‹ Exploration archéologique de la Galatie et de la BithynieChapitre 58 sur 153 · ANCYRE · texte numérisé non relu

ANCYRE

On ne saurait dire où était au juste la frontière entre les Tolistoboïens et les Tectosages; peut-être était-ce le grand bras du Sangarius qui servait de limite aux deux tribus. Le fleuve eût ainsi enveloppé presque complétement dans le cercle irrégulier qu'il décrit presque tout le territoire des Tolistoboïens.

Nous n'avons pas relevé notre route entre Aïach et Angora. C'est que, comme nous l'avons , tout le monde

raconté ailleurs (1), à partir de Beïbazar, architecte, médecin, drogman, caw était malade, et que le seul souci du chef de l'expédition, par bonheur resté valide, était de faire arriver le convoi à Angora sans trop de fatigues et de souffrances : il put se charger du carnet de topographie jusqu'à Aïach; mais, arrivé là, il lui fallut courir à franc étrier jusqu'à Angora, en faisant de nuit une partie du chemin. À Angora, on comptait trouver une demeure commode, du repos, un médecin pour soigner tous nos malades et surtout notre docteur, auquel une insolation avait donné un commencement de congestion cérébrale. L’affectueuse hospitalité de l'évèque arménien catholique d'Angora, M Chichmanian, dépassa toutes nos espérances ; c'est pour nous un vif chagrin qu'il ne puisse plus recevoir aujourd’hui le publie témoignage de notre respectueuse gratitude.

Ce qui rend moins regrettable la lacune que présentent en cet endroit nos carnets de topographie, c’est que cette route a été relevée avec le plus grand soin par un des officiers prussiens dont les tracés ont fourni à M. Kiepert les meilleurs matériaux qu'il ait eus à sa disposition pour sa belle carte d'Asie Mineure. M. de Vincke a dessiné pour la carte et a décrit en détail, dans le mémoire qui y est annexé (2), toute la route du Bosphore à Angora. Nous nous bornerons done, pour ce trajet, à quelques rapides indications.

Depuis le moment où nous avons quitté les jardins de Beïbazar jusqu’au derbend de Æirmisou (3 heures) pas un arbre. Çà et là, entre les collines basses, quelques champs cultivés. Après le derbend, le pays présente encore le même caractère; la route suit une vallée, ou plutôt une longue plaine, qui n’a d’eau que pendant l'hiver, et qui est enfermée entre des collines monotones. Au bout de 2 heures, un second corps de garde qui a auprès de lui, comme le premier, un puits d'eau saumâtre. Un peu plus loin, une heure environ avant d'arriver à Aïach, l'aspect du pays change. Le sentier pénètre dans une gorge resserrée; entre deux parois d’àpres rochers, çà et là rouges comme une plaie sanglante, court un torrent, alors réduit aux proportions d’un petit ruisseau (10 août 1861); il n’en faut pourtant pas plus pour féconder tout le fond de la vallée, pour en faire un étroit et splendide ruban de verdure.

Aiachk est une petite ville toute turque, de 800 à 600 maisons. C’est là que Kiepert, d'a-

(1) G. Perrot, Souvenirs d'un voyage en Asie Mineure, ch. VI.

(2) Memoire über die Construction der Karte von Klein Asien und Turkisch Armenten in 6 Blatt von v. Vincke Fischer, v. Moltke und Kiepert, Berlin, 1864, in-8°. +

loue 56

Lo)

près les itinéraires (1), place Minizus, et quoiqu'on n'y ait encore trouvé, si nous ne nous trompons, aucune inscription, Kiepert parait avoir raison. Épars dans les murailles des maisons bâties en briques crues, on voit un assez grand nombre de blocs qui doivent remonter à l'antiquité. D’après Tournefort, on voyait, de son temps, à Aïach, de vieux marbres. Enfin cette gorge, le seul endroit, sur le revers occidental du Gheuk-dagh, par où puisse passer la route d’Ancyre, avait dù de bonne heure être occupée et défendue. Dans tout ce pays, d’ailleurs, l’eau est si rare, il y a si peu d'endroits où l’homme puisse se ménager un séjour supportable, que les villes, depuis bien des siècles, n’ont guère dû se déplacer. L'ancienne ville paraît avoir occupé surtout le quartier que l’on appelle maintenant Æara-kaïa (la roche noire); là se trouve une source abondante, d'une température presque tiède, qui ne révèle au goût aucun dépôt salin, mais qui passe dans le pays pour avoir des vertus bienfaisantes. Elle coule

dans une piscine assez vaste, qui est précédée de deux salles voütées, où on se déshabille.

