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LE SEFABT DE QUEBEC

•EXPLORATION d'un chemin de Québec au lac St. Jean offrait des difficultés peu communes, et exigeait des préparatifs considérables pour assurer le succès d'une expédition à

tnvera un pays de montagnes arides, oomplëtement inconnu aux explorateurs, qui n'avaient d'autres indications pour arriver à leur, but que celle de l'aiguille magnëti-

Îue. Dans une entreprise aussi hazardeuse fallait avant tout, s'assurer des vivres pour tout le tr get, car à cette saison de l'année, il ne fallait pas compter sur le gibier qui traverserait notre routa. Il fallait aussi une carte du pays aussi complète que possible, et sur une lorge échelle, indiquant non-seulement les cours d'eau, mais encore les lignes des townships arpentés, les endroits habités et les chemins déjà ouverts soit dans les townships de Stoneham, soit encore sur les bords du lac St. Jean. Il fallait non-seulement une boussole, mais aussi les instruments nécessaires pour établir notre position exacte dans la forêt, dans le cas où nous aurions dévié de notre «ourse. Autrement nous étions exposé à éprouver des retards dans notre marche et «omme conséquence, en augmentant la durée de l'expédition, à diminuer celle de noft ▼ivres. Nous savions que le pays que nous avions à traverser offrait à chaque pas des obstacles considérables, des arbres renver- ' ses, un bois épais, des montagnes à gravir, des rivières et des lacs à traverser, des sa- 'Tanes à franchir. Nous savions encore que dans les régions élevées des montagnes du Saguenay, les tempêtes de l'hiver ensevelissent sous des monceauJc de neige toutes traces de sentiers,et à cette saison de l'année où elle est encore friable, la raquette ne peut que difficilement se frayer un passage au travers des menus bois de la forêt; sans mentionner les difficultés plus grandes du campement qui abrègent encore la distance parcourue chaque jour et augmentent d'autant la durée de l'expédition, aux dépens des vivres qui diminuent toujours.

Nous savions tout cela et disons-le, Iprsqu'au départ de Québec, nos amis nous serraient la main pour la dernière fois en nous souhaitant un heureux voyage, nous comprenions que nous avions devant nous des dangers sérieux, mais aussi, nous nous sentions la volonté ferme de les surmonter.

C'était le 21 octobre que nous partions pour Stoneham où était le rendez-vous gé- ; néral de l'expédition. Nous arrivâmes ' tard le soir pour prendre le bois le lendemain. Le 22,.troi3 Malechites et six pê- 'Oheurs du lac St. Charles employés comme porteurs, empaquetèrent les vivres seus les • ordres de M. Humcl, puis a'ièrent camper dans la forêt. Pendant ce temps, M.

.Neilson allait à Larette, laissait ordre à

trois Hurons de nous rejoindre, dès leur retour de la chasse, et amenait au camp un autre Huron, le seul qui fut alors disponible dans tout le village, les autres étant encore à la chasse d'automne.

Le 23, au moment où nous levions le camp pour commencer notre première journée de marche, le personnel de l'expédition se composait dino des deux arpenteurs provi oiaux. Messieurs Neilson et Ùamel, de quatre sauvages, de six porteurs canadiens et du rédacteur de la Revue Agricole; en tout 13, un mauvais nombre et un mauvais jour puisque c'était le vendredi. Malgré ces pronostics fôcheux, après avoir pris un léger repas et fait les paquets, nous nous mîmes gaiement en marche, à onze heures, pour aller camper au bout du chemin commencé par la société de colonisation de Si Roch, à quatre milles de Stoneham.

LE FBEmXB OAKP.

PEINE étions-nous en marche qu'une neige épaisse, tombant à gros flocons, couvrit le sol de son blanc manteau. Les porteurs pesamment chargés haletaient sous le poiàs de leur paquet. Le chem>n d'hiver que nous suivions, débarrassé sur une largeur de six pieds, n'offrait pas de pentes rapides ni d'obstacles séiieux, mais il traversait quelques savanes dans lesquelles nous enfoncions, de manière à perdre l'équilibre.

De temps en temps, il fallait se reposer et c'est à peine si nous pouvions maintenir notre marche pendant un quart d'heure sans arrêt, tant elle était pénible. Il est impossible de se faire une idée des fatigues d'un voyage dans les bois sans en avoir été personnellement témoin. Il n'y a que Fhabitude contractée dèa l'enfance, qui permette à nos sauvages de les supporter. Aussi ceux-ci portaient-ils gaiement leur fardean, tandis que nos jeunes canadiens, pleins de K< bon vouloir et d'orgueil pourtant, pliaient vmalgré eu^ sous leur charge.

