INFLUENCE DE L'ALTITUDE SUR LE CLIMAT ET LA VEGETATION
PRES avoir lu la description que fait Baiklock, des hauteurs qu'il a traversées, il est inutile, croyonsnous d'ajouter notre propre appréciation de la configuration de cette r< gion de montagnes. Toutefois il est une considération sur laquelle il nous paraît important d'appuyer, c'est celle de l'altitude générale de ce payi-, dont l'influence sur le clim it et la végi tation ne paraît pas suffisamment comprise. Lorsqu'on s'élève dans l'atmosphère, la tempe ature écroîtavec rapidité. Les lieux situés dans les montagnes possèdent un climat d'autant plus rigoureux qu'ils sont placés à une plus grande élévation. Sous l'équateur même, la hauteur modifie tellement les saisons
que la métairie d' Autisana, nous dit Boussingault, dont la latitude n'atteint pas 1 ° Sud, mais qui est élevée de plus de 12,000 pieds, présente une température moyenne qui ne diffère pas sensiblement de celle de St. Petersbeurg. Près de là, mais encore plus haut, le sommet du Cozambe est recouvert par un immense amas de neige, quoiqu'il soit traversé par la ligne équinoxiale. On attribue le froid des hautes montagnes à la dilatation que l'air des régions basses éprouve en s'élevant ; à une évaporation plus rapide de l'humidité, à l'intensité du rayonnement nocturne. Nulle part sur le globe on ne s'aperçoit mieux de la diminution de la chaleur occasionnée par l'élévation que dans les montagnes équinoxiales, et ce n'est pas sans étonnement qu'on parvient, souvent en quelques heures, des régions brûlantes où pousse le bananier aux régions stériles, recouvertes de neiges éternelles. " Sur chaque marche de la pente rapide des Cordilières, dit M. de Humbolt, dans la série des climats superposés par étages, se trouvent inscrites les lois de décroissement du calorique et de la distribution géographique des formes végétales."
L'élévation au dessus du niveau de la mer Mgit donc sur le climat comme un accroissement en latitude. Sur les montagnes la végétation se modifie dans ses formes et disparaît vers la ligne de neige permanente, comme elle cesse au delà du cercle polaire, et cela par la même cause, l'abaissement de la température. En Europe, à 6,000 pieds, les végétaux de la plaine ont disparu pour la plupart : la température ne leur permet plus de se propager.
Pendant toute la durée de notre exploration nous avons pu suivre la disposition successive des érables, des frênes, des ormes, des merisiers, même des bouleaux, à mesure que nous nous élevions, jusqu'à ce que nous soyons arrivés à la hauteur des terres, où nous n'avons plus rencontré que des sapins et des épinettes rabougris. Et encore le sapin lui-même disparaissait-il sur les hauteurs les plus élevées où nous ne trouvions plus que l'épinette noire, dont la taille peu élevée disait à quelles rigueurs était soumise la végétation à une altitude de cinq mille pieds dans un climat aussi excessif que le nôtre. Si nous voulons juger de l'intensité du climat par l'étude des arbres qu'on y renconire, nous trouvons d'abord les érables, l'orme et le frêne, qui se voient déjà dans les pentes et sur les plateaux d'une élévation assez con>idérable. Le merisier ne redoute pas les climats rudes
et nous le trouvons haut dans la montagne, mais lui aussi disparaît bientôt pour faire place au bouleau, qui supporte les climata les plus froids. En nous élevant toujours, nous l'avons vu dépasser de beaucoup la dernière limite des autres essences feuillues, et faire place aux bois résineux, le sapin et l'épinette. Le sapin aime également les climats froids, et dans les Pyrénées il s'élève à 6,000 pieds il s'arrête à 4,5000 pieds dans les Alpes ; tandis que l'épinette s'élève jusqu'à 6,000 pieds dans les Alpes et couronne les hauteurs les plus élevées de nos montagnes.