Tout cela est en pierre et en brique, d’une bonne construction, et doit remonter aux premiers sultans.

Les cimetières ne nous offrent aucune inscription, ni même une seule stèle qui ait jamais dû en porter. On nous désigne comme un ancien village (Eski-keui), où il y aurait des vestiges antiques, Xechanoz, qui se trouve à sept heures d'Aïach, dans le même caza où canton. Un autre village de ce district, où l’on ne trouve plus maintenant que des musulmans, a un nom d’une apparence toute grecque, Ætrindos, qui doit remonter à l'antiquité; il y aurait lieu à pousser aussi une reconnaissance de ce côté.

Le nom d'/stnos, que trois heures de route séparent d'Aïach, semble aussi d’origine grecque; mais, à un certain moment que ne fixent pas les traditions du pays, les anciens habitants y ont été remplacés par des Arméniens. Ce qui ferait croire que cette colonie arménienne ne s’est point établie ici depuis bien longtemps, c’est qu'elle n’a point perdu l'usage de sa langue. Tandis que les Arméniens d’Angora, comme ceux de Sivri-Hissar, ne savent que le ture, ceux d’Istanos se servent entre eux de l’arménien. Nous n’entendimes pas parler à Istanos des restes de murailles pélasgiques que mentionne Aïnsworth, dans le voisinage de ce 6 de reconnaître les débris de forteresses galates. C’est à

village, restes où l’on s’est trop pre tort, selon nous, que l’on a vu là des traces de tout un système de défenses qui aurait couvert la Galatie du côté du nord (2).

La forteresse de Ghiaour-Kalé, dont l’âge et le caractère sont déterminés, dans une certaine mesure, par les grandes figures de style assyrien, taillées dans le roc qui supporte la lourde muraille cyclopéenne, prouve que l'appareil polygonal a été employé par les premiers maîtres du pays, Phrygiens, Mèdes ou Lydiens (3). C’est ce que démontrent aussi, de la manière la plus irrécusable, les ruines voisines du village de Boghaz-keui, celles où on s'accorde à reconnaître les

débris de cette cité cappadocienne détruite par Crésus : les murailles de cette vieille ville cappadocienne et des forts détachés qui la défendent sont en appareil polygonal (4). Quelle raison au contraire avons-nous d'attribuer aux Galates des constructions comme celles qu'Ainsworth décrit pour

les avoir vues auprès de Beyar, dans la vallée de l’'Halys, non loin de Tchangri (5), sur les bords

(4) Ztin. Anton., 142. Lin. Hierosolym., 575.

(2) Ritter, Klein Asien, p. 531-532.

(3) £xploration archéologique de la Galatie, p. 156-163, et planches IX et X. ï

(4) Voir Texier, Asie Mineure (Univers pittoresque), p. 610, et notre Zxploration archéologique, pl. XXXIV. La partie de muraille qui couronne le rocher, dans cette vue photographique, présente des assises à peu près horizontales ; mais les blocs sont de grosseur très-différente, et les joints sont loin d’être tous verticaux. Le caractère cyclopéen de l'appareil est bien plus accusé, comme nous l’indiquent nos notes, sur d’autres points, soit de la grande enceinte, soit des forts détachés au dedans et au dehors de la ville.

(8) Ainsworth, Travels in Asia Minor, t, 1, p. 105.

du Schar-sou, entre Angora et ÆXeredi, au lieu nommé Æara-wrran (1), et vers l’ouest d’Istanos, sur le flanc du Gheuk-Dagh (2)? Est-ce de Gaule que les Galates auraient apporté l'usage des constructions d'appareil polygonal et en blocs énormes? Mais on sait que les procédés de construction familiers aux Gaulois de l'Occident, à ceux qu'a combattus César, étaient tout différents (3).

