‹ Exploration de Quebec au Lac St. JeanChapitre 23 sur 50 · LA NAVIGATION EN RADEAUX · texte numérisé non relu

LA NAVIGATION EN RADEAUX

\ PRES ce long repos du septième jour, pendant lequel nous fûmes forcément retenus dans le camp par un trèsmauvais temps, nous nous réveillâmes lundi le 2 novembre parfaitement disposés à entreprendre le passage du lac Jacques Cartier en radeaux. Déjà nos hommes étaient à l'œuvre importante de leur construction, et leurs vigoureux coups de hache répétés parlelacdisaientl'empressement qu'ils y mettaient afin de profiter du calme

plat dont nous jouissions et qu'un soleil magnifique dorait de ses premiers rayons. Vu par une belle matinée de novembre le lac Jacques-Cartier offrait un tableau digne de figurer parmi les plus gracieux chefsd'œuvre des peintres paysagistes. Cette belle nappe d'eau s'étendant à un horizcn de neuf milles, reflétait dans sa coupe de verdure les bois de sapin qui, descendant des montagnes voisines, venaient mourir sur ses bords. Ici et là un rocher abrupte baignait ses pieds dans les profondeurs du lac, tandis que sa

cimealtière couronnée de quelques épinettes rabougries semblait se contempler avec orgueil dans le miroir des eaux. Le coloris le plus gai répandait ses teintes vives toutes inondées de soleil sur cette nature sauvage, surprise en quelque sorte sur le fait et semblant s'indigner des bruits de l'activité humaine troublant sans scrupule des siècles de silence. Après les premiers regards donnés à tout ce qui nous entourait, nous allâmes suivre la construction des radeaux à quelque distance du camp. Le bois se compose entièrement de sapin etd'épinette de petite taille, en sorte que nous sommes obligés d'employer plusieurs arbres secs à la construction de chaque radeau. Cette construction est fort simple et se fait en plaçant quatre à cinq troncs d'arbres, longs de 10 pieds, les uns à côté des autres, et à les relier par trois traverses percées défiches en bois pénétrant dans chaque bille. Quelques perches longues et sèches, pour être moins pesantes, sont appuyées sur les traverses et élèvent le pont sur lequel s'assied l'équipage et se placent les vivres, pour être préservés de l'atteinte de l'eau. En raison de la rareté du bois , il était onze heures lorsque les deux radeaux furent prêts à nous recevoir au nombre de dix. Mais nous aperçûmes bientôt qu'ils étaient insuffisants et il fallut commencer la contraction d'un troisième radeau, qui retarda notre départ jusqu'à deux heures. Vers midi une légère brise avait ridé la surface du lac et le vent en augmentant toujours avait soulevé de petites vagues qui nous forcèrent à côtoyer le côté gauche du rivage où nous étions plus à l'abri. Toute lente qu'était notre navigation aidée de perches et d'avirons, elle égalait la vitesse d'un homme à pied snr un terrain sans embarras ; aussi arrivâmes-nous bientôt à la moitié de la longueur du lac. Là une pointe s'avançait au larg , qu'il nous était certainementimpossible de doubler sans mouiller notre biscuit et notre farine. Déjà le-i vagues baignaient de temps en temps le pont de nos radeaux,- et nous ne pouvions sauver nos vivres qu'en les élevant sur nos raquettes. Pourtant nous et ions' comparativement à l'abri, et les vagues du large qu'il faudrait franchir en doublant la pointe auraient certainement avarié nos vivres sans qu'il fût possible de les renouveler. Nous relâchâmes donc vers trois heures et demie pour camper, en attendant le calme. Toute la nuit le vent s'éleva plus violent avec des brouillards de neige, et il fut encore plus impossible le lendemain de continuer notre navigation. Durant l'après-midi nous allâmes sur un des radeaux pêcher dans uue

petite baie voisine assez calme, mais sanssuccès. Au res e nos hameçons n'étaient pasfaits pour prendre le poisson de ce lac, dont la truite mesure, dit-on, de 2J- à trois pieds de longueur.

De bonne heure, mercredi le 4, nous nous préparions à partir par un temps douteux, lorsqu'on s'aperçut que le vent, pendant la nuit, avait détaché un des radeaux, qu'il fallut remplacer. Cette nouvelle cause de retard nous retint jusqu'à onze "heures, où nous nous embarquons pour terminer le reste du trajet D'épais brouillards de neige nous enveloppaient de temps en temps en nous cachant complètement les bords du lac, que nous suivions pourtant de bien près, Après deux heures de navigation pénible contre un vent de l'Est, nous mîmes p ed à terre sur un banc de sable à la tête du lac. Un aviron solidement planté reçut une inscription indiquant notre passage et la direction de notre course d'après l'aiguille magnétique. Quelques instants après nous étions en marche pour la rivière Chicoutimi.

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