‹ Exploration de la région du Grand lac des Ours [microforme]Chapitre 25 sur 54 · PRÉ RE · texte numérisé non relu

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du sud-ouest, où le soleil brûle et jaunit la peau, même au mois de Janvier.

A peine débarqué sous les ruines de l’ancien fort Norman N° 3, qui était situé au confluent dela Télini,je faisais mes adieux aux mariniers, je prenais place dans la pirogue d’écorce de bouleau qui m’attendait sur le rivage, et je redescendais au fort Good-Hope, en compagnie d'un ou deux Indiens pagayeurs, qui me suivaient ordinairement aussi jusque chez les Esquimaux, où je me rendais incontinent.

Ce fut ainsi queje descendis la Télini-Dié au mois de Juin des années 1866, 1867, 1869, 1871 et au mois d'août 1867.

Je sais d’une manière indubitable que les Indiens de ces parages, les Danè Kf'ay-lon- Gottinè, portent le stigmate national de la circoncision hébraïque. Plusieurs d’entre eux avaient embrassé le protestantisme, en 1861, et y ont persévéré jusqu’à mon départ. Mon successeur m'a écrit dernièrement qu’ils se sont tous convertis à la foi catholique.

Au printemps de 1868, il me prit envie de devancer le départ des barques du Grand Lac des Ours, et de partir en canot d’écorce avec les trois jeunes gens que j'avais engagés à cet effet, Nninkon, Nni-k'achié et Tsa-djiyé (4). Mon es-

{1) La Mousse sèche, la Mousse qui repousse, et la Graine du Castor.

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sein était d'arriver au Mackenzie assez tôt pour profiter de la barque qui, chaque printemps, se rend du fort Simpson au fort Bonne-Espérance, après la débâcle qu'elle suit de près.

C'eût été pour moi une grande économie de temps, chose si rare dans ce pays de l'immobiuuté spectrale. Arrivés au Mackenzie, Nninkon devait continuer son voyage vers le Portage de la Loche avec les barques de la Compagnie d'Hudson; Tsa-djiyé devait se rendre au fort Simpson avec (rendron, dont il était le serviteur ; et Nnik'achié seul devait descendre à Good-Hope avec moi et Klèlè, que je devais retrouver au Mackenzie.

Les rigueurs d’un printemps tardif contrarièrent mon projet et me firentéprouver, pendant ce voyage, les revers d’une sorte de naufrage. Cependant je n’en accuse ni les Vents ni Neptune, mais seulement ma pétulance et mon impatience de jeune hornme, puisque tous les pronostics m'étaient dAéiavorables, et que tous mes Indiens me conseillaient d’abandonner un projet qu'ils traitaient de téméraire et de périlleux,

— @ Tu crois arriver avant nous au Macken- « Zie, me dirent-ils, eh bien, tu verrasquetu nc « gagneras rien et que nous t'y devancerons.»

Après un mois d'avril satisfaisant, le mais de mai avait été d’une rigueur exceptionnelle. il \ était tombé beaucoup de neige. La olace, ai lieu de diminuer, s’en était accrue. Dans le nord de la France, c'eût été un très rude mois

Jour | de janvier. Âu commencement de juin, la glace np, 4 avait conservé tous ses aspects de l'hiver, à l’ex- Spé- À ception d’un étroit bordage d’eau vive qui ne k j lui permettait pas le moindre mouvement, Il e de Ê regèlait toutes les nuits comme au commence- MO 1 ment d'avril. Le gibier, affolé par d'incessannin- h tes giboulées de neige et de grésil, allait, ve- Por- 1 nait, s’en retournait dans le sud, pour revenir jomM— 1 encore, incertain de ce qu'il devait faire, Par pare E. irois fois nus lui vimes exécuter ce manège. ait le 1 Il ne savait où poser le pied, où trouver de Andre 1 l'eau et sa nourriture accoutumée. Le peu evals E qu'on en tuait était d’une maigreur de sque-

3 lettes. Les corneilles même, ces premiers vo-

ntri- À latiles qui affriandent Indiens et Métis, n’épen À taient pas encore arrivées. Cependant, je parnat - .. US.

ents L Le 29 mai, J'avais fait transporter mes deux nce et L. pirogues d’écorce de bouleau à la tête de la isque D Télini-Dié, au lieu d'où elle sort du lac; j'y es, et M avais fait trainer mes provisions de bouche, aban- b ma literie et matente, et, le 30, nous partimes rare 4 dece point, de grand matin.

