CHAPITRE IV
Voyages et chasses dans les Steppes
Le Steppe du grand Rapide, — Aspect des steppes du lac des Ours. — Extrèéme abondance de rennes. — Attaqués par des rennes. — Pâque danite. — Divinité lunaire des Dene., — Une chasse sur le seuil d'une porte. — Nouvelle chasse. — Le ver du renne. - Noms multiples de ce ruminant. — Voyage dans le Dernier- Steppe. — La riviere aux Eaux-Noires. — Fwa-K/fwé. — Demonstrationsaffectueuses desIndiens.— Douceur et surexcitabilitée des Esclaves. — Dureté de cœur d'un Indien. — Encore un enfant enterre vivant. — Danse, — Traversée périlleuse de la baie Keith,
Dès 1867, je ne me contentai plus de venir annuellement à pied du fort Bonne-Espérance au Grand Lac des Ours, et de résider de trois à cinq mois dans ma petite mission de “te. Thérèse, au fort Norman;je me transportai
‘attie chez les Indiens, où qu'ils se trouvas-
., autant pour explorer les alentours du ora A lac que pour mieux instruire mes ouailles 2: séjournant au milieu d'elles.
C'était ordinairement sur la lisière des steppes qu'ils demeuraient. J'ai déjà dit que ces déserts du Grand Lac des Ours occupent l’ouest et le sud du lac, où ils se développent sur une profondeur de vingt-cinq lieues et une tueur de 40 à 50. Les Indiens ont donné uifférents noms à cette longue zone de lichen blanc, parsemée quelquefois de petits sapins
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cacochymes, guère plus gros que le bras, dans leur entier développement. Le grand steppe Dièé-tchô-ellon-t'ièlè où des bords du Grand- Rapide, fut le premier que je parcourus et habitai. Il s'étend directement entre l’ouest du lac et la chaine riveraine du Mackenzie. Son extrémité méridionale porte le nom de Ekkéttso, 1° m1 le Dernier steppe. La poruon riveraineu à baie Keith qui se déploie jusqu’à la montagne des Marirgouins prend celui de 7''ata-tisoghè, Steppe du bord de l'Eau. C’est le plus dévasté et le plus nu de tous. Et enfin la partie sise au N-0 du lac s'appelle Fiwa-t ièlé, le Plancher sablonneux. Dans le steppe du Grand-Rapide, qui est un peu plus abrité du vent que les autres, on rencontre souvent de petits bouquets de sapins de maskeg, malingres, tors, noueux, courbés par les ouragans et affectant des formes impossibles ; mais pourvus d’une tête globuleuse qui les a fait nommer en flanc-de-chien fa-kfwi-rayé, tètes-rondes-aériennes. De loin en loin, on y voit aussi des étangs formés par l’:ccumulation et la foute des neiges dans les dépressions du terrain, et que l'hiver confond et égale à la terre environnante.
L’horizon de ces plaines, ravies à l’humide ‘lément parunecausequej’ignore, n’a d’autres iimites, au nord, au sud et à l’est, que le ciel bleu. Mais à l’ouest, la crête pâle des monts Enna-tchô-kfwèé se découpe légère comme une endenture de crêpe, dans le lointain vaporeux.