VE
(2) Rômisches Münzwesen, p. 742.
(4) LIV, ro.
(8) Eckhel, VI, 106. Cohen, Aug., 96-101, n. 378-379.
Nam ademptio hæe ut quamvis in re injusta, tamen justa ratione fieret, ita peragenda erat, ut, ubi quarta territorii pars adimeretur, sui quisque agri partem quartam possessor cederet aut novo colono aut veteri possessori, cui plus quarta parte adempta esset, itaque re omnes conferrent ad quartam territorii partem novis dominis vacuam tradendam. Pecunia vero pro collaticiis agris a Cæsare reddita solvebatur municipiis ea scilicet lege, ut dominis læsis pro portione eam distribuerent. »
Dans le ch. XVIT, qui a fourni à M. Mommsen l’occasion de faire l’histoire de l’ærarium militare et de l’armée romaine sous Auguste, nous signalerons seulement la correction « qui vicena
nt », qu'a suggérée la lacune exactement mesurée.
[plura ve] stipendia emerui
Le court chapitre XVII est resté tristement mutilé. Les chapitres XIX et XX sont de ceux où le texte grec, quoique lu pour la première fois, n’a rien ajouté au texte latin, remarquablement bien conservé pour toute cette partie. Il en est de même pour presque tout le chapitre XX. Seules, les lignes 19 et 20, qui présentent aujourd'hui un sens suivi, n'avaient jusqu’alors laissé entrevoir qu'une chose, le nom de la voie Flaminia et l'indication d’une réparation par Auguste. Ce n’est point ici le grec, quoique lu pour la première fois et à peu près complet, qui nous a permis d'ajouter au texte traditionnel l'indication précise des travaux exécutés par Auguste sur la voie Flaminienne et les noms de ces deux ponts, le pont Milvius et le pont Minucius, dont l’un au moins n’a été
mentionné jusqu'ici ni par les historiens ni dans les inscriptions. Le grec, ce qui est remarquable, ne contient pas ces noms; on les y a omis, comme s'ils n'avaient pas d'intérêt pour les lecteurs galates, et on s’est contenté de dire que deux de ces ponts n’avaient pas encore besoin de réparation. C'est en regardant de plus près le texte latin que nous sommes arrivés ici à distinguer sur le marbre des lettres qui avaient échappé à nos prédécesseurs.
Dans les chapitres XXI et XXII, le texte avait été, à quelques mots près, heureusement rétabli par Zumpt jusqu'à la ligne 36. Mais tout ce qui est relatif aux jeux séculaires et aux jeux célébrés par Auguste, dans son treizième consulat, en l'honneur de Mars Ultor, n'avait pas été compris et n'a pu être retrouvé et reconstitué qu'à l’aide de la traduction grecque et d’une exacte mesure des lacunes. On n’avait même pas soupçonné qu'il s’agit ici de ces jeux.
Dans le chapitre XXIIT, le mot Sxporo: du grec conduit à rétablir « triremes [et biremes] » au lieu de «triremes [ef guadriremes]». Au chapitre XXIV, on voit par le grec qu’une seule province est nommée comme ayant reçu d'Auguste les objets d’art dont l’avait dépouillée Antoine; il faut donc renoncer aux anciens suppléments « [Peloponnesi et A]siæ, ou [Achaiæ et A]siæ ». Il ne s’agit donc ici que de la province d'Asie ; c'était d'ailleurs à des villes de cette province que se rapportaient toutes les restitutions de ce genre mentionnées par les auteurs.
Ch. XXV. Il y a là quelques lignes relatives à la guerre d’Actium et à l'enthousiasme que, d’après Auguste, l'Italie avait d'abord manifesté, à l'élan tout spontané avec lequel toutes les provinces occidentales se seraient rangées sous sa conduite : elles sont de celles qu’il conviendrait de citer pour montrer comment Auguste entendait expliquer à ses contemporains et à la postérité les origines de son pouvoir. Ici encore, une inspection plus attentive du texte latin nous a permis de retrouver, encore lisibles sur la pierre, des mots qui avaient échappé à nos devanciers (1). On n'avait pas pu non plus, par suite d’une méprise de Paul Lucas (consulibus pour consules) deviner de quoi il s'agissait dans la dernière phrase du paragraphe, où Auguste semble indiquer combien, des sept
cents et quelques sénateurs qui lui prêtèrent serment en 722, arrivèrent depuis lors au consulat, et
combien à la préture.
Ch. XXVI. M. Mommsen a reconnu (1. 12 et 13) la mention de la soumission des peuples qui habitaient les vallées alpestres, dans un passage où les éditeurs précédents avaient confondu le
(1) M. Mordtmann, dont la copie n’avait pas été publiée, avait, paraît-il, lu comme nous les mots importants : guo
vici ad Actium.
avec le nom du fleuve Albis. Si nous ne sommes pas parvenus à lire sur la pierre
(il y à là une profonde et large écorchure) le nom du point extrème atteint par la flotte romaine partie de l'embouchure du Rhin pour reconnaître la côte septentrionale de la Germanie en se dirigeant vers l'Orient, en revanche nous avons distingué, dans le paragraphe relatif aux expéditions d'Éthiopie et d'Arabie, un certain nombre de mots et de lettres qui manquaient complétement dans les copies antérieures. Guidé par ces vestiges, le nouvel éditeur, avec le concours d’un de ses élèves, M. Bormann, a pu restituer l'ensemble de cet important passage, et y faire figurer pour la première fois les noms de Nabata, de Méroë et de Mariba.
