LA NÉGOCIATION DE SAGEAN DURE TROIS JOURS
en Europe, les maris, les enfans ou les parens, car c'est une coustume parmi ces barbares de distribuer ainsi leurs prisonniers, qui leur restent à leur retour de la guerre, à ceux de leur nation pour remplacer la perte des leurs, pour quoy on leur fait de grands présens, et ces malheureuses victimes sont immolées à la vengeance de ceux entre les rnains de qui ils tombent, s'ils ne sont adoptés par les pères ct mères à la place de leurs enfans, comme il arrive souvent. Il y a mesme des femmes, qui prennent des prisonniers françois, à J= place de leurs maris, et c'est le seul moyen qui reste à ces malheureux prisonniers de se garantir de la mort; mais il ne faut pas s’imaginer que ces femmes, qui prennent ainsi des prisonniers en la place de leurs maris, s'en servent pour les fonctions maritales, Ce seroit un crime qui les couvriroit de honte parmi ceux de la nation, qui se sont fait une loy de ne toucher jamais à aucune de leurs prisonnières, parce qu’ils croient fermement que ce seroit la plus grande des infamies. — Ainsi l'honneur des Françoises ou autres Européennes qui ont le malheur de tomber entre leurs mains est au moins à couvert, plus louables en cela que bien des conquérans chrestiens, qui souillent ordinairement leurs victoires par des brutalités honteuses, qui en ternissent la gloire.
Lesdits Sagcan et les Hollandois qui l'accompagnoient séjournèrent, pendant trois jours, à leur camp, logés dans la cabane de leur chef de guerre. On voulut souvent les régaler de chair humaine, mais ils marquèrent constamment, par les refus qu’ils firent d'en taster, l'horreur qu'ils avoient pour un mets si odieux.
Ayant donc pris congé d'eux, le troisiesme jour apres leur arrivée à leur camp, ces Barbares estalèrent à leurs yeux, avec
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