Serait-ce en Galatie que les nouveaux maîtres du pays auraient adopté ce système de construction? Mais ces villes grecques, dont les murailles avaient le plus souvent arrêté leur élan et résisté à leurs furieuses attaques, ces villes d'Asie Mineure dont beaucoup étaient nées, dont la plupart s'étaient agrandies et restaurées sous les successeurs d'Alexandre, n’offraient guère aux yeux que des enceintes fortifiées et des édifices publics construits dans ce bel appareil à assises horizontales et régulières qui est connu sous le nom d'appareil hellénique. Pourquoi les Galates seraient-ils revenus partout à ce mode de construction que l'on n’employait plus, au temps où ils s’attachèrent au sol de l’Asie-Mineure, que par exception, par une sorte de caprice dont il ne nous est pas toujours facile de deviner les motifs? Là même où soit des usages locaux, soit des fantaisies d’architecte et le désir de donner à une construction un certain aspect de ième siècle

solidité primitive font encore employer l'appareil polygonal, au quatrième et au troi avant notre ère, il y a dans le détail de l'exécution un soin et dans le choix des blocs employés une proportion que ne paraissent pas présenter les rudes débris que décrit Ainsworth (4). D'ailleurs, les Galates n’étaient et ne furent, en Asie Mineure, pendant deux ou trois siècles au moins, que des soldats toujours en armes, soit qu'ils combattissent pour leur propre compte, soit qu'ils guerroyassent à la suite et aux frais d'autrui; pendant toute cette période de turbulente indépendance, ces aventureux condottieri, qui n’aimaient que la guerre et le pillage, se serontils mis à cultiver les arts manuels? Se seront-ils improvisés architectes et maçons ? Voyez plutôt les Turcs Osmanlis ; ils ont fait bâtir par des architectes et des ouvriers persans, grecs ou albanais, les mosquées et les palais de Brousse et de Constantinople. Les Galates, jusqu’à ce que, dans

l’ample sein de la paix romaine, ils se soient peu à peu mêlés et confondus avec les populations environnantes, ont commandé maisons et forteresses aux Gréco-Phrygiens qu'ils tenaient dans une sorte de servage, aux esclaves, gens de métier, qu'avait mis entre leurs mains le sort de la guerre, aux architectes dont ils louaient à prix d'argent les serviceset qu'ils faisaient venir des cités de la côte. Naturellement, architectes et maçons, pour travailler en Galatie, ne changèrent pas leurs habitudes ; ils employèrent là les procédés auxquels ils étaient accoutumés ; ils y portèrent cet appareil dit hellénique que nous rencontrons, en Asie Mineure, dans toutes les constructions dont nous connaissons la date et qui appartiennent à cette époque (5).

Il ÿ à lieu, pour les futurs explorateurs de la Galatie, de rechercher et d'examiner à nouveau, de faire connaître par des plans et des dessins exacts les ruines signalées par Ainsworth; mais, en

(4) Ainsworth, Z. c., p. 126.

(2) Zbid., p. 139.

(3) Cæsar. D. B. G., VIL, 23. Histoire de Jules César, in-4°, t. U, p, 22 et planche XVIII.

(4) Heuzey (le Mont Olympe et l'Acarnante) nous apprend qu'à Limnæa, en Acarnanie, la face extérieure d’un mur d'enceinte est en appareil hellénique, tandis que le revêtement intérieur du même mur est en appareil polygonal. « Cette disposition particulière, » ajoute-t-il, « démontre avec évidence que l'appareil appelé cyclopéen a continué d’être employé par les Hellènes, en même temps que celui auquel ils ont donné leur nom. »

(5) Comme type du bel appareil bellénique que l’on employait, à cette époque et dans cette contrée, dans l’architecture militaire, on peut prendre ce qui subsiste de l’acropole de Nicomédie. Exploration archéologique, p. 2. Les murs de Cyzique, qui appartiennent au plus tôt à la première moitié du quatrième siècle avant notre êre, sont aussi tout entiers en appareil à assises horizontales et régulières, à joints verticaux (bid., p- 73, pl. IV, fig. 7). Il en est de même de l’enceinte de Prusias ad Hypium dans sa partie la plus ancienne ({id., p. 21), et de l’acropole d’Amasia, dont les constructions doivent dater du troisième siècle avant notre ère,

attendant, et d’après les renseignements mêmes que nous donne ce voyageur, nous écarterons la théorie que Ritter a échafaudée sur quelques données vagues et incomplètes, et nous nous refuserons à attribuer aux Galates ces restes de constructions en gros blocs irréguliers ; jusqu’à plus ample informé, nous inclinerions à croire que tout ce qui, dans cette région, présente ce caractère, appartient, comme la forteresse de Ghiaour-Kalé, que nous avons découverte et fait connaître les premiers, à la période anté-hellénique ou primitive, à la période de la civilisation phrygienne.