Rien de nouveau dans le chapitre XXVII ; le commentaire résume tout ce que nous apprennent les historiens et les médailles sur ces affaires d'Orient, brièvement rappelées par Auguste.
Chapitres XX VIII et XXIX. Notre texte est ici moins complet que celui de nos prédécesseurs; un fragment de la couche superficielle paraît avoir été détaché récemment. Dans le chapitre XXX, le sens général, grâce au texte grec découvert par Hamilton, n'était point douteux; mais, en mesurant les lacunes et en tirant parti de quelques lettres négligées jusqu'ici, M. Mommsen a pu reconstituer bien plus exactement le texte latin. Il en est de même pour le chapitre XXXI.
Au chapitre XXXII, figure pour la première fois, d'après notre copie rapprochée du grec, un roi
des Albaniens, Artaxarès ; le personnage est tout à fait inconnu, mais les vestiges de ce nom se
trouvaient déjà dans les copies antérieures, où on n'avait pas su les distinguer. Avec M. Mommsen is) ?
j'aime mieux lire Dumnobellaunus (cf. Dumnorix et Cassiobellaunus) que voir là deux rois, Dumno et Bellaunus ; j'aime mieux aussi « lire Marcomanorum Suebo [r#mnque complures]» qu'admettre le roi Suebo.
Ch. XXXII, XXXIV et XXXV. Le texte latin, dont le sens était fourni par le grec, a été reconstitué d’une manière bien plus complète. Les éditeurs précédents ignorant, quelle distance sépa-
rait sur la pierre les nombreux fragments de mots conservés, avaient pris là bien des libertés, et souvent avaient fort altéré le mouvement de la phrase latine et l'avaient prolongée ou coupée mal à propos.
C'est une question assez obseure de savoir d’où vient l'espèce de résumé partiel qui termine l'{ndex, et qui commence à la ligne 29 de la colonne VI. Il est évident qu'il ne remonte pas à Auguste lui-même ; on y parle de l'empereur à la troisième personne ; ce supplément est d’ailleurs d'un style sec et grêle, et tout ce qu’il contient se trouve déjà mentionné avec plus de détail dans le cours même du Testament politique. La seule mention nouvelle qu'il contienne, c’est celle des dons faits par Auguste aux provinces. M. Mommsen trouve cette énumération trop mesquine et trop mal écrite pour consentir à y reconnaitre, comme on a voulu le faire, la main de Tibère. Ce serait, selon lui, au magistrat grec d'Ancyre qu'il faudrait peut-être rapporter cette addition. Il me paraitrait étrange, je l'avoue, qu'un Grec d'Ancyre eùt conçu l'idée d'écrire en latin, dans une langue qui m’était pas la sienne, un pareil document, et, sans prévenir personne, se fùt permis d'ajouter ainsi un supplément de sa façon aux pages tracées par la main même du maître du monde. N’est-il pas plus vraisemblable d'admettre que nous avons ici un texte apporté d'Italie en mème temps ù T'Zndex lui-même et emprunté comme lui à une source autorisée? M. Mommsen trouve qu il y quelque chose de mesquin dans cet épilogue ; « de la vie d’Auguste tout ce qu'on y rappelle, c’est
l'argent qu'il a donné pour des jeux et des édifices, comme s’il s'agissait ici du duumvir de quelque municipe, et non d'un empereur du peuple romain.» Mais ces largesses, qui ne nous touchent guère, n'était-ce pas ce qui devaitle plus frapper la plèbe romaine, ce qui devait le plus lui faire regretter un souverain si libéral, et lui donner un goùt de plus en plus prononcé pour le régime impérial? L'ndex rerum gestarum était long à reproduire ; il contenait la mention de bien des faits qui n’intéressaient que médiocrement les gens illettrés, la foule, et dont l'importance aur. ait été
difficilement comprise soit par les mangeurs de noix et de pois frits, par ce petit peuple en tunique
moment où elle fut gravée en l'honneur d’Ælius Lycinus par Blæsius Apollinaris, Lycinus exerçait sa charge comme représentant de deux Augustes. Il n’y a donc plus à hésiter: ce fut sous Caracalla et Géta que Lycinus entra en fonctions, et après la mort de Géta il honora Caracalla par l'inscription que Douza vit le premier. L. 3. Nous trouvons ici une transcription latine du titre que portait en Égypte le procurateur chargé d’administrer dans cette province le domaine privé de l’empereur, le fonctionnaire que les inscriptions grecques appellent 6 robe roi
cr 9) éyov (2), 0
! z : # 2N io Née rerayuévos.(1), 6 voue Toù idou
(TEOT0G Jouxnvégtos ÂXc£aydosiuc rod idiou Réyou (3). Strabon le nomme idénoyos (4), et c'est
ce terme qu'a transcrit exactement une inscription de Venafrum (5). Notre transcription, due peutêtre à un graveur qui ne comprenait pas le sens du mot, est moins correcte. La lettre H surprend ici : on peut pourtant se l'expliquer, sans accuser l'ignorance du graveur ou de celui qui lui avait fourni le texte à copier sur la pierre. C’est qu'en effet si le mot ihos est ordinairement marqué de l'esprit doux, il parait pourtant s'être prononcé, dans certains dialectes locaux (6), avec une aspiration initiale, reste sans doute d’un ancien digamma (7), qui a été parfois indiquée, dans les inscriptions, par l'aspiration de la consonne précédente, et que représenterait ici le H (8).
