CINQUIEME PARTIE
RETOUR DU LAC ST. JEAN A aUEBEC.
pour
SOMRIAIRE.— Retour du Lac 8t. Jeanft Québec— Dopart de Metabetchouan— Naufratie sur k Lac St. Jean— l)u Lac St. Jean ik Chiooutimi— Ue Chicoutinil à Qraiido Baie— De Grande Baie à Québec.
jamais douté auparavant, parce que nous n'en avions jamais manqué.
Pendant la journée nous allâmes visiter le poste de la compagnie de la baie d'Hudson, sur la rive droite de l'embouchure de la rivière Metabetcliouan. Nous apprîmes que le commerce de fourrures loin de diminuer depuis que les défrichements étaient commencés augmentait au contraire par le fait que les colons s'occupaient de chasse et fournissaient abondamment le poste de peaux. En échaAge ils reçoivent des marchandises importées par la compagnie et qui sont à la fois d'une qualité supérieure et à bas prix.
De retour chez Mr. Fraser on reconnut que le vent était trop fort pour nous permettre de partir en cannot et on prépara une berge, montée par deux employés de Mr. Price habitués à la navigation du lac, pour nous conduire à l'embouchure de la Belle rivière à peu de distance d'Hébertville. Mr. Charleton, le principal agent de la maison Price sur le lac St. Jean et à qui l'exploration doit beaucoup pour tout le trouble qu'il s'est donné pour nous, nous avertit qu'il n'utait pas prudent do se hasarder sur le lac par le vent et la vague qu'il faisait. Il refusa même complètement de nous donner une petite chaloupe dont Mr. Neilson voulait se servir, mais avec laquelle nous aurions certainement sombré. Nous pour un, n'ayant pas beaucoup confiance dans l'expérience nautique de nos compagnons, dont la hardiesse s'accroissait encore des émotions du départ, nous demandâmes a Mr. Charleton de nous donner sa berge la plus sûre. Le vent continuait, à s'élever ' et au large la vague grossissait à vue d'œil,
DEPABT DES METABETOHOÏÏAN.
TMANCHE le 22 novembre, nous fûmes fort étonné de nous éveiller au milieu de tout le comfort dont est pourvu une chambre à coucher. Ce n'était plus le lit de sapin, ni la toile abri, ni le sol comme ameublement.
Nous avions devant nous toute une maison avec son personnel et sa causerie de famille. Bien n'y manquait pas plus la maîtresse de maison surveillant les apprêts du dojeuner que le rire joyeux d'une jolie enfant (te cinq ans, dont la tête avec ses boucles dorées étaient un petit chef-d'œuvre de perfection.
Nous ne dirons rien du gros chat, ce compagnon inséparable du foyer domestique ; la queue hardiment portée il se frôlait sur tous les meubles, en nous suivant de ses yeux à demi-fermés. Mous no dirons rien non plus du chien, jouant vigoureusement de l'evantail chaque fois que ses yeux se fixaient sur nous qu'il semblait reconnaître comme autant d'amis. Pourtant tous ces détails complètent le tableau de la vie usuelle et frappent singulièrement au retour du bois où on en a été privés.
En voyant sur la table du déjeuner le luxe d'une nappe, avec autant de couteaux et de fourchettes qu'il y avait de convives, des assiettes, des tasses et des secoupes, sans parler des plats qui contenaient la viande et les légumes, nous nous extasions sur les mille et une commodités que nous devons à la civilisation. Après avoir passé 3 1 jours avec un couteau de chasse et un gobelet de ferblanc pour tout ustensil de ménage et d'ameublement, à part les grandes chaudières, nous jouissions vraiment de tout ce comfort dont nous ne nous étions
bien que rien n'en parut sur le rivage à l'embouchure de la rivière où nous étions, pour l'excellente raison qu'une pointe boisée en s' avançant dans le lac servait en même temps d'abri contre le vent et de briselame contre les vagues. Mr. Charleton après nous avoir fortement conseillé de ne pas partir, nous recommanda de ne pas nous éloigner de terre,et ordonna la berge à l'eau.
NAVfBAGE 8Xni LE LAO ST. JEAN.