Lorsque nous fiimes arrivés à l'extrémité du chemin de la société de colonisation de St. Roch, et que nous n'eûmes devant nous que l'épaisse forêt, avec ses mille obstacles sans le plus petit sentier ou la moindre indication pour diriger notre route, les chefs de l'expédition se décidèrent à camper. Les porteurs au reste étaient sévèrement éprouvés par cette première journée de marche et comme le premier campement est toujours plus long à organiser, il était urgent d'arrêter de bonne heure, pour être à l'abri avant . la nuit venue. A trois heures et demie, le

oamp était donc en pleine activité. Pour la première fois, noua entendions l'écho des montagnes voisines répéter les coups de hache nombreux de quatre bûcherons activement employés à faire le bois pour la nuit. A chaque instant, la chute lente d'un grand arbre sec, se frajant un passage, à travers les rameaux serréa, ajoutait ses craquements aux coups de cognée répétés par l'écho. Rien n'est gai comme cette activité de l'homme an milieu de la solitude effrajante du bois.

Les saillies des travailleurs, oubliant les fatigues de la journée, les pétillements d'un feu bien nourri sous la chaudière dans laquelle bout à gros bouillons le repas du soir, les tent' s qui s'élèvent comme par enchantement et se tapissent d'une épaisse couche de sapins, tout cela forme un ensemble qu'il est difficile d'oublier et qui répand dans r&me une satisfaction de bien-être contrastant singulièrement avec les habitudes de confort de la vie ordinaire. Avec les derniers travaux de campement s'était éteinte la dernière lumière da jour et en dehors du cercle éclairé par le feu du camp, la nuit nous enveloppait de ténèbres rendues plus épaisses encore par la neige tombatst à gros flocons depuis notre départ. Chacun était occupé à faire sécher ses effets complètement trempés par la neige fondante et par le passage des savanes, lorsque le repus du soir fut servi.

LES nrSTBUCIIONS DU MINIBTBE D'AOBICUL- TUBE.

A soirée se passe tout entière à discuter la possibilité d,'ouvrir à la colonisation le pays que nous allions traverser Jusqu'ici rien ne s'opposait à la construction du chemin projeté, et la vallée de la rivière Huron dont nous suivions les contours offrait un terrain bien boisé, suivant des ondulations régulières, se prêtant bien à tgus les travaux de la culture. Quelques lots même étaient d jà retenus par les nouveaux colons <^ui se proposent de défricher cette nouvelle région. M.

Blaicklock dans son exploration de 1849 et de 1852 de Stoneham au lac St. Jean avait suivi deux routes tout à fait différentes, la première suivant une direction nord, depuis le point de départ jusqu'au poste de la baie d'Hudson, à l'embouchure de la rivière Metubetchouan ; la seconde, se rendant au lac Jacques-Cartier en inclinant plus à l'Est et en passant par le lac Caché. C'était la route que nous d vions suivre just^u'au lac Jacques-Cartier, en évitant toutefois les obstacles qui se présentent de Stoneham au lac

Caché en passant par la vallée de la rividr»

Huron sur les bords de laquelle nous étions alors campés. M. Neilson, qui avait aocompagne M. Bluiklock dans son exploration jusqu'au lac Kenogomi, avait une idée asseï exacte des difficultés qui nous attendaient de l'autre côté du lac Jacques-Cartier et insi-tait sur la nécessité où il se trouvait de hfiter la marche de l'expédition pour éviter les neiges profondes qui de bonne heure en Novembre ensevelissent les terres hautes du lac Jacques-Cartier. H était de la plus haute importance pour nous de franchir ces hauteurs le plus tôt possible, bien que nous fussions pourvus de raquettes, les premières neiges sont toujours des causes ae retard et de fatigues, qui pouvaient compromettre la sûreté de l'exploration. Il était donc hors de question à une époque aussi avancée de la saison d'entreprendre autre chose que de traverser le pays on suivant la meilleure direction probable d'après les renseignements obtenus par les deux explorations précédentes, en | Tenant note du pays traversé et en plaquant le chemin parcouru de manière à guider plus tard la localisation du tracé. C'était à cela au reste que se bornaient les instructions du ministre d'agriculture aux chefs de l'explo»

ration. Ces instructions sont à peu près le mot à mot de celles qui avaient été données par l'Hon. M. Kvanturel, alors qu'il était ministre d'agriculture, avec cette différence que l'exploration avait pour but nonseulement l'ouverture d'une voie de communication avec la colonie du lac St. Jean, mais encore l'établissement du territoire situé sur le tracé du chemin, dont l'entretien n'était possible qu'autant que des colons seraient échelonnés sur tout son par- ■cours. Voici ces instructions :

Bureau d'Agriculture, Québec, 17 octobre 1863.