Mais ce qui fait surtout l'intérêt de l'inscription, c’est qu’elle contient, écrit tout au long, le nom de l’une des trois provinces financières que l’on comptait en Dacie, depuis Antonin le Pieux (9). La DACIA APULENSIS avait été la première reconnue sur les monuments ; un diplôme militaire du musée de Naples avait plus tard révélé le nom de la pAGIA MALvENSIS (10). Borghesi avait cru lire le nom de la troisième Dacie dans une inscription de Neigebaur trouvée non loin de Sarmizegethusa, à Varhély, inscription dont il restituait ainsi le titre : PROC-AV[gusti iii] DAciarum APVLensis AvRaric Malvlensis. Mais depuis lors M. Mommsen a vu l'inscription même de Varhély; il a constaté qu'elle avait été mal copiée par Neigebaur et qu'il fallait lire (nous devons ce renseignement à une bienveillante communication de M. Léon Renier) Por et non Avr. Il en a conclu que ce district avait, comme les deux autres, emprunté son nom à une de ses villes principales, Porolissum ou Parolissum (11).
La conjecture de M. Mommsen (12) est confirmée de la manière la plus formelle par le texte d’Ancyre, où le nom de la province procuratorienne est écrit en toutes lettres : DAGIA POROLISENSIS (13).
(LAC IGr 4067; 1"39;
(2) Ibid. 1. 44.
() C. TZ. Gr. 3757.
() L. XVIE, ch. 1, $ 12: Atos D éoriv 6 mpocayopeuduevos iduéhoyos, à rüv decréruv xaÙ rüv eiç Kaioapa mimreuw dpexdyrov éÉeruoris éort.
(5) Mommsen, Z. R. N. 4636. Orelli-Henzen, 6926; on y lit les mots : idiologo ad Ægyptum.
(6) Ainsi dans l’ile de Ténos (C. Z. Gr., 2329, 2335), dans l'ile de Siphnos (ibid., 2347, c.)
(7) La table d'Héraclée porte Fidros.
(8) Franz (Ælementa Epigraphices Græcæ, p. 232) cite des exemples de plusieurs autres mots, tels que ëx0e, évaurde, icos, qui paraissent aussi avoir été parfois aspirés. C'est dans des inscriptions postérieures à la réduction de province romaine qu’il relève ces exemples.
(9) Borghesi, Œuvres épigraphiques, t. I, p. 480, et la note de M. Henzen.
(10) Henzen-Orelli, 5520. Cf. Bullett. dell Inst. arch., 1848, p- 153.
la Grèce en
(11) Le nom de la ville de Porolissum ou Parolissum, dont l'emplacement n’est pas fixé encore d’une manière certaine, était connu par les auteurs et les inscriptions. On trouvera tous les textes qui y sont relatifs réunis dans Forb; buch der alien Geographie, t. MI, p. 1109. La double copie d’une inscription de Varhély, (p- 413, 2 et 477, 3), donne POROL pour première syllabe; c’est
iger, Handque nous donne Gruter à tort, si nous ne nous trompons, qu'Orelli, en réimprimant cette même inscription d’après Seivert, a corrigé POROL en PARAL (n. 3433). D
ans les plus récentes éditions de Ptolémée, on trouve Tops et Tlagduoooy (II, 8, 6).
(12) C.Z. L. vol. IE, n. 1464. La découverte de M. Mommsen est indiquée par M. Renier dans le tome VI des OEuvres complètes de Borghesi, p. 265, n. 4
Elle est aussi signalée par M. Desjardins dans sa Lettre à Henzen sur quelques inscriptions inédites de Valachie et de Bulgarie, p. 12, note 3.
(13) Le nom est écrit par deux S dans la Table de Peutinger et le Géographe de Ravenne et Ptolé seul dans une inscription citée par Fabretti. 4 1
mée, mais par un
La formule ITEM OMNIBUS EQUESTRIBUS MILITIIS PEREUNGTO mérite aussi quelque attention. Elle indique que le rédacteur de l'inscription, frappé de l'importance des services civils d’Ælius Lycinus, a jugé inutile d'énumérer ses services militaires. Cette formule n’est pas commune ; j
e ne la retrouve que dans une inscription de Dacie, publiée par Reinesius, et qu'Orelli paraît regarder à tort comme suspecte (1).
Sur un cippe funéraire, dans le même quartier.
