ILS S'OBSTINENT DANS LEUR CRUAUTÉ
petits enfans, qui l'avaloient avec une avidité merveilleuse. Ensuite ils les arrachèrent par morceaux, qu'ils mirent à bouillir dans des chaudières, et dont ils firent un grand festin. L'on peut juger du saisissement et de l'horreur que la barbarie de cette action causa tant audit Sagçan qu'aux Hollandois qui l'accompagnoient.
Ils ne se rebutèrent pas néantmoins, et ils espéroient que leur cruauté estant en partie assouvie par ce sacrifice, ils les trouveroient plus traitables en faveur de ces malheureux prisonniers, qui restoient en vice, sçavoir : six hommes, trois femmes et une petite fille d'un an, pour la rançon desquels les Hollandois donnèrent en marchandises à ces barbares la valeur de 140 piastres.
Ledit Sagean fit en vain tout son possible, tant par luy que par lesdits Hollandois, pour obtenir encore une femme, nommée Mie de Crèvecœur, mariée à un gentilhomme fran. çois, capitaine au régiment de Carignan ct habitué à la coste de Boucherville, en Canada, qu'il avoit apercuce et reconnue au nombre de ces malheureux prisonniers, couverte seulementd'unemeschante pagne, dans letemps que lesdits Iroquois faisoient le sacrifice des six hommes. Elle se mit à pleurer en voyant ledit Sagean, qu’elle reconnut aussi, mais qui n’osa luy parler, estant bien asseuré que ces Barbares l’auroient immolée d'abord après, s'ils s’en fussent aperçus. Il fit offrir jusqu'à la valeur de 50 piastres en marchandises pour sa rançon, mais il ne put jamais l'obtenir, ces Barbares luy ayant déclaré qu’ils estoient résolus de l'emmener aux Sonnontouans, qui est le pays, où ils font leur résidence ordinaire, à Go lieues de là ou environ, pour la consolation de ceux de leur nation, dont les François avoient tué ou envoyé