À Istanos, les seules traces du passé que nous signalèrent les habitants, ce furent des excavations creusées de main d'homme dans les rochers qui dominent le village; nous n'eùmes pas le temps d'aller les visiter; mais, d’après la description qu'en donne M. Ainsworth, ce sont certainement, non des tombeaux, mais d'anciennes habitations tout à fait analogues à celles que nous avons signalées auprès de Beïbazar (1). On voit, engagées dans les maisons, plusieurs stèles antiques; en voici une dont M. Guillaume a copié l'inscription près de la porte de l'église.

Sur une plate-bande, dans le couronnement.

AINOCEYCEB Aloc Edcé6- HCKAAYAIA ne Khavdix AAEZANAPIAI AXetavdpidt

Au-dessous, dans une sorte de médaillon.

THEAY TO FA. 5 NAÏ II A À À KAI ACYN 7 douy- KPI TA 2géro*

Dans le champ de la stèle.

KAÏIAIAAAE 10 (ai) Aûua Àde- ZANAPICH FATHPKAIA AIOITANOAPIOC KAIKOYINTIA

NOCKAIAAE 15 ZANAPOCOI YIOITHEAY TAONMHTPI MANHMHC vas XAPIN 20 yépw.

Sur la plinthe.

HPYCIQNKAIACKAH Hevciov #2} À xt.

TIOCAIOOYPTOIETOI Ron HCAN. 23

ia Alexandris la fille et

Ælius Eusèbe à Claudia Alexandris, sa femme. .. son inséparable compagne. Ælius Januarius et Quintianus et Alexandre les fils à leur mère, hommage à sa mémoire. Ouvrage d'Hérysion et d’Asclépios, tailleurs de pierre.

(1) Zravels in Asia Minor, t. 1, p. 138.

L. 1, le nom d’Ælius, que portent la fille et les fils, devait être celui du père; il suffit, pour le retrouver, de faire à la copie de M. Guillaume un très-léger changement. L. 6, la première épithète appliquée à la femme ne peut être qu'un dérivé quelconque de go. L. 7, äobvrgrros, mot nouveau, mais régulièrement composé, et dont le sens ici ne peut être douteux. L. 13, la forme favoéosse pour favouéoue s'est déjà trouvée dans une inscription de Lycie (1). Hovsiov est un nom nouveau.

D’Istanos à Angora, la route remonte le long de l'Ænguru-sou ou de la rivière d'Angora, si l’on peut appeler rivière un lit desséché où l’on voit çà et là des flaques d’eau dormante. On compte six heures de route, et, dans tout le chemin, on ne rencontre que deux fontaines; pas un arbre, pas un toit où l’on puisse s’abriter. La plaine est pourtant presque tout entière cultivée; mais les villages sont tous à quelque distance de la route. On aperçoit, longtemps avant d'y arriver, Angora, que dominent les murailles dentelées de son vieux château à double enceinte. Les maisons sont étalées par étages sur la pente d’une haute, étroite et longue colline, qui regarde le couchant, et qui, versle nord, s’interrompt brusquement au profond ravin du 7chibouk-sou,

tandis que, vers le sud, elle s’abai en pente plus douce et vient mourir dans la plaine. C’est,

après Brousse, la plus grande ville que nous ayons vue en Asie Mineure.

Nous avons raconté avec trop de détails l’histoire des Galates indépendants, puis des Galates sujets de l'empire romain, pour avoir beaucoup à dire sur cette ville d’Ancyre, que nous connaissons surtout comme la capitale de la Galatie romaine. Nous nous bornerons à rappeler ce que nous savons de ses origines, pour passer ensuite à l'explication des inscriptions que nous y avons recueillies, pendant un séjour qui a duré du 11 août au 29 octobre 1861. Nous devons avertir que les deux premières semaines de notre séjour à Ancyre furent à peu près perdues pour le travail. Il fallut nous installer et reconnaître notre terrain, tâche toujours longue et délicate en pays musulman, mais que nous facilita beaucoup la bienveillante intervention de M“ Chichmanian ; il fallut surtout nous reposer des fatigues et des préoccupations qui nous avaient poursuivis depuis le départ de Bolu, soigner et guérir tous nos malades. M° Chichmanian avait mis à notre disposition les bâtiments vides du séminaire arménien catholique, tout le monde étant alors à la campagne. Ce fut là que nous nous établimes, à un quart d'heure environ du temple de Rome et d'Auguste que nous devions étudier dans toutes ses parties, au double point de vue de l’épigraphie et de l’histoire de l’art.