D M M(anibus)
MDVLPIO M{arco) Ulpio
ANTVLLINO . Antullino
1LEGD XVIFL Centurioni leg(ionis) sedecimæ Fla(viæ) . . LPIDVEGETVS [P(iæ) F(idelis) U]lpi Vegetus
ANTVLLINVSdET Antullinus et
SEVERVSdFILI Severus fili PATRIdPIENTISSIMO patri pientissimo.
La copie qui m'a été envoyée porte L18 à la ligne 3, après le sigle +. La correction ne peut faire l'objet d'aucun doute. Le nom d'Ulpius nous indique que l'inscription est postérieure à Trajan. Fondée par Vespasien, la Legio X VI Flavia Firma parait être restée, jusqu'à la fin de l'empire, cantonnée en Syrie. Il n’est pas étonnant qu'après avoir pris sa retraite, un centurion de cette légion soit venu s'établir et mourir à Ancyre.
Dans une trois
ème inscription qui nous était envoyée en même temps, el qui est en grec, nous n'avons pu distinguer que quelques mots sans suite.
Le seul monument qui soit encore debout à Ancyre, avec la cella du temple de Rome et d'Auguste, c’est la colonne à cannelures horizontales, que les Turcs désignent sous le nom de Bal-kiz
sur son origine. On a suppos
Minaret. Elle ne porte aucune inscription, et la tradition locale ne nous apprend rien
non sans quelque vraisemblance, qu'elle fut élevée en mémoire du
passage de Julien, qui fut reçu à Ancyre avec de grands honneurs et y fit un assez long séjour. C’est en tout cas une œuvre de la décadence. Le chapiteau est déjà de forme byzantine; il est composé de quatre feuilles d'acanthe aux angles et de quatre boucliers circulaires sur les faces; sur ces boucliers existent des trous de scellement qui ont dù servir à fixer des aigles ou tout autre emblème en bronze. Les proportions du piédestal sont particulièrement disgracieuses.
Ancyre, sous l'empire, avait certainement bien d'autres édifices. Rien que dans les inscriptions
nous trouvons mentionné un hippodrome (2), des bains (3), un gymnase (4). Nous avons remarqué,
employés dans différentes constructions , des gradins en pierre qui ont dù appartenir jadis à un théâtre ; enfin on ne saurait s’imaginer le nombre de fragments d'architecture, stèles votives et funérair
s, füts et chapiteaux de colonnes, piédestaux, autels, que contiennent les murailles
() Orelli, 4552. M. Henzen (t. I, p. 480) ne voit aucune raison de douter de l'authenticité, (2) C. Z. Gr., 4039, 1. 23.
(8) EL Gross.
(ARC T.IGre, Hons*
de la ville et ses cimetières. Dans certains endroits les maçons qui, en divers temps, ont reconstruit ces murailles, ont placé symétriquement ces débris, de manière à en tirer comme un grossier motif d'ornementation. C'est ce que l’on remarque, par exemple, dans la ville haute, au point appelé Parmak Capou, « la porte du doigt. » Là les piédestaux, les autels, des bucranes, des têtes de Méduse forment une sorte de bandeau d’un aspect très-pittoresque. Cette curieuse muraille , qui est une espèce de musée d'un genre tout particulier, se termine par quelques assises grossièrement réparées en briques ; mais au-dessous de la brique se lisent, sur la tranche externe de longues dalles de marbre, deux inscriptions attestant que c'est à l’époque byzantine, sous un empereur appelé Michel, probablement Michel le Bègue, qu'a eu lieu cette reconstruction (1).
Nous en avions pris une photographie, qui, malheureusement, n’a pu trouver place parmi nos planches. En démolissant, tout autour de Parmak Capou, la muraille croulante qui ne sert plus à rien, on trouverait certainement, par centaines, des inscriptions nouvelles.
Dès le temps de la fondation d'Ancyre, une enceinte fortifiée a dû couronner le sommet de la longue et étroite colline qui porte la ville. Cette colline, formée, selon Hamilton (2), d’une roche porphyrique qu'il appelle du trap, se termine vers le nord par un précipice abrupt, et, vers le sud, va mourir dans la plaine. Au levant, elle présente, dans presque toute son étendue, l'aspect d’un haut mur de rochers, où l'escalade est à peu près impossible, tandis que, vers le couchant , elle s'abaisse en pente plus douce, par larges gradins qui permettent aux maisons et aux édifices de s’y grouper et de s'y étager à leur aise, sans s'enlever les uns aux autres l'air et le soleil. De la muraille qui défendait cette forte position au temps d'Alexandre et de Manlius, il ne reste rien, ou du moins nous n'avons rien distingué qui paraisse remonter à une si haute antiquité ; peut-être, en plus d’un point, les assises antiques sont-elles dissimulées sous des rhabillages postérieurs. Quoi qu'il en soit, là comme dans les autres villes de l'Asie Mineure, les anciennes défenses durent être négligées, et, quand on ne les démolit pas, elles tombèrent en ruines pendant les deux premiers siècles de l'empire. Ce fut sans doute au troisième siècle que l’on se mit à reconstruire l'enceinte, quand commencèrent ces incursions barbares dont témoigne, entre autres documents, une inscription d’Ancyre (3) ; cette enceinte, depuis cette époque, a été bien des fois attaquée, démolie par les machines des assaillants, reconstruite par les vainqueurs qui s’y fortifiaient à leur tour. La tradition locale attribue la dernière de ces réparations au sultan Ala-ed-din ; mais Tbrahim-pacha, pendant les quelques années où les Égyptiens ont OCCupé l'Asie Mineure, a encore reconstruit le mur qui protége la ville du côté de la plaine. Voici comment se présentent aujourd’hui ces fortifications qui, selon toute apparence, sont destinées à entrer dans une nouvelle période d'abandon et de ruine dont profitera largement l’épigraphie.