L Mes jeunes serviteurs ne se promettaient cken- } pas grand succès, de notre veyage périileux ; etune D mais, jeunes comme moi et tout aussi amouons.» 1 reux d'aventures hasardeuses, sitot qu'ils me ois de virent résolu à tenter la fortune du courant, e. il, D oute leur irrésolution et leur crainte s'éva- 2e, ll Ë nouirent, Ils partirent joyeux comme pour une ns Île L fûte.

MOIS J'avoue que leur confiance ne reposait pas

sur un fondement bien solide, objectivement parlant. Mais, pour ce qui les regardait, elle était aussi forte que la confiance que nous, chrétiens, reposons en Dieu même.

— « Peut-il arriver malheur à quiconque se confie en la puissance sacrée du prêtre ? s'étaient-ils dit. Allons donc! cela n’est pas possible. Il vaudrait bien la peine d’être serviteur de Dieu pour n'avoir pas plus de pouvoir ni de chance que le commun des mortels ! »

Et avec ce pieux sophisme 1ls étaient partis avec une assurance inébranlable. Il était 3 heures du matin. Nous liâmes ensemble nos deux canots à l’aide de barres transversales qui en formèrent un solide radeau, et, nous confiant à ce torrent qu'on nomme la T'élim- Dié, nous en fûmes emportés avec la vélocité d'une flèche et naviguîmes en toute sécurité Jusqu'à l'entrée de Grand-Rapide. Mais là nous trouvâmes la rivière encore bloquée par les glaces, que retenaient, sans doute, l’étroitesse du défilé formé par les deux montagnes et l’île aux Outardes, qui obstrue le débouché de ce détroit.

Depuis notre départ nous n'avions pas encore aperçu un pouce de rivage découvert. Un double rempart de glace, coupé verticalement et poii par le courant, bordait les deux rives de la Télini. Nninkon, mon timonier, avisa sur la rive gauche une grosse banquise qui adhérait fortement au rivage, tout en se projetant audessus des flots. Il ydirigea ma double embar-

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ent. J cation et, après nous étre assurés de sa solidité, lle ‘ nous y primes pied avec précaution, l’un après us, l l’autre et moi le dernier; puis nous transpor- 1 times à terre les bagages, les provisions et se 1 mème les canots, que je fis mettre en sûreté. sé 1 Mais, malheur! au moment même où le dé- 08 barquement était terminé, l'énorme masse, rvi- ébranlée par tant de secousses, se détacha de sa voir ) base terreuse et se précipita dans les flots avec ” 1 plusieurs mètres du terrain adhérent, arbres, rtis 4 buissons et cailloux compris. Cette faille occait 3 À sionna dans la rivière, qui se referma sur sa nos | proie en tourbillonnant, des oscillations qui se ales | perpétuèrent longtemps d'une rive à l’autre. nous Que serions-nous devenus si cet accident fût lini- survenu lorsque nous nous trouvions, tous quaocité 4 ire, occupés au déchargement et au halage urité | des pirogues? En vérité, il y a une Provis là dence toute spéciale pour les missionnaires et par les voyageurs, lors même qu'ils paraissent la troi- | défier par leur témérité et leur imprudence. ones | Dans ces parages, humectés par les buées uché qui montent sans cesse des eaux agitées, la mousse et les lichens des forêts sont extrème- 1core ment épais. Ils forment un lit moelleux sur buble lequel nous nous étendimes au soleil avec poii délices. Malheureusement, nous dûmes y dee la meurer jusqu'à 10 heures du soir du lendeur la main, ? juin, pour attendre que la rivière se fût érait {rayé un passage à travers l’amoncellement de t au- olaces du Grand-Rapide. Je perdais ainsi le bar- temps que j'avais voulu gagneren hâtant mon

départ. Mais ce n'était pas fini et je devais être plus longuement éprouvé.