Le peu que nous savons de l’histoire primitive d’Ancyre suffit à nous montrer que c'est une

des villes les plus anciennes de la péninsule, une de celles qui doivent leur origine aux populations qui occupaient l’Asie Mineure avant que l'influence grecque n'y pénétrât. La légende qui en attribue la fondation à Midas prouve tout au moins que la tradition la représentait comme une vieille cité phrygienne (2); un fait bien constaté, la peine que prit Alexandre, pendant sa marche à travers l'Asie Mineure, d'occuper cette place, et le séjour qu'il y fit, témoigne de l'importance qu’elle avait déjà acquise à cette époque, avant qu'aucune influence grecque ait pu pénétrer jusque dans cette région (3).

(4) €. Z. Gr. 4212, Addenda, 1. M.

(2) Arrien., Exp. Alex. I, 4.

(3) Pausan., I, 4. Quant à l'explication que l’on donnait du nom de la ville, elle ne mérite pas que l'on s'arrête à la discuter

en étant semblable que le nom de cette forteresse phrygienne se rattache à une racine qui a és dans toutes les langues de la famille aryenne et que Curtius (Grund Etymologie, t.A, p.107), représente par les lettres àyx. Elle exprime l’idée de courbure, de crochet, d’étranglement ; le

+ C'est par le phrygien et non par le grec qu’il faudrait expliquer le nom d’Ancyre; mais le phryg une langue aryenne, il e

St très-v

formé de nombreux dér ige der Griechischen

sanscrit ankas, « courbure, » répond au grec &yxos, « vallon, ravin. » Ces rapprochements font comprendre qu’un nom tiré de cette racine ait été donné, par ceux qui les premiers ont ceint de remparts cette haute colline, à la place forte qu'entouraient de plusieurs côtés d’étroits et tournants ravins qu’elle dominait, et dont elle fermait le passage. On se

TEE 57

Étienne de Byzance commet done une erreur quand, d'après Apollonios d’Aphrodisias, il raconte que les Galates auraient fondé Ancyre après une victoire sur les Égyptiens, qu'ils auraient

poursuivis jusqu’à la mer, et auxquels ils auraient pris les ancres (yxvome) de leurs vaisseaux,

À avantage dont ils auraient voulu perpétuer le souvenir par le nom qu'ils donnaient à leur nouvelle cité (1). Ce qui suffit pour faire apprécier le peu de confiance que méritait l’auteur

de cette volumineuse histoire de la Carie (2), c’est que dans le même passage Apollonios attribuait

aussi aux Galates la fondation de Pessinunte. D'ailleurs tout le récit n’a pas l'air d’être autre chose

qu'une de ces anecdotes étymologiques où se complaisait l'esprit à la fois curieux et crédule des chroniqueurs grecs.

Toute cette période antérieure à la conquête d'Alexandre n’est représentée pour nous que par un seul monument, que nous avons eu le bonheur de découvrir dans le voisinage d’Ancyre. C'est ce lion qui est figuré dans notre planche XXXII. Comme le montre la photographie, la

dalle où il a été sculpté en bas-relicf a servi, dans ces derniers temps, avec d'autres blocs antiques, à construire une fontaine, sur une route assez fréquentée, au pied du petit village de Kalaba, situé à 2 kilomètres environ vers l’est de la ville.

Par ses proportions allongées, par la manière dont sont indiqués les muscles et dont est figuré le modelé du corps, ce lion rappelle tout à fait ceux qui sont représentés sur des vases auxquels on a donné différents noms, mais que nous appellerons avee M. de Witte vases de style asiatique ou oriental (3). I y a lieu surtout de remarquer la tête; avec son dessin tout

ensemble conventionnel et énergique, ainsi que les attaches des membres; cela fait songer tout à la fois à ces vases, dont la provenance phénicienne ou assyrienne ne fait plus guère question pour personne, et aux animaux analogues représentés soit sur les grands bas-reliefs décoratifs de l'Assyrie, soit sur des coupes et autres objets en métal de même origine.