^OUS embarquâmes au nombre de sept: Mrs. Neilson et Hamel, doux
^ de nos sauvages, les deux ohaloupiers et nous. Après être sortis ae la rivière, nous gagnâmes le large à la rame jusqu'à ce qu'en nous éloignant de l'abri de la pointe, nous reçûmes un peu de vent. La voile fut alors tendue, Mr. Neilson restait au gouvernail, pendant que nous tenions l'écoute. La berge obéissant à l'impulsion se pencha gracieusement sur son flanc droit et bondissant de vague en vague, franchit avec rapidité la distance qui nous séparait encore de la haute mer du large. Assis à l'avant nos deux sauvages ne s'amusaient guère du
{)lacotement de la lame autour de notre frèe embarcation et le froid de la peur s'ajoutant au froid du vent qui fraîchissait toujours, ils disparurent bientôt dans le collet de leurvêementjleurservant d'abri en iuôme temps qu'il leur cachait la scène menaçante du lac. Un des chaloupiers éta t couché à l'avant au fond de la berge, où une rafale vintlbi enlever son feutrequi sombra. L'autre s'appujant au mat, regardait en avant avec une inquiétude mal d< guisée, puis semblait, interroger l'habileté de Mr. Nuilson à nous tirer d'un mauvais pus. Nous avancions toujours en traversant une baie profonde formée par une pointe de sable, qu'il fallait doubler pour entrer dans la belle rivière, notre destination. Nous étions alors à deux milles de terre et la vague en s'f levant toujours était devenue très-grosse. La berge commençait à fatiguer et pourtant plus nous approcherions de la pointe, plus le danger serait grand. En la voyant dépasser la lame nous aivons lieu de craindre d'autant plus qu'une quantité considérable de sable la rendait lourde et trop lente à se relever, lorsque la vague soulevant l'arrière faisait pointer l'av nt et nous tenait ainsi suspendus sur l'abîme assez longtemps pour nous faire craindre une culbute complète.
Déjà ui e têtu de lame était entrée par-dessus bord lorsque nous remarquâmes qu'il y avait danger à aller plus loin ; que nous ne
pourriomi doubler la pointe et que puisque le vent augmentait toujours, ce qu'il y avait de plus prudent était de faire terre. On nous répondit qu'il n'y avait pas de danger et aue nous pourrions tenir encore.
Une nouvelle lame plus grosse que la première entra presque aussitôt par-dessus bord, en nous donnant raison et nous n'hésitâmes pas à dire que personne n'avait le droit de mettre en danger la vie de sept hommes ; que la hardiesse pouvait se faire à son propre compte, mais jamu^s au compte des autres. Un instant après, loi) vagues avaient atteint une hauteur de 15 pieds et nous faisions vent arrière pour gagner terre le plus tôt possible. Il était trop tard. Le vent était tellement fort que nous dépassions la lame à chaque instant et qu'il nous fallait dévier de notre route pour la prendre un peu de côté Tout le monde avait les yeux ouverts au danger et le plus grand silence régnait à bord. Ce silence rendait plus effrayant le bruit des grosses vagues, déferlant autour de nous, on couvrant de blan ohe écume les parois de notre frêle embarcation En ce moment, un grain de vent courut sur les flots agités du lac, emportant avec lui les crêtes les plus hautes de cet océan en fureur. Notre berge s'inclina tellement sous l'effort de la voile, que l'eau entra par-dessus bord, mais nous avions donné de l'écoute à temps et elle se releva.
Mr. Neilson voulant alors éviter une vague appuya vigoureusement sur le gouvernail.
La tempête était trop violente, la voile résista et au moment même où nous avions le plus grand besoin du gouvernail, il se brisa dans sa main.
''Le gouvernail est cassé" s'écria-t-il d'une voix vibrante et avec une expression dans laquelle se peignait toute l'imminence du danger. " Passez-moi une rame," ajouta-t-il, en se saisissant de la rame que nous lui donnions et à l'aide de laquelle il s'efforçait de diriger la berge, en goudillant, mais sans résultat.
En ce moment, disons le sans détour, notre position nous fit peur. La berge présentait le flanc aux grosses vagues, que l'horizon nous montrait hautes et menaçantes. Nous pouvions compter l'instant où leurs crêtes altières, toutes blanches d'écume,viendraient s'abimcr dans notre embarcation en la sombrant sanu espoir. Oui, nous avions été témoin sur l'océan de bien des tempêtes, dont une surtout pendant quarante huit heures avait menace àchaque instant de nous ensevelir. Familiarisé a ec le spectacle des abîmes profonds dans lesquels s'enfonçait notre vaisseau, au moment où derrière nous s'é-
lovaient de hautes vagues, dont les brisants semblaient nous poursuivre, nous avions même oa6 rire do lu timidité de notre cupitfiine, qui placé iV notre côté avait disparu tout-à-coup sous le bastinguago à l'abri d'une do ces vagues, suspendues sur nos têtes, que nous affrontions sans crainte. C'est que les «'pi vos d'un vaisseau laissent quelques cli:nit\'d de sauvetage. Timdis que sur notre icrge ensablée, à deux milles de terre, nous n'avions plus rien à espérer en sombrant.