A 10 heures du soir, Nninkon grimpa dans le plus haut sapin qu'il put trouver au sommet du plateau, et me cria que le rapide était libre, à l’exception des bordages. Mais pouvait-on se fier à ces bordages, après l'accident dont nous avions failli être les victimes ? Nous jugeñmes que non.

Sur la rive droite, il existe un chemin indien au sommet des falaises, tout le long du Grand-Rapide, ou du moins pendant cinq licues. Il est ordinairement fréquenté par les sauvages qui naviguent en canot d’écorce et qui n’ont pas assez de nerfs ou de talent nautique pour braver l’impétuosité de ce courant. Nous préférâmes passer par cette route que de jouer notre vie au milieu des glaces qui pouvaient se mettre en mouvement et pulvériser nos chétives embarcations. Mais il fallait traverser la rivière et opérer un second débarquement à l'entrée du portage, sur d’autres glaçons projetés dans le vide ou reposant seulement sur l’eau courante. C'était une terrible chance que nous courions. Cependant notre débarquement s’opéra en toute sûreté; nous gagnâmes le portage et y effectuâmes le transport des canots et de tous mes effets, par la voie de terre, en deux journées de voyage réitérés.

Le 4 juin, je me trouvais donc avec canots et bagage, et sans aucune avarie, au confluent

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du torrent A/fwé-ta-délin avec la rivière du Lac des Ours, Ce torrent descend comme une coulée de laves le long dela Montagne-du-Rapide, dont il baigne le pied et qu'il traverse beaucoup plus. haut, par une crevasse naturelle du rocher. Il baigne le bas de la montagne où il est peu profond, mais 1l à pour effet d'accumuler contre cette montagne et tout à fait à l'entrée du détroit dont j'ai parlé un glacier de plus de vingt pieds de haut, qui n’a Jamais le temps de fondre entièrement de l'été à l'automne, 11 y joint les glaces-d’un hiver à celles du suivant, en retardant d'autant la débacle de l'hiver.

« Ubi delicuil nondüm prior, allera venit. »

Pour que le défilé soit forcé par la Télini-Dié, il faut donc que cet énorme amas de glace ait cédé sous les coups redoublés des flots qui le pressent. Il s’y forme d’abord un tunnel sous lequel les eaux s'engouffrent et qu’elles finissent par rompre. en laissant subsister longtemps encore un double rempartde glace à pic tout le long de ce passage dangereux.

Le torrent K/twé-ta-délin en fait alors autant ot se creuse, lui aussi, un tunnel dans l’épaisseur du glacier. L'arche en est aussi grande que celles du Pont-Neuf, à Paris. Et quandlesglaces de la Télini ont passé, cette arche demeure seule debout pendant une partie de l'été.

Il n'y avait donc pour nous aucun autre

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moyen de nous rembarquer et de gagner les eaux de la T'élini que de le faire sur la A/fweta-délin, en nous aventurant sous l'arche de glace. Cela n'était pas difficile. Il n’y avait qu'à s'assurer, auparavant, si la Télini était libre au-delà de l'ile aux Outardes. Cette ile formant un barrage naturel à la sortie du détroit, nous ne voulions pas nous risquer à aller nous y engloutir sous les glaces suspendues au-dessus de l’eau.

Pour nous en assurer, il était nécessaire de monter au sommet de la Montagne du Grand-Rapide, et pour faire cette ascension il fallait traverser le torrent à gué, la montagne étant située sur sa rive droite.

Nninkon connaissait un gué auquel il nous conduisit. Nous ne devions pas y avoir de l’eau plus haut que la ceinture, etilaurait suffi de la tactique que j'employai plus tard dans les montagnes de l'Alaska (1), en compagnie des Dindjié, pour traverser ce courant rapide avec sécurité. Mais, au lieu de former une chaïne en nous cramponnant les uns aux autres et en marchant tous quatre de front, parallèlement au courant, nous descendimes dans le torrent isolément, les mains munies d’un bâton, et en suivant à la queue-leu-leu Nninkon, qui nous indiquait le gué.

