‹ Exploration de Québec au lac St. Jean [microforme]Chapitre 17 sur 21 · HISTORIQUE DE LA COLONISATION DU SA- GUENAY · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DE LA COLONISATION DU SA- GUENAY

,jOUS empruntons au remarquable travail de Mr. Stanislas Drapeau sur la colonisation du Bas-Canada les renseignements qui suivent sur les efforts qui ont été faits successivement xians le but d'ouvrir à la colonisât on l'immense territoire du Saguenay.

On remarquera que la progression s'est faite en remontant toujours l'immense cours d'eau qui est h débouché naturel de cette importante région et dont la navigation offrira toujours les plus grandes facilités pour le transport prompt et économique des colons et de leurs produits. La col isation du Canada tout entière a suivi la même marche. Notre grand fleuve a vu ses bords se peupler promptL-ment alors qu'à quelques milles à l'intérieur la forêt inviolable couvrait de son ombre même des plaines d'une grande fertilité. 11 ne saurait en être autrement pour le Saguenay. Avant que la population ne se porto à l'intérieur des terres, elle devra d'abord défricher les contours des grands lacs et les rivages des rivières de cette région. On ne saurait oublier en effet que de Chicoutimi à la capitale il y a tout au plus douze heures de distance par eau, tandis que par terre il y a cinq jours d'un voyage coûteux et pénible, avec une petite charge.

La région du Saguenay que les premiers européens appelaient le " Royaume de Sa- y guenay" peut donner asile à une population aussi considérable que la Suisse et le Tyrd réunis.

Comme l'exprime si heureusement l'honorable M. Evanturél dans son rapport comme Ministre de l'agriculture pour 1862: " On prévoyait dès les premiers temps du pays l'avenir de ce vaste champ de colonisation qui n'avait pas manqué d'attirer l'attention toute spéciale de nos premiers missionnaires Jésuites."

La rivière du Saguenay est plutôt un bras de mer qu'une rivière, — dit le vénérable auteur de la brochure intitulée : " Le Siigucncy en 1851," — à cause de la grande profondeur de ses eaux, qui est en beaucoup d'endroits deux ou trois fois plus considérable que celle du fleuve St. Laurent. Elle sort du Lac St. Jean par un double canal, et après une suite de chûtes, de cascades et de rapides d'une excessive violence pendant l'espace d'e;iviron 30 milles, elle prend à sept milles au-dessus de Chicoutimi un cours uniforme et régulier jusqu'à Tadoussac, où elle entre dans le grand fleuve. Au baissant, son courant est si fort dans cet endroit, qu'il se fait sentir à plusieurs lieues au large.

De son embouchure jusqu'aux terres rompues, distance d'environ 80 milles, cette importante rivière est navigable pour les grands navires ; presque partout elle coule dans une espèce de crevasse gigantesque formée de deux hautes rangées de montagnes s'élèvant '\ des hauteurs de 300 à 1,500 pieds.

Le Lao St. Jean, qui mesure environ 36 milleB de longueur sur 30 milles dans sa plus grande largeur, est le réservoir de plusieurs rivières dont voici les principales : la Belle- Rivière, qui entre à environ six milles plus haut que la Petite Décharge, vient ensuite la rivière Métabetohouane, huit milles plus loin, qui a des dimensions à peu près double de celles de la précédente; au bout d'une ^ale distance se rencontre la rivière Ouayatohouane, où une chute de 200 pieds est formée à environ 1 mille de son embouchure; six milles encore plus loin se trouve un petit affluent qu'on appelle Ouayatchouauish, qui prend sa source dans le lac Bouchette ; à une distance plus éloignée de six milles nons arrivons à l'extrémité orientale du Lao et à la décharge de la rivière Achamaohouane communément appelée Chamoohouane, au nord de laquelle 8o trouve celle de Mistâssini, qui prend sa source dans le Lao de ce nom, d'une longueur de 90 lieues sur 60 de large, lesquelles deux rivières ont chacune une largeur d'environ un mille à leur embouchure ; vient enfin la rivière Péribonka, important affluent qui s'étend sur une largeur d'un quart à un demi mille durant les premiers douze milles, et dont les bords sont bas et sablonneux.