Aussi pour la première fois de notre vie, en regardant ces sombres vagues, roulant leurs eaux noires, profondes et froides, dans lesquelles nous serions peut-être enveloppé clans un instant, éprouvâmes-nous oe serrement du cœur, qui est un dernier souvenir jeté au passé et un dernier regret donné à l'avenir. Nous comprîmes que le plus grand sang-froid pouvait seul nous sauver, et au moment où tout le monde en manquoit nous sentîmes la nécessité d'en avoir. " Il faut baisser la voile et tenir le nez au vent avec les rames," dîmes-nous, et nous lâchâmes lu voile,plaçâmes les rames dans les tollets, puis allant au mat, nous coupâmes avec notrcouteau de ' hissû les attaches de lu voile, que le vent faisait battre avec une telle violence qu'i. eut été impossible, autrement de descendre le mat. Pendant ce temps, les rameurs, au nombre de cinq sur deux rames, étaient trop effrayés pour comprendre le but de lu munœavre et se fatiguaient en efforts contraires tout en criant " on va périr I"... Mr. Neilson lui-même voyant lu confusion générale, ne put s'em êcher de dir.- : " C'est certuin qu'on va périr." Le mat descendu, notre attention se porta sur les rameurs dont nous fîmes ramer ceux de droite en avant et ceux de gauche en arrière.
Tout ceci s'était passé en moins d'iine minute peut-être et la berge poussée pur l'ouragan présenta t toujours le flunc à la lame. Pourtant les efforts des rumeurs ne pouvaient tarder à amener l'avunt à couper les vagues. Ce qu'il fallait muyitenant avant tout c'était du courage dans l'équipage désespéré, dont plus d'un ne cessait de crier, avec des larmes dans la voie : " On va périr, mon Dieu, on va périr ! !" " Pt rir, allons donc on ne dit jamais cela ! " C'est ici que les hommes Be montrent." Et nous avions ôto notre paletot I our être prêt à tout évènem nt." Il était temps à peine la berge présentaitelle l'avun à la lame que les trois grosses vagues du large arrivèrent en bouillon-
nant. C'en eut été fait de noua, si nous leur avions alors présenté le flanc. Mais nous descendîmes dans leur abime profond I our nous relever ensuite sur leurs crêtes eoumantes, sans prendre une goutte d'eau.
C'était effrayant mais aussi c'était beau t Enthousiasmé par ce premier succès, nous criâmes gaiement pour donner du courage à ceux qui en manquaient " Hourra pour nous autres ! ! Tout va bien I I "
Muis il y avuit loin jusqu'au rivage dont nous ne distinguions lu forêt que comme un cordon de verdure. Le froid étuit intense et nous avait forcé à remettre prcHqu'immédistement notre puletôt pour résister à son engourdissement. Nos rameurs auraient-ils la force de tenir jusqu'à ce que le vent et la vague nous eussent jetés sur l.i oùte ? Un coup de vent où la moindre erreur de manœuvre en présentant notre fluno à la vague nous perdaient. Mais aussi les rameurs s'habituaient à la manœuvre, et à ciiaque minute, en se fumiliurisunt avec le danger qu'ils avaient appris à vaincre, ils s'armaient d'un nouveau courage. La tempête de son côté semblait de plus en plus furivus ; et placé à l'uvant nous commandions lu manœuvre nécessaire pour faire face tantôt aux grandes vagues du large, tantôt à celles venant dans lu direction du vent. Nous pussânies ainsi trois quarts d'heure duns une lutte que nous n 'oublierons jumais. A mesure que nous nous éloignions des dangers du large nous approchions de ceux qui nous uttcnJuient sur la côté. Allions-nou- rencontrer des rochei;^ sur lesquels se briserait notre embarcatioD ou contre li^quels lu vagiie en nous heurtant, nois briserait les os ? Nous n'en savions rien. Ou bien notre berge rencontrerait-elle une large bature de sable parsemée de gros cailloux sur lesquels elle ne manbu^ rait pas de se briser ou au moins de chavirer, en nous laissant duns le creux d'une vugue à plusieurs arp nts du rivage. Nous l'ii^nor ons également. Aus>i en prévisioa des difficultés du débarquement, aViOnsnous, sans éveiller l'attention, déga<j:é le mat des attach s qui le retenai nt encore à la voile pour nous en s rvir au besoin.
