ABONDANCE D'OR CHEZ LES ACAANIBAS
La ville capitale des Acaanibas, où le Roy fait sa residence. est dans la terre, environ G lieues de ladite Rivière, qu'ils nomment Miali (si bien il s'en souvient). Ouest-Nord- Ouest.
Quand les François furent prendre congé du Roy, ils ne l'obtinrent que sur la promesse qu'il leur fit faire par le Ciel, qui est le serment dont ils usent ordinairement, qu'ils retourneroient au bout de 36 lunes et qu'ils apporteroient du corail, de la rassade, de la porcelaine et autres babioles semblables, qu'on troque avec cette nation pour de bon or, qu'ils ont en si grande abondance, et dont ils font si peu de cas, que ledit Roy les mit à mesme pour en prendre à leur discrétion; tellement qu'ils s'en chargèrent et en prirent chacun soixante barres ou lingots d'environ une palme de long et de quatre livres ou environ pesant. Mais pour les deux Sauvages qui estoient avec eux, ils ne voulurent point du tout s'en charger ct paroissoient fort en peine de ce qu'en vouloient faire les François, qui leur dirent enfin que c’estoit pour faire des chaudières, ce qu'ils n'eurent pas de peine à croire, parce qu'en eflet, celles des Acaanibas, aussi bien que leurs autres ustensiles de cuisine et toute leur vaisselle, sont de ce précieux métal.
Ledit Sagean dit n'avoir point vu les mines, d'où ils tirent cette prodigieuse quantité d’or, mais il dit qu'elles ne doivent pas estre fort éloignées de ladite ville, puisque deux de ses camarades, qui y furent avec quelques-uns de ladite nation, ne mirent que trois jours dans leur voyage, compris le retour. Sesdits camarades, qui ont péri, comme il sera dit cy-après, luy dirent que cet or estoit dans des creux et collines de montagnes, que, dans les débordements, qui sont fré-
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DÉPART DES FRANÇAIS, 111 quens en ces endroits-là, les eaux font déw ‘her cet or et l'entraisnent; et le temps de la sécheresse venu, il s'en trouve de gros morceaux dans l'endroit du lit des rivières qui demeurent à sec pendant quatre mois de l'année et où ces peuples les ramassent.
Ledit Sagean assure, sur sa vie, que si on vouloit le faire passer au Mississipi, n'importe en quel endroit du fleuve, il trouveroit fort bien le chemin de retourner auxdits Acaanibas avec des canots qu'il bastiroit luy-mesme (estant assez bon charpentier pour cela) pourvu qu'il eust des outils et du monde avec des armes et de la munition pour chasser, et qu'il seroit très bien reçu de ces peuples, en leur portant des présens de ce qu'il est marqué de l'autre part qu'ils aiment le plus.
Enfin le Roy, les ayant congédiés, leur donna une escorte de plus de 200 cavaliers, plus pour leur faire honneur que pour leur sûreté, n’y ayant aucun risque à courir pour eux parmi des gens, qui les aimoient jusqu’à l’adoration pour parler ainsi. Ces cavaliers, outre quantité de toutes sortes de provisions, portèrent leur or jusqu’à leurs canots, qu'ils suivirent en costoyant la Rivière pendant cinq jours, au bout desquels ils leur dirent adieu, avec des hurlemens épouvantables.
Après avoir navigué sur cette rivière pendant douze jours, ne voulant pas s'en retourner par où ils étoient venus, de crainte qu’ils ne rencontrassent des Iroquois, leurs ennemis, ils firent un portage de 15 à 20 lieues pour aller trouver une autre rivière, nommée de Colimy, et aller gagner le lac Michigane, afin de s’en retourner en Canada. Ils furent obligés, pendant ce pénible portage, pour diminuer leur charge, de jeter chacun quatorze barres d'or par le chemin.