(T' LESAGUENATjnSQITENlSST.

eus le rapport de la colonisation,

l'histoire du Saguenay d'autrefois

n'est pas longue, suivant que le

constate l'auteur de la brochure

déjà citée. Elle se réduit à dire

qu'à l'exception de quatre ou cinq

postes où la Compagnie de la Baie

d'Hudson faisait la traite des pelleteries avec

les s-^uvages, tout le reste du pays est toujours

demeuré, jusque vers 1837, dans l'état le

ftlus sauvage possible, destiné comme il 'était à de nombreuses familles montugnaises dont la chasse et la pêche enrichissaient une compagnie de marchands de pelleteries.

Trois de ces postes, Tadoussac, Chicoutimi et Métabetohouane avaient chacun une petite chapelle en bois, d'environ 25 pieds sur 30, plus une maison pour l'agent du poste et le magasin, et une autre pour les engagés-voyageurs de la Compagnie. La seule terre en culture était un petit jardin et quelques arpents de terre que l'on permettait quelquefois à de vieux employés de cultiver à leur profit. On comptait trois ou quatre colons établis de cette manière autour du Lac St. Jean. Il faut pourtant dire que sous ce dernier rapport, le poste de Métabetohouane avait fait exception pen-

dant un certain temps, puisque les Père»

Jésuites y avaient fait des défrichements assez considérables. Mais depuis qu'il s'étaient retirés, la forêt avait repris son ancien domaine, et le merisier, le bouleau et l'épinette croissaient à leur aise dans les champsde blé d'autrefois. Il n'en faut pas être surpris. La religion, il est vrai, y avait planté là l'étendard de la civilisation ; peu à peu un petit village aurait pu se former autour de la pauvre chapelle pour être le noyau d'une nouvelle colonie; mais cela n'eût pas fait l'afiaire du commerce dea pelleteries ; le presbytère a-^ono été remplacé par un comptoir ! Dès lors le prêtre n'a plus paru là qu'une fois l'année pour rencontrer les sauvages au temps de< la traite. Après la cession du pays à l'Angleterre par le traité de 1763, le territoire du Saguenay continua d'être affermé; le bail était renouvelé tous les 21 ans. Les bailleurs avaient intérêt d'exclure les étrangers autant que possible, et tenir secrètes les ressources du pays, autant pour maintenir leur monopole que pour empêcher toute compétition à chaque fois qu'il s'agissait de renouveler le bail. C'est pour cette raison que jusqu'en 1820, on ne connaissait rien encore du Saguenay. Vers cette époque, toutefois, M. P. 'lâché, seigneur de Kamouraska, qui avait demeuré vingt-deux ans au Lac St. Jean, à Chicoutimi et à Tadoussac, fut appelé à communictuer à un comité de la Chambre d'Assemblée de précieuses informations qui éveillèrent l'attention publique. La législature ordonna. i une exploration qui eut lieu en 1828 ; M.M.

André Stuart et David Stuart en furent chargé.^. Ils s'adjoignirent MM. Jos. Bouchette, fils, Joseph Hamel et J. B. Proulx, arpenteurs, M. Baddeley, du corps Royal du Génie, MM. Nixon et Goldie, du 66e régiment, et quelques autres, ayant chacun leur spécialité dans cette importante mission. Le rapport de cette commission est daté du 26 décembre 1828. Il forme avec toutes les pièces justificatives, un volume de 197 pages, plein de renseignements du plua haut intérêt. Dès lors on acquit la certitude que le Hau' -Saguenay renfermait une grande étendue de terres propre à l'agriculture. Mais le terme du bail des Postes du Roi n'était pas encore expiié, et d'ailleurs les idées n'étaient pas alors à la colonisation comme elles le sont aujourd'hui; on ne pensa donc plus au Saguenay jusqu'en 1837." Voilà pour le passé de ce riche territoire, plongé si longtemps dans l'oubli le plus désastreux possible.