(1)Au mois de Juin 1870. Voyez mon ouvrage intitulé : Quinze ans sous le Cercle polaire. Paris, 1889, E, Dentu, 3, place de Valois, troisicme partie, — Youkon.

Je marchais le troisième et Tsadjié, le plus petit et le plusjeunede nous quatre, fermait la marche. Nous n'avions de l’eau que jusqu'aux wenoux, parce que le torrent s’étalait en celieu sur un amas de gravier et de cailloux roulés. L'eau, quoique glacée, nous frappait les jambes avec une telle violence qu’elle nous empêchait de sentir le froid,

Nos jambes en étaient en quelque sorte réchautfées.

Déjà les deux premiers d’entre nous avaient atteint sains et saufs la rive droite du torrent, lorsque Tsa-djiyé me dit que ses jambes fléchissaient et que la violence du courant lui donnait le vertige. Il m'avait un peu devancé. Je fis quelques enjambées, saisis le jeune homme par le bras droit et l’entrainai vers le rivage. Mais le pauvre Flanc-de-chien ne se soutenait qu’à peine, il pâlissait à vue d'œil, et bientôt il abandonna son bâton et partit sur le dos, emporté par le courant. N'étant pas fort moi-même, à cause d’une rupture interne dont je souffrais encore, j'eus beaucoup de mal à soutenir la tète du jeune homme hors de l'eau. Si j'avais eu peur en ce moment, nous nous serions noyés l’un et l'autre; mais je ne perdis pas la tête et me hâtai vers la berge herbeuse.

Malheureusement, j'étais sorti du gué et me t'ouvai dans des eaux plus profondes qui me montaient jusqu'aux aisselles. Ma soutane et un gros surtout de drap de pilot que je portais

par-dessus s'étaient imbibés d’eau et avaient acquis un poids qui m’accablait. Mes bottes étaient changées en barils. Seul, j'aurais encore pu remonter le courant jusqu'au gué et prendre terre. En trainant après moi le corps inerte de Tsadjiyé, je sentais mes forces me trahir et l’abime de la l'élini-Dié se rapprocher de plus en plus, avec son rempart de glace perpendiculaire, contre lequel mes ongles se seraient déchirées en vain.

De tous côtés c'était la mort. Que faire !

Abandonnner mo! compagnon €’eut été me sauver; mais lui était à jamius perdu. Je n’y pensai seulement pas. L'idée m'en seraitelle venue que je ne l'aurais pas exécutée. Ou le sauver ou mourir avec lui. Cela est tout simple: cela se sent au moment du danger et l'on ne peut pas penser autrement.

Je dérivai donc rapidement, entrainé par le torrent qui dévalait de plus belle; tantôt plongeant et perdant pied, tantôt me relevant mais avançant toujours vers le gouffre; moitié nageant, moitié appuyé sur mon bâton, et je me demandai où je m'arrêterais ainsi, lorsque j'aperçus un petit delta de gravier et de sable long et étroit, qui surgissait à peine de quelques pouces hors de l’eau au confluent même des deux cours d'eau, presque sous la grande arche de glace dont J'ai déjà parlé. C'était ma seule et dernière ressource, M'y précipiter par un dernier et suprème effort en y entrainant Tsa-djiyé par les cheveux, fut alors mon unique

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préoccupation. Il failait atteindre ce banc ou mourir; Car j'étais à bout de forces et au bout de tout rivage.

Moitié nageant, moitié sombrant, je l'atteignis avec bonheur juste au moment où, emporté par le courant, j'allais dépasser tout à fait le delta. J'y plantai mes ongles d’une manière convulsive et, par un effort désespéré comme seuls doivent en faire les gens qui se noient,je mejetai à plat-ventre ainsiqu’un poisson qui échoue, mais sans lâcher mon sauvage évanoui. Le flot le poussa et il atterrit inerte.