À peu de distance de la fontaine de Kalaba, dans la petite vallée, à quelques mètres audessus de la route, au milieu d'une paroi taillée à pie, s'ouvre un ancien caveau funéraire creusé dans le roc. Notre première impression avait été que peut-être la dalle qui porte le lion fermait autrefois le tombeau; mais nous avons dû renoncer à cette idée après avoir pris des mesures exactes. Le caveau mesure en effet 1",70 de hauteur et 2 mètres de largeur. La baie qui y donne entrée a 1",20 entre les scellements; or les dimensions de la dalle où le lion est sculpté sont de 1",37 en largeur et 0",83 en hauteur; elle n'aurait done pu s'adapter à l'ouverture en question. Le tombeau n’a pas gardé trace d’une décoration extérieure.

Quelle qu’ait été sa destination première et sa place primitive, le lion de Kalaba est certaine-

ment une œuvre antérieure à toute influence grecque. Les proportions en sont plus allongées, le dessin en est plus nerveux et plus ferme que celui des lions de Kumbet (pl. VII); il a un certain caractère plus franc, plus archaïque et plus étrange, plus nettement oriental.

Aucun monument, aucune inscription même ne représente pour nous la période gallo-grecque, antérieure à la conquête romaine ; les Galates d’ailleurs, tant qu'ils furent occupés de guerre et de pillage, tant que le pays fut déchiré par les dissensions intestines, ne durent guère avoir de goût pour l’art ni beaucoup songer à écrire. C'est après la pacification du pays par la pré-

fera quelque idée de la force que présentait la position, et de ce que l’art ÿ avait ajouté, en jetant les yeux sur la planche LXIX du p sou, la haute et roide colline qui porte la citadelle; on y apercoit, avec leurs tours massives, les deux enceintes que

ent ouvrage ; on y voit l'angle de l’escarpement que forme, au-dessus du ravin où coule le Tchibouk-

Byzantins et Tures ont sans cesse reconstruites, et qui s'appuient sans doute sur les fondations antiques, maintenant enterrées par l’exhaussement du sol.

(1) Steph. Byz. Ayrue (2) Etienne cite le livre 17 des Kapwé.

CA

(3) Études sur les vases peints, Paris, gr. in-8°, 1865, p. 37-40.

sence constante et l'autorité d'un gouverneur romain qu'Ancyre paraît être devenue une ville ile naît en Galatie, et que les nobles (on

de première importance; c’est alors que la vie ci pourrait dire les beys galates), commencent à habiter la cité, à en accepter les charges, à en rechercher les suffrages, à en ambitionner les honneurs. En même temps, le commerce, l’administration, le service militaire attirent à Ancyre un grand nombre de négociants, de financiers, de fonctionnaires, de soldats en activité ou en retraite. De ce développement de la vie municipale et de ce concours d'Occidentaux naît, à partir du premier siècle de l'empire, l'habitude de beaucoup écrire; Ancyre est une des villes d'Asie Mineure qui ont toujours fourni le plus riche butin aux voyageurs qui prenaient la peine de s'y arrêter quelque temps, une de celles qui occupent le plus de place dans le Corpus inscriplionum græcarum, alors même que l’on met à part la grande inscription qui a fait la réputation d’Ancyre, celle qui est connue sous le nom de WMonumentum Ancyranum, d'Indez rerum gestarum ou de Testament politique de l'empereur Auguste. Nous terminerons notre étude sur Ancyre par un chapitre spécialement consacré au temple de Rome et d’Auguste et aux textes épigraphiques qui l’ont rendu justement célèbre, et que des circonstances exceptionnellement favorables nous ont permis de compléter; nous dirons aussi un mot des autres monuments qu'a conservés la ville, et de ceux dont les débris épars se retrouvent engagés dans les murailles de la ville ou bien gisent dans les cours des mosquées et dans les cimetières. Mais, pour donner d’abord tous les renseignements que contiennent les inscriptions sur la vie intérieure de la cité dont ce noble édifice faisait le plus bel ornement, nous commencerons par publier toutes les inscriptions latines et grecques que nous avons recueillies dans la ville et autour de la ville d'Ancyre. Les inscriptions latines sont peut-être plus nombreuses à Ancyre que dans aucune autre ville d'Asie Mineure; elles sont loin cependant d’égaler en nombre les inscriptions grecques. Nous les transcrirons pourtant les premières, parce qu’elles ont été, pour la plupart, déjà publiées et commentées dans notre thèse De Galatia provincia romana, et que nous ne les faisons guère figurer ici que pour mémoire, afin de réunir dans cet ouvrage tout notre butin épigraphique.

