SAGEAN RENCONTRE LE FORBAN A NEW-=YORK
leur fit donner une espèce de pas.eport par un juge de paix nommé Beliban, apothicaire de sa profession.
De là ils furent à une ville nommée Niew-port, dans le pays de Roydeland !, distante de Go lieues de Boston, ville fort négociante, ayant un bon port de mer, défendu par une batterie de cinquante pièces de canon, mais petite et bien peupiée. Après y avoir séjourné trois jours, ils s'embarquèrent sur un petit bastiment marchand pour passer à New-York, distant de Niew-port de 4o lieues, où estant arrivés après quatre jours de navigation, 1ls furent très surpris d'y rencontrer le forban qui les avoit pris, et qui, de son costé, fut fort estonné et très fasché de les voir là, s’estant attendu qu'ils auroient péri de froid et de misère dans le lieu où il les avoit dégradés, il y avoit deux mois et demy ou environ. Ledit Sagean l'ayant rencontré par hasard en rue, avec la fille du Gouverneur de la ville, qui estoit sa maistresse, il conseilla à deux de ses camarades qui estoient avec luy de s’esloigner, et l'aborda seul pour luy reprocher sa cruauté, et il luy demanda, s'il ne vouloit pas, au moins, leur donner quelque secours, dans l'extrême besoin, où ils se trouvoient et où il les avoit réduits, mais il n’en eut point d'autre response que des imprécations et des malédictions, luy disant, entre autres choses, qu'il les auroit voulus à tous les diables.
Sur cette contestation, le Gouverneur arriva, et ayant appris le sujet de cette rumeur, qui commencçoit à s’eschaufler d'autant que les quatre camarades dudit Sagean vinrent à son secours, et du costé du forban quelques uns des gens de
son équipage ie joignirent aussi), il tira à part ledit Sagean,