DE QUEBEC AU LAC JACQUES CABTIES
■ORKIIIAIBB*— CionsidénitionR fcénéralm— Le départ de Québec— Le premier caiii)>— Les Instmrtiom do Ministre d'AKriculture— Un faux guide— Le dimanohe dans lacamp— Vn renversis— Le Lan Noël- Un camp de Huroui— Le Lac Oaribou—La mare de la Rivière Mont&orency— L« Lac Jacquet Cartier— Correepoudano»
datée du Lac Jacques Cartier.
OONBIDEBATIOirB 0XNSBALS8.
I A mise en valeur de nos terres incultes est la base la plus solide de notre avenir comme nation e^ chaque jour de nouvelles preuves viennent à l'appui de cette importante vérité. Le Canada depuis sa découverte n'a été qu'un vaste éhamp ouvert à la Colonisation, dont les travaux ne s'arrêtent pas aux premiers ooups de hache du défricheur, mais ombrasaent encore l'exploitation du sol avec tous tes moyens. N'avons-nous pas vu nos eentres comiperciaux et manufacturiers croître avec le di friohement de nos forêts ? Et les progrès de notre commerce et de nos manufactures sont-ils autres que la résultante du développement de notre industrie agricole? C'est elle qui en donnant tous les jours une i^tendue plus grande à notre champ de pT< >.v7tion, a créé nos voiec» de oommunicatio: <> et alimente aujourd'hui nos relations commerciales à l'intérieur et à l'étranger. C'est encore elle qui offre le marché de consommation le plus considérable aux articles d'importation reçus en échange.
En un mot faciliter la mise en valeur de nos terres incultes, c'est réaliser l'agrandissement do notre pays, doubler sa population, eréer des revenus à l'état et asseoir solidement notre avenir national.
Qu'était-ce que le Canuda il y a deux siècles ? Une vaste forêt, peuplée de quelques tribus indigènes, sans relations commerciales, vivant' des ressources de l'industrie individuelle. Ces peuplades, libres comme l'homme aux premiers jours, sillonnaient notre fleuve, labouraient notre sol, habitaient nos bois, vivaient des produits de la pêche, de la chasse, de la culture, et parcouraient l'immense étendue de leurs
leur puissance, sans autre loi que celle de lear liberté. L'agriculture d'alors, sur un sol encore vierge et enrichi par les débri»
d'une végétation luxuriante, se résumait aux opérations les plus simples pratiquée»
à l'aide des instruments les plus primitift.
Mais à peine le Canada est-il appelé Nouvelle-France qu'une population active tire du sol d'immenses produits, exportés à l'étranger, où ils trouvent un débouché avantageux et permettent an colon canadien d obtenir en échange les articles de oom> merce dont la civilisation lui a fait nn besoin. La colonie prend bientôt de nouveaux développements, son commerce s'étend, les centres se forment et les voies de communication devenues plus faciles ouvrent un meilleur débouché aux produits.
La production de son côté augmente, les instruments aratoires se perfectionnent, et la tenue du bétail est rendue nécessaire pour suppléer par les engrais à l'épuisement des récoltes. Si aujourd'hui on jette un coup d'œil sur notre industrie agricole dans le voisinage des centres, on y retrouve les instruments, le bétail et les cultures de la civilisation la plus avancée. Le haut prix de la propriété foncière, la facilité des débouchés, non seulement dans nos centres de commerce et d'industrie, mais encore, grâce à nos voies ferre es, à nos canaux et à nos vapeurs transatlantiques, jusque dans les centres < ommerciaux de la vieille Europe voilà les développements rapides da Canuda, hier au berceau,unjourd'hui luttant de progrès avec les plus vieilles nations dti continent européen.
