LE LAC ST. JEAN AUJOURD'HUI
pvOUS avons vu ce qu'était le lac St.
Jean aux premiers jours de la colonie, aujourd'hui l'activité humaine a changé cet état de choses avec une admirable rapidité. Sur chacune des rivières qui alimentent cet immense réservoir d'eau, trois cents vigoureux bûcherons sont employés pendant l'hiver à faire des billotspour le compte de la maison Price. Cette exploitation ne se fait pas sur les bords immédiats du Lac, mais à un mille ou deux dans l'intérieur. Elle ne change donc pas l'aspect général du pays si ce n'est en facilitant le. défrichement de la forêt par quelques colons, qui après avoir donné leur hiver à l'exploitation du bois, se livrent pendant l'été aux travaux de défrichement. Les quarante ou cinquante mille billots qui descendent annuellement au moulin de Mr. Price, sont toués, sur toute la surface du lac 6t. Jean par un remorqueur puissant . appartenant à la même maison de commerce et qui au besoin pourrait être utilisé pour les fins de la colonisation Les établissements de la Pointe Bleue et de Metabetchouan sont les deux principaux centres sur les bords immédiats du lac, mais on ne saurait mettre en doute qu'il y aura bientôt tout
autour de cette immense nappe d'eau, mesurant onze lieues de diamètre et une circonférence approximative de trente cinq lieues, une douzaine de grandes paroisses, formant un centre de population considérable.
C'est alors que nous verrons ce grand Lac sillonné de nombreux bateaux à vapeur, établissant des communications faciles entre tous les points de ce champ de production. De fait, nous ne voyons pas pourquoi, aux époques où le courant de l'émigration s'étabiit de Québec vers ces régions éloignées, le gouvernement n'entrerait pas en arrangements avec la maison Price afin d'utiliser son bateau à vapeur pour le transport des colons jusqu'aux points les plus extrêmes du Lac St. Jean, en même temps qu'il serait très-facile d'organiser des voyages à bon marché de Québec jusqu'à Chicoutimi par la rivière Sagucnay.
S'il n'y a qu'une voix pour refuser aux hauteurs du Lac Jacques-Cartier tout avenir agricole brillant, il n'y a qu'une voix aussi pour justifier tout ce qui peut être raisonnablement fait dans le but d'ouvrir à la * colonisation la magnifique vallée du lac St. Jean et du Saguenay. Ici le sol est en grande partie au niveau du lac et se compose de riches alluvions, dont la culture donne des rendements maximums. L'altitude n'est plus de quatre à cinq milles pieds, mais de 300 pieds tout au plus audessus du niveau de la mer, dont la marée se fait sentir jusqu'au dessus de Chicoutimi. Le climat serait donc à peu près le même que celui des hauteurs de Québec eu égard à l'altitude, si le voisinage du lac n'avait pour résultat d'égaliser la température, de diminuer la fréquence des gelées blanches du printemps et de l'automne, dont les effets désastreux sont si fort à craindre dans cette région, enfin d'adoucir le climat. L'abri des montagnes qui entourent le lac et le protègent contre les vents froids du nord joue le même rôle et favorise également la végétation. Nous avons donc ici à peu près le même climat que Beauport.
Le sol et le climat sont deux éléments bien importants de la prospérité agricole en assurant la production de toutes les plantes cultivées, mais ils ne sont rien si le cultivateur n'a pas un marché ouvert à. ses produits, si des voies de communication faciles ne lui permettent de les échanger contre les articles de consommation dont la civilisation lui fait un besoin. Placez au centre d'une épaisse forêt un immense monceau de ble et si le cultivateur auquel il appartient est dans l'impossibilité de le transpor-
tet au marché, de le livrer à un consommateur, ce monceau de blé qui ferait sa fortune à quelques milles d'une grande cité, est d'une valeur nulle, placée par exemple sur les bords du Lac Jacques- Cartier où à la source des rivières Chicoutimi, Upika ou Metabetchouan. Ce n'est qu'autant que les frais de transport jusqu'au marché seront moins considérables que le prix de vente que le producteur réalisera une valeur quelconque pour sa denrée.
Aussi sans les chantiers de la maison Priée répartis sur toute la circonférence du Lac St Jean, nous ne savons quels seraient les profits d'une culture aussi éloignée des consommateurs que celle qui se fait à la Pointe Bleue, à vingt lieues de Ohicoutimi, par des chemins presqu'impossibles pour le transport des produits à un prix raisonnable. M ais il est un fait certain, c'est que les cultivateurs ne produisent jamais assez pour subvenir à la consommation des chantiers qui les avoisinent. Le lard et la farrine sont importés de Québec par la maison Priée en quantité con>idérable chaque année tandis que le foin même s'importe quelquefois de la côte du Sud pour l'approvisionnement des chevaux et des bœufs de travail employés au hallage des billots. „
Les débouchés se présentent donc à la portée de chaque cultivateur pour la vente de ses produits et d'après les informations que nous avons eues, nous sommes porté à croire que les prix payés sont plus élevés que sur les marchés de Québec ou de Montréal. Le foin vaut en moyenne $10 à 12 )es 100 bottes, le blé vaut $2 le minot et 3'avoine de 50cts à 60. Le lard vaut $8 et les autres denrées sont dans la même proportion, payables il est vrai en marchandises, mais payables aussi en argent avec un escompte de 20 pour 100. Dans ces circonstances nous ne craigons pas de promettre à la colonisation du Haut Saguenay un développement rapide, dont nous puisons l'assurance, du reste, dans les progrès déjà réalisés et dont nous donnons l'historique afin de juger de l'avenir par l'expérience du