‹ Exploration de Quebec au Lac St. JeanChapitre 39 sur 50 · LE SAGUENAY DE 1837 A · texte numérisé non relu

LE SAGUENAY DE 1837 A

EUF années venaient de s'écouler depuis que l'exploration ci-dessus ' mentionnée avait eu lieu, lorsque la patriotique paroisse delà Malbaie conçut le projet d'ouvrir ce territoire à la colonisation et d'en exploiter ses belles forêts. Une Société fut formée pour atteindre d'abord une partie du projet, celle concernant le commerce du bois. Malgré des sacrifices assez considérables, les opérations ne furent pas aussi heureuses et aussi profitables qu'on 'avait espéré ; les associés finirent par vendre successivement leurs parts à M. Priée, de Québec, qui bientôt devint le seul possesseur des propriétés et privilèges de l'Association, et le seul maître du commerce de bois dans le Saguenay.

Cette tentative eut pour résultat, cependant, d'engager plusieurs familles à aller prendre des terres dans l'intérieur du Saguenay, mais ceux qui avaient affermé les Postes du Roi s'y opposaient comme autrefois parce que leur bail n'était pas encore expiré; il devait demeurer en force jusqu'à l'automne de 1842. " D'un autre côté, dit l'auteur déjà cité, le gouvernement provincial ne voulait pas consentir à faire aucun arpentage, ni ^disposer des terres, quoique csla lui fut souvent demandé, sous l'impression probablement erronée qu'il n'en avait pas le droit. En juin 1842, un autre bail fut accordé à la Compagnie de la Baie d'Hudson, pour l'espace de 21 ans, à dater du 1er octobre suivant ; mais à la condition formelle que le gouvernement pourrait faire arpenter des terres quand bon lui semblerait, pour les vendre dans un but de colonisation. En 1843, des ordres furent donnés pour faire arpenter plusieurs cantons. Pendant ce temps là, un grand nombre de cultivateurs des anciennes paroisses, surtout de la Malbaie, des Eboulements et de la Baie St. Paul, réduits à la misère par une suite de mauvaises récoltes, allaient chercher au Saguenay des moyens de vivre, aux chantiers de M. Price. Us s'établirent d'abord près d^s moulins, et ensuite sur les terres voisines non arpentées, et de là s'étendirent, peu à peu, à mesure qu'il arrivait de nouveaux colons. Mais cela se fit sans ordre. Souvent ils se génèrent les uns les autres, commençant leurs défrichements sans aucun égard à la position des voisins. L'arpentage allait son train, mais malheureusement les arpenteurs, en se conformant trop strictement à la lettre de leurs instructions, perdirent beaucoup de temps

à diviser des terres impropres à la culture ; et lorsqu'en dernier lieu ils vinrent opérer sur un meilleur terrain, ils le trouvèrent occupé par des colons non autorisés (squatters) et ce, d'une manière si irrégulière, qu'il leur fut comme impossible de conti-^ nuer la subdivision d'après le plan original. Us furent donc obligés d'attendre d'autres instructions. Nouveau délai pendant lequel les colons continuèrent à s'y établir de*la même manière, au point que quatre ou cinq travaillaient en même temps sur le même lot en différentes directions."

Vers l'époque de 1843 on comptait déjà quelques centaines de familles ainsi établies dans les profondeurs du Saguenay.

Le plus grand nombre était sans moyen d'acheter des animaux pour la culture de leurs défrichements. " Il paraît même que, jusqu'en 1842, dit l'auteur ci-dessus mentionné, ceux qui auraient voulu en avoir en était empêchés. On permettait seulement l'usage des chevaux nécessaires à l'exploitation du bois. Cependant cela n'empêchait pas ceux qui manquaient d'ouvrage dans les chantiers de M. Price, de défricher et de semer quelquefois en quantité considérable, sans autres instruments que la pioche ou la hache. Ils étaient ainsi obligés de transporter leur bois de chauffage sur leur dos, de même que les provisions qu'ils allaient acheter au magasin de M. Price." Tel a été le triste état dans lequel ont vécu pendant plusieurs années un si grand nombre de familles, sans chemin, et réléguées dans la forêt à plus de vingt lieues de la plus proche paroisse du fleuve, celle de la Malbaie.

L'on peut bien appliquer à la colonisation du Saguenay ce que M. Etienne Parant disait avec tant de justesse sur l'ouverture des Cantons de l'Est." C'est à fendre le cœur, mais aussi c'est à exciter l'admiration et l'orgueil national que d'entendre le récit des tribulations et des souffrances endurées avec tant de résignations et de constance par les premiers colons des Bois Francs et autres lieux, où nos compatriotes sont encore aux prises avec des obstacles à décourager une toute autre race d'hommes."

Toutefois, l'esprit d'entreprise des habitants de la Malbaie ne fut pas vaincu par le contretemps que je viens de constater. Au contraire, le patriotisme vint de nouveau réchauffer l'ardeur de cette vaillante population et lui faire entreprendre quelque chose de plus grand encore pour les destinées du pays : celle de la colonisation des terres t C'était en 1848, dont nous allons donner l'historique, jusqu'à nos jours.

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