminent à leur sommet par es irrégulièrement découpées qui imitent comme une longue file de tours et de bastions ruinés. À moitié environ de la hauteur de cette paroi, des deux côtés de la vallée, se

des mass

(4) Animadvertit (Manlius) meridiana regione terrenos et placide acclivos ad quemdam finem colles esse, ad septentrionem arduas et rectas prope rupes, atque, omnibus fere aliis inviis, itinera tria esse, unum medio monte, qua terrena erant, duo diffcilia ab hiberno solis ortu et ab æstivo occasu (ch. 20).

(2) Ch. 22 et 23.

(3) Voir p. 56 et 57.

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