LE SAOUZirAT DK 18S7 A 1848 .

EUF années venaient de s'écouler depuis que l'exploration oi-dessus mentionnée avait eu lieu, lorsque la patriotique paroisse delà Malbaie conçut le projet d'ouvrir ce territoire à la colonisation et d'en exploiter ses belles forêts. Une Société fut formée pour atteindre d'abord une partie du projet, celle concernant le commerce du bois. Malgré des sacrifices assez considérables, les opérations ne furent pas' aussi heureuses et au«si profitablea qu'on 'avait espéré ; les associés finirent par vendre successivement leurs parts à M. Price, de Québec, qui bientôt devint le seul possesseur des propriétés et privilèges de l'Association, et le seul maître du commerce de bois dans le Saguenay.

Oette tentative eut pour résultat, cependant, d'engager plusieurs familles à aller prendre des terres dans l'intérieur du Saguenay, mais ceux qui avaient affermé les Postes du Roi s'y opposaient comme autrefois parce que leur bail n'était pas encore expiré; il devait demeurer en force jusqu'à l'automne de 1842. " D'un autre côté, dit l'auteur déjà cité, le gouvernement provincial ne voulait pas consentir à faire aucun arpentage, ni ^disposer des terres, quoique cela lui fut souvent demandé, sous l'impression probablement erronée qu'il n'en avnit pas le droit. En juin 1842, un autre bail fut accordé à la Compagnie de la Baie d'Hudson, pour l'espace de 21 ans, à dater du 1er octobre suivant ; mais à la condition formelle que le gouvernement pourrait faire arpenter des terres quand bon lui semblerait, pour les vendre dans un but de colonisation. En 1843, des ordres furent donnés pour faire arpenter plusieurs cantons.

Pendant ce temps là, un grand nombre de cultivateurs des anciennes paroisses, surtout de la Malbaie, des Eboulements et de la Baie St. Paul, réduits à la misère par une suite de mauvaises récoltés, allaient chercher au Saguenay des moyens de vivre, aux chantiers de M. Price. Ils s'établirent d'abord près dts moulins, et ensuite sur les terres voisines non arpentées, et de là s'étendirent, peu à peu, à mesure qu'il arrivait de nouveaux colons. Mais cela se fit sans .ordre. Souvent ils se génèrent les uns les autres, commençant leurs défrichements sans aucun égard à la position des voisins. L'arpentuge allait son train, mais malheureusement les arpenteurs, en se conformant trop strictement à la lettre de leurs instructions, perdirent beaucoup de temps

à diviser des terres impropres à la culture ;: et lorsqu'on dernier lieu ils vinrent opérer sur un meilleur terrain, ils le trouvèrent occupé par des colons non autorisés {tquatters) et ce, d'une manière si irrégulière, qu'il leur fut comme impossible de conti- ' nuer la subdivision d'après le plan original. Ils furent donc obligés d'attendre d'autresinstructiQns. Nouveau délai pendant lequel les colons continuèrent à s'y établir de la même manière, au point que quatre ou cin(| travaillaient en même temps sur le même lot en différentes directions."

Vers l'époque de 1843 on comptait déjà, quelques centaines de familles ainsi établies dans les profondeurs du Saguenay.

Le plus grand nombre était sans moyen d'acheter des animaux pour la culture de leurs défrichements. " Il paraît même que^ jusqu'en 1842, dit l'auteur ci-dessus mentionné, ceux qui auraient voulu en avoir en était empêchés. On permettait seulement l'usage des chevaux nécessaires à l'exploitation du bois. Cependant cela n'empêchait pas ceux qui manquaient d'ouvrage dans leschantiers de M. Price, de défricher et de semer quelquefois en quantité considérable, sans autres instruments que la pioche ou la.

hache. Us étaient ainsi obligés de transporter leur bois de chauffage sur leur dos,. . de même que les provisions qu'ils allaient acheter au magasin de M. Price." Tel a été le triste état dans lequel ont vécu pendant plusieurs années un si grand nombre de familles, sans chemin, et réléguées dans la forêt à plus de vingt lieues de la plus prcche^ paroisse du fleuve, colle de la Malbaie.