Nous approchions toujours et nous résolûmes d n'abandonner tu berge qu'à la dernière extrémié. Les vuguesen arrivuntsur le rivage formaient autant de murs de blanche écume hauts de dix pieds et se suivant u cinqu iiite pis de distance jusqu'à ce qu'ils uUassent mourir sur lu sable. A deux arpents du rivuge l'arrière touchu pour la première fois duns le creux d'une lunie, mais se releva immédiatement sur la vagu»
anivanto qui la transporta plus loin. Cette fois nous touchfiines d'uvantago et la borgo présenta un peu le fluiic. -La troisième fuis nous touohliuies sur toute la longueur de la quille et la lame suivante en frappant les bords nous couvrit d'coume. Les rames furent alors employi-esoomines perches et chaque nouvelle vaguo nouB approcha d'uvuntage en nouti couvrant d'ouu. Enfin lorscjue nous fûmes suffisamment proche nous sautâmes à l'eau et ouurdmes à terre, complètement trempés, mais sans avoir perdu un seul homme. Le froid nous saisit alors avec une telle intensité et nous étions tellement heureux d'avoir échappj a un aussi grand danger que laissant le bagage sur le rivage, nous courûmes tout d'un trait à une maison bâtie à quelque distance pur Mr.
M orelle, dont l'hospitulité fut toute cordiale. Lorsque nous lui demandâmes s'il ne nous avait pas vus sur le lac, il nous rt' pondit avec une surprise bien accentuée. " Jour de Dieu t. ..Qui est-ce qui aurait pu penser qu'il y avait du monde sur l'eau de cette tempête là. Il n'y a pus de berge qui peut sortir de ce temps là. Ceux qui vuus ont dit de partir n'avaient pas d'autre dessein que de vous faire noyer. Et ils en sont capables pour faire manquer le chemin du Lue St. Jean." A cela nous répondîmes qu'on nous avait averti du danger avant le départ.
" Mois ceux qui connaissaient le lac n'auraient pas du vous laisser partir. Depuis trois ans que je suis ici, je n'ai jamais TU une tempête de même." En effet le lendemain nous trouvâmes sur la lisière de la forêt des arbres renversés.
DU LAC ST. JEAN A GHIOOUTIia.
PRKS unr nuit. passée chez M. Morelle dotit 1 1 maison semblait a chaque instant se soulever de terre sous l'effort du vent, nous partîmes lundi le 23 pour Hebert-ville en traversant la propriété de M. Morelle qui nous accompagna au d 'part pour nous guider et en même temps nous montrer les progrès de Bon d frichement. Le sol est ici un riche alluvion ne laissant rien à désirer. Le bois est beau et comprend toutes les essences n' cessuires aux matériaux de construction d'une fe me, depuis le cèdre jusqu'aux bois francs. Après avoir remercié Mr. Morelle de son hospitalité' et de ses renseignements il nous indiqua un chemin de chantier qui devait nous conduire dans le chemin de colonisation allant à Hebertville. Ce chemin que nous atteignions bientôt est fort beau et traverse une plaine magnifique d'up ni-
veau parfait. loi et là sont établis do vigoureux colons dont toutes les sympathies sont pour une voie de communication direct»
entre <<juebec et le Lac St. Jean. La forôt est en moyenne à sept ou huit arpents de chaque côte du chemin, mais les champs défrichés sont encore une partie encombrés do souches. Plus nous approchons d' Hebertville et plus ces défrichements s'étendent ainsi que la surface labourée. Tout en prenant quelques roitMeignements d'un dos colons, nous entrâmes dans son étable pour juger de son bétail. Nous vîmes là'douz petits bœufs de travail canadiens en asses bon état et une vache laitière d'un bon rendement, c'était là tout le betuil de la ferme. Le propriituiro était un grand gaillard fortement trempé, dont la figure pleine de bonhommie et encadrée de long cheveux blonds s'i'panouit singulièrement lorsque nous lui apprîmes qu'il était très probable qu'un chemin d'hiver serait ouvert entre l'embouchure de la rivière Metabetchoan ei Québec.
" Ah I batteau!"...8'écria-t-il, avec un aoceni de profonde joie en même temps que son contentement s'exprimait par un large sourire.