Messieurs John Neilson et A. Uamel, arpenteurs, Québec.

Messieurs,

Une exploration préliminaire, afin de tracer une ligne praticable et avantageuse pour la construction du chemin proposé entre Québec et le lac Saint-Jean, ayant été jugi'O nécessaire, vous avez été noinniés pour faire cette exploration, avec toute la célérité convenable.

Ayant après délibérations sur les avantages que peuvent offiir les localités situées aux environs des dernières habitations en arrière de Québec, fait choix du point de départ vous commencerez votre exploration dans la direction du lac Saint-Jean^ et vott».

\ poorsuivres dans lo but p/oposë de tracer une ligne de chemin, par la Toie la plus •vant f^use qu'il vous sera possible de déterminer, entre votre dit point de départ et le lac Saint-Jean — aux environs de l'embouchure des rivières Ouiatchouan, Metabetchouan ou ailleurs, ou en tout autre endroit au bord du lac que vous ju};orcs le plus facile et le plus avantageux dans un Dut de colonisation, tant des terres situées de chaque côté du chemin que de celles situées aux environs du lac.

Pour vous aider de toute l'information que possède ce bureau relativement à la région

3ui s'étend entre Québec et le lac Suintean, copie du rapport de M. F. W. Blailclock sur son exploration (en 1849) depuis l'angle Sud de Stoneham, courant Nord 15 "^ , Est 104^, jusqu'au bord du lac Saint-

' Jean, près de la décharge de la rivière Metabetohouan, vous est transmise, ainsi que deux plans figuratifs du pays en général qu'il «traversé directement ouqu'il a eu occasion d'examiner duns le cours de son exploration.

Dans rexécution de celte exploration TOUS vous dispenserez de faire des mesuragcs du terrain, mais gardez notes des courses que vous suivrez dans la ligne explorée, laquelle vous plaquerez suffisamment pour qu'elle serve de direction lorsqu'il sera question de localiser la ligne pour la construction du chemin proposé, si toutefois le résultat de vos explorations est favorable, ce dont vous dresserez un rapport détaillé pour ce bureau, mentionnant approximativement l'étendue des terres cultivables de chaque côté du chemin, les difficultés que vous pourrez rencontrer dans son ouverture et le coût probable de sa construction, accompagné d'un plan figuratif indiquant, d'une manière approximative, la position de la ligne que vous considérez la plus avantageuse pour 1 objet en contemplation.

Vous engagerez un parti d'hommes aux

.gages que la nature du service exigera et au nombre que vous jugerez nécessaire, et dans toutes les dépenses, tant pour votre parti que pour les transports, la plus grande économie v< >us est recommandée, et vous voudrez bien faire les comptes en double d'après les formules ci-jointes. J 'ai, etc., L. Letellier, Ministre d'agriculture.

UN FAirX OVIDE.

ES < le point du jour, samedi le 24 octobre, nous levions le camp et à la suite d'un guide recommandé par la société de colonisation de St. Roch, nous pénétrions dans l'épaisse forêt,

tantôt côtoyant les flancs d'une oolHne, tantôt traversant une plaine humide plantée d'aulnages, dont les rameaux entrolaoéi s'opposaient à notre marche. Ici et là, des arbres renversés à franchir, des pentes glissantes et des montées rapides. Partout une couche de neige fondante chargeant les arbres et s'abattant comme une avalanche sur chacun de nous chaque fois qu'une secousse im- Sriméeaux rameaux trahissait notre passage, fotre guide, avec une assurance imperturbable, semblait reoonnattre chaque vallée, chaque colline, chaque ruisseau, chaque arbre, marchait toujours en avant ne s'arrêtant que pour permettre aux porteurs un instant do repos. Soudain nous arrivons aux pieds d une montagne arrondie qu'il faut tourner à droits ou à gauche. M. Neilson consultant sa boussole, croit qu'il faut suivre la vallée à droite, qui doit traverser l'ancien sentier de M. Blaiklock. Le guide s'y oppose et prétend raoouroir de beaucoup en prenant la vallée de gauche, et pour ne pas froisser la société de colonisation de St.

Roch nous suivons son guide recommandé et décrivons trois quarts de cercle autour de cette malheureuse montagne qui nous fait perdre une demi-journée, au giand mécontentement de tout le parti. Le guide commence à perdre de son assurance et les porteurs se vengent des fatigues qu'il leur a inutilement fait souffrir en le badinant sur ses connaissances de la localité.

Le soir nous campons encore dans la vallée de la rivière Huron, complètement trempés par la fonte de la neige dont les arbres étaient chargés et qui sous les rayons d'un soleil magnifique fondait en pluie abondants sous le couvert du bois.

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