L'on peut bien appliquer à la colonisationdu Saguenay ce que M. Etienne Parant disait avec tant de justesse sur l'ouverture des , Cantons de l'Est." C'est à fendre le cœur, mais aussi c'est à exciter l'admiration et l'orgueil national que d'entendre le récit des tribulations et des souffrances endurées avec- 1 tant de résignations et de constance par le* > premiers colons des Bais Francs et autres lieux, où nos compa'triotes sont encore aux prises avec des obstacles à décourager une toute autre race d'hommes."

Toutefois, l'esprit d'entreprise des habitants de la Malbaie ne fut pas vaincu par le contretemps que je viens de constater. Au contraire, le patriotisme vint de nouveau réchauffer l'ardeur de" cette vaillante population et lui faire entreprendre quelque chose de plus grand encore pour les destinées du pays : celle de la colonisation des terres t C'était en 1848, dont nous allons donner l'historique, jusqu'à nos jours.

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LE BAQOENAY DEPUIS 1848.

^M. les abbés A. Beaudry et Ant.

Racine déployèrent en cette circonstance une ardeur et une volonté incroyables en faveur de la lelle œuvr<^ de la colonisation des terres du Sa<ïuenay, que rien ne put ni lasser ni fléchir Le sentiment national dont l'âme de ces Apôtres ^tait inondé sut passionner la foule et faire «ntrer la jeunesse de cette paroisse dans l'heureuse disposition de coloniser cette belle contrée. Une Association fut formée «t le siège de ses opérations fut fixé sur les bords fertiles de la rivière aux ï^ables, dans le canton Jonquière. Plusieurs écrits furent publiés dans le même temps et attirèrent l'attention publique sur le grand et vaste territoire du Saguenay et du lac St.

Jean.

V, Cette pensée de la colonisation fut portée ■comme l'éclair d'un bout à l'autre du pays.

On vit dès lors la paroisse de la Baie 8t.

Pau! s'organiser aussi en société pour coloniser le canton Signay, situé sur le bord du Lac St. Jean ; tandis que M. l'aljbé Boucher, curé de St. Ambroise, près de Québec, doué* «qu'il était d'un rare courage, s'aventurait avec quelques-uns de s£s paroissiens dans les immenses forêts voisines du lac St. Jean pour y établir aussi lui une colonie. Mais la distance trop considérable qui existait entre cette place et Québec, jointe à la difficulté des communications, découragèrent la plupart de ceux qui avaient entrepris le voyage ; plusieurs abandonnèrent la partie.

Malgré ce désappointement, M. Boucber ne se laissa pas abattre ; au contraire, avec le petit nombre qui lui demeura fidèle, il s'arma d'un plus grand courage encore €t fit commencer les défrichements près de la Belle Rivière, dans le canton Caron.

L'exemple de ces zélés Prêtres et laïcs ne resta pas sans imitateurs. Dès le mois de janvier 1849 une vaste association fut formée à Ste. Anne de la Pocatière, laquelle comprenait toutes les paroisses des comtés de rislet et de Kamouraska. M. l'abbé N. F.

Hébert, alors curé de St. Pascal, était l'âme ■de l'entreprise et y déploya une énergie peu commune. Il fut vaillamment secondé par MM, les abbés F. X. Delâge, curé de llslet; Louis Parent, curé de St. Jean-Port-Joli ; D. H. Têtu, curé de St. Roch ; L. A. Bour ret, curé de Ste. Anne ; Chs. Bégin, curé ■ de la Rivière-Ouelle et J. H. Routier, curé de Kamouraska; ainsi que par un grand nombre de personnes des paroisses sus-mentionnées. Le siège des travaux de cette

nouvelle Société fut fixé sur la rivière des Aulnais, dans le canton Labarre, avoisinant le Lac Kinogomiohi -, et, auquel endroit des travaux considérables de défrichements furent exécutés chaque côté de la Rivière et du Lac en question.