Nous arrivâmes à Hebertville vers une heure et tious fûmes un peu surpris de rouver là un village considérable bien pourvu d'Eglise,d'<.coles, de moulins,de magasins, et d'un corps municipal parfaitement organisé.
Au reste nous avons donné dans le chapitre prv ci^dent une étude complète des progrès réalis.'S dans ce centre de colonisation le plus considérable de tous ceux qui se trouvent sur lus bords du Lac St. Jean. Nous prîmes des voitiires qui nous trans>portèrent bientôt au lac Kinogami après avoir' traversé un m.ignitique pays, dont le chemin est irréprochable. Avant d'ariver au Lac nous traversâmes un pont flottant, jeté sur un bras du Lac Kenogomichiche, dont la construction mérite une mention spéciale. Il consiste tout siuiplement en un plancher de madriers do trois pouces,eloués sur des pièces de bois reliés ensemble et formant ainsi un long radeau âuttant,dont les deux extrémités sj^appuient sur les deux rives opposées Un gardefou compléta ce pont d'une construction économique s'il en est et d'une solidité remarquable puisque toutes les parties appuy nt sur l'eau. On conçoit que ce genre de pont n'est pratiquable que là ou il n'y a pas à craindre les dt^bâcles du printemps.
Arrivés au L^au puiiug') à neuf heures du soir, le froid intense qu'il fait nous force à partir immédiatement en chaloupe | our le traverser, s'il est possible, avant que la
EXPLORATION DE QUEBEC AU LAC ST. JEAN. î'f
glace ne se forme entre les île8,qui embarras* sent le milieu de cette pièce d'eau longue de oinq lieues. A onze heures nous mimes de nouveau à la voile et nous nous confiâmes une fois encore à l'élément perâde contre lequel nous avions lutté si fort la veille. Le ciel étoile jetait une pâle clarté sur les rives d'i Lac, tantôt s' abaissant jusqu'au niveau des eauz,tantôt s'élèvant en rochers abruptes couronnés par quelques arbres verts se dessinant vaguement sur l'azur du ciel. Poussés par une forte brise nous glissions rapidement veas notre but, mais le froid était tellement intense que nous ramions continuellement, pour maintenir la circulation dans nos membres engourdis. Pendant cinq heures nous fûmes ainsi exposés à toute l'intensité d'une des plus froides nuits de la fin de Novembre et à quatre heures du matin seulement nous arrivâmes aux portage des Roches, où nous prîmes quelques heures de sommeil avant de nous metùé en route pour Ghicoutimi.
Mardi le 24 après avoir donné rendez-vous ilHOS deux sauvages à la Grande Baie,nous partîmes pour Ghicoutimi. Le pays que nous traversâmes est bien ouvert. C'est ici que commence véritablement le gios de la population du Saguenay. Pins nous approchons du Chef-lieu et plis les défrichements s'étendent. Il ne parait pas y avoir de système régulier suivi. Le bétail devient pins nombreux et s'améliore sensiblement, mais il reste encore beaucoup à faire à la société d'agriculture du Comté.
DE CmCOUTIMI A OB&NBE BAIE.
ES notre arrivée à Ghicoutimi nous rencontrâmes toute l'hospitalité et tout le comfort d'un grand village.
La paroisse compte 3,177 habitants possédant 10,657 acres défrichés •dons 4,988 acros ont donné 40,111 minots de grains et 25,084 minots di' patates, en 1860, formant une récolte totale de 65,195 minots et 740 tonneaux de foin. Ces chiffres montrent une augmentation dans la population de plus de 150 pour 100 depuis dix ans et une augmentation prosqu' aussi •considérable dans l'étendue des -erres défrichées. La rivière Ghicoutimi aussi considérable que la rivière St. Charles à Québec sort du lac Kinogami et va tomber dans la rivière Saguenay, où elle forme un joli bassin au pied d'un • chute de 40 pieds dans le village do Ghicoutimi. Ce bassin est très-sûr pour les bâtim<'nts ne tirant pas plus de neuf pieds d'eau ; quant aux navires de gros tonnage, ils trouvent un
bon et sûr mouillage au milieu du Saguenay même. Ghicoutimi étant le centre du district judiciaire, il y a ici une prison et une cour de justice.