La ville basse, où se trouvent les plus riches maisons et les plus importants bazars, est entourée d’un mur qui contourne le rebord de la colline au-dessus du grand ravin au fond duquel coule le Tabak-hané-tchaï, puis en suit tout le pied du côté de la plaine. Au-dessus de la ville basse, au milieu à peu près de cette pente tournée vers l’ouest qui porte la ville, commence et court, parallèle à la crête de la colline, une première ligne de murailles flanquées de tours qui séparent de la ville ce que l'on appelle la citadelle, Xaté (4). En franchissant des poternes que ne garde plus aucun soldat, on entre donc dans ce qui s’appelle Dichari-kalé, ou « la citadelle extérieure ».
(1) Voir plus haut, page 240-247.
(3) C. Z, Gr. 4or5. Cette inscription, malheureusement mutilée, fut gravée en l'honneur d’un personnage qui, «au milieu des famines et des invasions barbares, avait relevé tout le mur, des fondations jusqu’au faite ».
(4) Voir la planche LXIX. — Ici, contrairement à un usage qui est encore général en Orient, les chrétiens sont mélés aux Turcs dans la ville haute.
Pb
Si l’on continue à monter, on se trouve bientôt en présence d’une nouvelle enceinte, elle aussi flanquée de tours : c’est ce que l'on appelle Znch-kalé, «la forteresse intérieure ». Ce sont les murs de cette forteresse intérieure qui contiennent en plus grand nombre les inscriptions et les débris antiques. Sur le revers oriental, le roc se dérobe et s’abaisse brusquement, de sorte que certaines inscriptions ne peuvent être lues que de très-loin et avec la longue-vue. Au moyen âge, du temps où la possession de cette forteresse était si convoitée, c'était dans cette citadelle qu'étaient concentrées les dernières ressource
s, les dernières espérances de la défense. On y distingue, au milieu des décombres, les restes d'anciens magasins, de souterrains et de citernes, qui ont servi de prison en 1800, quand on envoya à Ancyre des prisonniers français d'Égypte. Pour n'être d'ailleurs pas exposé à manquer d'eau, on avait construit un passage voüté qui de la citadelle descendait, en suivant l’abrupte paroi presque jusqu’au fond du grand ravin, jusqu’à une belle source qui donne la meilleure eau de la ville, et que protégeait une forte tour, reliée à la ville par ce chemin couvert. Celui-ci se détache du mur dans le voisinage de l'énorme tour, connue sous le nom d'Ak-koulé, « la tour blanche », qui occupe l'angle nord-est de toute l'enceinte et qui en forme le point culminant : c'était évidemment, grâce au précipice qui la défend de trois côtés, le nœud même de la position et le point sur lequel devaient se replier les derniers défenseurs de la place. Il court dans la ville toute sorte de contes bleus sur cette tour, sur une porte en fer qui s’y trouverait, et qui donnerait accès à des souterrains allant déboucher à plusieurs lieues de là dans la campagne. C'est évidemment ce chemin couvert qui a donné naissance à tous ces récits; or il a à peine une centaine de mètres de long, et la construction en est si grossière qu’il doit dater tout au plus de la fin du moyen âge. Il aboutit en bas à une tour rectangulaire d’une exécution assez soignée, mais dont la porte est ogivale.
On aperçoit, dans la muraille, plusieurs lions en pierre dont les uns doivent être anciens, tandis que d'autres ne datent que du moyen âge. Les figures de lion, dont l'emploi, comme symbole d'abord, puis comme simple motif d'ornement, remonte en Asie Mineure à la période primitive, servent encore aux riches négociants arméniens et grecs, dont nous allons visiter les maisons de campagne autour d’Angora, pour décorer leurs kiosques et leurs fontaines. C'est de Constantinople aujourd’hui qu’ils font venir de petits lions en marbre blanc d'une forme toute conventionnelle. Nous avons vu comment l’art phrygien, dans les environs mêmes d’Ancyre, rendait avec une fière simplicité ce type du lion et des autres grands carnassiers du même genre (1); l'art gréco-romain a laissé aussi à Ancyre d'assez nombreux exemples de la manière dont il traitait ce même type, avec plus de liberté et d’ampleur, mais souvent avec plus de mollesse. Nous avons reproduit, d’après une photographie, le plus beau des lions gréco-romains qui subsistent encore à Ancyre (2). Tout mutilé qu'il est, il garde assez grand air ; la pose est aisée et noble; elle rappelle les lions du Pirée, aujourd’hui à l'arsenal de Venise. Ce lion se trouve dans la cour d’une mosquée qui lui doit son nom, selon toute apparence : on l'appelle Ars/an-Hané, mot à mot «la cour» ou « l'enceinte des lions ». Dans ce même endroit on remarque, outreles débris de plusieurs autres lions, divers fragments antiques,
modillons énormes, claustra en marbre, chapiteaux, triglyphes. D'autres morceaux ont le caractère byzantin. C’est là enfin que nous avons trouvé, sur un piédestal, une des plus importantes inscriptions de notre recueil (3).