Nous commencerons par les inscriptions datées.

Porte de Namaz=ghia, sur une colonne haute de 1m,87. Hauteur des lettres, Om,035.

IMP CAESAR DIVI VESPASIANI JS. domitianus AVG POnT MAX TRIB POTEST COS VIII DESIG IMAPPIPPIER A'CAESENNIVM GALLVM LEG PR PR VIAS PROVINCIARVM GALATIAE CAPPADOCIAE PONTI PISIDIAE PAPHLAGONIAE LYCAONIAE ARMENIAE MINORIS STRAVIT ’H VIII

Notre copie ne porte pas le V qui doit évidemment figurer apr pierre était fruste en cet endroit. L'inscription est de l'année 82. quelle en est l'importance pour l'histoire de la Galatie , grès qu'y fit la civilisation (1).

le G de desig(natus); la Nous avons montré ailleurs de ses limites administratives, des pro-

(1) De Galatia provincia romana, p. 102.

Sur une colonne milliaire engagée dans le porche de la mosquée d’Hadji-Moussa, Hauteur des lettres, 0%,04.

IMP:CAES:

DIVI TPAI A7 par THICI f°DIVI NERVAE NEPOTI TRAIANO HADRIANO AVG PONt'max: TRICPIOTANIINC OS AU PER A‘LARCIVM MA CEDONEM LEG:AVG:

PRERIREE DE Vité-H:

L'inscription est de 122-123 après J.-C. (1).

Trouvée à Tchanli-kaïa, auprès d'Ancyre, dans une vigne, sur une colonne milliaire. Lettres très-négligemment gravées.

B E I!M PAC'ANES * M Imp(eratori) Cæs(ari) M.

AVR SEIT Aur(elio) Seve[ro] ALE Al j Alexandro [Pio] FELICI INVICTO Felici Invicto AVG TRIBVNIC Aug(usto), tribunic(ia) POTESTA potest(ate) II, COSI PP co(n}s{uli) I, p(atri) p(atriæ) M P m(illia) p(assuum).

L'inscription est de 223 après J.-C. Elle ne présente aucune difficulté, excepté à la première ligne. La sigle B F ne se laisse pas expliquer ici, comme ailleurs, par le mot Beneficiarius, et nous n'en avons pas trouvé d'explication plausible.

Dans le mur d’Zfchkalé, à la porte près d’Atbazar. Lettres de 0m,04,

[éribuno militum]

LEG:III: AVG:QVAESTORI.AEDILI Leg(ionis) tertie Aug(ustæ), quæstori, ædili

PLEBEI"PRAETORI:PROCOS:PONTI EST IRAN INTIPAEMPIR AE FIE CITIO AE RIVIM DANDI:LEG:LEG:VI:FERRATAE LEG‘'AVGVSTORVM:PR:PR:PRO VINC:'GALAT'ITEM:PROVINC CILICIAE‘*RARO‘ET:SANCTISSIMO

plebei, prætori, proco(n}s{uli) Ponti et Bithyniæ, præfecto frum(enti)

e ferratæ

dandi, leg(ato) leg{ionis) sex leg'ato) Augustorum pr(o) pr(ætore) pro-

vine{iæ) Galat(ixe)

item province (iæ Ciliciæ, raro et sanctissimo

[præsidi

Cette inscription avait déjà été c

que nous avons cru devoir reproduire

opiée par Hamilton (2), mais avec une telle négligence, ci notre copie. Nous avons montré pour quelles rai-

(1) De Galatia provincia, p. 113. Le Bas cite, par erreur, sous la rubrique Ancyre, la borne milliaire qui porte aussi

le nom d’A. Larcius Macedo, et dont Hamilton a copié l'inscription à Kaledjik,

(2) Researches in Asia Minor, t. M, Appendix, 115.

sons on pourrait croire que cette inscription intéressante, quoique incomplète, datait du temps de Caracalla, ou du moins de cette période de l'empire (1). Les lettres sont étroites et allongées; elles ont une physionomie maigre et anguleuse qu’un fac-simile seul aurait pu rendre.

