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HISTORIQUE DE LA COLONISATION DU SA- GUENAY

\OUS empruntons au remarquable travail de Mr. Stanislas Drapeau sur la colonisation du Bas-Canada les renseignements qui suivent sur les efforts qui ont été faits successivement dans le but d'ouvrir à la colonisation l'immense territoire du Saguenay.

On remarquera que la progression s'est faite en remontant toujours l'immense cours d'eau qui est le débouché naturel de cette importante région et dont la navigation offrira toujours les plus grandes facilités pour le transport prompt et économique des colons et de leurs produits. La colonisation du Canada tout entière a suivi la même marche. Notre grand fleuve a vu ses bords se peupler promptement alors qu'à quelques milles à l'intérieur la forêt inviolable couvrait de son ombre même des plaines d'une grande fertilité. 11 ne saurait en être autrement pour le Saguenay. Avant que la population ne se porte à l'intérieur des terres, elle devra d'abord défricher les contours des grands lacs et les rivages des rivières de cette région. On ne saurait oublier en effet que de Chicoutimi à la capitale il y a tout au plus douze heures de distance par eau, tandis que par terre il y a cinq jours d'un voyage coûteux et pénible, avec une petite charge.

La région du Saguenay que les premiers européens appelaient le " Royaume de Saguenay" peut donner asile à une population aussi considérable que la Suisse et le Tyrol réunis.

Comme l'exprime si heureusement l'honorable M. Evanturel dans son rapport comme Ministre de l'agriculture pour 1862: " On prévoyait dès les premiers temps du pays l'avenir de ce vaste champ de colonisation qui n'avait pas manqué d'attirer l'attention toute spéciale de nos premiers missionnaires Jésuites."

La rivière du Saguenay est plutôt un bras de mer qu'une rivière, — dit le vénérable auteur de la brochure intitulée: "Le Sagueney en 1851," — à cause de la grande profondeur de ses eaux, qui est en beaucoup d'endroits deux ou trois fois plus considérable que celle du fleuve St. Laurent. Elle sort du Lac St. Jean par un double canal, et après une suite de chûtes, de cascades et de rapides d'une excessive violence pendant l'espace d'environ 30 milles, elle prend à sept milles au-dessus de Chicoutimi un cours uniforme et régulier jusqu'à Tadoussac, où elle entre dans le grand fleuve. Au baissant, son courant est si fort dans cet endroit, qu'il se fait sentir à plusieurs lieues au large.

De son embouchure jusqu'aux terres rompues, distance d'environ 80 milles, cette importante rivière est navigable pour les grands navires ; presque partout elle coule dans une espèce de crevasse gigantesque formée de deux hautes rangées de montagnes s'élèvant à des hauteurs de 300 à 1,500 pieds.

Le Lac St. Jean, qui mesure environ 36 milles de longueur sur 30 milles dans sa plus grande largeur, est le réservoir de plusieurs rivières dont voici les principales : la Belle- Rivière, qui entre à environ six milles plus haut que la Petite Décharge, vient ensuite la rivière Métabetchouane, huit milles plus loin, qui a des dimensions à peu près double de celles de la précédente; au bout d'une égale distance se rencontre la rivière Ouayatchouane, où une chute de 200 pieds est formée à environ 1 mille de son embouchure ; six milles encore plus loin se trouve un petit affluent qu'on appelle Ouayatchouanish, qui prend sa source dans le lac Bouehette ; à une distance plus éloignée de six milles nons arrivons à l'extrémité orientale du Lac et à la décharge de la rivière Achamachouane communément appelée Chamochouane, au nord de laquelle se trouve celle de Mistassini, qui prend sa source dans le Lac de ce nom, d'une longueur de 90 lieues sur 60 de large, lesquelles deux rivières ont chacune une largeur d'environ un mille à leur embouchure ; vient enfin la rivière Péribonka, important affluent qui s'étend sur une largeur d'un quart à un demi mille durant les premiers douze milles, et dont les bords sont bas et sablonneux.

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