Près du Æonak ou de la maison du pacha, nous avons visité avec M. Riga, un Européen établi depuis bien des années à Ancyre, des substructions qui paraissent avoir appartenu à un édifice important. Elles sont en assises alternatives de moellons et de briques. On ne voit plus que la partie
(1) Voir page 226 et planche XXXII.
(2) Planche XI.
supérieure d’une série d’arcades qui donnaient accès à des voûtes aujourd’hui remplies de décombres et de terre. Selon M. Riga, ces voûtes conduisent jusqu’en un endroit situé à six lieues de la ville. Dans le 4onak, pour supporter les poteaux qui forment un porche extérieur, on s’est servi de piédestaux antiques surmontés de bases, qui ont, à la plinthe, 1",10 de côté. On les a trouvés, il y a quelques années, dans l'endroit où sont aujourd’hui les écuries du pacha, avec des blocs antiques, et, selon un des vicaires de l’évêque, avec des mosaïques qui y subsisteraient encore sous le sol. Des fouilles sur ce point pourraient avoir de l'intérêt.
Plusieurs autres maisons, où nous conduit M. Riga, sont bâties aussi sur des voûtes romaines que l’on prétend s'enfoncer très-loin, mais qui ne sont probablement que l'étage inférieur d’anciens édifices. La construction en grandes briques, de 0",45 de long, est très-soignée. Une de ces voûtes est légèrement rampante.
Parmi les débris d'anciennes constructions qui ont été employés dans les murailles actuelles ou qui gisent sur le sol, il y en a toute une catégorie dont nous avons eu quelque peine à deviner
le caractère. Ce sont des blocs de pierre, en forme de dés ou de tambours de colonnes, qui sont
percés à leur centre d’un trou cylindrique, trou qui se termine d’un côté par un élargissement annulaire, de l'autre par un cylindre creux faisant légèrement saillie sur cette face du dé. À ces blocs ainsi perforés de part en part et disposés de manière à s’emboîter bout à bout, on ne peut trouver d'autre destination que celle de tuyaux. Mais comment expliquer l'emploi de conduits aussi massifs? N’a-t-on pas l'argile, si facile à travailler et si solide? Ce qui pourtant ne nous permet pas de doute, c’est que l'usage de ces tuyaux faits de la pierre dure du pays ne s’est pas perdu à Angora. Nous en avons vu plusieurs fois tailler aux abords de la ville. Peut-être ces tuyaux formaient-ils les branches d’un siphon qui aurait amené dans la haute ville les eaux des montagnes
voisines, celles de l’'Elma-dagh; à l’est, derrière la citadelle, on distingue les restes d’un aquedue qui semble du moyen âge. On aurait alors cherché ainsi à obtenir, au moyen du poids de ces lour-
des pierres qui se maintiennent d’elles-mêmes en place, une adhésion parfaite ; on aurait cru éviter ces dérangements qui peuvent être plus fréquents avec des tuyaux plus légers et plus mobiles.
À gauche de la route qui mène au monastère de Vank, dont nous aurons l’occasion de reparler, se trouvent les restes d’une importante construction en briques, occupant une éminence qui domine une petite vallée cultivée et boisée. Des corridors sont pratiqués dans l'épaisseur des murs, très-massifs et qui devaient être d'une force extraordinaire : on y découvre aussi un puits carré qui s'enfonce dans le sol et qui se continue jusqu'à une grande hauteur dans la maçonnerie en élévation. Il y avait des arcades et des voûtes dont on ne voit plus que la naissance. Ce doit avoir été une forteresse, une sorte d'ouvrage avancé, car ce bâtiment était relié, par un mur dont on peut encore suivre la trace sur le sol, avec la porte, formée de fragments antiques, par laquelle nous sommes arrivés d'Istanos. Au soin avec lequel avait été dressé l'appareil des voûtes et des arcades, en grandes briques mêlées de moellons, on peut juger que cette forteresse date tout au moins de la meilleure époque byzantine, si elle ne remonte pas à la fin du haut-empire.
Le cimetière situé près du monastère de Vank est rempli de fragments d'architecture et de stèles qui montrent qu'il y avait là autrefois quelque édifice important, un point autour duquel se groupaient les monuments votifs et les tombeaux. Quelques morceaux d’architrave, gisant sur le sol, ne peuvent guère avoir appartenu à un monument moins grand que le Portique d'Octavie à Rome. Dans les piles du pont, sur la petite rivière, sont engagés, outre des fragments d’une architrave qui porte quelques lettres, des blocs qui ont tout l'air de gradins de théâtre.
Un des points où se trouvent entassés le plus de débris d'architecture, c'est la porte appelée Namazghia, au sud-ouest de la ville. Les uns sont engagés dans les murailles de fortifications croulantes, les autres se trouvent en plus grand nombre encore gisants dans les cimetières arménien, juif et grec. Beaucoup de ces fragments paraissent avoir appartenu à un même édifice très-considé-
Monts 68
rable, dont l'emplacement est peut-être indiqué par un des tertres formés de décombres qui s'élèvent en dehors de la porte.