Dans le mur du château, du côté de l'est.

D M !S D(is) M(anibus) S(acrum) ALPVRNIAEZOTIC CJalpurniæ Zotic[æ ANNIVSFLAVIANVS

OICIICIORVIID 72 OIITONISLEGGAL FrJontonis leg(ati) Gal (atiæ ONIVGIBMVIXI NN.XV.MENS.V DIEBXVIII.QVUVAE PARTVPRIMOPOST partu primo post 10 DIEMXVIREIICIC diem sextum decimum relicto FILIODECESSIT

?] Annius Flavianus ex officio Rutili

ür

onjugi b(ene) m(erenti) : vixif[t

nu(is) quindecim , mens(ibus) quinque,

Ilieb{us) octo et decem ; quæ

ilio decessit.

Les lignes 4 et 5 sont très-frustes; ce n’est que sous toutes réserves et très-conjecturalement que nous avons essayé d'en tirer le nom d’un légat de Galatie ainsi

, en les restituaut

EXOFFICIORVTILI FRONTONISLEGGAL

Ex officio ne serait pas, comme nous avons semblé le dire, une expression analogue à

ex beneficiario, ex corniculario; il faudrait, pour qu'il y eût analogie, qu'il y eût ici ex of-

liciali. Ex officio voudrait dire employé des bureaux, attaché aux bureaux du légat (1).

Namazghia, Sur un piédestal quadrangulaire.

IMPCAESAR Imp(eratori) Cæsar(i) MAVRELIOAN M. Aurelio An(to)- NINOAVGVSTO nino Augusto C/ME CILIVS Cæcilius

F x F(eli)x.

I est impossible de savoir auquel des trois empereurs qui ont porté ces noms appartient l'inscription.

(1) De Galatia provincra, p. 134-136.

(2) De Galatia provincia, p. 132-133.

Angora, près de Aulchuk-capou.

VII DAS Has{tatus) PRIOR-SEIP-XXI prior, stip{endiis) viginti umo ; VIXIT'ANNIS:XXXX vixit annis quadraginta.

AVR:MAXIMINV Aur(elius) Maximinu[s].

5 1ES ET‘IVL:INCEN mi(les et Jul(ius) Ingen[uus] OPIIO*HERED optio heredes] BRAMISAP) B(ene) m(erenti) p(osuerunt).

L. 2, lisez stip. L. 5, probablement Mic. L. 6, corrigez oPTio.

Dans le quartier turc. Lettres de Om,03.

DST D(is) M{anibus REPENTINAHOC Repentina hoc TVMVLOREQVI tumulo requies- ESCITABVMA cit ab uma- NISSOLLICITV nis sollicitu- DINIBVS*EVCHA dinibus. Eucha- RISTVS-AVG-LIB ristus Aug{usti) lib(ertus)

CONIVGI ET RE conjugi et Re- [pentinus filius matri.]

A la porte d’une maison du quartier juif, en caractères très-bien conservés et très-nets.

D M D(is) M(anibus) MECGHIATAICICNL Lectita col- LISVLATOR lisulator (?)

H CMEMOR bfile memorlAECONDITVM iæ conditum, M:AVR:ANTONIO 6 M. Aur(elio) Antoni[n}o.

Les deux premières lignes de l'inscription ne nous présentent aucun sens; l’étrangeté des mots qu'elles renferment m'avait pourtant déjà frappé quand je les lus sur la pierre, et ils s’y trouvent bien gravés tels que je les transcris. L. 6, le graveur aura oublié un N.

Dans le cimetière grec, auprès du couvent arménien de 7ank.

DM: D(is) M(anibus) N'PVBLILI M. Publil PANTAGATHI Pantagathi,

Ma copie porte ligne 2, N, mais ce doit être une erreur; il paraît difficile qu'on ait ici 8 5 N; ; E le prénom archaïque Novius, sur la tombe de quelque affranchi du temps de l'empire.

Dans une rue de Dichari-kalé (la citadelle extérieure).

MEMMIA:MARCIA MARITO:PIISSIMo

En face de la nouvelle église catholique.

Page 1