La colonisation a tout fait et nous poa> vons regarder avec orgueil cet enfant de notre énergie au souvenir des fatigues et des sueurs qu'il a coût, es Rappcloni^ nous ce qu'il a fallu aux premiers colons dé
possesâions, sans autre limite que celle de ( vru courage pour s'attaquer à l'épaisttft
fordt, dont le couvert impénétrable semblait protéger si puissamment notre belle vallée, à cette forêt qui, semblait-il, devait demeurer là debout pour jamais, comme un rempart devant lequel s'arrêterait la hache impuissante d'une poignée d'hommes. Rappelons-nous ce ;qu'il a fallu de travail pénible et persévérant dans cette lutte de tous les jours, exprimée par 9.000.000 d'arpents de terre défrichée I
Ce passé a son enseignement et est bien fait pour nous donner confiance dans l'avenir. En voyant l'enthousiusnie général qui l'est emparé de notre population pour tout «e qui touche à la mise en valeur de nos terres incultes ; en voyant les octrois considérables votés annuellement à l'ouverture de nouveaux chemins pénétrant au cœur de la forêt, nous considérons comme incalculable l'augmentation que nous promettent Tingt années à venir, non seulement dans notre population, mais dans notre produotion à tous les degrés.
Pourvu toutefois qu'une impulsion intelligente soit donnée à ce vaste mouvement.
Pourvu que la direction des moyens emiloyés ne soit pas laissée aux intérêts de ooalité, mais soumise aux , exigences de 'intérêt général. En un mot, pourvu que es octrois du gouvernement ne soient pas employés à la colonisation de nos terres stériles au détriment des riches alluvions de nos vallées, laissées improductives et sans Tuies de communication. Pour atteindre la plus grande somme d'utilité publique de 003 octrois, il faudrait une étude préalable de la valeur relative des terres à coloniser, au point de vue de la nature du sol, des débouchés et de leur avenir probable.
Ce n'est qu'autant que^ le gouvernement aura des données exactes sur cette valeur relative qu'il pourra employer d'une manière productive les moyens mis à sa disposition dans le but d'ouvrir à la colonisation le vaste champ de nos terres incultes.
Et c'est parce que nous avons voulu nous rendre compte par nous-même de la valeur de cet immense territoire situé entre Québec et le Lac St. Jean que nous avons demandé comme une faveur l'autorisation de suivre l'exploration faite récemment par le gouvernement dans le but d'ouvrir un ebemin de Québec à l'embouchure de la rivière Metabetchouan.
Depuis deux ou trois ans un certain nombre de nos hommes publics, dont l'habUeté consiste à se faire un piédestal de toutes les mesures populaires qui se présentent, se sont emparés de la question de la
Colonisation qu'ils exploitent en la prônant à tous les coins de rue pour s'attirer les faveurs du peuple, à la façon des saltimbanques en foire, tappant de la grosse caisse.
Nous n'aurions pas d'objection au métier de ces bonnes gens, s'ils ne s'arrogeaient de décider en dernier ressort de la sincérité des hommes sincèrement à l'œuvre et qui depuis dix ans ont travaillé incessamment an développement de nos ressources agricoles. C'est ainsi que la presse de l'opposition nous a accusé d'avoir pour mission d'étouffer à prix fixe le projet d'une voie de communication entre Québec et le lac St. Jean.
Rien ne peint mieux le mobile de cette clique de feseurs de colonisation, qui ne peut voir qu'une spéculation personnelle attachée à tout acte de dévouement à la cause qu'ils font métier de jouer. En effet Dour eux qui jouent à la colonisation il doit être difficile de croire à un dévouement sérieux. Heureusement que nous n'en sommes pas à nos débuts et que notre passé depuis dix ans est là pour dire nos sacrifices de temps et d'argent, nos études persévérantes et cinq années d'absence à un âge où le pays est cher, qui sont nos titres à la confiance du public. Titres que personne ne contestera et qui ne permettent à personne de douter de notre sincérité pour tout ce qui se rattache à l'agriculture de notre pays.
Dans cette exploration, dont nous allons donner le compte-rendu, nous avons couru des dangers sérieux ; pendant cinq semaines de notre vie des bois nous avons été soumis à une nourriture à la-
Îuelle nous n'étions pas fait et à des fatigues ont nous n'avions pas l'habitude. La torture morale des derniers jours, où nous avons complètement manqué de vivres, avec la perspective de n'arriver jamais, a été aussi pénible qu'elle pouvait être avee une fin moins heureuse.
Notre naufrage sur le lac St. Jean a été probablement le plus grand danger auquel nous ayons jamais été exposé dans une tempête. Mais tous ces dangers, ces fatigues ne sont qu'un incident au milieu des dangers, des fatigues et des ennuis des cinq premières années de notre voyage eu Europe, et des cinq années que nous avons passées depuis notre retour ardemment à l'œuvre de la cause agricole.