Nous eûmei) le plaisir de rencontrer le soir même chez Monsieur le curé de l'endroit, l'Abbé Rncine, un certain nombre des hommes marquants de Ghicoutimi, dont les vues sur l'opportunité d'une voie de communication directe entre Québec et le lao St. Jean, devaient nous être d'un grand prix. En effet ces hommes, connaissant mieux les besoins de la localité que qui que oe soit, intéressés s'il en est aux développements rapides de la colonisation du Saguenay, imbus en quelque sorte des intérêts locaux, devaient nous donner des arguments sans réplique contre ceux qui pour bien des raisons s'opposent à la construction de oe chemin. Quel ne fut donc pas notre étonnement lorsqu'aux premiers mots dits en faveur de cette voie de communication, nous entendîmes de la bouche même de ceux qui étaient les plus intér< ssés à la défenilre, les arguments les plus forts contre ce projet. Selon eux, c'était une chimère coûteuse que rien ne justifiait et certainement sans résultat possible. Nous prétendions que le chemin était pratiquable. " Mais qui l'entretiendra pendant l'hiver?" nous répondait-on. C'est avec les plus grandes difficultés que nous passons le portage de St. Urbain et pourtant tout le Saguenay le fréquente et le trajet n'ost que de vingt lieues. Tandis que votre chemin aura quarante lieues et il n'y passera pas une voiture par semaine. Et pui qu'es^ce que les colons du Metab. tchuuan et de la Pointe bleue ont à faire en ville, car c'est à eux ^euls que pr< 'fitera ce chemin ? Leurs produits se vendent mieux chez eux pour les chantiers qu'à Québec et ils peuvent se procurer tout ce dont ils ont besoin à Ghicoutimi ou à Hébertville." Avouons-le cis objections venues de tous côtés nous embarrassaient singulièrement, surtout de la part d'houimes marquants,dont l'édu ation et les vues larsres ne nous permettaient pus de combattre leurs opinions par une simple dénégation.
Poussé au pied du mur, nous changeâmes le terrain de la discussion en remarquant.
" Il est au moins singulier que le gouvernement veuille vous imposer un ch min de col ni ation ru neux pour la province, tandisque vous et s 1 s prciiiiers à vous y opposer. Mais vous ne savez donc pas que c'est en votre n m que ce projet .est à î'étud -, que tous les jours 1 -s journaux invoquent vos intérêti pour le faire accepter.
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3uoi n'avez- vous pas le courage de le dire ans la presse et de sauver ain-i le public de dépenses que vous dites inutiles." •' Je l'aurais fait, me répondit alors mon hôte,
*' si je n'eusse craint de froisser M
qui est à la tête du mouvemsnt et avec lequel je ne veux pas entrer en discussion.
Aussi je laisse faire.... Ce que le gouvernement doit faire c'est de compléter le chemin d'été de la Pointe bleue, à Chicoutimi, ainsi que le portage de St. Urbain, pour ouvrir une communication facile avec le chef lieu du comté et Québec. ^En été le gouvernement devrait payer un subside postal à une ligne de vapeurs régulière entre Chicoutimi et Québec tout comme il le fait pour les bateaux qui déservent Gaspé. De ciitte manière en hiver et en été nous aurions des voies de communication toujours ouvertes reliant au centre judiciaire les extrémités du comté, et le comté à Québec." Avouons-le cette manière d'envisager la question nous frappa singulièrement, et mérite certainement de fixer l'attention générale.
Le lendemain fut employé tout entier à obtenir de nouveaux renseignements et jeudi le 26, nous partîmes avec notre charretier pour Québet par la Grande baie.
Une légère couche de neige tombée la veille nous permit de prendre le traîneau et le soir nous couchions à l'entrée du por- / tage. La grande Baie a deux lieues de profondeur sur une lieue de largeur et offre un ancrage sûr pour les vaisseaux de toutes \ grandeurs,à l'abri des vents, étant entourée j de hautes montagnes. • D'après le dernier c recensement on compte dans les deux paroisses de St. Alexis et de St. Alphonse, dont les villages se trouvent de chaque côté de la baie, 3,063 habitants, possédant 14,631 acres de terre en état de culture, dont 5,212 acres ont produit 56,260 minots de grains et 33,408 minots de patates, en 1860, formant en tout 89,668 minots et 1,731 tonneaux de foin. Quatorze écoles primaires répandent l'éducation au milieu de cette population vigoureuse et pro-gres sive. Mr. Blair l'agent de "la maison Price donne ici l'exemple des meilleures cultures, et par l'importation d'animaux de choix a contribué depuis quelques années à améliorer considérablement le bétail de la localité. La société d'agriculture du comté a employé cette année une partie considérable de ses fonds dans le même but et nous ne saurions trop l'eu féliciter. *