En ce moment, toute l’activité fiévreuse qui m'avait soutenu en décuplant mes forces, m'abandonna, et je demeurai défaillant sur le banc de gravier, le ventre et les jambes dans l’eau, les bras lancés en avant et saisissant le sol sous mes étreintes. Je devais ressembler à un crocodile étendu au soleil sur la vase du Nil. Ce fut la première idée qui traversa mon esprit quand

Jj'entendis retentir sur lerivage, où depuis long-

temps Nninkon et Nnik'achié avaient abordé, deséclats de rire insensés. Ces jeunes gens, qui d'abord nous avaient considérés comme perdus, et qui avaient suivi des yeux avec terreur la succession de chutes qui nous poussaient vers l’abime, me voyant enfin hors de danger ainsi que mon compagnon, ne pouvaient s'empêcher de se divertir de notre position drolatique.

Je finis par en rire moi-même, et cependant il s'agissait de quitter notre ile déserte où, ruisselants d'eau comme des gargouilles, nous

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grelottions de tous nos membres malgré la bienfaisante chaleur du soleil. Notre premier soin fut de retirer nos vêtements pour en exprimer l’eau; puis Nuinkon vint à mon aïe, Lorsque le repos et la chaleur m'eurent fu recouvrer mes forces, lui et moi plaçäimes Tsa-djiyé entre nous, et nous tenant cette fois, tous trois par la main, nous remontimes le courant dans l’axe du banc de gravier jusqu'au gué, et gagnâmes de là le rivage en toute sécurité. Là nous allumâmes un gran feu devant lequel nous nous fimes sécher des pieds à la tête, comme des naufragés; puis nous effectuñimes l'ascension de la montagne du Rapide.

La vue est très étendue, de ce point culm nant, dont le sommet est cependant sous lo rizon du Grand Lac des Ours. Aussi n'est-ce pas de ce coté-là qu’elle offre de l'intérêt, mais bien à l’ouest et au sud. A droite, c'est-à-dire au nord, la montagne se développe en une chaîne de rochers qui a soulevé le terrain «1 en a redressé les couches. C’est la Tchänè-{tsouchiw ou montagne du Vieillard, laquelle va se souder aux K/wé-tcehô-dètellé de la rivière des Peaux-de- Lièvre. A gauche, c'est-à-dire au sud, la montagne Ventre de pie ou de la Phonolithe, Onfkayé-bèssè, dresse son pic en forme de dent, du milieu de son cratère-lac encore congelé mais entouré de pins verdoyants.

Entre les deux montagnes serpente la 7/lini-Dié, dans le vaste plateau couvert de noi-

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res forêts et diapré de lacs semblables à des miroirs antiques, où elle a creusé son lit. Elle y étincellait de l'éclat de l'argent, mais son cours n'était pas encore libre. Un linceul de glace couvrait l'ile aux Outardes en s’étendant d'une rive à l’autre sur un kilomètre de largeur. C'était la dernière obstruction. Elle ne pouvait tenir longtemps, et sitôt la glace parte, plus rien ne devait mettre obstacle à notre départ,

Au-delà de l'ile, on pouvait suivre de l’œil les méandres peu nombreux de ia 7é/ini jusqu'au Mackenzie, auquel elle mariait ses eaux, mais seulement par la différence de niveau des falaises : l’eau elle-même ne pouvait se voir. Ce magnifique panorama était fermé par la montagne Afwè-l'èh-niha, deuxième du nom, et par la première chaine des Montagnes-Rocheuses bien plus éloignées, et dont les crètes dentées en scie découpaient l’azur pâli.

Dans l'Est, je n’aperçus que la sombre forêt des noirs sapins et la nappe couverte de glacons, de cascades et d’'écume du Grand-Rapide, dont la voix rauque et menaçante montait jusqu’à nous en un vaste rugissement.

Comme nous pouvions être libres d’un moment à l’autre, nous attendimes patiemment au sommet de la montagne que la débâcle s'opérât à l’ile des Outardes. Nous nous y couchâmes au soleil, comme des lézards, essayant de dormir pour tromper la faim par le sommeil; car nous avions laissé nos provisions sur la rive

gauche du torrent. À 4 heures de l'après-midi, rien n'ayant changé dans notre position, nous descendimes piteusement de la montagne afin d'aller prendre un peu de nourriture au bord du torrent, théâtre de mes précédents exploits. Nuinkon se dévoua encore pour aller chercher de la viande sèche, du thé, un petit chaudron et deux gobelets; mais il s’'apercut que le torrent avait enflé, probablement par suite de la fonte des neiges sous les feux d’un radieux soleil.

