ARTE
de prix; ne serait-ce pas ce temple du Jupiter Tavien qui était le principal ornement de la ville et vers lequel se tournait de toutes parts la dévotion des Galates que le service militaire ou leurs affaires appelaient à l'étranger ?
Des tombeaux pratiqués dans le rocher, au nord du village, ne présentent aucun intérèt. La roche est singulière : c’est un poudingue formé de cailloux si serrés que l'on dirait une maçon-
nerie grossièt
e, du blocage. Nous nous M trompons au premier moment. Il est impossible, au nombre des débris et à l'étendue de terrain qu'ils couvrent, de douter
qu'il y ait eu ici une grande ville : encore les vieillards se souviennent-ils d'avoir entendu dire à leurs
pères qu'il y à un siècle et demi les ruines étaient bien plus considérables qu’elles ne le sont aujourd'hui. La ville de lusgat, fondée il y a cent vingt ans environ, s’est construite surtout avec des matériaux empruntés aux édifices de la cité détruite. Néfez-keui a servi de carrière aux Tclapan- Oghlou, les fondateurs et souverains de lusgat. C’est avec des colonnes et des marbres recueillis parmi ces décombres qu'ont été construites les mosquées et la somptueuse résidence de ces princes, palais qui lui-même est déjà une ruine. Dans le cours de ces travaux, plus d’une inscription intéressante a dù être transportée à lusgat pour y disparaître sous le ciseau du tailleur de pierre.
La cité antique était établie sur de hautes collines dont les pentes sont tournées vers le sud, et que
défend contre le vent du nord le massif montagneux de la Ptérie, auquel elles sont comme adossées. Devant elle s'étendaient de fertiles vallées qui vont rejoindre en s’élargissant graduellement la plaine herbeuse du Delidché-Irmak. Des sources abondantes et pures jaillissent sur plusieurs points de l'espace que paraît avoir embrassé l’ancienne ville. La vigne et les arbres fruitiers réussissent trèsbien tout à l'entour, malgré l’indolente apathie des habitants actuels de cette contrée. C'était un site bien choisi. On voit par le caractère des fragments retrouvés et des inscriptions funéraires qui ont été déchiffré de ses maisons toutes les pentes de ces coteaux, une vaste étendue de terrain, a subsisté très-tard,
sur les stèles, que la ville importante et populeuse qui couvrait de ses édifices et
jusqu'aux invasions musulmanes. Toutes les monnaies qu'on nous apporte appartiennent au bas-
empire (1).
Quelle était cette ville? Il nous paraît impossible que ce ne soit pas la capitale des Troemes, Ta- VIUM Où TAvIA.
Une première considération préjudicielle frappe notre esprit. Quelque déçus que nous ayons été dans nos espérances par ces quelques heures employées à parcourir et à étudier ce site, il nous est impossible de ne pas reconnaître qu'il y a eu ici, non pas seulement un lieu habité dans l'antiquité, quelque bourgade comme celle qu'ont remplacée Hassan-Oghlan ou Kaledjik, mais un centre important de population, une grande ville ornée d’édifices somptueux. Or la Galatie orientale, le pays des Trocmes, ne paraît pas avoir eu d’autre ville qui méritàt ce nom que Tavium. On voit par Strabon, le premier écrivain qui mentionne Tavium , que des trois places entourées de
murailles (og05eux 1oœat rois.) qu'il cite comme appartenant aux Trocmes, Tavium était de beau-
coup la plus riche et la plus peuplée : « Tavium, dit-il, est le plus important marché de cette contrée; on y voit le colosse de bronze de Jupiter, et l'enceinte de son temple jouit du droit d'a
sile (2). » De Mithridation, tout ce qu'il sait, c’est que Pompée a détaché cette forteresse du royaume du Pont pour la donner à Déjotare; il faut donc la chercher, selon toute vraisemblance, beaucoup plus vers le nord, sur la frontière, dans la direction d'Amassia. « On pourrait, ajoute-t-il,
compter comme la troisième (roro 6 ruç Auyéa) Danala, » et tout ce qu’il en dit, c'est que
(4) I en arriva autant à M. Hamilton. 11 fut d’ailleurs frappé comme nous, mais sans en ürer la même conclusion, du
caractère de décadence, de l'aspect byzantin que présentaient la plupart des débris qui avaient frappé sa vue (/esearches in Asia Minor, t. 1, p. 390).