Encore d 3rnièrement, nous voyions M.

l'abbé Tremblay curé de Beauport, se dévouer à la cause de la colonisation des bords du Lac St. Jean avec tout le zèle désintéressé dont il n'a cessé de faire preuve dans toutes circonstances. Ce monsieur, avec l'aide des personnes les plus influentes de sa paroisse, s'est empressé d'organiser une Assosiation de défricheurs qui ont commencé à abattre la forêt dans le canton Achamacouane près de la Pointe Bleue du Lac St. Jean, et dans le canton Tremblay, vis-à-vis Chicoutimi. La plus noble émulation règne parmi les membres de cette nouvelle Association, et les progrès déjà atteints garantissent un plein succès pour l'avenir.

Environ 200 colons ont pris des lots dans l'un ou l'autre centre. Sur ce nombre une trentaine ont travaillé sur leurs lots, et huit ou dix ont pu semer au printemps de 1862.

On estime l'étendue de leurs défrichements de la première année à environ 180 ou 200 acres. Plusieurs chefs de famille, quoique pauvres se préparent à aller demeurer incessamment sur leurs lots, voulant au plus tôt changer leur condition de journalier en celui de cultivateur. Heureuse transformation qu'il serait utile d'encourager, non-seulement par des paroles, mais aussi par des moyens pécuniaires, par le ministère d'une Association de Secours, .... par exemple.

LES PBOOBES BEALI8ES.

E Comté de Chicoutimi comprend n la presque totalité de la population

du Saguenay. Mr. Drapeau on nous donnant les renseignements qui suivent sur ses progrès, nous donne une appréciation assez exacte des ,grands résultats obtenus déjà sur tout le parcours de la Rivière Saguenay, de sa source à son embouchure.

Ce comté est situé en arrière de ceux de Charlevoix et Saguenay. et comprend cette immense contrée qui s'éttnd depuis ha environs de l'Anse St Jean, sur la Rivière du Saguenay, jusqu'aux dernières limites nord, embrassant les grandes vallées formées par la Rivière du Saguenay et le Lac St. Jean.

Dans le but de développer les ressources de l'intérieur du Saguenay et faire face aux besoins toujours croissants de la colonisation dans cette partie du pays, le gouvernement

avec

à fait ouvrir des routes do colonisation qui ont puissamment contribué aux développement de la contrée. A part les chemins ouverts par le Département des Travaux Publics, il n'a pas été dépensé moins de $87,200 pour l'ouverture de nouvelles routes depuis 1854 outre une somme de $41,000 pour glissoires ou autres travaux publics exécutés pour les fins du commerce et l'exploitation des forêts.

Durant l'année 1862 il a descendu par les eaux du Sagueniiy 43, 289 billots de pin blanc, 7,000 billots d'épinctte et 715 pièces de bois de construction pour les vaisseeux, outre une immense quantité de madriers, planches, luttes, bardeaux, etc., envoyés dans des goélettes.

Il y a quinze ans, l'exportation seul des madriers du Saguenay -s'élevait à environ $140,000, suivant que le constatent les rapports de H. JesHopp, ecr., alors collecteur des douanes.

L'auteur de la brochure sur le Saguenay, que je citais dans l'introduction de cette Etude, mentionne que " la maison Priée charge tous les ans environ 20 bâtiments européens à Chicoutimi, et 10 à la Grande- Baie. Quelques-uns prennent jusqu'à 27,000 madriers. La valeur du bois ainsi directement exporté en Europe s'élève à environ $180,000. La même maison exporte ■encore chaque annéeà Québec et aux Etats- Unis pour environ $16,000 en bardeaux, bois scié et lattes. A part ce commerce étranger, il s'en fait un autre assez considérable avec les paroisses du fleuve, depuis Québec jusqu'à Rimouski. Nous croyons ne point nous tromper en di.sant que les ports de Chicoutimi et de la Grande Baie sont régulièremcntfréquentés, pendant toute la saison, par 20 ou 30 goélettes dont chacune fait six à sept voyages à Québec et ailleurs, chargées de planches, madriers, bardeaux, bois de cordes et écorces de bouleaux."