Veut-on résumer en quelques mots l'impression que laisse l'étude de ces débris de l’ancienne Ancyre ? Le grand nombre de fragments de toute espèce que l’on rencontre à chaque pas nous prouve qu'Ancyre, sous l'empire, devait être tout ornée de monuments publics et privés, mais que la plupart de ces monuments étaient d’un style pompeux et d’une ornementation lourde, de bien peu supérieure à celle des édifices dont nous avons trouvé les restes à Pessinunte et à Tavium. Le grand goût du temple d’Auguste, son élégance aisée et sa sobre richesse ne semblent pas avoir exercé
beaucoup d'influence sur la décoration des autres édifices d'Ancyre. Dans la beauté de ce temple,
il ne faut voir qu’une brillante exception due, selon toute apparence, à la science et au génie de l'architecte, sans doute un des premiers de son siècle, que les tétrarques galates firent venir de la Grèce ou de la Province d'Asie, pour élever à Auguste et à Rome un monument digne du dieu et digne de la magnificence que ces princes aimaient à déployer. L'architecture dans les autres constructions d'Ancyre ne paraît pas s'être élevée au-dessus du niveau moyen de l'art provincial en Asie Mineure et en Syrie.
Parmi les monuments d'Angora qui sont antérieurs à la conquête musulmane et qui méritent quelque intérêt, il faut compter l'église du couvent arménien grégorien qui se trouve à une demilieure au nord de la ville : il porte le nom de Vank. Cette église paraît fort ancienne : elle est précédée d’un vestibule rectangulaire ou narthez, et surmontée d’une coupole octogonale; sur les
faces du polygone sont disposées de grandes niches circulaires. C’est à très-peu de chose près la disposition du temple en briques, dit de Minerva medica, dont les ruines existent encore à Rome, près la Porta maggiore. D'après la tradition, cette église occuperait l'emplacement d’un ancien temple païen. Il n’y a rien là d'impossible ; il se pourrait même qu’elle eût été bâtie sur le même plan, et que dans les basses œuvres elle ait conservé quelques parties de l’ancienne construction. Il y a à Salonique un vieux temple converti en église qui présente un tout semblable aspect.
Ici l'intérieur même n'est pas sans noblesse. Les peintures qui couvraient la coupole sont presque toutes effacées et l'on voit en beaucoup d’endroits la brique; mais les murailles sont presque complétement revêtues de carreaux de faïence blanche et bleue qui sont d’un très-heureux effet.
Ces émaux ne sont d'ailleurs pas anciens; ils ont été, nous disent les religieux, e:
‘cutés pour le
compte du couvent à Koutahia, où il s’en fabriquait encore beaucoup vers la fin du siècle dernier. La décoration de l’autel, les lampes d’argent suspendues à la coupole, tout cela est assez riche. Dépendant de l'église sont de vastes bâtiments qui servent maintenant d'habitation à quatre ou cinq vartabeds, ou docteurs. Le couvent et l'église, d’après la‘tradition du pays, appartenaient autrefois aux Grecs ; un évêque grec, dans un moment d'ivresse, le vendit, raconte-t-on, pour un verre de vin, à l’évêque arménien son compagnon de table, Quoi qu'il en soit de cette tradition,
ce qui semble confirmer l’ancien droit des Grecs, c’est qu’ils ont conservé l'habitude d'enterrer leurs
morts dans le cimetière qui occupe la pente de la colline au pied de laquelle est bâti le couvent.
On nous avait beaucoup parlé de l’église Saint-Clément, dans l’intérieur de la citadelle d'Ancyre;
elle appartient aux Arméniens grégoriens. Ce ne fut qu'après nous y être présentés plusieurs fois que nous réussimes enfin à y pénétrer; elle est ordinairement fermée. Elle n'offre, dans son état actuel, aucun intérêt. Elle a été, nous dit le gardien qui nous la montre, restaurée il y a quatorze
ans, aux frais d'Hadji-Ohan, riche négociant arménien de Tusgat. Il n’en restait plus alors que les
quatre murs ; la restauration a effacé toutes les traces de l’ancien état qui pouvaient subsister. Il
n'y a là d’appartenant à la vieille église qu'un petit monument, une coupole portée sur quatre
colonnes courtes, que l’on dit être le tombeau du saint qui est devenu le patron de l'Ancyre
chrétienne. Près de là, on montre la tour où fut emprisonné le saint et le lieu où il fut marty-
On —
risé. Notre guide nous conduit aussi voir dans des maisons voisines deux petites chapelles souterrai-
nes; dans la première on vient chercher de la terre pour guérir les fièvres. La seconde est encore plus petite ; il faut se traîner pour y entrer. Au fond est placée une de ces stèles antiques où sont figurées les moulures d’une porte, mais la pierre ne porte pas d'inscription. C’est là aussi un tombeau de saint Clément, d’après une autre tradition.
