LES BESOINS DU SAGUENAY
£;ES débouchés, dans toute industrie, jouent un rôle important que nous avons déjà reconnu dans ce travail.
Pour être lucrative la production doit avoir un marché de consommation qui lui assure l'écoulement de ses produits. C'est à ce point de vue que les voies de communication en lui ouvrant de nouveaux débouchés, amènent comme conséquence nécessaire la prospérité générale. Reconnaître lé rôle des débouchés c'est donc reconnaître aussi le rôle des voies de communication et toute leur importance au point de vue des profits qu'assure au producteur un marché avantageux. Où en seraient les riches producteurs de l'Ouest sans les canaux, les voies ferrées et les grands fleuves qui transportent jusqu'à l'océan l'incalculable surplus de leur vaste champ de production ? Que feraient-ils de ces monceaux de blé qui envahissent annuellement les greniers fabuleux de Chicago, si la vivifiante artère du commerce, aidée de nos voies de communication transatlantiques, ne -se chargeait .de les écoulor, au milieu des peuples affamés de la vieille Europe, dont les champs trop étroits ne suffisent plus à l'alimentation d'une population trop dense déjà et chaque jour plus dense ? Il ne faut pas l'ignorer l'influence que peuvent avoir les débouchés sur la production de deux continents séparés par l'imnîense étendue des mers s'exerce également sur la production locale, il n'y a entre elles que la distance du grand au petit. Aussi en établissant quels sont les produits du Saguenay, nous aurons une idée exacte de ses besoins au point de vue des déboachés et par conséquent des voies de communication. Nous pourrons prononcer sur la suffisance ou l'insuffisance des débouchés actuels. Car la question se résume tout entière à l'opportunité d'ouvrir une voie de communication avec le lac St. Jean. Dans notre étude de l'avenir des hauteurs du lac Jacques-Cartier, nous avons, croyons-nous suffisamment établi les difficultés qui s'opposent à la colonisation de cette partie du pays pour remettre à plus tard toute tentative par le gouvernement de les ouvrir à la culture.
Etudions donc la production du Sagueu nay et les débouchés ouverts à cette production. En faisant un calcul des importations et des exportations de cette partie du pays nous aurons la solution de la question qui nous occupe. Les exportations se résument aux-bois de commerce tandis que les importations consistent non-seulement en articles manufacturés, mais surtout en produits agricoles, la farine et le lard en étant les deux items principaux. Il y a donc dans le Saguenay même un débouché avantageux aux produits du sol puisqu'ils ne peuvent suppléer à la consommation locale et que le marché de Québec est obligé de combler le déficit annuel. Ce marché local se trouve dans la nombreuse population dont le chiffre s'élève jusqu'à 600 nommes, occupée par la maison Price à l' exploitation du bois de commerce. Par l'intermédiaire de cette maison, le Saguenay transforme donc tout le surplus de sa production en bois de commerce, que les Vaisseaux étrangers viennent charger sur place pour l'exportation en Europe. En sorte que la maison Price est en mesure de payer aussi cher pour les produits agricoles dont elle nourrit ses ouvriers, que les maisons de Québec et que par conséquent c'est une erreur de croire que le marché de Québec vaut mieux pour le cultivateur du Saguenay que le marché de Chicoutimi, s'il en est ainsi où est l'urgence pour le colon du lac St. Jean, d'une nouvelle voie de communication avec Québec ?
LES VOIES DE COMMUNICATION ACTUELLES, N partant de ce principe que toute l'exportation du Saguenay se résume aux bois de commerce il ne nous reste plus qu'à considérer si les débouchés ouverts à sa production sont suffisants. Car en facilitant la production de cet article ainsi que son écoulement sur un marché lucratif, les profits des produc* teurs sont plus considérables, et le blé, le lard, l'avoine, le travail qui ont concouru à sa production peuvent être payés plus cher, l'aisance et la richesse générale s1augment d'autant.
En faisant un résumé des dépenses faites par le gouvernement pour favoriser la pren
duction du bois de commerce dans le Saguenay, nous demeurons convaincu que rien n'a été négligé pour en faciliter l'exploitation et que la maison Price est dans une position tout aussi avantageuse que ses rivales pour lutter avec profit sur le marché européen. La rivière Saguenay est navigable pour les plus gros vaisseaux jusqu'à Chicoutimi, tandis que le lac St. Jean dans lequel débouchent toutes les rivières flottables sur lesquelles sont établis les chantiers, reçoit sur ses eaux un remorqueur puissant amenant les billots jusqu'à la décharge. Là des difficultés sérieuses se présentaient que le gouvernement a fait disparaître par la construction de glissoires qui ont coûté à la province $41,000. Pour faciliter les communications intérieures $87,200 ont été dépensées depuis 1854. Ces dépenses n'ont pas été sans résultat puisqu'en 1862 il est descendu par les eaux du Sa-
fuenay 43,289 billots de pin blanc, 7,000 illots d'épinette et 715 pièces de bois de construction pour les vaisseaux, outre une immense quantité de madriers, de planches, lattes, bardeaux, envoyés dans des goélettes. Ainsi donc au point de vue des débouchés de ses produits le Saguenay est dans les meilleures conditions de prospérité.
Au point de vue du transport des colons eux-mêmes, les communications intérieures seront bientôt suffisantes, des ordres ayant été émanés du ministère de la colonisation pour compléter le plus tôt possible le chemin du lac Kenogami, ainsi que celui du lac Ha ! Ha ! de manière à établir une ligne de communication complète de Metabetchouan à Québec en été et en hiver. En été les goélettes et les bateaux à vapeur qui font le voyage du Saguenay offrent de nouvelles facilités aux colons, tandis qu'en hiver le portage de St. Uabain est suffisamment fréquenté pour être aussi passable que le permet la localité et infiniment plus avantageux que tout autre chemin projeté. Aussi tout en niant, après mûr examen la possibilité d'améliorer par une nouvelle route, les moyens de communication en hiver, nous comprenons qu'il est très-opportun de les faciliter en été. Cette opinion au reste est partagée par les hommes les plus marquants du Comté de Chicoutimi, ainsi que nous l'avons vu dans un chapitre précédent. Aussi après avoir donné les conclusions auxquelles sont arrivés Messieurs Blaiklock, Duberger et Price, donnerons-nous la nôtre, accompagnée des suggestions qui sont la conséquence de cette étude.