D'après ces données, d'une exactitude incontestable sur le commerce du Saguenay, en 1851, on peut se former une idée de sa valeur d'aujourd'hui, puisque d'immenses travaux ont été exécutés depuis pour en faciliter les développements, est que l'extension .des affaires généralement embrasse toutes les parties du pays.

Il y a dix ans, on comptait dans les limites de Ci comté, qui forme ce qu'on appelle le Saguenny, une population totale de 5,864 âmes, y compris 663 sauvages. D'après le recensement de 1861, on porte le chifiFre de ■cette population à 10,478 habitants, y com-

pris 258 sauvages. Comme on voit cette dernière classe diminue sensiblement.

Les défrichements, qui s'élevaient à 13,086 acres, en 1851 forment aujourd'hui une étendue de 40,415 acres.

Ces calculs démontrent donc que la population a doublé depuis dix ans, et que l'étendue du défrichement a triplé.

Le recensement de 1861 constate qu'il y a actuellement 127,669 acres de terr'é possédés parla population ducomté,dont40,415 acres sont en état de culture, comme je viens de le mentionner, et 87,254 acres sont en bois debout.

Les récoltes de 1860 ont donnô 156,911 minots de grains et 102,273 minpts de patates, formant en tout 259,184 minots et 3,648 tonneaux de foin, le tout évalué à $182 575.27.

Les produits de l'industrie, tels que le sucre, le beurre, la laine, l'étofie foulée, la flanelle, la toile et la filasse, s'élèvent à $32,956.97.

Le bétail, au chifl^re de 18,746 têtes, vaut $217, 674.

Le revenu des jardins est estimé à $5,760.

Les voitures d'agrér'ent, au nombre de 892, valent $18,837.

La valeur des instruments aratoires est évaluée à $44,724 ; et celle de la propriété foncière à $943,842.

Formant une richesse totale de $1,446, 369.24.

" Mais vous savez mieux que bien d'autres, — m'écrivait M. l'abbé Tremblay en date du 15 juin 1863, — à quoi tient le succès de la colonisation ! . . . . Oui, vous savez que sans voies de communication, sans chemins, nos plus belles terres ne sauraient rien valoir ! J'ai visité le Lac St. Jean l'année dernière; le sol y est d'une richesse extraordinaire, arrosé par de nombreuses petites rivières qui ne peuvent manquer de lui donner la plus grande fertilité ; joignez à cela un climat aussi doux que celui de Québec et bien d'autres avantages, et vous aurez une idée de l'immense avantage qu'offriraient les terres du lac St. Jean aux colons s'ils avaient des chemins pour s'y rendre.

Encore aujourd'hui, les colons sont obligés de faire le trajet de la Grande-Baie au Lac tantôt en voiture, tantôt en canots, et quelquefois à pieds.

" Si le gouvernement faisait terminer auA^t plus vite le chemin Kinogomi, ce serait alrâ^' . >* une grande difficulté de levée ; et si, d'un - ' autre côté, le chemin de Québec au lac St.

Jean s'ouvrait, oh ! cette fois, vous verriez des centaines et des milliers de colons aller

s'établir sur le beau et riche territoire du Saguenay.

" Un bon nombre de mes colonisateurs se proposent de partir bientôt pour aller faire de nouveaux abattis sur leurs lots, au Lac. J'espère que plusieurs pourront faire d'assez jolies semences le printemps prochain. . Comme tous voyez, il y a du zèle, mais il est-à craindre que les obstacles qu'ils rencontrent au début, n'en découragent un certain nombre. Ce serait bien regrettable."

De tout ce qui précède nous devons con-

clure que l'avenir du lac St. Jean offre leplus belles espérances et qu'avec de plus grandes facilités de communication qui ses ront la conséquence nécessaire de l'augmentation de la population et des produits, cette partie de notre territoire est appelée à deve» nir une des parties les plus importantes du diocèse de Québec. Ce sont ces voies de communication qu'il est important pour nous de créer et que nous étudierons sou»

le titre de conclusion.

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