PHLEGMONS ET ABCÈS CHAUDS
Les PHLEGMONS ET ABCÈS CHAUDS se caractérisent d'emblée par leurs signes propres, tuméfaction œdémateuse, rougeur, fluctuation, douleur, fièvre : il y a lieu simplement de se demander, dans certains cas, s'ils ne procèdent pas de « l'échauffement », de l’infection aiguë accidentelle, d’une lésion préexistante et négligée, adénite, kyste, héimatome.
Ce sont assez souvent des accidents de toute banalité, s'il y a jamais rien de banal, en clinique.
Leur siège surprend parfois, à première vue : je rappellerai l’abcès sous-mental, qui « fait bosse » en arrière du menton, et quil faut bien distinguer, par le palper intra-buccal, du phlegmon du plancher de la bouche (voy. fig. 17); il est, lui, exclusivement cervical, et ne déborde pas le plan du mylo-hyoïdien, et, d'ordinaire, il représente un adénophlegmon, né dans un de ces ganglions sous-mentaux, très fréquents, sinon constants, situé près du raphé mylo-hyoïdien et de l'os hyoïde.
Plus bas, vous verrez d'autres abcès médians, sur le devant de la pomme d'Adam, pré-thyroïdiens. Ce sont peut-être quelquefois des hygromas suppurés, car il ya souvent, à ce niveau, une bourse séreuse, décrite par Boyer. |
Vous en verrez au-dessous du cartilage thyroïde, au-devant du ericoïde et de la membrane crico-thyroïdienne; on signale, là encore, un ou deux petits ganglions.
Du reste, on fera bien de ne pas s’attarder à ces hypothèses pathos géniques, intéressantes, sans doute, mais qu'on ne peut, ce général, vérifier; ce qu'il faut retenir, c'est ceci : on trouve des abcès chauds, bien circonscrits, sur le devant de la colonne laryngo-trachéale, et
sans nul rapport avec les voies respiratoires, des abcès lymphangitiques, par infection cutanée avoisinante.
Les abcès du corps thyroïde, rares, d'ailleurs, se présentent sous un tout autre aspect, et, d'ordinaire, se compliquent d'accidents dyspnéiques plus ou moins accusés. Ils sont à rechercher par les procédés d'exploration, qui seront signalés plus loin (voy. Corps thyroïde).
Au creux sus-sternal, font relief parfois des abcès chauds, « lymphangitiques », d'origine tout accidentelle, qu'on ouvre, et qui guérissent tout simplement. Mais il convient toujours, chez les enfants et les jeunes gens, de garder une arrière-pensée à l'ostéomyélite du manubrium, au moins à certaines formes atténuées, subaiguës, qui n'affectent pas les allures bruyantes de la forme typique : on aura soin de rechercher toujours la douleur sur le devant du manubrium et à sa jonction avec le corps, et d'explorer du mieux possible la face postérieure, en déprimant l'abcès (voy. fig. 63). Enfin le médiastin est tout proche, et l'on y pensera également (voy. plus loin, p.129).
Au creux sus-claviculaire, vous trouverez des adéno-phlegmons des mieux caractérisés; abcès ganglionnaires bien circonserits; grosses masses phlegmoneuses et abcès multiples. Là encore, il sera toujours indiqué de chercher, autant que possible, à délimiter la masse par en bas, au-dessous et en arrière de la clavicule.
On devra se souvenir également de l’ostéomyélite claviculaire.
Enfin la masse phlegmoneuse sus-claviculaire n'est parfois que le prolongement déclive d'un foyer sous-sterno-mastoïdien, et la situation est toute différente.
Les phlegmons profonds, sous-sterno-mastoïdiens sont, en effet, d'une gravité particulière, et, de plus, on les reconnaît souvent assez mal, on ne les débride pas assez tôt, assez largement, au bon endroit, et l'exploration est souvent, en pareil cas, d’une importance vitale. Vous voyez une des moitiés du cou soulevée par une volumineuse tuméfaction, plus ou moins rouge, œdémateuse sur ses bords, douloureuse sur toute sa surface. Si vous palpez cette grosse masse convexe sur la saillie qu'elle dessine, vous ne sentirez rien, rien d'’utile; vous percevrez une induration tabulaire, et une sorte de gangue épaisse, qui la sous-tend : le muscle est là, épaissi, contracturé, qui dérobe à vos doigts le plan sous-jacent.
C'est sur les bords du muscle, en avant et en arrière, qu'il vous faut palper, du bout des doigts; c'est la masse sous-musculaire, qu'il vous faut prendre entre les deux mains (fig. 65), pour apprécier son volume, sa consistance, la fluctuation profonde dont elle peut être le siège. Vous réussirez à découvrir ainsi les abcès latéraux profonds, ou, du moins, des masses épaisses, œdémateuses, qui débordent le muscle, fusent sur les côtés du larynx et de la trachée, ou en arrière,
‘ à la nuque, et qui vous indiqueront où il faut inciser. Par ces voies ouvertes, vous pénétrerez dans le foyer profond, sous-sterno-mastoïdien.
On ne saurait trop redouter ces phlegmons profonds, par diffusion, du cou, qui s'étendent, parfois, au creux sus-claviculaire, jusqu'au dessous de la clavicule, au creux sus-sternal et au médiastin.
Signalons encore le phlegmon ligneux ou phlegmon large de Dupuytren; vaste plaque rougeâtre, dure, recouvrant toute une moitié
FIG. 65. — Palper sous-sterno-mastoidien, les doigts appliqués sous les bords, antérieur et postérieur, du muscle. (Phlegmon et abcès sous-sterno-mastoïdiens.)
du cou, et qui reste telle pendant des semaines; j'en ai vu, qui donnaient toute l'impression du néoplasme. Pourtant, à les palper minutieusement, il est rare qu’on ne trouve pas, plus ou moins tôt, quelques points œdémateux, un peu ramollis, ou fluctuants; sans attendre, on fera bien d’inciser à leur niveau, et, si l’on ouvre de petits abcès, l'interprétation devient nette.
Vous voici en présence d'une tumeur du cou, de petit ou de moyen volume, circonscrite, indolente, sans réaction. Depuis quand existe-t-elle? On n’en sait rien, ou l’on ne vous signale que la date,
souvent toute récente, où l'on s’en est aperçu. À quoi penser?
La localisation régionale est de première importance.