LE DISTRICT DE HAÏMANEH
Pendant que M. Guillaume achevait d'étudier le temple et d'en mesurer toutes les parties, je quittai mes deux compagnons, et je partis seul avec notre cawass, Mehemed-Aga, et un Armésance vers le sud-ouest
nien d’Istanos, qui devait me servir de guide, pour faire une reconnai: et le sud d’Angora : je tenais à voir si, dans la partie septentrionale du steppe qui s'étend dans la direction de Konieh et qui se rattache à l’aride plateau de la Lycaonie, je trouverais quelque nouvelle trace des Galates Tectosages, si je rencontrerais quelques monuments me permettant de
déterminer jusqu'où s'étaient étendus leurs établissements vers le midi.
On donne le nom de aïmaneh à la partie méridionale de la province d’Ancyre, mais ce nom ne correspond à aucune division administrative. La Haïmaneh est limitée, vers le nord, par l’Elma-Dagh et les hauteurs qui entourent Ancyre, à l’ouest par le Sangarius, à l’est par l'Halys ; mais personne n’a pu me dire jusqu'où s'étend, vers le sud, cette dénomination. La route directe, entre Angora et Konieh, est très-rarement suivie, à cause des Kurdes qui habitent la Haïimaneh, et toute cette région, où il n'y a d’ailleurs pas, ce semble, beaucoup de découvertes à faire, est une des moins connues de l'Asie Mineure.
ine de ce nom de Æaïmanek ; il se trouve déjà dans le Dyrhan-Numa,
Je n’ai pu découvrir l’ori écrit au dix-septième siècle de notre ère (1) ; mais c’est en vain que je l’ai cherché dans Edrisi, qui a parcouru l'Asie Mineure au douzième siècle, et qui donne plusieurs itinéraires passant par Ancyre (2). Je n’en ai pas non plus rencontré trace chez les historiens byzantins. M. Barth prétend y reconnaître le vieux nom qui se trouve, sous la forme grecque Xauavnv4, dans Strabon, et il ajoute que cette forme grecque répond à l'arabe Hammada (3). Cette dernière assertion est dépourvue de toute valeur scientifique ; on ne voit pas comment le 4 et le x auraient pu s'échanger; il n’y a point d'exemples régulièrement observés d’une pareïlle permutation. Quant au rapport, qui serait plus facile à admettre, entre CAammanene et Haïmaneh, ce qui le rend douteux, c'est que le nom de Chammanene, d’après Strabon, s’appliquait à une des préfectures de la Cappadoce, à une province située sur la rive droite de l'Halys (4). Il n'est pourtant pas impos-
(1) Le Djihan-Numa, une description générale du monde alors connu, parut en 1648 de notre ère. L'auteur en est Kiatib-Tchéléby, autrement dit Hadji-Khalfa. Une traduction de ce livre, encore aujourd’hui populaire chez les Orientaux, a été publiée par M. Vivien de Saint-Martin, à la suite du tome III de son Héstoire des décowertes géographiques des nations européennes; elle est due à la science de M. Armain et accompagnée d’une notice par M. Reinaud, Page 705, le géographe ture nous apprend qu’on élève dans la Haïmaneh des chevaux et des chameaux. L'aspect et l’état de cette province devaient être alors à peu près les mêmes qu'aujourd'hui.
(2) Traduction Amédée Jaubert, t. IE, p. 3rr. Cette traduction forme les tomes V et VI du Recueil de voyages et de mémoires publié par la Société de géographie.
(3) Reise von Trapezunt nach Scutari, p. 81.
(4) XIL x, 4. 2, 10.