Des restes plus intéressants, ce sont ceux que nous trouvons au fond d'une cour, dans la ville
basse, tout contre la mosquée voisine de la nouvelle église catholique, qui était alors en cons-
truction, et qui doit être terminée aujourd'hui. Il y a R les débris d’une église byzantine, construite
en grandes briques, avec de petits pilastres en marbre blanc, des arcs-doubleaux, et une coupole à
demi détruite. Dans un are-doubleau de la coupole et dans les petits ares on. distingue des restes de peinture, une figure de saint, et des ornements variés, des imbrications et d’autres motifs. Les Tures ont mutilé, en martelant le bras transversal, les longues croix dont étaient décorés les pilastres.
Les Grecs qui habitent la maison où sont enclavées ces ruines nous disent que l'église s'appelait autrefois ÆZaghios Clemendos, et ce doit bien être là le Saint-Clément de M. Texier. M. Riga nous affirme pourtant que le vrai patron de l’église abandonnée est saint Jean le Théologie.
Toutes les autres églises d’Ancyre, grecques, arméniennes ou catholiques, sont tout à fait récentes et sans aucun autre intérêt archéologique.
Il ne s’est donc conservé, on le voit d’après cet exposé, presque aucun monument, presque aucun souvenir de l’Ancyre byzantine. C’est, affirment dans le pays ceux qui prétendent avoir recueilli les traditions locales, que la population chrétienne, sous la domination des sultans d'Iconium, aurait presque complétement disparu. Les Grecs et les Arméniens qui habitent Ancyre y seraient venus, depuis deux cents ans environ, les Grecs surtout de Césarée, les Arméniens de Van, d’Erzeroum ou de Constantinople. Il n'y aurait pas ici de chrétiens indigènes, reste de l’ancienne population gallo-grecque.
Il paraît pourtant difficile que toute la population chrétienne se soit faite musulmane ou ait disparu. Les Turcs ne massacraient pas les infidèles ; ils les réduisaient en sujétion, mais ils épar-
gnaient leur vie. Sans doute quelques familles, et, dans les campagnes, un certain nombre de villages auront apostasié ; mais partout, dans les villes au moins, il a dû rester une population chrétienne fidèle à sa foi. Ce qui est probable, c’est que ceux qui n’ont pas voulu se convertir ont abandonné les villages et se sont réfugiés dans les villes ; on y est toujours plus protégé contre l'oppression parce que l'on est nombreux, et que l'individu s’y perd dans la foule.
C'est là un fait qui est prouvé par l'existence dans la province d'Angora d'une certaine quantité de villages dont le nom a une forme toute grecque, mais qui n'ont maintenant pour habitants que des musulmans ou des Arméniens. Nous citerons /stanos, Miranos, Kerindos, Arandos.
L'art arabe a laissé aussi à Ancyre des monuments qui mériteraient par eux-mêmes l'attention de l'artiste, mais que nous n’avons guère visités, pressés que nous étions par le temps, qu'en vue d’y trouver des fragments et des textes antiques ; nous ne pouvons ici que les indiquer rapidement pour les signaler à la curiosité des voyageurs futurs. Les édifices musulmans les plus anciens qu'il y ait à Ancyre sont, paraît-il, la mosquée d’Ars/an-Hané, qui doit son nom au lion colossal dont nous avons déjà parlé, et l'élégant &wbek polygonal qui lui fait face. Le turbeh, dont la petite coupole présente une disposition très-originale, renferme le tombeau du vizir qui, nous dit-on, a fait construire la mosquée. Le tombeau est surmonté d’une sorte de coffre en bois d’une ornementation capricieuse et fine. D’autres tombeaux, en pierre ou en marbre, disposés autour de celui-ci, sont aussi très-6légamment ornés de lettres décoratives et de rinceaux. Malheureusement tout cela est empâté de badigeon.
Dans un autre quartier, derrière la citadelle, se trouvent aussi quelques débris assez précieux
de l’art arabe, entre autres la porte, élégamment ornée, d'un petit mejdid. Nous remarquons encore la mosquée appelée Mevli-hané avec le charmant twrbeh voisin. C'est tout près du #&%eh des derviches tourneurs.
Dans la citadelle intérieure, la mosquée d’A/a-ed-din, abandonnée et à demi détruite, offre des détails d’un goût exquis, entre autres une porte latérale que M. Guillaume a dessinée et qu'il a publiée dans un recueil spécial (1).
Les substructions de la mosquée sont entièrement faites de füts de colonnes byzantines, et de marbres précieux, de blocs de porphyre qui avaient été évidemment employés dans la décoration d'édifices plus anciens.
La mosquée d'Hadji-Baïram, celle dont dépend l'Augusteum, est moins ancienne, mais ne manque pourtant pas d'élégance. Les murs en sont décorés de carreaux émaillés comme ceux qui revêtent les mosquées de Brousse. Le rimber en bois a de jolis dessins à compartiments.
Pour tout ce qui regarde l'architecture du temple de Rome et d’Auguste, et les fouilles que nous y avons faites, nous renvoyons au mémoire rédigé par M. Guillaume, mémoire que l'on trouvera à la fin de la Galatie, p. 295 et suivantes.
(1) Moniteur des architectes, année 1867, pl. 97.