La montagne du Grand Rapide est un morne volcanique, comme tant d’autres éminences des Montagnes-Rocheuses, dont elle fait partie de la chaine parallèle Ja plus orientale. Elle est de calcaire fortement dolomisé par le contact des roches trachytiques qui en occupent le nucleus. C'est encore une de ces nombreuses tumeurs terrestres, kystes ou squirrhes, qui n’ont pu aboutir ou qui ont été obturés dès leurs premiers feux.

Comme dans le Rocher-Clarke, dans les deux Montagnes qui trempent à l'eau, dans le mont Péwinkhka et autres mornes de la même chaine, on y remarque une longue et profonde rainure qui part du sommet du cône et descend jusqu’au bas de la montagne, du côté du couchant, semblable à un canal par lequel des matières en combustion auraient jadis coulé du faite.

Le dessin de cette montagne, dans la Narrulion de l’Expédilion de Franklin de 1825, est inexact et incorrect sous tous les rapports.

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On voit que ce dessin n’a pas été fait sur place, qu'on n'en à pris qu'une ébauche grossière, et que tout a été complété plus tard avec le secours de l'imagination. Je suis fâché d’en dire autant de presque tous les dessins du capitaine Back. Par ce procédé, il est impossible de faire des dessins corrects.

Au pied de la montagne du Rapide, je ramassai de beaux échantilions de dolomie, de calcaire laiteux et de carbonate de chaux en cristaux limpides.

Le » juin, à 2 heures du matin, la glace partit et tout le cours de la Télini-Dié devint libre et ouvert à la navigation. Aussitôt nous redescendimes de la montagne, au sommet de laquelle nous avions passé la nuit, espérant nous embarquer sur le champ. Mais un orage, que la chaleur amoncelait sur nos tètes depuis plusieurs jours, creva sur ces entrefaites et nous trempa jusqu'aux os de manière à ne pas nous laisser un fil de sec. Il éteignit notre ‘eu, nous mit dans l'impossibilité d'en rallumer d'autre, et nous laissa morfondus et srelottants de froid sans le moindre abri.

Nous aurions dû prévoir l'effet désastreux que cet orage allait avoir pour notre rembarquement, et nous hâter de retraverser le torrent en nous tenant tous quatre par la ceinture. L'expérience des moniagnes nous faisait encore défaut. Nous crimes devoir attendre Île retour du beau temps, sur la rive droite; mais l'orage continua sa marche le long de la mon-

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tagne, des sommets de laquelle descendirent bientôt de telles avalanches d’eau de pluie que notre torrent en acquit une violence et une rapidité qui nous retinrent prisonniers, Aucun de nous ne se sentit la force de lui résister; pas même Nninkon.

Il plut à seaux toute cette journée, toute la nuit suivante et tout le lendemain, 6 juin, jour fixé pour le départ des barques du lac des Ours; et le torrent continua à être si enflé, si vertigineux, qu'il était absolument impossible de le traverser ni de s’y embarquer même en canot.

Je regrettai vivement alors de n'avoir pas suivi les conseils de mes néophytes du lac des Ours; mais il n’y avait plus à y revenir et l'essentiel, maintenant, était de ne pas nous hasarder témérairement à vaincre des obstacles que nous ne pouvions surmonter.

Le 7, le soleil se leva radieux, nous faisant déplorer que la X fiwë-la-délin n'eût pas baissé, D'ailleurs, ni Tsa-djiyé ni mème Nni-k'achic ne voulaient plus en tenter le passage à gué.

— « À quoi bon ?disaient-ils avec ebstination, les barques seront ici aujourd'hui; elles nous prendront aussi bien ici qu'un peu plus bas.

Nous avons assez souffert et ne vouions Jouer inutilement notre vie. »

Comme ils étaient dams leur droit, je n'insis tai pas. Ils remonterent donc au sommet de le poste d'observation où ilsrallumérent un gr

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