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INFLUENCE DU CLIMAT, DU SOL ET DES DEBOUCHES

INFLUENCE de l'altitude ne se borne pas à la végétation des forêts, mais se fait vivement sentir aussi dans .'exploitation agricole. Déjà aux 1s de cette chaîne de hauteur, à Stoneham, les renseignements que nous avons obtenus de M. Henriglit, dont l'expérience embrasse une pratique de 30 années, nous apprennent que les semences chez lui, à 2,000 pieds d'élévation, ne peuvent se faire avant le 10 de mai et doivent être terminées avant le 1er de juin pour assurer la maturité des récoltes. Et quelles récoltes ? non pas le blé et l'orge, qui offrent des risques considérables, mais l'avoine qui est la récolte principale, avec les patates. Celles-ci souffrent souvent des gelées tardives du mois de juin, si sévères dans les montagnes, et d'autant plus sévères que l'altitude est plus grande. Car alors la radiation pendant les magnifiques nuits du mois de juin est d'autant plus puissante. Nous croyons donc que sur les hauteurs du lac Jacques- Cartier, la maturité des récoltes courrait des risques tellement considérables, que la culture des céréales serait une impossibilité comme pratique générale, sans ( tenir compte des difficultés des débouchés et de la stérilité du terrain. Pourtant nous croyons aussi que dans les vallées profondes, sur les bords des cours d'eau, là où se trouvent des alluvions plus ou moins faciles à cultiver, là où l'abri des montagnes voisines protégerait la végétation contre les vents dominants et les effets désastreux de la radiation nocturne, où le voisinage même d'un cours d'eau maintient l'équilibre dans la température des 24 heures, la culture des céréales serait très-possible sur une petite échelle, suffisante peut-être pour la consommation du colon, à condition, toutefois, que les travaux de semailles fussent exécutés avec toute la diligence possi-

hle et à l'époque la plus favorable. Evidemment les pâturages et les prairies devront couvrir les dix-neuf vingtièmes de l'étendue cultivée de cette région, ainsi que cela se pratique en Suisse, où nous voyons quelques petits champs de blé ou de seigle dans l'étroite et profonde vallée où est bâti le chalet, tandis que les nombreux troupeaux de bétail gravissent le penchant des hautes montagnes, en suivant la fonte des neiges qui disparaissent successivement, jusqu'à ce que le pays tout entier ne soit plus qu'un immense pâturage. L'automne, lorsque les premières neiges couronnent les sommets les plus hauts, les troupeaux redescendent vers la plaine, suivis de près par le blanc manteau de l'hiver qui tous les jours s'étend davantage en chassant devant lui les troupeaux, descendant dans la vallée pour y trouver un abri contre le froid et une ration d'entretien pendant un hivërnement de cinq mois.

Le climat seul ferait au colon une nécessité de la culture paccagère, mais le sol et les débouchés ne lui laissent plus d'alternative. Composé d'un sable peu riche, souvent mêlé de gros cailloux roulés ou de fragments de roches descendus de la montagne voisine, le sol ne se prête que rarement aux trav iux de culture. Le pâturage au contraire est peu exigeant sous le rapport des travaux ou des engrais et se présente de lui-même comme la seule opération possible, à l'exception toutefois des quelques rares terrains d'alluvion qui bordent les cours d'eau. Les débouchés concourent encore à l'adoption de la culture paccagère, dans un pays où les transports sont difficiles et longs, il est important de produire

une marchandise pouvant se transporter d'elle-même sur le marché de consommation, telle que le bœuf, le mouton ou le porc. Ou bien il faut produire une marchandise d'une grande valeur sous un petit volume ; or le beurre et le fromage remplissent également bien ces deux conditions. D'ailleurs le colon montagnard devra s'aider de la chasse et delà pêche comme moyen d'existence, et ces deux sources précieuses de richesse ne peuvent être exploitées qu'autant que le système de culture adopté ne soit pas trop exigeant sous le rapport des travaux. La culture paccagère permettrait donc au colon de s'adonner à la vie des bois tout en surveillant ses troupeaux répandus dans la montagne. L'ensemencement au printemps de quelques arpents de terrain pour sa consommation et la fenaison des fourrages de la vallée pour l'hivernement de son bétail résumeraient à peu près ses travaux pendant la saison des paccages, tandis que les soins donnés au bétail pendant l'hiver seraient la seule occupation de la ferme.

Tel est à notre avis le seul avenir possible pour les hauteurs du lac Jacques- Cartier. Nous aurons là une population de Montagnards se livrant à une foule de petites industries, dont le bois leur fournira la matière première ; des colons vigoureux et hardis, disséminés en petit nombre sur un vaste territoire, que le touriste ira visiter en se rappelant les paysages les plus renommés delà Suisse. Mais espérer là un vaste champ de colonisation et une population dense de cultivateurs aisés, c'est rêver une impossibilité, c'est ignorer les données les plus élémentaires sur ce qui constitue, dans tous les pays, la base de la prospérité agricole.

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