‹ Exploration archéologique de la Galatie et de la BithynieChapitre 56 sur 153 · RER · texte numérisé non relu

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trouvent des excavations qui ont été pratiquées dans le roc à une époque qu'il est difficile de déterminer.

Ce qui prouve que ces excavations remontent assez loin, c'est qu'il n’en reste qu'un petit nombre d’intactes; il se produit souvent des éboulements dans ce tuf friable, et, dans les énormes quartiers qui ont roulé au fond de la vallée, on distingue des fragments de beaucoup de ces chambres arrachées de la colline avec le roc où elles étaient creusées. D’autres, que l’on voit encore se dessiner sur l’escarpement de la falaise, ont perdu leur paroi antérieure, et n'ont laissé que de légères traces. Quelques-unes seulement sont bien conservées; ce n’est pas sans peine qu'on les atteint en s'aidant des pieds et des mains. Dans aucune nous n'avons rien trouvé qui indique une destination funéraire; ce sont évidemment d'anciennes habitations. Une de ces chambres a 3 mètres de profondeur sur 2 mètres 90 de largeur. La hauteur est de 2 mètres. Cette pièce communique par une porte avec une chambre voisine un peu plus petite. Dans la pièce principale, entre la porte de communication et celle qui donne sur le dehors, se remarque une ouverture qui a dù servir de cheminée; on distingue encore les traces du feu. A côté est percée une fenêtre. Près de l'entrée, taillé dans le tuf, est un banc où pouvaient s'asseoir deux ou trois personnes. Tout au fond, à 1",20 au-dessus du sol, se creuse dans la paroi une espèce de niche ou de tiroir assez long pour avoir servi de lit. Dans d’autres habitations, dont aucune n’est d’ailleurs aussi bien conservée que celle que nous venons de décrire, on remarque, dans le sol, des ouvertures en forme de puits qui établissaient une communication intérieure entre différents étages de chambres , superposées les unes aux autres (1). L'ensemble de ces habitations souterraines forme ce qu'on appelle à Beïbazar le Hissar ou « le château. »

L'impression que l’on emporte de l'examen de ces lieux, c’est que nous avons là des traces d’un de ces villages de Troglodytes dont les types les plus curieux nous sont offerts par les habitations, souvent décrites, que renferment les rochers voisins d’Urgub, en Cappadoce, où ces chambres souterraines se comptent par milliers. À quelle époque, en Asie Mineure, l’homme a-t-il eu l’idée de mettre à profit, pour s’y pratiquer un abri, les roches tendres qui se trouvent en grand nombre dans l’intérieur de la péninsule ? C’est ce que nous ne saurions dire; mais ce qui est certain, on l’a reconnu en Cappadoce, c’est que ces excavations ont parfois servi de demeures jusque dans des temps très-voisins de nous, jusqu'au moyen âge (2). On peut croire que les populations ont, suivant les époques, renoncé, puis recouru de nouveau à ces asiles, qu'elles y sont retournées après de longs siècles pendant lesquels elles semblaient en avoir oublié le chemin; elles ont dù s’y réfugier toutes les fois que la sécurité disparaissait, et qu’elles se sentaient menacées par ces invasions de barbares qui ont si souvent passé, comme des averses de grêle, sur ces malheureuses contrées. C'était, par exemple, une sûre retraite pour les Phrygiens d'abord, puis, plus tard, pour les Gallo-Grecs, que les chambres pratiquées dans ces hautes falaises; on ne pouvait y arriver que par d’étroites corniches faisant une légère saillie sur la face verticale du rocher. Il suffisait, pour fermer tout accès, de quelques hommes résolus, et d’un coup de pioche qui abattit le sentier. L’ennemi parti, on pouvait toujours descendre avec des cordes. Le seul moyen qu'aurait eu l’agresseur de venir à bout de cette résistance, c'était de faire le blocus de ces cavernes, et d’en prendre les habitants par la faim et la soif; mais ceux-ci avaient dû y emporter des provisions, et y avaient peut-être creusé des citernes où se rassemblait l’eau de pluie qui coulait sur la paroi ou qui filtrait, du plateau

(4) Nous avons déjà signalé ces communications intérieures dans les vastes excavations dont sont percés en tout sens des rochers voisins du tombeau de Midas, dans la vallée de Doghanlou (p. 137 et 147).

(2) M. Texier a remarqué, en Cappadoce, dansun certain nombre de chambres, des emblèmes chrétiens. 4ste Mineure (Univers pittoresque), p. 549.

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supérieur, à travers la roche. D'ailleurs ce qui sauvait surtout les réfugiés, c'était que les envahisseurs , pressés de courir à des proies plus faciles, trouvaient inutile de perdre leur temps à faire le siége de ces tanières.

On ne nous indiqua pas, à Beïbazar, d’autres sites où se rencontrassent quelques restes du passé; une excursion que je voulais tenter du côté d’Assi-Malitch, pendant que M. Guillaume était retenu dans la chambre par des fièvres contractées à Bolu, échoua devant l'impossibilité de trouver un guide qui voulüt m'y conduire. Pour compléter la géographie de la Galatie occidentale, il resterait à suivre le Sangarius dans tous ses détours, des environs de Pessinunte à ceux de Jduliopolis. Une partie de cette lacune sera comblée par la publication des itinéraires de notre hardi voyageur M. Guillaume Lejean; en novembre 1865, il a relevé avec som une partie du cours du moyen Sangarius, entre Sarilar, que l’on trouvera dans notre itinéraire (feuille D), et un point situé à peu près au sud de Vali-Khan. Il a retrouvé, dans ce canton, entre Nali-Khan et le village d'Emret, à 10 kilomètres au sud-sud-est de Nali-Khan et à 4 kilomètres et demi au nord du Sangarius, dans une petite plaine appelée Aimanghir, des restes antiques qui se trouvent ainsi à peu près à la place où on serait disposé à chercher Juliopolis (1). Nous ne pouvons, à ce propos, qu'exprimer le vœu de voir mis le plus tôt possible à la disposition des géographes ces relevés topographiques dont nous avons pu, grâce à une bienveillante communication de M. Lejean, apprécier toute l’exactitude et toute l'importance topographique.

(1) Voir, sur la situation de Juliopolis, les pages 60 et 153 de notre Zxploration.

EXPLICATION DES PLANCHES

PLANCHE IX

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